AccueilEntrepriseVie des entreprisesHeerun Ghurburrun présente les atouts économiques de Maurice, île moderne et cosmopolite

Heerun Ghurburrun présente les atouts économiques de Maurice, île moderne et cosmopolite

Le conseiller aborde la situation et le rayonnement économiques de Maurice, dont une délégation participera à un tour de France en mai prochain, afin de valoriser le marché immobilier mauricien.
Heerun Ghurburrun présente les atouts économiques de Maurice, île moderne et cosmopolite
© Adobe Stock

EntrepriseVie des entreprises Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Heerun Ghurburrun est conseiller économique auprès de l’Ambassade de la République de Maurice en France. Il est également responsable de l’Economic Development Board (EDB) de l'île en France, agence gouvernementale pour le développement et la promotion économique de Maurice qui opère sous la tutelle du ministère des Finances et du Développement économique.

Affiches Parisiennes : En tant que responsable de l’Economic Development Board (EDB) de Maurice, pouvez-vous nous présenter cette agence de développement et son activité ?

Heerun Ghurburrun : L’EDB de Maurice est une agence de l'Etat mauricien qui opère sous l'autorité du Premier ministre de la République de Maurice et sous la tutelle du ministère des Finances et du Développement économique. Elle assure la promotion de tous les secteurs économiques de Maurice, la planification en matière de développement économique et l'amélioration du climat des affaires du pays, de manière à faciliter le développement des entreprises sous tous les aspects ; aussi bien commercial, qu’industriel. L’EDB est une agence stratégique relativement récente, née de la fusion d’agences préexistantes.

Au fil des années, Maurice a connu un développement économique très avancé, notamment grâce à une grande diversification de ses secteurs d’activité. Cet essor a contribué à l’obtention d’un PIB par habitant approchant 12 700 dollars. En 2020, la Banque mondiale a classé Maurice parmi les pays à hauts revenus : une très grande réussite pour l’État, lorsque l’on sait qu’au moment de son accession à son indépendance en 1968, le PIB par habitant était inférieur à 200 dollars, et que Maurice a été contraint de trouver des stratégies et des moyens de créer plus de valeur ajoutée pour soutenir sa croissance économique et développer une politique de diversification accélérée.

Le Gouvernement mauricien s’était fixé l’objectif d'arriver à au moins 20 000 dollars de PIB par habitant en 2030. Pour atteindre ce but, il ne pouvait plus y avoir d’agences travaillant chacune de leur côté. Il fallait susciter une véritable synergie, avec une grande une force de frappe, afin que Maurice ait les ressources pour assurer sa promotion à l'international, maintenir son développement économique, et en définitive, soutenir l'action du Gouvernement. D’où la création de l’EDB.

A.- P. : L'île Maurice, souvent perçue comme une destination paradisiaque, l’est aussi désormais comme une destination d’affaires qui attire de plus en plus de start-ups françaises. Quelles sont les conditions qui permettent l'implantation sur l'Ile Maurice ?

H. G. : Maurice est connue dans le monde entier comme une grande destination touristique très appréciée de par le monde et surtout par les Français. Près d’un tiers des touristes sont des Français. De plus, presque 60 % du tourisme mauricien est européen. Parallèlement, le développement économique de Maurice s’est fait en deux grandes phases. A l’indépendance de Maurice en 1968, la culture de la canne à sucre était l’unique source de richesse de Maurice. Elle contribuait à engendrer plus de 80 % de son PIB. Durant la première phase, de 1968 jusqu'aux années 2000, l'économie mauricienne s'est fortement développée par une diplomatie économique très soutenue en faisant une utilisation très intelligente des accords commerciaux bilatéraux et d'un certain nombre de préférences commerciales et ainsi accélérer le volume des exportations mauriciennes. En plus de la canne à sucre et du tourisme, Maurice a également développé une industrie textile performante et a continué à se diversifier dans le secteur tertiaire. Dans les années 2000, avec l’apparition de l'Organisation mondiale du commerce, les préférences commerciales ont disparu. Pour Maurice, il a été difficile de résister à la forte compétitivité de certains pays, tels que la Chine. L’État a donc décidé d’opter pour une plus grande ouverture de l’économie mauricienne d’afin d’attirer plus d'investisseurs, d’entrepreneurs et de talents, ainsi que les retraités étrangers. Cette décision a nécessité une refonte en profondeur de l’environnement des affaires à Maurice, ce qu'on appelle le doing business, en remettant à plat toute la législation pour la création d'entreprise, la fiscalité, l’ouverture du secteur immobilier aux étrangers, la facilitation et simplification du cadre pour l’obtention d’un permis de résident et de travail pour les étrangers à Maurice. L'État mauricien a, par exemple, fait le choix d’un flat tax, impôt à taux unique, de 15 %. L’objectif principal était de rendre l’économie mauricienne plus compétitive, plus attractive et plus dynamique en offrant de multiples opportunités d’affaires et d’investissements. Aujourd'hui, plus de douze secteurs économiques contribuent au dynamisme de l'économie mauricienne, faisant de l’île une véritable plateforme d'affaires, où les entreprises peuvent investir dans différents secteurs. Maurice fait aussi à présent partie du top 15 mondial du classement de la Banque Mondiale sur l’attractivité du climat des affaires.

