Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

IDEETHIC : de la nécessité de l'éthique en société

le - - Droit - Actualité du droit

IDEETHIC : de la nécessité de l'éthique en société
@ AP

« Nous sommes acteurs d'un film que nous écrivons », a lancé le Premier ministre en conclusion de la conférence internationale organisée récemment par le Club des Juristes intitulée “IDEETHIC - pour une éthique de l'action politique, économique et sociale”. Les débats entre de nombreux experts de haut vol font ressortir le besoin de reconnaissance de valeurs éthiques dans quatre domaines distincts – la compliance, l'intelligence artificielle, l'environnement et la fiscalité – souvent objets de polémiques, d'autant plus vives dans notre société connectée et mondialisée.

« Les thèmes de la journée seront les contentieux du futur », a déclaré le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, avec perspicacité.

Un point de vue partagé par l'organisateur de cette journée de réflexion originale, Bernard Cazeneuve, conscient que le droit a un rôle majeur à jouer dans ces quatre domaines. Et entre droit et éthique, il n'y a qu'un pas. Ce dernier n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que « l'introduction d'Edgar Morin a bien montré la prégnance de l'éthique dans l'évolution de l'humanité ».

Hauteur philosophique

Du haut de ses 98 ans, le célèbre philosophe a fait un exposé complet sur l'éthique et les différents principes qui l'agitent. Pour lui, les exigences éthiques contemporaines sont la solidarité, la responsabilité et la résistance à la barbarie.

Citant Kant, Montaigne, Pascal, Périclès, ou encore le mythe d'Antigone, il aborde l'opposition entre l'individualisme et le communautarisme et la nécessité de prendre en compte l'humain et les droits fondamentaux. Il développe ensuite trois points :

- le principe d'incertitude éthique : toute décision est un pari, il faut donc souligner la double nécessité des principes de risques et de précaution ;

- les contradictions éthiques : conflit entre deux devoirs impérieux pour la société qu'il convient de ménager ou trancher ;

- les aveuglements éthiques : « L'enfer est toujours pavé de bonnes intentions », parfois on croit travailler pour la paix alors qu'on prépare la guerre, il faut donc toujours réfléchir aux conséquences de ses actions.

Edgar Morin n'oublie jamais d'illustrer ses riches propos par des exemples concrets de tiraillements éthiques actuels comme l'encadrement de l'intelligence artificielle (développé en fin de matinée par le député mathématicien Cédric Villani), l'affaire Vincent Lambert sur l'euthanasie ou les polémiques sur l'avortement, la PMA et la GPA « où les éthiques laïques et religieuses se confrontent ». Il alerte l'auditoire sur le « problème de régression éthique et spirituelle du monde », et de résistance à cette régression généralisée (montée du fanatisme religieux, crise économique, xénophobie, soulèvements des foules sans structure...).

« Travailler à bien penser est le secret de la morale », souligne le philosophe avec cette célèbre citation de Pascal.

« On oublie toujours que l'Homme est capable de prouesses grâce à sa raison mais reste un être extrêmement fragile et irrationnel », déclare le directeur de recherche émérite au CNRS.

Vers une éthique universelle ?

« Aujourd'hui, nous voyons dans le phénomène de la mondialisation, qui apporte une communauté de destins qui ne peut que renforcer ce sentiment d'appartenance, de responsabilité et de solidarité avec l'ensemble de la communauté humaine, ce qui permettra de développer une éthique plus universelle », ajoute-t-il.

En conclusion, Edgar Morin met le problème éthique au cœur d'un « humanisme régénéré » pour que la société reparte des droits de l'Homme et assure leur respect pour tous à travers le monde.

« L'humanité est dans l'aventure inconnue depuis la Préhistoire, inséparable d'un conflit entre ce qu'on peut appeler Éros et Thanatos , les pulsions de vie et de mort. Prenons le parti d'Éros ! », s'exclame le philosophe optimiste.

Après des échanges nourris avec la salle, notamment sur la distinction entre morale (écrite et enseignée) et éthique, le retour de la religion qui apporte espérance et consolation en période de troubles, et la désobéissance civile, Edgar Morin appelle l'auditoire à réaliser un travail de refondation de la pensée politique.

« S'agissant du gouvernement des Hommes et de la rédaction de la loi, je ne crois qu'à une seule combinaison : une volonté claire s'agissant des actes, une main tremblante s'agissant de la loi et toujours, toujours les yeux grands ouverts », a déclaré le Premier ministre, Edouard Philippe, dans son discours de conclusion.

Un mouvement global

Si le droit s'est depuis longtemps emparé des préoccupations éthiques, les entreprises commencent tout juste à en faire de même. En concurrence sur un marché de plus en plus global, leurs dirigeants sont conscients que leurs manquements peuvent finir par porter atteinte à leur réputation et par conséquent, à terme, à leur compétitivité et l'économie de leur État.

« Je pense que l'on va arriver dans un modèle où le civisme fiscal sera aussi important pour la réputation d'une entreprise que la RSE ou l'égalité homme-femme », a illustré le ministre de l'Action des Comptes publics, Gérald Darmanin.

« Nous vivons une véritable révolution de la transparence depuis le G20 de Los Cabos », a ajouté le commissaire européen Pierre Moscovici. « L'éthique ce n'est pas de la cosmétique », a rappelé quant à lui Charles Duchaine, directeur de l'agence française anticorruption (AFA), soulignant que les acteurs, privés comme publics, doivent prouver la réalité et l'efficacité des dispositifs de conformité qu'ils mettent en œuvre.

« Il faut faire évoluer les mentalités », a parfaitement résumé en anglais Laura Codruta Kövesi, procureur en chef du nouveau Parquet européen qui faisait là sa première intervention publique. Une nouvelle autorité judiciaire européenne dont les intervenants souhaitent la montée en puissance.

« Nous avons réussi à le faire en matière de protection des données, nous sommes parfaitement compétents en matière de droit de la concurrence, il n'y a donc pas de raison qu'on n'y arrive pas en matière de compliance », estime Bernard Cazeneuve avec ambition.


Le philosophe Edgar Morin a donné un très bel exposé sur l'éthique afin d'ouvrir cette journée de réflexion avec la hauteur de vue nécessaire.




Anne MOREAUX
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer