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Inégalités en Europe : notre modèle social (remis) en question

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Inégalités en Europe :  notre modèle social (remis) en question
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Au centre de nombreux débats politiques et économiques, la question des écarts de richesse interpelle directement notre modèle social européen. Celui-ci a-t-il su résister à cette montée des inégalités depuis 1980 ? La croissance n'aurait-elle profitée qu'aux plus riches ? Pas si simple…

Un récent rapport du Laboratoire sur les Inégalités Mondiales démontre que l'Europe est l'un des continents qui a su le mieux faire face à la montée des inégalités de revenus observée dans le monde depuis le début des années 1980.

Pourtant, même si la croissance européenne a elle aussi été inégalitaire entre 1980 et 2017, les 1 % d'Européens les plus riches ont vu leur revenu moyen augmenter deux fois plus vite que celui des 50 % les moins fortunés. Visible dans la quasi-totalité des pays membres, cette montée des écarts s'est étendue dans un contexte de concurrence fiscale accrue entre États de l'Union qui a sapé la progressivité de l'impôt.

Le rapport publié en mars dernier précise que jusqu'à présent, les institutions européennes sont restées focalisées sur la réduction des inégalités entre États membres. Les écarts de revenus moyens indiquent pourtant une faible part des injustices en Europe, fruit des inégalités propres à chaque pays.

Une répartition plus égalitaire…

Les politiques de l'Union ont du mal à promouvoir une croissance plus inclusive. Aujourd'hui, le taux de pauvreté en Europe est de 21 %, il se maintient et reste ainsi au même niveau qu'au milieu des années 2000. Si ces écarts sont bien plus faibles qu'aux États-Unis, les orientations sociales et fiscales des pays membres y sont pour beaucoup.

Elles permettent une répartition plus juste des revenus avant impôts grâce à des systèmes éducatifs et de santé plus égalitaires qu'outre-Atlantique. Même si l'Europe ne dispose pas encore d'outils permettant de mesurer systématiquement les dynamiques de revenus, ses institutions se sont récemment engagées à suivre l'évolution des inégalités à l'intérieur de chaque État à travers le Pilier des Droits Sociaux (2017) et les Objectifs du Développement Durable (adoptés en 2015 sous l'égide des Nations unies).

À l'aide de données nouvelles et d'un travail d'harmonisation mêlant comptes nationaux (d'où proviennent les chiffres sur la croissance du produit intérieur brut), données fiscales et enquêtes des ménages, il est désormais possible d'étudier de manière systématique l'évolution des inégalités de revenus avant et après impôts, aussi bien au niveau national qu'au sein de l'ensemble des pays européens.

… Mais plus d'injustices en fonction des pays

Toujours selon ce rapport, alors que les pays pauvres d'Europe de l'Est ont vu leurs revenus nationaux croître plus vite qu'à l'Ouest depuis le début des années 2000, cette tendance à la hausse n'est pour l'instant parvenue qu'à compenser les récessions associées à la transition des pays communistes au capitalisme depuis le début des années 1990.

De même, il existe un réel décrochage des pays d'Europe du Sud (Espagne, Portugal, Grèce et Italie) par rapport au revenu moyen depuis la crise. En parallèle, les pays scandinaves – déjà aisés au début des années 1980 – ont vu leurs revenus par adulte croître significativement plus vite que la moyenne continentale. Ainsi, les transferts nets de revenus entre pays de l'Union européenne sont plus favorables aux pays riches qu'aux pays pauvres même si l'on tient compte des contributions nettes des recettes des différents États.

