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Innovation : le cabinet GMBA Walter France lance une appli de gestion du CIR

Expert-comptable et commissaire aux comptes associé gérant du cabinet GMBA Walter France depuis 2001, Raymond Dorge et d'autres associés du cabinet accompagnent quotidiennement, depuis leurs bureaux d'Orsay, au cœur de la technopole Paris-Sud du plateau de Saclay, ainsi que sur Paris, des entrepreneurs et des start-up dans leur gestion du Crédit impôt recherche (CIR). Pour leur simplifier la vie, il a décidé de leur offrir une application de gestion de cet outil fiscal complexe.
Innovation : le cabinet GMBA Walter France lance une appli de gestion du CIR
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Affiches Parisiennes : Votre cabinet a développé une appli inédite dédiée à la gestion du CIR. Comment vous est venue cette idée ? Était-ce une demande du terrain formulée par votre clientèle de start-up ?

Raymond Dorge : En réalité, c'est plutôt un constat fait suite à une période fiscale qui avait beaucoup traîné en longueur avec les start-up, pour récolter leurs infos, les traiter, faire leurs bilans et leurs CIR. C'est compliqué pour elles car elles rencontrent toujours des difficultés de gestion de leur CIR notamment sur le calcul des dépenses afférentes aux différents projets de recherche qui doivent être en phase avec les options comptables retenues. Elles rencontrent aussi des difficultés sur la gestion des subventions qui elles aussi doivent être en phase avec les options comptables. Je me suis alors tourné vers le marché pour voir s'il n'y avait pas un outil qui était capable de gérer ces points-là.

À l'époque, j'ai trouvé une seule application que j'ai présentée à une associée et deux collaboratrices spécialisées dans l'accompagnement des start-up. Elle n'a pas correspondu à nos besoins car elle était vraiment orientée grandes entreprises sans aucune expertise métier, avec uniquement du traitement de données de R & D sans aucune valeur ajoutée dans la restitution de ce type d'informations dont nous avons besoin. Nous avons donc eu l'idée de développer notre propre appli pour nos clients, avec davantage d'options de gestion et d'analyse des données correspondant aux informations que les start-up doivent nous fournir

Vu notre localisation, à Orsay, sur le plateau de Saclay, j'ai donc contacté la Junior entreprise de l'école Polytechnique pour savoir s'ils étaient intéressés pour développer cette application. Ils ont tout de suite accepté et c'est comme ça qu'on a commencé à développer eliXcir. Et fin 2018, on s'est lancé dans le cahier des charges puis dans le déploiement de cette appli avec un ingénieur de Polytechnique, Romain, qui continue de l'améliorer.

A.-P. : En quoi consiste cette fameuse appli eliXcir ?

R. D. : Notre appli offre à nos clients des gains de temps et de fiabilité dans la gestion de leur CIR. Elle facilite la gestion et accélère l'établissement du bilan et donc du CIR. Elle facilite aussi le recouvrement des subventions. On y saisit ou on récupère des temps et des factures qui sont fléchés sur des subventions et des projets. Bien renseignée, elle permet de connaître en temps réel le montant de son CIR de manière très précise ainsi que le montant de suivi des dépenses sur les subventions afin de pouvoir toucher les différentes tranches et le solde le plus vite possible. Elle réunit toutes les informations pour faire un bilan très rapidement en fin d'année.

Les start-up bêta-testeuses onboardées en 2020 ont établi leurs comptes courant janvier et plusieurs ont perçu leur CIR dès février 2021 alors que ça peut prendre beaucoup plus de temps, jusqu'au mois de novembre parfois. Les responsables R & D en charge de la transmission et du suivi des projets CIR ont ainsi validé sa valeur ajoutée.

L'appli permet donc de piloter tout ce qui tourne autour du CIR dans une entreprise, et plus globalement de la R & D.

A.-P. : Combien de temps a-t-il fallu pour la développer ?

R. D. : Nous avons commencé le cahier des charges fin 2018 et le développement s'est fait après des dizaines de test de notre part et d'allers-retours avec Romain. Fin 2019, nous avions notre proto. Et puis début 2020 arrêt… mise en test chez une poignée de clients mais nous n'avons pas vraiment eu le temps de nous concentrer dessus ! On s'est remis sur le sujet à la fin de l'année et aujourd'hui on met le turbo, notamment pour améliorer le « friendly user » grâce à Romain qui nous a rejoint 2 jours par semaine depuis le quatrième trimestre 2020 et sur le premier trimestre 2021. Depuis peu, nous avons aussi mis notre équipe de communication sur le coup.

A.-P. : Combien de clients utilisent déjà eliXcir ?

R. D. : Nous sommes allés chercher les premiers clients dans notre écosystème, puisque nous accompagnons environ 250 start-up. Pour l'instant, nous avons une petite vingtaine d'entreprises qui utilisent l'appli et allons la présenter progressivement. Nous la proposons aussi à tous nos nouveaux clients qui font de la R & D.

A.-P. : L'appli en est-elle en constante amélioration ? Un nouveau module est-il en préparation par votre développeur ?

R. D. : Effectivement, on travaille toujours dessus. Pour l'instant, notre application gère uniquement le CIR mais on reçoit beaucoup de demandes pour gérer le CII (Crédit d'impôts innovation qui est réservé aux PME, ndlr). Notre développeur est donc en train d'ajouter la gestion du CII dans l'appli. Quand les collaborateurs rentreront leurs temps de travail dans l'outil, ils auront ainsi le choix d'indiquer s'ils sont sur un projet de R & D par le CIR ou le CII. Les utilisateurs peuvent depuis peu scanner toutes les dépenses de l'entreprise afin que l'outil puisse servir de GED (gestion électronique de documents, ndlr).

