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Intelligence artificielle : un des remèdes à la crise ?

Automatisation des flux d'information, gestion RH ou comptable, e-santé… Et si les algorithmes étaient d'excellents antidotes aux conséquences néfastes de la crise sanitaire qui frappe le monde depuis un an déjà? C'est le constat qui ressort des échanges riches du panel d'experts internationaux de haut-vol, réunis en ligne mi-novembre par France Digitale à l'occasion de la cinquième édition de sa conférence “France is AI”.
Intelligence artificielle : un des remèdes à la crise ?

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Lors de cette journée de débats en anglais (puisque faisant intervenir de nombreux experts étrangers) France Digitale a non seulement démontrer l'essor international de l'intelligence artificielle (IA ou AI dans la langue de Shakespear) mais aussi son utilité pour répondre aux nombreuses problématiques posées par la crise que nous traversons.

Frédéric Mazella, le célèbre président-fondateur de la pépite française Blablacar à la tête de l'association France Digitale, a rappelé qu'avant la crise du coronavirus les investissements dans l'IA en France, estimés à 1,2 milliard de dollars en 2019, doublaient chaque année. Une dynamique qui semble se poursuivre selon lui.

Il s'est ainsi félicité que la France soit entreprenante en la matière et a salué la participation du secrétaire d'État au Numérique, Cédric O, à cette journée (lire encadré).

Ce dernier a d'ailleurs souligné « l'importance de créer un tel événement pour que la diaspora française de l'IA puisse échanger avec ses homologues internationaux ».

« Nous avons une grande ambition et les atouts pour jouer le jeu »


Dans ses propos conclusifs, le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O, a rappelé que le développement de l'IA en France est très important pour construire le monde d'après la pandémie et régler les questions de souveraineté, et a annoncé que le Gouvernement allait intensifier ses investissements en la matière.

« Never let a good crisis go to waste ». C'est par cette célèbre citation de Churchill que Cédric O a entamé son intervention en revenant brièvement sur l'importance de l'IA dans l'économie globale en crise, puis en partageant sa vision de l'utilisation des algorithmes dans le futur, et le besoin d'investissements dans ce secteur capable de renforcer nos compétences dans de nombreux domaines comme l'industrie, la finance, la logistique, la sécurité et la cybersécurité, l'environnement, la mobilité, et surtout la santé.

« Nous avons fait de grands progrès mais ce n'est pas suffisant. C'est pour ça que nous voulons renforcer notre stratégie nationale et intensifier les investissements dans l'IA », a-t-il annoncé en anglais, en précisant qu'il y aura un effort particulier mené sur la recherche et la formation, qualifiée de « huge issue » (énorme problématique, vaste question). « La mission du Gouvernement est de créer un cadre invitant pour les chercheurs internationaux en IA à venir en France ». Il a aussi insisté sur le besoin d'éthique en la matière et de contrôle de l'utilisation des données personnelles partout dans le monde, et pas seulement en Europe.

Enfin, Cédric O a fini par répondre à une série de questions posées par les participants au forum, notamment sur le programme concret des investissements nationaux dans l'IA, la régulation des plateformes via l'IA, les différents champs de calculateurs quantiques (« quantum computing »), l'implémentation de l'IA en matière de santé et pour lutter contre la Covid-19, ou encore sur l'impact de l'élection de Joe Biden à la Maison Blanche dans le développement international de la matière.

Malgré le contexte délicat, France Digitale a permis à des spécialistes du secteur de partager leurs points de vus optimistes en décryptant l'importance et la valeur de l'IA dans les utilisations business et le traitement des problèmes économiques et sociétaux résultant de la pandémie.

Mieux encore, l'association a également pu dévoiler son mapping annuel des start-ups françaises de l'IA. Cette cartographie qui recense les jeunes pousses de l'Hexagone spécialisées dans l'intelligence artificielle, tous secteurs confondus, fait apparaître de nombreuses réussites.

Les récents succès de l'écosystème français de l'IA

Si elle n'a répertorié que 453 start-up dans sa cartographie 2020, ce sont bien plus de 700 candidates qui ont déclaré utiliser l'IA dans leur solutions et qui ont été passées à la loupe. L'objectif a été de sélectionner celles qui ont une proposition de valeur centrée sur l'IA. Fait marquant pour cette édition 2020, plusieurs entreprises sont mises en avant pour leurs propositions de solutions intelligentes dans le secteur très en vogue de l'e-santé.

La cartographie montre surtout que l'IA continue de pénétrer tous les secteurs de l'économie : agriculture, santé, énergie, droit, finance, transports, ou encore, ressources humaines, robotique, support, marketing. Les jeunes entreprises référencées représentent un réel enjeu de souveraineté pour la France, qui fait partie des leaders européens dans ce domaine, notamment en termes d'investissements.

