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Hervé Gbego : "Experts-comptables et clients doivent repenser leurs relations !"

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Hervé Gbego : "Experts-comptables et clients doivent repenser leurs relations !"
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Hervé Gbego a créé et anime Compta durable, le premier cabinet indépendant exclusivement dédié au développement durable et à la RSE. Il est également vice-président de l'Ordre des experts-comptables de Paris Île-de-France. Il trace l'essentiel des missions qui vont jalonner son emploi du temps dans les 18 mois qui viennent.

Affiches Parisiennes : Comment est né ce concept de cabinet associant expertise-comptable, développement durable et RSE ?

Herbé Gbego : Au début de ma carrière, j'ai eu la chance d'intervenir au sein de grands groupes, notamment spécialisés dans l'énergie. A cette occasion, j'ai dû me pencher sur les coûts de démantèlement et de dépollution. J'ai pu mesurer l'impact de ces problématiques dans les résultats financiers de l'entreprise. J'ai également travaillé sur la TGAP –taxe générale sur les activités polluante–, notamment à travers son process de calcul, en mesurant son impact sur les flux au sein de la structure et dans les comptes.
La gestion des coûts environnementaux en entreprise a ainsi constitué le socle de mon mémoire d'expertise-comptable. Après l'obtention de mon diplôme, je me suis réellement saisi de ce sujet en me rapprochant du Conseil supérieur. Ce dernier structurait justement un club dédié à cette problématique du développement durable qui fédérait déjà beaucoup de professionnels. J'avais pourtant la sensation qu'aucun n'était réellement expert sur les vrais enjeux.

J'ai fait le tour des formations qui existaient sur le sujet et je me suis arrêté sur un master « développement durable et organisation des entreprises » assez coté, à Dauphine. J'ai suivi ce master en troisième cycle. J'ai alors rencontré de nombreux professeurs de bon niveau, dont Jacques Richard qui est membre de l'ANC –Autorité des normes comptables– et expert-comptable. Il m'a enseigné la comptabilité environnementale. Au terme de ce master, il était clair pour moi que je devais me positionner sur ce type d'expertise-comptable, une spécialité que même les « Bigs » ne développent pas, hormis à travers les audits de certification, dans le cadre de la loi NRE.

A.-P. : Vous avez pensé qu'il fallait positionner l'expert-comptable sur ce développement durable...

H. G. : Oui, j'ai décidé d'inscrire un cabinet spécialisé à l'Ordre des experts-comptables. La spécialisation étant un gros mot chez nous, j'ai demandé l'inscription sous le libellé « cabinet dédié au développement durable », ce que notre institution a accepté. C'est ainsi que j'ai créé Compta Durable, avec des associés minoritaires, spécialistes du développement durable.

A.-P. : Quelle est ce concept de comptabilité durable ?

H. G. : La plupart des gens se trompe souvent sur le rôle de l'expert-comptable et sur les données comptables traitées pour une entreprise. Ils voient essentiellement le bilan comptable et la liasse fiscale, sans prendre en compte l'ensemble des flux que l'expert-comptable est en capacité de traiter.
Premier constat, nous traitons un grand nombre de données quantitatives, voire qualitatives. Parmi ces dernières, nous sommes en capacité de traiter des quantités de matières premières, le nombre de kilomètres parcourus et, pourquoi pas, le volume d'eau et le nombre de kW/h consommés annuellement. Toutes ces informations extra-financières ont un impact direct sur les questions environnementales. Experts-comptables et clients doivent donc repenser leurs relations et, plus généralement, la comptabilité.
J'ai, par exemple, suivi la formation « bilan carbone » de l'Ademe. Je me suis rendu compte que les informations injectées dans l'outil de calcul de ce bilan se retrouve de 70 à 80 % dans une comptabilité analytique bien pensée. Il est quand même dommage que les experts-comptables ne soient pas suffisamment positionnés sur ces sujets alors que nous traitons ces données extra-financières qui pourraient parfaitement être valorisées à l'air de la smart data.

Par ailleurs, beaucoup d'entreprises communiquent autour du développement durable ; le plus souvent, c'est du « greenwashing », de l'écoblanchiment... Les commissaires aux comptes pourraient très bien intervenir, ainsi que la loi –article 225 Grenelle II, Nouvelles obligations de transparence sur les informations environnementales, sociales et sociétales– les y autorise à présent, comme tiers indépendants, capables de certifier ces déclarations, accrédités par le Cofrac –association chargée de l'accréditation des laboratoires, organismes certificateurs et d'inspection, ndlr.
Notre cabinet a été l'un des premiers accrédités en France, avant même des organismes, comme Bureau Veritas, qui se sont également positionnés sur ce secteur.

A.-P. : Votre travail de réflexion ne s'est pas arrêté là...

