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Geoffroy Roux de Bézieux : "D'un Medef de combat, nous devons passer à un Medef de propositions"

le - - Actualité - Interview

Geoffroy Roux de Bézieux : "D'un Medef de combat, nous devons passer à un Medef de propositions"
© Emmanuel Varrier - Geoffroy Roux de Bézieux, candidat pour la deuxième fois à la présidence du Medef national.

Candidat (pour la deuxième fois) à la présidence du Medef national, Geoffroy Roux de Bézieux entend organiser, s'il est élu, des États généraux du Medef, histoire de mettre le mouvement patronal en adéquation avec son temps. Rencontre sans filtre avec ce militant patronal de longue date, actuel vice-président délégué et trésorier du Medef et président-fondateur de l'entreprise Notus Technologies (Hauts-de-Seine).

Si vous êtes élu,vous annoncez votre volonté d'organiser des États généraux du Medef. Pourquoi ?

Geoffroy Roux de Bézieux : Toute organisation qui ne se transforme pas est vouée à disparaître. Les syndicats de salariés l'ont bien compris. Ils savent que si rien n'est fait en interne de leur organisation, ils peuvent mourir. Pour nous, syndicat patronal, c'est la même chose nous pouvons disparaître. Nous devons aujourd'hui repenser le fonctionnement et l'organisation de notre mouvement. Les futurs États généraux que j'envisage permettront de bâtir un Medef en phase avec son écosystème et le monde qui l'entoure.

C'est un véritable recadrage que vous entendez mettre en place ?

G. R.deB. : Je préfère parler d'ajustement et d'adaptation. Dans le monde des réseaux sociaux et de l'information instantanée, notre légitimité, conférée en 1945, ne fait plus consensus. Nous devons imaginer une nouvelle gouvernance équilibrée entre branches et territoires, qui à la fois représente mieux toutes les composantes du monde entrepreneurial, en particulier les femmes et les jeunes entrepreneurs, et qui puisse porter différemment et plus efficacement nos idées.

Les territoires, les femmes et les jeunes entrepreneurs s'affichent comme les principaux éléments du Medef de demain que vous appelez de vos souhaits. Ils ne sont pas assez pris en considération aujourd'hui ?

G. R.deB. : Les forces de notre mouvement, ce sont les territoires ainsi que les femmes et les hommes qui les composent. C'est dans les Medef territoriaux que l'on prend réellement le pouls de ce qui se passe. Il faut leur accorder une plus grande place et de l'écoute. Il est bon de quitter la rue Bosquet, siège du Medef national (N.D.R.L.) pour se rendre dans les territoires.

C'est un changement total de gouvernance qui est en vue ?

G. R.deB. : Depuis la création du Medef, il y a vingt ans, elle n'a pas changé significativement. Il faut remettre les choses à plat. Il faut repenser la composition des organes de direction comme le bureau, le conseil exécutif ou encore l'assemblée générale pour qu'ils soient plus représentatifs du monde actuel.

« Le Medef est une marque forte mais avec des points faibles ! Il est nécessaire
de faire un bilan complet de son image pour voir tout ce qu'il convient de changer,
y compris son nom. »

Il faut plus de parité, donc plus de femmes, plus de représentants des territoires, des PME ou encore des start-up. Je me fixe un objectif de féminisation des instances de direction du Medef et je veux que tous les territoires soient représentés à la table du conseil exécutif.

Vous évoquez les start-up avec en toile de fond cette fameuse transition numérique aujourd'hui engagée, c'est l'une de vos préoccupations majeures ?

G. R.deB. : Toutes nos entreprises doivent faire face aux deux principales mutations qui traversent l'économie mondiale : la transformation numérique et la transition énergétique. Ce ne sont pas les premières révolutions auxquelles sont confrontés les entrepreneurs. Elles sont pourtant sans précédent par leur ampleur et leur vitesse. Le numérique bouleverse les chaînes de valeur dans tous les secteurs.
La robotique et l'intelligence artificielle transforment le travail et la place des salariés dans nos entreprises. L'irruption de géants mondiaux change la donne concurrentielle et la nécessaire transition énergétique et écologique nous oblige à repenser nos modèles de production, de construction, de mobilité et d'infrastructures.
Ce qui est vrai pour nos entreprises l'est aussi pour nos salariés, pour l'administration, pour le Gouvernement ou encore les partis politiques et naturellement pour une organisation professionnelle comme la nôtre. Nous ne pouvons demander aux Français de changer, si nous ne sommes pas nous-mêmes capables de nous remettre en question.

Comment réussir ces changements ?

G. R.deB. : En étant ouvert, à l'écoute et capable de capter notamment les jeunes entrepreneurs pour qu'ils rejoignent nos rangs. Comment le Medef peut-il aujourd'hui faire entrer dans le mouvement, ces jeunes dirigeants de start-up qui explosent ? C'est une question qu'il faut se poser.
Ils sont nécessaires pour faire avancer le mouvement et le pays. Les adhérents du Medef ont cette particularité, notamment dans les territoires, d'afficher un véritable patriotisme économique. Il est impératif de nous donner les moyens pour le faire perdurer et le renforcer.

