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Haine en ligne : après YouTube, Dieudonné banni de Facebook et Instagram

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Haine en ligne : après YouTube, Dieudonné banni de Facebook et Instagram
DR - En accord avec la loi Avia, Facebook vient de supprimer la page de Dieudonné, ainsi que son compte Instagram, pour incitation à la haine en ligne, après que Youtube l'ai récemment banni.

Ses saillies antisémites ne trouveront plus le même écho sur les réseaux sociaux: le polémiste Dieudonné M'Bala M'Bala, habitué des tribunaux, a été définitivement banni de Facebook et Instagram lundi 3 août, dans le sillage de la suppression de sa chaîne Youtube fin juin.

Le groupe Facebook, qui possède également Instagram, a banni l'humoriste controversé des deux plateformes « de manière permanente », car il « a violé de manière répétée nos règles en matière de discours de haine, en publiant des contenus se moquant des victimes de la Shoah ou en employant des termes déshumanisants à l'encontre des Juifs », a expliqué à l'AFP un porte-parole du géant du numérique.

Une décision prise un mois après la suppression de sa chaîne Youtube par Google pour des raisons similaires, et qui réduit considérablement l'audience en ligne du polémiste. Dieudonné était suivi par près de 1,3 million d'abonnés sur les plateformes de Facebook et en comptait 400 000 sur YouTube.

« Faire reculer la haine sur internet et les réseaux sociaux suppose un engagement fort des acteurs du numérique, des associations et de l'Etat. On progresse... », a salué sur Twitter Frédéric Potier, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme.

« Il était temps que le trouble cesse », a commenté dans un communiqué la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), en pointant les « dégâts considérables et irréparables » causés par les publications de l'humoriste, qui ont contribué « à banaliser l'obsession des juifs et à redonner une seconde jeunesse au négationnisme de Robert Faurisson ».
« Cette décision va dans le bon sens: celui d'un Internet plus sûr où la haine n'a pas sa place », s'est également réjoui Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives (Crif).

Dieudonné a lui dénoncé, sur ce même réseau, des "lobbies" qui "savourent la chute de la liberté d'expression, la fin de la liberté sur internet".

Symboles

Le polémiste, devenu persona non grata et qui se produit désormais dans un bus itinérant, a été plusieurs fois condamné par la justice pour ses propos haineux. Sa dernière condamnation date de novembre : 9 000 euros d'amende, pour complicité d'injure à caractère antisémite, après la publication d'une vidéo et d'une chanson intitulées "C'est mon choaaa".

Facebook avait déjà, par le passé, banni de ses plateformes des organisations et personnalités d'extrême droite, comme Génération Identitaire, Hervé Ryssen ou Alain Soral. Les chaînes Youtube de ce dernier ont également été supprimées début juillet, une semaine après celle de Dieudonné.

Le Conseil constitutionnel retoque la loi Avia

Tout en rappelant qu'il appartient au législateur de réprimer les abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication, le Conseil constitutionnel a estimé que les obligations faites aux réseaux sociaux de retirer sous vingt-quatre heures des contenus illégaux sont incompatibles avec celle-ci.

Dans sa décision du 18 juin dernier, le Conseil constitutionnel a censuré deux séries de dispositions, inscrites à l'article 1er de la loi visant à lutter contre les contenus haineux sur internet, dite loi Avia. Ces dispositions instituent à la charge de plusieurs opérateurs de services de communication en ligne des obligations de retrait de contenus illégaux.

Le Conseil constitutionnel a rappelé, tout d'abord, qu'il revient au législateur d'édicter des règles visant à faire cesser des abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication pouvant porter atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers.

Il a ensuite précisé que les attentes portées à l'exercice de la liberté d'expression et de communication, condition de la démocratie, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif poursuivi.

Sur l'obligation de retrait de ces contenus, les Sages ont relevé que les dispositions de la loi autorisant l'autorité administrative à demander aux « hébergeurs ou aux éditeurs d'un service de communication en ligne » le retrait de contenus à caractère terroriste ou pédopornographique, sous peine d'une amende de 250 000 euros et d'un an de prison, portent à la liberté d'expression une atteinte qui « n'est pas adaptée, nécessaire et proportionnée au but poursuivi ».

Ces dispositions ont donc été censurées, de même que celles imposant à certains opérateurs de plateforme en ligne de retirer sous vingt-quatre heures des contenus illicites, de part « leur caractère haineux ou sexuel ». Sur le délai imposé, les Sages ont soulevé sa brièveté, au regard des difficultés d'appréciation du caractère manifeste de l'illicéité des contenus signalés imposés aux opérateurs et du risque de signalements nombreux, le cas échéant infondés.

Symboliques, ces fermetures interviennent alors que la stratégie du Gouvernement concernant la haine en ligne est largement contrariée. Depuis 2018, Emmanuel Macron prône une responsabilisation des réseaux sociaux. Mais la loi Avia qui devait les obliger à retirer sous 24 heures les contenus "manifestement" illicites a vu ses dispositions phares censurées fin juin par le Conseil constitutionnel (lire encadré). L'institution a retoqué le texte au nom de la liberté d'expression, car les lourdes amendes prévues pouvaient « inciter à retirer les contenus (...) qu'ils soient ou non manifestement illicites ».


« Les plateformes commencent à prendre en compte la question de la haine en ligne, mais il y a encore un long travail à mener », a estimé la présidente de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF).

« Il ne faut pas que Dieudonné ou Soral soient ciblés comme des symboles, il faut une véritable politique en la matière », a-t-elle ajouté, en dénonçant Twitter, une plateforme « toujours à la traîne en termes de modération », où Dieudonné reste présent et compte 152 000 abonnés.

L'UEJF a attaqué Twitter en justice, sur la base d'un test réalisé pendant le confinement, montrant que sur 1 100 tweets haineux signalés, seuls 12 % étaient supprimés dans un délai de trois à cinq jours.

Pour Christine Balagué, titulaire de la chaire Réseaux sociaux à l'Institut Mines Télécom, « les plateformes aujourd'hui font des efforts dans la modération des contenus, en particulier quand il s'agit de haine ou de propos racistes, mais elles ne jouent pas totalement le jeu ».

Selon cette spécialiste, « il faut qu'elles expliquent comment elles automatisent leur modération avec les algorithmes: on ne sait pas comment un contenu problématique est modéré ou supprimé ».




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