En matière de ressources humaines, Maurice bénéficie également d’un capital humain bien éduqué et de qualité, fruit d’un investissement important dans l'éducation et d’une forte diversité culturelle. L’éducation des jeunes leur permet d'atteindre des niveaux d'études supérieures et constitue un atout stratégique dans la diversification et le développement économique de l’île dans divers secteurs, notamment le numérique et la finance. L’État mauricien a notamment mis en place un cadre pour attirer les écoles et les universités à s'installer à Maurice. C’est par, exemple, le cas de l’université Panthéon-Assas mais aussi celui d’universités britanniques, australiennes, indiennes, sud-africaines, présentes à Maurice. L’île est aujourd’hui une vraie plateforme d'affaires capable de rayonner sur l'Afrique, voire l'Asie et même l'Europe.

© Adobe Stock

A.- P. : Diriez-vous que Maurice est une “start-up nation” ?

H. G. : Pas tout à fait, parce que Maurice s’est construite sur 300 ans d’histoire. L'entrepreneuriat est une notion profondément ancrée chez les Mauriciens. Quand Maurice est devenu indépendante en 1968, il fallait trouver des moyens de se développer, c’était une question de survie. Maurice était alors un pays indépendant, mais sans filet de protection. La seule solution était de travailler pour se déployer ; d’où ce fort attrait pour l'entreprenariat dans l'esprit mauricien.

Il y a eu toujours une stabilité politique, sociale et économique à Maurice, malgré les différentes alternances. La ligne conductrice du développement économique a toujours été plus ou moins la même. Avec la grande diversité de la population mauricienne, chaque communauté a conservé sa culture, sa religion, sa manière de vivre et sa langue. Si les Mauriciens parlent l'anglais et le français, deux langues obligatoires de la maternelle jusqu'au bac, ils parlent également les langues locales. Maurice a donc conservé tout l’héritage de l’époque de colonisation et a su le transformer en un atout économique. C'est une nation qui s'est construite au fil du temps mais toujours en allant vers la modernité, en restant toujours ouverte vers les autres.

A.- P. : La France est un grand partenaire de Maurice. Quelles sont les entreprises françaises présentes sur l’île ?

H. G. : On observe une très grande diversité d'entreprises françaises présentes à Maurice, allant de celles du CAC40, aux PME, TPE et aux start-ups. Les entrepreneurs français installés à Maurice, à l'inverse de ceux d’autres nationalités, ont quasiment irrigué toute l'économie mauricienne. Ils ont investi et ont développé différents secteurs d’activité. L’État français a été un grand soutien : il s’agit du premier marché touristique et le premier investisseur étranger à Maurice. La France est en première position des investissements directs étrangers (IDE) qui rentrent à Maurice, avec environ 30 % des investissements. C'est la première nationalité qui crée les entreprises et qui achète des biens immobiliers. Elle constitue aussi la nationalité la plus importante en termes d'expatriés et de retraités étrangers installés sur l’île.

Autre atout, il n'y a que deux heures de décalage entre l’île et la France et plusieurs vols quotidiens directs entre Paris et Maurice.

A.- P. : Vous avez souligné cette facilité de création d'entreprise. Concrètement, comment cela se passe pour un entrepreneur français ?