On relève de plus en plus de start-ups françaises de l'IA qui se lancent avec succès à l'international, dont évidemment Dataiku qui développe une plateforme pour analyser la donnée et développer des méthodes prédictives en environnement Big Data, le moteur de recherche développé par Algolia qui, suite à un tour de table en 2019 souhaite renforcer son empreinte commerciale aux États-Unis, en Europe et en Asie-Pacifique, ou encore Exotec, la start-up nordiste déjà implantée aux États-Unis et au Japon qui conçoit des systèmes automatiques d'entrepôts logistiques. Encore plus réjouissant, la crise de la Covid-19 n'a pas freiné les levées de fonds de ce secteur, marqué par les tours de tables de plusieurs entreprises dont Contentsquare (175M€ en série D), AB Tasty (37M€ en série C), Dataiku (100M$), Owkin (25M€), et Withings (53M€).

La pandémie comme rampe de lancement

Intitulée « Has Covid been good or bad for AI? », une des tables rondes de cette journée de débats a posé la problématique de savoir si la crise Covid-19 se révèle finalement être bonne ou mauvaise pour l'IA. Les quatre intervenants ont plutôt une impression positive sur la question.

En haut : Joanna Gordon (Transform AI), Mike Potter (Thames Water) et Yves Bernaert (Accenture Technology Europe). En bas : Kathryn Hume (Borealis AI) et Christophe Cazes (Novares).

Ainsi, Yves Bernaert, PDG d'Accenture Technology Europe, estime que « toutes les technologies ont été accélérées pendant la crise dont la transition numérique des entreprises et l'utilisation des IA ».

« To day it's all about human + machine », s'exclame-t-il en rappelant que la digitalisation est devenue une condition de survie des entreprises.

Pour Kathryn Hume, directrice produit et développement chez Borealis AI, spécialiste de la recherche en IA, la Covid-19 « a permis de servir de ‘testing ground' pour beaucoup de recherches, notamment pour des algorithmes sur la conjoncture économique et les marchés boursiers ».

E-santé : les pépites les plus prometteuses de l'année

Les start-ups françaises comme Owkin, Withings, Implicity, Incepto Medical ou Cardiologs se distinguent car elles se font une belle place dans le secteur de la santé en utilisant l'IA.

L'analyse du Mapping 2020 de France Digitale met en avant les startups IA du domaine de la santé. Dans un monde où médecine et données sont de plus en plus liées, les innovations dans ce secteur ne connaissent pas la crise : diagnostics à partir d'imagerie médicale, amélioration de l'efficacité des traitements, essor de technologies plus “généralistes” développant des cas d'usages de machine learning ou deep learning.

Pas moins de 89 start-up, sur les 453 relevées par l'association, déclarent opérer dans le secteur de la santé, et une start-up de l'IA sur cinq investit l'e-santé. Une évolution bousculée par le contexte de la crise sanitaire, mais qui a eu pour effet de créer de nouvelles attentes du marché et d'attirer l'attention des investisseurs.

Le marché de la donnée, le nouvel or noir, ce fameux Big Data, prend de l'ampleur. Il y a ainsi beaucoup d'achats de données depuis le début de la crise afin de mieux prédire le comportement des consommateurs et des partenaires. La chercheuse explique aussi que la crise a permis la digitalisation de beaucoup de choses par le biais de millions de vidéos où des gens parlent, échangent, travaillent et agissent ce qui représente « une mine d'or pour nourrir les algorithmes qui étudient les comportements sociaux ».

« C'est très positif car ça donne à tout le monde un outil d'accélération », réagit quant à lui Christophe Cazes, directeur innovation du groupe Novares.

« ça a tout changé pour nous car nous ne pouvons plus voyager et ça nous fait gagner du temps pour créer de nouveaux produits et solutions. La Covid fut finalement une grande opportunité pour utiliser les compétences des experts au bon endroit et au bon moment », admet ce dernier.

Les algorithmes permettent confiance et efficience

Pour Mike Potter, directeur des nouvelles technologies chez Thames Water, l'IA a divers utilisations pratiques essentielles en temps de crise économique. Par exemple, la commande à distance de l'industrie et des usines, ou encore la détermination des modèles de demande dans la chaîne d'approvisionnement : « qui fut très pratique pour continuer l'activité pendant les 6 semaines de confinement ».

Pour l'expert, les algorithmes permettent de redonner de la confiance pour produire et bien gérer les stocks et évitent aux entreprises de se retrouver endetter. Ils permettent aussi des progrès notables en matière de ciblage de la clientèle et de communication avec les consommateurs, notamment grâce aux « conversationnal AI » - ces nouveaux assistants vocaux de personnalisation de l'expérience client - tout comme en matière de traitement et d'analyse de masses de données, à l'instar des statistiques épidémiologiques, offrant réduction des coûts, adaptation, meilleure réactivité et surtout grande efficience.

D'ailleurs, certaines start-ups françaises se démarquent positivement en la matière, tel que Synapse Medecine, travaillant avec le CHU de Bordeaux pour mener à bien le plus important essai clinique en soins primaires sur plus de 1 000 patients atteints de la Covid-19.

Enfin, certains comme Yves Bernaert n'ont pas oublié d'aborder l'importance de la formation des salariés et des consommateurs afin qu'ils puissent utiliser l'IA de façon agréable et devenir des « humains augmentés ».

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