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Innovation ouverte et relance économique française

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Innovation ouverte et relance économique française

Une conférence parlementaire sur l'innovation ouverte s'est tenue ce jeudi 13 février à la Maison de la chimie en présence du ministre délégué chargé du Budget Bernard Cazeneuve et présidée par l'ancien ministre Marie-Anne Montchamp. Car, si l'Etat et les entreprises françaises sont de plus en plus impliqués dans l'innovation partagée et la coopération entre acteurs économiques, ils ont encore beaucoup de progrès à faire en la matière.

La conférence s’est divisée en trois débats poursuivant un raisonnement logique, le premier s’interrogeant sur la définition de l’innovation ouverte, le deuxième sur les moyens d’y parvenir et le dernier sur le rôle des Pouvoirs publics.

Qu’est-ce que l’innovation ouverte ?

Le processus d’innovation s’est longtemps déroulé en interne au sein des entreprises. Au début des années 2000 certaines sociétés nord-américaines de la Silicon Valley, évoluant dans des environnements technologiques complexes, ont su changer cette habitude et réinventer le système. Emergea ainsi un nouveau paradigme de management de l’innovation : l’innovation ouverte (« open innovation ») reposant sur l’hypothèse que les idées innovantes peuvent venir de l’extérieur comme de l’intérieur de l’entreprise et qu’elles peuvent être valorisées sur les marchés en interne comme en externe. Ou comment innover autrement en coopérant pour créer une richesse durable...

L'innovation ouverte est parfois une expression trompeuse, selon Michel Berson, car on la confond avec l'open source. On aurait dû traduire ce concept par « innovation partagée ou en collaboration ».

Cette notion a été théorisée par Henry Chesbrough, professeur et directeur du Center for Open Innovation à Berkeley, il y a une dizaine d’années. En observant de grandes entreprises telles qu'IBM et Intel se tourner vers l’extérieur et partager leurs travaux en Recherche & Développement afin d’innover plus vite et efficacement, Chesbrough s’est interrogé sur les causes et les effets de ce phénomène.

Il en a déduit que les entreprises ne peuvent plus continuer à gérer les connaissances comme elles le faisaient au XXe siècle. Ceci en raison de :

  • la forte mobilité d’une population croissante de hauts diplômés qui diffusent les savoirs à travers le monde = « syndrome de mélange culturel »
  • la réduction des cycles de vie des technologies qui deviennent rapidement obsolètes = « time to market »
  • l’expansion du capital risque (espionnage industriel, contrefaçon…)
  • l’augmentation du niveau de connaissances des consommateurs et des fournisseurs.

Ces facteurs, dits d’érosion, obligent les grandes entreprises à valoriser leurs résultats de recherche à l’extérieur et développer des pôles de connaissances en partenariat avec des fournisseurs, sociétés de secteurs voisins ou éloignés, universités, centres de recherche publique... 

Récemment, des entreprises françaises ont pris le pas, à l’image de Carmat, association entre le professeur Carpentier et Matra du groupe EADS, qui se sont associés en 2008 afin de mener à bien le projet fou du cœur artificiel. Idem pour Solar Impulse, rêve de l’ingénieur Bertrand Picard de construire un avion solaire qui vole la nuit, fruit d’une collaboration entre une école d’ingénieurs de Lausanne et Dassault.

S'organiser en secteur économique pour participer à l'innovation ouverte en partageant les risques et la valeur produite peut paraître ardu, mais très productif. L’ancienne ministre Marie-Anne Montchamp est convaincue que l'industrie française doit se confronter au choc de l'innovation ouverte, car l'innovation est le fer de lance mondial au coeur de la compétitivité. L'écosystème entreprenarial doit reposer, selon elle, sur des infrastructures privées et services publics de qualités formant une sorte de « coopétition », mélange de compétition et coopération.

Aujourd'hui on est dans le partage et l'échange, les « clusters » ou écosystèmes économiques créés sur des filières précises de hautes technologies comme le technopôle d'Evry ou le plateau de Saclay étant à développer et à généraliser. La nouveauté est la diversité des partenaires et la variété des thématiques. Les flux vont dans tous les sens. Parfois, c'est l'extérieur qui vient vers l'entreprise, avec une idée comme avec le coeur artificiel ou l’avion solaire. Mais en général, c'est l'entreprise qui partage une idée avec une autre. Par exemple, Philips éclairage, inventeur d’une onde très précise destinée aux télécommandes pour luminaires trop chère à produire, a partagé cette technologie avec Altran qui en a fait des pompes à insuline facilitant la vie aux diabétiques.

 

Comment faire émerger un secteur économique de l'innovation ?

L’innovation est un entonnoir qui intègre culture, vitesse et adaptation.