H. G. : Dans un projet d'entrepreneuriat ou de création d'entreprise, vous avez généralement deux parties. La première, en amont, consiste à préparer son projet. Le rôle de l’EDB est alors d’expliquer à l’entrepreneur le cadre économique de Maurice et lui de donner tous les éléments concernant son secteur d'activité pour qu'il arrive à se situer dans la préparation de son business plan. Nous lui fournissons gratuitement tous les éléments concernant le cadre administratif, fiscal, les coûts de création d'entreprise, la main d'œuvre, les types de profils, le recrutement etc. Une fois entré dans la phase opérationnelle, il pourra venir à Maurice pour la création de son entreprise.

Il faut savoir que le système judiciaire mauricien intègre à la fois le droit britannique et le droit français. Le droit immobilier mauricien est basé sur le Code civil français tandis que la Common Law britannique est intégrée au droit mauricien. Le droit des affaires, des sociétés ou le droit pénal sont d'inspiration britannique. Par conséquent, les avocats du barreau mauricien, ont été formés au droit français et au droit britannique.

Vous retrouverez à peu près tous les types de société présents en France, avec une grande flexibilité dans la manière de les créer. A Maurice, il n’y a pas d'obligation de déposer de statuts lors de la création d’une entreprise car ce processus est pris en compte par le droit des sociétés. Il n’est pas non plus nécessaire de disposer d’un capital minimum et de capital social bloqué pour créer une entreprise. La réflexion de la constitution de la société est donc simplifiée. L’immatriculation de la société est complètement dématérialisée et se fait via une plateforme en ligne. Il est même possible d’effectuer cette démarche depuis la France, à des coûts relativement faibles. Vous pouvez choisir de créer votre société seul ou vous de faire accompagner. Néanmoins, il est obligatoire de se faire accompagner par une société fiduciaire dans le cadre de la création d’une société de type Global Business, dont les activités sont exclusivement tournées sur l’international. Tout ce procédé est bien entendu contrôlé et régulé par l’État dans le respect des standards et normes internationaux.

A.- P. : Est-il obligatoire de publier dans un journal légal la création de la structure, comme c’est le cas en France ?

H. G. : Non vous n'avez pas l'obligation légale de publier la création de la société. Le registre des sociétés est public, n'importe qui peut consulter le profil d’une société existante, voir qui sont ses actionnaires etc. Évidemment, les informations confidentielles de la société n’y figurent pas. Cette obligation légale existe pour les sociétés cotées en bourse, pour lesquelles il est notamment demandé de publier dans les journaux des avis, des comptes, les assemblées générales, etc. Pour les autres entreprises, Maurice a fait le choix d’enlever cette contrainte, pour que le plus grand nombre puisse créer une entreprise. S’agissant du dépôt des comptes, tant que le chiffre d'affaires de la société est en-dessous du seuil indiqué par la loi, il n’y a pas l'obligation de déposer légalement des comptes.

Selon leur chiffre d’affaires, certaines doivent déposer les comptes et les faire certifier et valider par un expert-comptable. Pour les sociétés cotées en Bourse, c'est une obligation, et ce, quel que soit le chiffre d’affaires.

A.- P. : Est-ce qu'aujourd'hui l'inflation est maîtrisée ?

H. G. : Si l’on se réfère à la période pré-Covid, oui. L’inflation était de 1 % à 2 % et la croissance était aux alentours de 3 à 4 %. Avec la crise, et davantage depuis la guerre en Ukraine, l'inflation explose. Maurice importe près de 80 % de ce qui y est consommé. Nous sommes donc très dépendants de nos marchés fournisseurs et exportateurs.

Aujourd'hui, en ce qui concerne les denrées de base tels que les céréales ou le pétrole, l'Ukraine est l’un des exportateurs les plus importants au monde. Bien que l'État subventionne une partie du pétrole, l'augmentation de prix en cascade est inévitable. Maurice reste dépendant du diesel et du charbon mais a enclenché un programme de transition vers les énergies renouvelables. Le but étant d’arriver à près de 35 % d'énergies renouvelables d'ici 2030. Aujourd’hui, ces dernières proviennent principalement de l'hydroélectrique et de la biomasse. Toute la partie solaire est en pleine expansion, de même que les éoliennes. L'idée est de sortir de plus en plus de cette dépendance des énergies polluantes. Ces aspects sont d’autant plus importants pour l’image de Maurice.

L’État est très engagé dans les objectifs de développement durable fixés par les Nations Unies, contre le travail des enfants et en faveur d’une utilisation raisonnée de l’eau dans la production textile. Aujourd'hui, le développement des énergies renouvelables est clairement une priorité pour l’île.