A.-P. : Comptez-vous créer de nouvelles applis de ce type, par exemple dédiées à d'autres crédits d'impôts pour les entreprises ?

R. D. : Pourquoi pas ? Nous sommes aussi spécialisés sur notre site du 20ème à Paris dans le secteur associatif et culturel qui bénéficie aussi de subventions et de crédits d'impôt et donc, il est envisageable d'adapter eliXcir pour le crédit d'impôt audiovisuel, ou encore prévoir un outil de suivi comptable pour les grandes associations qui ont beaucoup de comptes à rendre. Ça pourrait très bien se faire mais pour le moment notre objectif reste les start-up et l'innovation vu que nous sommes implantés sur le plateau de Saclay.

A.-P. : Depuis combien de temps vous intéressez-vous au déploiement de solutions de gestion collaborative ?

R. D. : Chez GMBA Walter France, nous avons toujours été précurseurs sur l'utilisation des nouvelles technologies et produits, notre responsable digital fait une veille permanente et quand nous ne trouvons pas, nous essayons de faire évoluer l'existant ou nous innovons. Il y a plusieurs années maintenant nous avions développé avec un partenaire un outil, GMB'DIAG360, qui n'a rien à voir car il sert à la valorisation des fonds de commerce. Ce n'est pas une appli mais c'est un logiciel très pratique qui permet de valoriser ce qu'on appelle communément le goodwill des entreprises, qui correspond à la différence entre leur valeur d'achat et leur valeur économique actuelle, sous forme de questionnaire. En fait, notre objectif est de créer des outils professionnels qui facilitent notre gestion et/ou celle de nos clients.

Actuellement, nous sommes aussi en cours de réflexion pour développer un outil intelligent de révision comptable.

A.-P. : Le développement d'une telle appli représente-t-il un coût important pour votre cabinet ?

R. D. : Bien sûr. Au début, on pensait se lancer dans un petit projet de quelques mois et faire aussi un peu de com autour mais finalement l'intérêt suscité chez nos clients bêta-testeurs nous a poussé à aller plus loin. En plus, Romain, notre polytechnicien, a adhéré au projet en créant sa propre structure pour pouvoir nous accompagner plus longtemps, donc on a été pris au jeu et on y a passé un temps fou, peut-être l'équivalent d'un temps complet sur une année sans compter Romain.

Une fois que la V3, intégrant la gestion du CII, sera terminée je pense qu'on s'arrêtera en termes de développement. Donc oui, c'est un investissement assez lourd. Après, c'est un produit qu'on n'a aucun souci à placer auprès de nos nouveaux clients qui font de la R & D donc nous sommes satisfaits.

A.-P. : Considérez-vous le CIR comme un dispositif simple et efficace ?

R. D. : Oui, c'est un excellent dispositif. Après, chez GMBA Walter France on le trouve simple maintenant mais pour un non initié ce n'est pas si évident à mettre en place. Il y a effectivement une quinzaine de points sensibles à connaître pour optimiser le CIR et avoir des comptes annuels de start-up. Ça reste du domaine comptable / fiscal qui est complexe et demande de maîtriser certains artifices d'optimisation. Dans notre cas, cela fait quinze ans qu'on travaille dessus donc évidemment nous sommes très performants !

A.-P. : Les investissements de l'Etat liés au CIR sont chiffrés à près de 6 milliards d'euros, représentant les 3/5e du montant des dépenses pour l'innovation. Est-ce un budget suffisant pour assurer la relance ?

R. D. : Suffisant, je ne sais pas, mais en tout cas plutôt considérable et essentiel pour le développement et l'innovation, même si ce budget est rogné tous les ans. En effet, la base des taux de frais de fonctionnement est passée de 50 % à 43 %.

Ces 6 milliards représentent un budget conséquent pour l'Etat mais permettent aussi la croissance des entreprises. Ces dernières peuvent aujourd'hui embaucher de jeunes docteurs pour venir faire de la recherche pour quasiment rien, voire ça leur fait gagner de l'argent ! Il me semble que les dispositifs mis en place sont vraiment très efficaces. La preuve en est que beaucoup de sociétés françaises, même étrangères, parties aux Etats-Unis pour obtenir des financements, conservent leur pôle recherche en France afin de bénéficier de ces aides d'Etat.

A.-P. : La crise engendrée par la pandémie aura-t-elle un impact sur l'investissement dans la recherche et les demandes de CIR selon vous ?

R. D. : Certainement, et plutôt positif puisqu'il n'y a jamais eu autant de levées de fonds. La crise a plutôt freiné le développement de certains grands projets et stoppée l'événementiel, mais elle a boosté les investissements dans la recherche et dans le digital. Elle aura finalement été bénéfique pour l'innovation et l'écosystème des start-up.

A.-P. : Connaissez-vous des confrères expert-comptables et commissaires aux comptes qui développent aussi des outils de gestion à destination des entreprises ?

R. D. : Sur la gestion du CIR, à ma connaissance non, je ne connais aucun autre cabinet proposant une application métier. Toutefois, je connais un confrère du réseau Walter France qui a fait une plateforme pour gérer les auto-entrepreneurs. Sinon je n'en vois pas d'autres. n

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