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Île-de-France : le bio, une alternative à la crise agricole

Alors que la crise agricole fait rage en France, le Groupement des agriculteurs biologiques d'Île-de-France (GAB IDF), présent au Salon de l'agriculture, tire son épingle du jeu. Accompagnement, développement, sensibilisation… Le président du GAB, Christian Pierre, avoue ne pas connaître trop de difficultés et revendique même le bio comme un modèle économique pérenne.
Île-de-France : le bio, une alternative à la crise agricole
© A.P. - Emilie Artus, exploitante biologique d'ânesses laitières à Chennevières-Sur-Marne, est à la tête de l'entreprise Téliane

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Il y a foule dans les allées du Salon de l’agriculture. Sur le stand de la région Île-de-France une tour Eiffel s’élève à l’entrée principale du pavillon. Au pied de celle-ci se trouve Christian Pierre (photo ci-dessous), président du Groupement des agriculteurs biologiques d’Île-de-France (GABIDF).

Ce réseau d’agriculteurs biologiques d’Île-de-France donne une autre vision du fonctionnement de l’agriculture en pleine crise. Le GAB IDF encourage le développement de l’agriculture biologique, la vente directe et la collaboration entre agriculteurs. Il accompagne même la formation et l’installation de nouveaux agriculteurs grâce à des partenariats avec d’autres associations.

« Je n’ai pas de stock donc très peu de perte de produits »

Les agriculteurs et les producteurs membres du GAB IDF ne rencontrent pas de grandes difficultés financières. « Ça n’arrive pas beaucoup, heureusement », reconnaît Christian Pierre, président du groupement. Les paysans vendent directement aux consommateurs ou en circuit court. Ils mettent en place des stratégies leur permettant ainsi de ne pas produire plus qu’ils ne vendent. « Ils ne subissent pas les aléas des cours et des marchés », ajoute le président.

Présente sur le stand, Emilie Artus, éleveuse bio d’ânesses laitières à Chennevières-Sur-Marne, produit également des cosmétiques avec sa production de lait. Elle avoue produire uniquement ce qu’elle va vendre. « Je n’ai pas de stock et donc très peu de perte de produits. Cela ne m’oblige pas de fournir la grande distribution ou beaucoup de magasins », déclare-t-elle.

« Il y a une solidarité qui se développe »

« Il y a beaucoup d’échange entre nous… C’est la solidarité entre paysans qui fonctionne », affirme Christian Pierre. Le GAB IDF intervient dans la mise en relation entre les producteurs, les éleveurs et les agriculteurs. « Si j’ai besoin de grains pour mes ânesses, je peux faire appel à un agriculteur du GAB IDF », confie Emilie Artus.

Selon Christian Pierre, il est important de se parler et de se connaître. « La particularité des gens qui ont des problèmes est le manque de parole et d’échange. Pour éviter ça, il y a une solidarité qui se met en place… On se serre les coudes, on s’entraide. »

Le GAB IDF accompagne la formation et l’installation des futurs agriculteurs. Il collabore avec l’association Terre de liens d’Île-de-France pour le rachat de terres et l’installation des agriculteurs. Il a aussi un partenariat avec Champs des Possibles pour la formation professionnelle et avec l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) pour la distribution.

L’objectif est d’installer davantage de paysans en région parisienne sur des petites exploitations, sur des terrains en friches ou sur des parcelles de programmes immobiliers qui n’ont pas abouti.

L’association Terre de liens récupère ainsi ces terres et accompagne l’installation d’activités rurales, ou la transmission des fermes, avec l’aide du GAB IDF.

« On en a installé 11 en petite couronne », déclare Christian Pierre.

L’association de formation professionnelle d’Île-de-France, Champs des possibles, forme les futurs agriculteurs. Pour le président de GAB IDF « c’est comme une pépinière d’entreprises ». Les porteurs de projets agricoles sont formés à l’installation et à la gestion d’une ferme et ont ensuite l’opportunité de tester leur activité. Ils sont donc mis en condition réelle sous la coupe d’un autre producteur pour une durée d’1 à 3 ans. Puis, si le projet marche, ils s’installent sur un terrain en étant toujours suivi pendant 1 an par l’association. Des membres de l’Amap vont ensuite s’occuper de distribuer les produits. Au terme de cette période, l’agriculteur est définitivement lancé. « Depuis 6 ans, on a installé une centaine d’agriculteurs dans ces conditions-là. Il y en a seulement 2 ou 3 qui ont échoué », affirme Christian Pierre.

« Développer les produits bio en Île-de-France »

En plus de l’Amap, le GAB IDF travaille aussi avec les magasins bio comme Naturalia, Biocoop et Naturéo, « mais on n’a pas beaucoup de produits à vendre dans les magasins », ajoute le président.

Cependant, le GAB IDF veut augmenter la production de l’agriculture biologique en Île-de-France. « Aujourd’hui, on a un problème de volume de production », déclare Christian Pierre. Les agriculteurs membres du réseau ne sont pas très nombreux, ils sont 221 dans la région. Et ils n’ont presque pas de produits à vendre en magasins. Ils écoulent déjà tout dans l’Amap à proximité ou directement auprès du client depuis la ferme. Emilie Artus, par exemple, vend tous les samedis ses produits cosmétiques au lait d’ânesse depuis sa ferme, de 10 h à midi.

L’équipe du GAB IDF fait donc des études de marché pour connaître la demande du consommateur et quelles productions il faudrait augmenter. « Il n’y a pas un magasin qui nous échappe, ça fait partie de notre intervention pour le développement de l’agriculture biologique en Île-de-France », explique Christian Pierre.

« Si on veut une économie pérenne, elle doit être réelle »

Néanmoins, le GAB IDF n’accorde pas d’aides financières aux agriculteurs. « Ce n’est pas notre rôle », estime le président. « Il faut faire en sorte que les paysans puissent vivre de leur production correctement. On dort mieux lorsqu’on ne dépend pas de soutien financier extérieur, et donc politique. » Il conclut : « si on veut une économie pérenne, elle doit être réelle ».

Emilie Artus s’est installée en juillet 2014 avec toutes ses économies et un crédit. Pour le moment, elle ne se verse aucun salaire, elle est presque à l’équilibre. À terme, elle espère pouvoir financer 2 postes, le sien et celui de son conjoint. Aujourd’hui, ils vivent sur le salaire de son conjoint uniquement.

L’agriculture biologique en Île-de-France en chiffres

Sur les 569 000 hectares de surface cultivable agricole (Agreste-ministère de l’Agriculture), près de 11 000 hectares sont cultivés en agriculture biologique en 2015, soit 1 500 hectares en plus en 2015. Les surfaces engagées en bio ont augmenté de 115 % et le nombre d’exploitations de 136 %, selon le Plan Bio 2008-2014, (plan de l’État et du Conseil régional d’Île-de-France pour le développement de l’agriculture biologique). En 2015, la surface engagée dans l’agriculture biologique a augmenté de 16 % et 23 nouvelles fermes ont été créées selon le Plan bio 2015-2020.

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