A.- P. : Vous avez mentionné l'importance du secteur immobilier pour l'Île Maurice. Vous organisez d’ailleurs un événement un tour de France de l'immobilier, de l'expatriation et de la retraite à Maurice. Pouvez-vous nous en dire plus ?

H. G. : Maurice a mis en place une politique de développement de son secteur immobilier qui reste très régulée, contrôlée et maîtrisée. Le cadre légal établi est géré par l’EDB. Ainsi, si un promoteur souhaite faire du développement immobilier à Maurice pour une commercialisation auprès d’étrangers, il doit respecter un cadre défini. Il doit au préalable prendre contact avec l’EBD Maurice et y déposer sa demande de projet, son plan de masse et détailler son projet. On examine l’aspect immobilier, l'aspect aménagement du territoire, l'utilisation de l'énergie, l'utilisation d'eau, l'infrastructure etc. Si l’EDB ne donne pas son accord, le promoteur devra corriger et amender son projet. Une fois satisfaite, l’agence lui donnera un premier agrément grâce auquel il pourra approfondir les études de son projet. L’entrepreneur doit alors déposer différents permis, de construction, de développement. Une étude d’impact de l'environnement est imposée pour les grands projets. Une fois les exigences remplies, l’entrepreneur obtient son deuxième agrément et peut commencer à commercialiser. Un certain nombre de garanties s’appliquent comme en France : garantie biennale, décennale, ainsi que la garantie financière d'achèvement. On observe un secteur immobilier principalement basé sur des biens moyens et haut de gamme, dans le même esprit que pour le tourisme mauricien. En à peu près quinze ans, le secteur immobilier Mauricien a vu plusieurs projets se réaliser et de nombreux acheteurs et résidents s’installées. Il faut savoir que toute personne propriétaire d’un bien immobilier d’une valeur supérieure ou équivalente à 375 000 dollars, obtient automatiquement un titre de résident mauricien.

Depuis la sortie de la pandémie, nous voulons repositionner Maurice sur nos grands marchés stratégiques importants, notamment la France et l’Europe de manière plus large, l’Afrique du Sud, la Chine et l’Inde. C’est pourquoi l’EDB organise un Tour de France qui se fera du 9 au 20 mai 2022. Nous irons à la rencontre des Français en parcourant cinq grandes villes : Nice le 9 mai, Marseille le 11, Bordeaux le 13, Lyon le 16, Paris le 18 et on terminera le 20 mai à Bruxelles. Une grande délégation sera dirigée par l’EDB, le service de l'État en charge de ces projets, avec de nombreux promoteurs immobiliers qui viendront avec différentes offres, etc. Seront aussi présents des notaires mauriciens, des juristes, des fiscalistes, des fiduciaires. L'objectif étant d’organiser des tables rondes pour permettre aux participants de mieux appréhender le secteur immobilier mauricien et d'obtenir les réponses à toutes les questions qu'ils peuvent se poser, quelles qu'elles soient. Ils pourront également rencontrer en face à face les services de l'État mauricien, des promoteurs privés ou des professionnels et échanger avec eux. C’est évènement très important pour Maurice et nous espérons que les gens viendront en nombre durant ce temps spécial.

A.- P. : Où peut-on retrouver les informations de ce Tour de France ?

H. G. : Nous avons créé un site spécifiquement dédié à l’événement : www.decouvrirmaurice.com. Sur ce site, se trouvent les différentes villes et entreprises qui seront visités ainsi que les programmes. Il y a aussi les coordonnées du bureau de l’EDB à l'ambassade de Paris et du siège social à Maurice. Les gens peuvent nous contacter directement s'ils le souhaitent et peuvent s'inscrire dans la ville de leur choix, voire même dans plusieurs. L'entrée est libre et gratuite. Nous avons voulu un dispositif simple et flexible.

Partager :
Abonnez-vous
  • Abonnement intégral papier + numérique

  • Nos suppléments et numéros spéciaux

  • Accès illimité à nos services

S'abonner
Journal du 02 décembre 2022

Journal du02 décembre 2022

Journal du 25 novembre 2022

Journal du25 novembre 2022

Journal du 18 novembre 2022

Journal du18 novembre 2022

Journal du 11 novembre 2022

Journal du11 novembre 2022

S'abonner
Envoyer à un ami
Connexion
Mot de passe oublié ?