Les flux de revenus nets entrant dans les pays de l'Est grâce au budget européen sont de l'ordre de 1 % à 2 % du PIB, alors que les flux sortants nets de ces pays sont de l'ordre de 2 % à 5 % du PIB chaque année. Si les investissements provenant de l'Ouest ont eu un impact positif sur la productivité des pays de l'Est, il n'en demeure pas moins qu'une partie des gains de productivité a été captée sous forme de profits par les investisseurs étrangers. L'impact réel de ces investissements sur les salaires devrait donc être davantage étudié. La montée des inégalités à l'intérieur des pays, combinée à l'absence d'une véritable harmonie des revenus moyens entre pays au cours des dernières décennies ont créé des inégalités entre citoyens européens depuis 1980.

Aujourd'hui, la part du revenu total captée par les 10 % des Européens les plus riches est d'environ 34 % et cette part resterait supérieure à 30 % si les revenus moyens des pays européens convergeaient parfaitement. C'est dans les pays aux degrés de développement les plus faibles (Europe du Sud et Balkans) que la pauvreté est actuellement la plus marquée. Ces États combinent notamment des niveaux faibles d'éducation et de formation continue ainsi qu'une absence marquée de législation protégeant les travailleurs et les salariés.

À l'inverse, c'est en Europe du Nord, en Europe centrale (République tchèque, Slovaquie, Autriche et Hongrie) et en Europe de l'Ouest (France, Belgique et Luxembourg) que l'on observe les taux de pauvreté les plus faibles. Ces pays se caractérisent généralement par des mécanismes efficaces de redistribution, des prestations sociales marquées et des règles plus strictes de protection et de régulation des salaires.

Alors, que faire ?

Si l'on tient compte du fait que les dépenses sociales dans les domaines de l'éducation, de la santé, des retraites et d'autres secteurs sont nettement plus élevées en Europe qu'aux États-Unis (25 % à 28 % du PIB en Europe contre 19% aux États-Unis), l'accès à la santé reste généralement plus égalitaire en Europe qu'aux États-Unis, notamment grâce à la gratuité ou au faible coût des soins et des formations sur le continent. Cela contribue à une meilleure répartition des revenus avant impôts.

De plus, la logique de concurrence fiscale entre États membres a contribué à réduire la progressivité de nombreuses taxes. Ainsi, le taux supérieur d'imposition des entreprises est passé de près de 50 % au début des années 1980 à 25 % aujourd'hui.

Le taux marginal supérieur d'impôt sur le revenu a lui aussi baissé dans la plupart des pays européens. En parallèle, la TVA, qui pèse de manière disproportionnée sur les salaires les moins élevés, a augmenté en moyenne de plus de trois points depuis le début des années 1980. Si depuis, l'Europe a réussi à contenir la hausse des inégalités bien plus que d'autres régions du monde, les écarts de revenus (avant et après impôts) ont tout de même augmenté dans une grande majorité de pays. Cela a entrainé une hausse des inégalités de revenus entre citoyens.

Alors que les politiques de l'Union ont, jusqu'ici, été focalisées sur la convergence des niveaux de revenus moyens entre pays ou régions, l'étude systémique des inégalités de revenus en Europe montre que le niveau d'inégalités entre ressortissants est quasiment déterminé par les inégalités à l'intérieur des pays respectifs.

Si l'Union européenne souhaite contenir la hausse des écarts dans un futur proche, elle devra aider davantage les États membres dans leurs politiques de réduction des inégalités, sans menacer leur modèle social. Cela pourrait passer par la mise en place de politiques fiscales communes dans le but de stopper la course à la régressivité de l'impôt dans laquelle se sont lancés les pays membres depuis trois décennies.

La mise en place d'impôts communs sur les revenus, les patrimoines ou les entreprises permettrait non seulement de rehausser le niveau de l'impôt progressif en Europe mais permettrait aussi de financer de façon graduelle le niveau (parfois important) des dépenses sociales européennes. Ces dépenses jouent un rôle primordial dans la réduction des inégalités avant impôts.

Enfin, l'Union européenne doit être en mesure de créer les conditions d'un financement pérenne et équitable des services publics, notamment via une fiscalité plus progressive sur les individus et les entreprises.




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