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Interview: Christiane Féral-Schuhl

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Interview: Christiane Féral-Schuhl
Ordre des Avocats de Paris

Christiane Féral-Schuhl, Bâtonnier du Barreau de Paris fait le bilan riche en actions et en souvenirs des 18 premiers mois d'un mandat qui prendra fin en décembre 2013.

Affiches Parisiennes : Avant d’aborder le bilan, pourriez-vous nous tracer en quelques ligne l’importance du rôle du bâtonnier du Barreau de Paris?

Christiane Feral-Schuhl : Quand vous êtes bâtonnier, vous avez la possibilité de faire bouger les lignes et c’est très précieux. Le bâtonnier peut émettre un avis moral, social et donner de la voix sur tous les sujets qui l’exigent, par exemple pour l’abolition de la peine de mort. Quand le Barreau de Paris décide, avec le Barreau de Beyrouth, de signer une motion contre la peine de mort et que l’on voit 79 représentants d’associations et de barreaux étrangers y adhérer spontanément, on se dit que nos actions peuvent êtres utiles.

A. P. : Durant votre bâtonnat, quelles sont vos plus belles victoires ?

C. F.-S. : J’ai un attachement particulier pour le projet de la Centrale de référencement, Praeferentia Coréfrance, qui démontre que la profession peut s’unir autour d’un projet fédérateur. C’est désormais un projet national, réunissant tous les Barreaux de France. J’ai travaillé vec le président de la Conférence, Jean-Luc Forget, et ensemble, nous avons pu concrétiser ce projet.

Une autre grande fierté est d’avoir su fédérer et faire rayonner les commissions ouvertes qui sont le cœur du barreau de Paris. Beaucoup de talents s’y expriment, dans l’intérêt de tous. Dans une approche transversale, je pense avoir réussi à les faire travailler ensemble à la fois les avocats entre eux et avec la société civile et le monde de l’entreprise.

S’agissant du rayonnement de notre Barreau à l’international, nous avons créé des commissions bilatérales entre Paris et d'autres grandes villes du monde : New York, Londres, Beyrouth, Hanoï, Québec, Varsovie... Elles ne sont pas encore très nombreuses, mais à chaque fois, nous avons désigné un référent dans le pays, l’équivalent du magistrat de liaison, pour susciter un dialogue permanent et avancer dans des partenariats bilatéraux. Nous avons effectué un travail au plan local important, en créant ou en renouant des liens forts ; le plus récent avec le Barreau de Tel-Aviv, par exemple. C’est l’ouverture du Barreau de Paris sur le monde, avec une résonnance différente…

La création du barreau entrepreneurial fait également partie de mes projets réussis. Le Barreau entrepreneurial, c’est rapprocher tous les services de l’Ordre au profit des avocats, mais aussi former les jeunes et les accompagner dans leurs projets( installation, association...) en leur dispensant une solide formation, leur donner toutes les clés pour faire d’eux des entrepreneurs. Nous avons organisé au printemps 2013 le premier « business speed-dating » de la transmission de clientèle, c’est-à-dire des rencontres entre les jeunes et les moins jeunes intéressés par ce sujet. Cela a été un immense succès et nous sommes prêts à réitérer cet evenement dans les semaines à venir car je crois beaucoup à la puissance et l’efficacité des liens intergénérationnels.

Autre belle réalisation pour les jeunes, la création de l’assurance perte/collaboration pour sécuriser le jeune barreau lorsque les collaborateurs se retrouvent dans une situation de rupture. Il n’y avait aucune assurance de ce type sur le marché et nous avons réussi à élaborer un modèle, qui plus est à un tarif qui bat tous les records. Nous avons aujourd’hui 1 500 souscripteurs sur les 9 000 collaborateurs.

Dans un tout autre registre, vous connaissez aussi mon combat contre l’exercice illégal de la profession et ça. Ce qui était initialement une opération "coup de poing" a dépassé tout ce qu’on pouvait imaginer. Aujourd’hui, il y a plus de 300 dossiers ouverts à la CRED et le Parquet et la DGCCRF sont aujourd’hui sensibilisés. Il faut songer à aller plus loin et à imaginer les moyens que nous pourrions déployer pour collaborer autrement avec nos clients. Plus généralement, il est urgent de révolutionner notre mode d’exercice pour tenir compte de la société du numérique.

A.P. : Et vos actions pour les femmes « qui portent la robe » ?

C. F.-S. : En tant que femme bâtonnier, il était normal que je m’ intéresse aux avocates et que je me confronte à la situation dans les cabinets où le fameux plafond de verre est encore malheureusement une réalité. Ma première action a été de lancer un message fort  grâce à une bâche de 600 m² déployée l’année dernière sur l’espace mis à ma disposition par la Chancellerie  avec le slogan « Et si la femme était (aussi) l’avenir du droit ? ». L’impact a été impressionnant. J’ai même reçu des messages de l’autre bout du monde pour me parler de cette opération, qui a été aussi l’occasion de rassembler à la Maison du Barreau des centaines et des centaines d’avocates qui se posaient des questions sur leur exercice professionnel. En 2013, nous avons célébré la journée de la femme autrement : j’ai souhaité rendre hommage  à des avocates qui ont changé le monde. J’ai d’abord pensé naturellement à Gisèle Halimi, Christine Lagarde ou à Hilary Clinton. Après de nombreuses recherches, j'ai constaté qu’il existait des avocates dont le combat quotidien étaient la défense des droits de l’Homme, souvent au péril de leur vie, à travers le monde. Cinq femmes remarquables, Shirin Ebadi, Christina Swarns, Alba Cruz, Valdenia Paulino et Karinna Moskalenko sont venues participer à cet événement. un moment à la fois,émouvant et impressionnant. Je voulais transmettre leur témoignage aux plus jeunes d’entre nous, leur dire qu’il est possible de trouver un sens à notre profession par la défense de causes justes et universelles. Il y a ainsi de très différentes manières de servir la robe et nombreuses sont celles qui m’ont dit avoir été ravivées à travers ces rencontres dans leur vocation d’avocate.