H. G. : Non, au-delà de l'audit et du meilleur traitement de l'information financière non structurée, j'ai voulu aller plus loin en créant un comité scientifique et en finançant des thèses de trois ans en contrat Cifre –Conventions industrielles de formation par la recherche– ; la première sur la comptabilité environnementale, une deuxième sur la comptabilité en biodiversité et une troisième sur la comptabilité carbone. La cellule d'innovation que nous avons montée ne s'intéresse qu'à la recherche appliquée.

Toutes ces thèses nous donnent de la crédibilité vis-à-vis des clients que nous approchons, essentiellement des grands comptes. Nous avons également gagné un marché très important avec les Fermes d'avenir, un concept de structures agricoles écologiques pour qui nous mettons en place une comptabilité environnementale.
Nous portons actuellement deux modèles : « Care », comptabilité adaptée au renouvellement de l'environnement, et « MGV », modèle de gestion pour la viabilité des socio-écosystèmes. Nous appliquons ces deux modèles dans les fermes pour accompagner la transition écologique et sociétale. Nous ne traitons pas que de l'environnement. Nous prenons également en compte l'aspect humain. Nous développons parallèlement des missions de reporting développement durable et reporting RSE.

A.-P. : Vous vous investissez également au sein de l'Ordre des experts-comptables de Paris – Île-de-France. Vous en êtes d'ailleurs le vice-président. Quelles sont actuellement vos missions ?

H. G. : On me connaît mieux sur la partie RSE que sur l'innovation numérique. J'envisageais pourtant de devenir informaticien. J'ai suivi une formation de deux ans d'analyste-programmeur avant de m'orienter vers la comptabilité. Durant mon parcours, j'ai ainsi eu l'occasion d'intervenir sur des systèmes d'informations. De plus, je suis depuis plusieurs mois de nouveau en formation. Je fais un troisième cycle à HEC et Mines ParisTech sur le Management des Système d'informations et des Technologie. Je connais donc bien la problématique de la mutation digitale.

En 2015, pour ECF, Julien Tokarz m'a demandé de relancer la commission innovation, notamment à travers une nouvelle façon de réfléchir à la transition numérique, avec la création des barcamps et d'un MOOC en cours de réalisation.
Quand nous avons gagné les élections à l'Ordre de Paris, Laurent Bénoudiz m'a bien sûr confié la commission innovation et une vice-présidence pour traiter d'autres sujets comme le management, la performance du cabinet, le marketing, la RSE et les nouvelles opportunités de missions.

A.-P. : Quels sont ces projets innovants qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

H. G. : J'ai proposé de diviser la commission dont j'ai directement la charge en différents comités qui constituent les chantiers prioritaires de cette mandature. Le premier concerne les nouvelles missions et les nouveaux marchés, avec un objectif clair et assez ambitieux qui part du constat que l'automatisation de certaines tâches va progressivement impacter le chiffre d'affaires des cabinets en libérant du temps pour d'autres missions. Quelles missions ? Avec quels collaborateurs ? Voilà les questions dont les réponses incombent à ce premier comité. Nous allons prochainement lancer un chantier prioritaire en partant de l'idée du full service. Dans ce cadre, nous allons proposer une mission d'assistance administrative intégrant en plus de la stricte comptabilité, le « « facility management », la gestion des règlements... pour les consultants, les TPE et les PME. Nous pensons également à des missions premium, sur mesure, plus spécifiques, de type DAF –direction administrative et financière–, avec un accompagnement sur la stratégie de développement, les financements, les arbitrages... Nous allons monter le club « DAF externalisés » dédié et nous souhaitons faire un partenariat avec l'Association des directeurs financiers et contrôleurs de gestion. Nous souhaitons également lancer une formation certifiante à travers des modules de plusieurs mois.

Nous allons également travailler sur la performance des cabinets, en intégrant bien sûr des outils technologiques, mais aussi en transformant le modèle économique. Dans l'avenir, nous allons sans doute intervenir plus naturellement sur des plateformes collaboratives. Au-delà des outils, il ne faut surtout pas oublier le management, le marketing et la stratégie.
Nous allons par ailleurs travailler la conduite du changement en intégrant le comportemental, l'aptitude des collaborateurs...

Je vais parallèlement continuer à avancer sur la RSE avec Charlotte Zweibaum, présidente du comité RSE et développement durable.
Enfin, au sein du comité numérique et transition digitale, nous allons travailler sur une mission que nous a confiée Laurent Bénoudiz autour de la plateforme de cotraitance des missions. Nous allons aussi intensifier notre rôle de vigie au sein de l'écosystème des fintechs. Avec le service « accountech », nous cherchons à mettre en place une sorte d'incubateur à travers lequel nous allons nous intéresser aux outils innovants pour notre secteur d'activité, en accompagnant leurs créateurs.




Jean-Paul VIART
Journaliste

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