AccueilActualitéInterview« Il est nécessaire de développer une filière d’algoculture en France », Cécile Bury cofondatrice de Neptune Elements

« Il est nécessaire de développer une filière d’algoculture en France », Cécile Bury cofondatrice de Neptune Elements

La startup Neptune Elements, dont Cécile Bury et Victoire de Lapasse sont les cofondatrices, vient de lever un million d’euros après seulement un an d’existence.
« Il est nécessaire de développer une filière d’algoculture en France », Cécile Bury cofondatrice de Neptune Elements
© DR - Cécile Bury et Victoire de Lapasse

ActualitéInterview Publié le ,

Révolutionner l’alimentation et créer une filière dédiée à l’algue, c’est la mission que se sont données les deux cofondatrices de Neptune Elements, une gamme d’algues en paillettes à saupoudrer au quotidien comme un condiment.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous présentez l’entreprise ?

Cécile Bury : Neptune Elements, c’est une entreprise qui propose des algues françaises avec une double mission, celle de démocratiser les algues dans les assiettes et celle de développer une filière alimentaire durable autour de cet aliment. Quand nous parlons de développer une filière, il est question d’investir dans la culture de l’algue, c’est capital puisque la production annuelle d’algues en France correspond à 96 % d’algues sauvages pour seulement 4 % d’algues cultivées. Si nous voulons proposer aux consommateurs des algues au quotidien, il faut développer une filière, auquel cas on pillerait les ressources naturelles et ça n’aurait aucun sens puisqu’on détruirait l’écosystème. L’algue, c’est un super aliment pour l’Homme puisqu’elle a une variété nutritionnelle qui va au-delà de tout aliment terrestre, elle est riche en protéines, en vitamines et elle capture le CO2 plus vite que tout autre végétal terrestre. L’algoculture ne détruit ni terres ni océans, au contraire, les algues contribuent à reconstituer les écosystèmes marins et elle ne nécessite pas d’engrais ni de pesticides. En 2050, nous serons neuf milliards de personnes à nous nourrir sur Terre et aujourd’hui nos méthodes ne sont plus viables, les terres sont saturées. A l’inverse, les océans sont encore trop peu exploités alors qu’ils couvrent 70 % de la surface terrestre.

A.-P. : Pourquoi personne n’y a pensé avant, si la culture d’algues n’apporte que des avantages ?

En Asie, l’algoculture est déjà maîtrisée. Au Japon, l’algue est un légume du quotidien, et représente 10 % des apports nutritionnels des Japonais, c’est l’équivalent pour eux de notre consommation de salade. Là-bas, 99 % des algues consommées sont cultivées à cet effet. A côté, en Europe nous sommes encore des chasseurs-cueilleurs dans le domaine. Pourtant, la France est aujourd’hui le deuxième territoire maritime mondial derrière les États-Unis, donc nous avons vraiment du potentiel, à condition d’apprendre à maîtriser et adapter nos littoraux pour favoriser la culture de l’algue.

A.-P. : Comment êtes-vous tombées sur l’algue ?

C’est Victoire de Lapasse, aussi cofondatrice de Neptune Elements qui a eu connaissance de l’aspect bénéfique des algues pour l’Homme, grâce à ses formations dans la Marine, où il n’est pas rare de consommer des algues en mer pour les vitamines qu’elles contiennent. En faisant des recherches pendant le confinement de 2020, c’est là que nous sommes tombées sur l’impact environnemental de l’algue et nous nous sommes mises à vérifier ce qu’on lisait : nous ne pouvions pas ne rien faire et retourner dans nos vies, à attendre des années que quelqu’un créée une filière durable pour l’alimentation. Cela faisait des années que les chercheurs disaient que l’algue était l’avenir de l’alimentation mais les industriels qui ont les moyens de développer une telle filière attendaient qu’il y ait un marché, donc il fallait créer la demande. La première étape là-dessus a donc été de démocratiser le fait de manger des algues auprès des consommateurs, avec beaucoup de marketing et de connaissances. Alors nous nous sommes formées avec Victoire de Lapasse, nous avons eu notre certification en algues alimentaires en 2020 et avec nos compétences cumulées, Victoire a un CAP cuisine et elle a fait une préparation militaire dans la Marine, je suis avocate de profession et passionnée de marketing, nous avons officiellement lancé l’entreprise en mai 2021. Au final, ça nous a pris un an de travail avant de pouvoir lancer l’entreprise comme nous le souhaitions.

A.-P. : Vous n’avez pas hésité à quitter vos emplois respectifs ?

Quand nous avons fait nos projections, nous avons vu que nous allions nous mettre en difficulté financière, alors nous avons fait ça pour la mission, d’où le statut d’entreprise à mission. C’était loin d’être une opportunité : développer une filière demande énormément de temps et d’argent, mais nous ne pouvions pas dire « c’est génial, on pourrait tous manger des algues, faire baisser la température de l’atmosphère et nourrir tout le monde de façon plus pérenne et meilleure pour la santé », sans le faire. Le sujet était une nécessité : si nous ne le faisions pas, il fallait que quelqu’un le fasse.

A.-P. : Comment la gamme a-t-elle évolué ?

Dès le début, ça a très bien marché puisque nous avons vendu mille produits sur Ulule avec notre crowdfunding, on ne s’y attendait pas du tout. Depuis, Neptune Elements a été présente aux Galeries Lafayette et au BHV plusieurs fois, et de plus en plus de gens consomment nos produits et les commandent en ligne.

A.-P. : Le ministère de la Mer, l’ONU et même le Président de la République vous ont apporté leur soutien dès le début de l’aventure. Est-ce que cela vous a aidé à faire connaître Neptune Elements ?

Ça nous a directement conforté puisque nous avons vu que nous n’étions pas seules à vouloir lancer la filière, ça a donné du crédit à notre discours. D’autant plus que l’ONU a fait du lancement de la filière des algues un enjeu planétaire, le conseil a même nommé un conseiller océan spécial algues. Le Président de la République a accepté de prendre une boîte d’algues et a reconnu qu’il fallait que la France travaille sur la filière. Nous bénéficions d’un soutien absolument nécessaire pour monter une filière pareille, mais j’ai du mal à mesurer l’impact en termes de ventes ou autres.

A.-P. : Vous venez tout juste de lever un million d’euros, c’est une belle somme. En quoi va-t-elle aider au développement du projet ?

La somme va servir à recruter une équipe, il faut plus de profils techniques R&D (recherche et développement, ndlr) en interne pour créer une filière. C’est une belle levée de fonds pour une entreprise aussi jeune que la nôtre et Maître Maxime Suacaz-Laramé nous a vraiment accompagnées sur l’intégralité de notre levée de fonds. Nous voulons aussi agrandir la gamme, avoir plus de produits Neptune Elements qui s’adaptent au quotidien des Français. Et puis, il y a tout l’aspect démocratisation de l’algue qui demande de l’argent, il faut produire du contenu, comme notre ebook de 27 recettes pour apprendre à cuisiner les algues que nous offrons sur le site internet.

©Neptune Elements

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