Une autre action primordiale a véritablement constitué un moment historique… Avec le Conseil de l’Ordre, nous avons fait voter une période d’immunité de deux mois pour la jeune avocate qui revient de congés maternité. Cela à l’air évident, mais ça ne l’est pas du tout… Plusieurs jeunes femmes se sont retrouvées sans collaboration à leur retour. Cette signature a permis de faire évoluer les choses, grâce au rapport établi par Valence Borgia, Première Présidente de l’UJA de Paris. Cette dernière m’a beaucoup aidée sur le projet de loi sur l’Egalité sur lequel nous avons été consultés. Je tiens également à remercier Anne-Charlotte Gros qui a fait énormément pour les jeunes de ce barreau. Elle a beaucoup travaillé et c’est grâce à sa vigilance permanente à l’égard des jeunes que j’ai pu faire autant pour le jeune barreau. Nous sommes très actifs sur ce terrain et j’espère avoir démontré qu’une femme au barreau peut faire aussi bien qu’un homme !

A. P. : Le Barreau de Paris a largement valorisé le travail bénévole des avocats, notamment à travers l’opération « L’avocat dans la cité ». Cette aide des justiciables doit-elle aller plus loin encore ?

C. F.-S. : L’opération « L’avocat dans la cité »  poursuit deux objectifs. D’une part, il convient de changer l’image de l’avocat qui est encore trop éloignée des justiciables. Pour rendre plus accessibles et plus visibles nos confrères, ces derniers doivent aller à la rencontre des citoyens. D’autre part, je veux développer le concept du « Droit au Droit ». Le droit est omniprésent dans la vie quotidienne. Il faut donc l’expliquer. Le citoyen en a besoin. Le rôle de l’avocat dans la Cité dépasse largement les trois jours dans l’année consacrés à cette opération. Ces professionnels du droit font continuellement des consultations gratuites. Cela n’est pas assez connu !

A. P. : A ce propos, le Barreau de Paris vient de créer l’Ecole de la médiation du Barreau. Quel est l’intérêt pour l’avocat d’être formé à cette pratique ?

C. F.-S. : Je voudrais créer le réflexe de médiation. Les avocats disent qu’il n’y a pas assez de dossiers de médiation… Mais il faut en créer ! C’est encourager un autre regard sur notre rôle et sur la justice. Pourquoi une formation ? Parce qu’il faut fédérer autour d’un projet commun qui intègre les formations existantes et apporte un « label » supplémentaire aux avocats. La récente Université d’été a marqué une nouvelle étape.
J’ai une proposition à laquelle je tiens beaucoup : faire en sorte que la médiation bénéficie d’un taux de TVA réduit car ce serait un moyen d’inciter le recours à ce mode alternatif de règlement des litiges. Nous pourrions même considérer que si la médiation n’aboutit pas, le taux de TVA reviendrait au taux initial... Ce serait un élément incitatif et je suis certaine que ce système favoriserait cette médiation.

A. P. : Quels sont vos regrets pendant ce bâtonnat qui s’achève fin décembre ?

C. F.-S. : Deux ans de mandat, c’est forcément trop court. Certains projets en cours de réalisation nous échappent, comme la mise en place de cette carte numérique d’identité qui permettrait certaines fonctionnalités. Ce projet, qui fait l’enthousiasme de beaucoup, est lancé, mais ne peut pas encore être mis en place. Ce sera donc à mon successeur de continuer le travail... C’est un exemple flagrant qui montre que deux ans, c’est évidemment trop court pour mener à bien ces avancées technologiques.

Par ailleurs, j’aurais aimé pouvoir faire plus pour l’accès à la profession. C’est un sujet qui relève de la compétence du CNB et pour lequel je n’ai jamais été entendue sans doute parce que ce n’est pas une réforme qui semble prioritaire.

A. P. : Et qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

C. F.-S. : Bien sûr cette formidable rencontre avec ces femmes qui portent la robe, mais aussi mon séjour en Tunisie au moment de l’assassinat de Chokri Belaïd, en février dernier. C’était un moment vraiment très grave et émouvant.  J’ai également beaucoup apprécié les rencontres avec les avocats du Barreau de Paris, notamment lors des petits déjeuners. J’ai souvent été frappée par la détresse de certains confrères qui sont très seuls. Toutes ces rencontres m’ont énormément nourrie et beaucoup apporté au plan personnel. 

A. P. : Quelles sont, selon vous, les priorités de demain ?

C. F.-S. : Tout d’abord la formation initiale en la professionnalisant puis l’accès à la profession comme je l’évoquais précédemment. Il faut par ailleurs une véritable représentation nationale des avocats. La Conférence des bâtonniers et le Barreau de Paris ont prouvé qu’ils pouvaient travailler ensemble. Un dernier mot pour Jean-Luc Forget en qui j’ai trouvé un homme ouvert, constructif et un interlocuteur de grande qualité. 






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