Florin Paun, directeur adjoint Innovation industrielle à l’Office nationale d’études et de recherches aérospatiales (ONERA), rappelle que la France est à l'origine du mot et du concept d'entrepreneur. Pour lui, un chercheur doit être évalué non sur le nombre de ses publications, mais sur le nombre de jobs que ses innovations ont créé. Il se demande d'où vient le blocage culturel français sur l’argent, « ne fabriquons pas des innovateurs, mais des entrepreneurs ». Un autre travers national est le manque de confiance et la peur du risque juridique. La valorisation du risque et la non stigmatisation de l'échec font défaut en France comparé à l'autre coté de l'Atlantique. Il faut impérativement dépasser ces blocages et travailler en collaboration.

Le député du Bas-Rhin, Patrick Etzel, alerte sur un certain décrochage de la France sur l'innovation. La France est en 5e position mondiale en Recherche et Développement, mais en 16e place pour l'innovation (seulement la 14e dans l'UE !). Il faut pousser la recherche fondamentale le plus vite possible, en stabilisant les dispositifs fiscaux qui changent tous les ans.

Pour cela, il faut faire changer la culture de l'administration fiscale. « L'instabilité fiscale est la meilleure ennemie de l'innovation technologique » selon le député UMP Alain Chrétien. « Le chercheur français est le chercheur le plus cher au monde » ajoute Philippe Salle, pdg du groupe Altran.

En outre, le CIR (crédit d’impôt recherche) est un véritable atout à l'international défendu par tous les parlementaires et chefs d’entreprises, comme le Pacte PME (association entre grands comptes publics ou privés et PME innovantes permettant l’émergence d’ETI « entreprises de taille intermédiaire » formées par les meilleures PME). Il faudrait aussi s’inspirer des modèles étasunien et allemand. Aux Etats-Unis, le Small business Act inscrit dans la loi une sorte d'obligation de partenariat entre grandes et petites entreprises. Chaque ministre doit ainsi justifier d’une part déterminée de PME dans ses achats. L'Allemagne a quant à elle un système d'ETI spécifique et un continuum entre le monde des institutions financières et les structures de recherches universitaires. Selon Emmanuel Leprince, directeur général de Pacte PME, l’association a intégré la dynamique vertueuse américaine à défaut des pouvoirs publics.

Quelles solutions doivent apporter les Pouvoirs publics?

Depuis 15 ans, il y a un profond changement des mentalités relativement à la création d'entreprises. Il faut que les Pouvoirs publics continuent leurs efforts sur les aides aux start-up. Aujourd'hui, l'innovation vient du monde de l'entreprise, « le colbertisme c'est fini » rappelle Alain Chrétien. Avant on ne pensait que par la recherche publique, dorénavant le privé tient la barre.

Au cours des deux dernières années le montant du capital investissement des entreprises a été divisé par deux à cause de la crise. On a investit 1 milliard en innovation en France contre 4 milliards aux Etats-Unis et 2 milliards au Royaume-Uni.

Gabrielle Gauthey, présidente de la commission recherche et innovation du MEDEF, souligne que "ce n'est pas normal que 40 % des jeunes diplômés ingénieurs français trouvent leur premier emploi à l'étranger".

Le député socialiste Jean-Pierre Le Roch rappelle que pour beaucoup des PME et ETI s'offrir de la recherche est très compliqué, c’est pourquoi l’Etat doit leur faciliter les choses. En Bretagne, il a mis en place un pôle universitaire relié à un IUT avec une plate-forme technologique ouverte aux PME qui peuvent venir chercher de l'aide auprès des enseignants chercheurs et étudiants. Il faut arriver à faire progresser la cohérence du système d'aide à l'innovation. La stratégie nationale de recherche se met en place, ce sera l'intégration avec les partenaires publics et privés pour proposer des priorités sur les secteurs d'avenir.

Les facteurs clés, ce sont les personnes, la concentration d'intelligences et le goût d'entreprendre. "Les jeunes Français sont très innovants, ils ont le goût de l'entreprise", selon Hervé Biausser, directeur de L’Ecole Centrale.

Le ministre délégué chargé du Budget, Bernard Cazeneuve, a conclu cette matinée de débats en disant « Ce que nous devons faire en matière d'innovation est l'un des éléments de la compétitivité de demain. Il y a deux défis : faire un effort sur le coût du travail et monter en gamme la qualité de nos produits d'innovation ». Pour cela, il faut donc créer les conditions d'un environnement fiscal stabilisé, et d'un paysage qui encourage le risque par rapport à la rente.  Enfin, le ministre s’engage à travailler sur une fiscalité plus stable, une culture du partage et du risque, une meilleure organisation du territoire pour plus de partenariats et l’insertion de l’innovation ouverte dans les politiques européennes (énergétique, transport, numérique).

 

 




Anne MOREAUX
Journaliste

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