Quelles sont alors vos priorités ?

G. R.deB. : Il faut concentrer nos moyens et nos actions sur les besoins essentiels de nos entreprises : la compétitivité coût et hors coût, le marché du travail, la formation, l'innovation, le financement des entreprises, la croissance durable, la conquête de l'international et la construction européenne. Je souhaite que chaque année, les adhérents soient appelés à se prononcer sur ces priorités.

« Nous devons être à la fois l'avant-garde des entrepreneurs
et l'aiguillon des réformes. »

Sur les autres sujets, nous devons mieux coopérer avec les autres organisations du monde patronal, et elles sont nombreuses, pour ne pas réinventer ce qui existe déjà.

Le Gouvernement actuel met en place d'importantes réformes (formation professionnelle, apprentissage, objet social de l'entreprise…) qui semblent aller dans le bon sens pour le monde entrepreneurial, comment les appréhendez-vous ?

G. R.deB. : Ce Gouvernement s'attaque à toutes les réformes qui n'ont pas été faites et qui auraient dû l'être depuis longtemps. Toutes ces réformes vont globalement dans le bon sens. Notre rôle aujourd'hui doit évoluer. D'un Medef de combat, nous devons passer à un Medef de propositions face à un Gouvernement qui est conscient de la place centrale de l'entreprise dans notre société.

Nous devons être à la fois l'avant-garde des entrepreneurs et l'aiguillon des réformes. Avec le retard que le pays a pris, la méthode du président de la République, Emmanuel Macron, peut choquer mais elle fait avancer le pays. Nous attendons du Gouvernement qu'il déroule son programme. Les entreprises doivent profiter de ce climat favorable, car il est favorable. Elles doivent être capables d'utiliser, notamment, les nouveaux cadres fiscal et social pour embaucher et investir.

Les réformes, les mutations de la société, tout cela entraîne une nouvelle approche du dialogue social. Comment la voyez-vous ?

G. R.deB. : Nos entreprises sont en totale transformation pour toutes les raisons que nous avons évoquées. De ce fait, nous avons plus que jamais besoin de dialogue, social et économique, avec les représentants des salariés. Mais alors que les modèles d'organisation de nos entreprises divergent entre secteurs, nous devons en tirer les conséquences pour le décentraliser dans les branches et les entreprises afin de mieux le revitaliser.

Le Medef pourrait-il changer de nom ?

G. R.deB. : Le Medef est une marque forte mais avec des points faibles ! Il est nécessaire de faire un bilan complet de son image pour voir tout ce qu'il convient de changer, y compris son nom. Notre objectif est de faire comprendre l'entreprise dans son rôle de créateur de richesses et d'emplois pour le pays. Nous devons incarner collectivement des entrepreneurs modernes, ouverts sur le monde et les réseaux sociaux, et conscients de la responsabilité sociétale des entreprises, notamment vis-à-vis de leurs territoires.

Biographie express

Âgé de 55 ans, Geoffroy Roux de Bézieux est entrepreneur depuis 1986. Il a débuté sa carrière en entreprise au sein du groupe L'Oréal. Il y a exercé pendant dix ans des fonctions en France et à l'étranger, notamment, comme directeur marketing en Angleterre, puis directeur général en Pologne.

À 34 ans, en 1996, il devient entrepreneur et crée The Phone House. En huit ans, la société a ouvert 200 points de vente pour un CA de 200 M d'euros. Le groupe anglais Carphone Warehouse entre au capital pour doper la croissance de l'entreprise. En 2004, celui que certains surnomment "le serial entrepreneur" crée Omea Telecom qui lance Breizh Mobile (premier opérateur mobile alternatif). En 2006, le groupe Virgin investit dans le projet et lance Virgin Mobile.
En décembre 2014, Numéricable rachète Omea Telecom. Geoffroy Roux de Bézieux crée alors Notus Technologies qu'il contrôle à 100 %. En 2009, ce Business Angel engagé dans de nombreuses start-up crée (avec Pierre Kosciusko-Morizet, Ouriel Ohayon et Stéphane Treppoz) ISAI, le fonds d'investissement des entrepreneurs internet (le premier fonds à investir dans BlaBlaCar).
Côté engagement, celui qui a intégré à la fin de ses études (diplômé de l'Essec et d'un DESS de l'Université Paris-Dauphine) les Forces spéciales (commandos marine) a été vice-président et président, entre 2003 et 2008, de Croissance Plus, l'association des entrepreneurs de croissance. Il a été également membre du conseil de France Investissement et a participé à la Commission Atali.
Entre 2008 et 2012, il a été pour le Medef, vice-président et président de l'Unedic et vice-président de Pôle emploi. Depuis juillet 2013, il est vice-président délégué et trésorier du Medef en charge du Pôle Économie. Il a notamment fondé l'Université du numérique que le Medef organise depuis quatre ans.




Anne MOREAUX
Journaliste

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