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« GE Healthcare est un acteur majeur du numérique en santé »

Laurence Comte-Arassus a rejoint General Electric (GE) Healthcare depuis février dernier en tant que General Manager de la zone France, Belgique, Luxembourg et Afrique francophone (FBFA). Forte de 26 ans d'expérience dans le secteur des technologies et du médical, elle était présidente de Medtronic France depuis 2015. Elle présente cette entreprise qui fait partie des leaders mondiaux dans le domaine des technologies médicales et des solutions numériques. Son objectif est de permettre aux cliniciens de prendre des décisions plus rapides et plus pertinentes à travers des équipements intelligents, des analyses de données, des applications et des services. Avec plus de 100 ans d'expérience dans le secteur de la santé et environ 47 000 employés dans le monde, la société est au centre d'un écosystème qui travaille pour une médecine de précision. Présent en France depuis 1987 avec aujourd'hui 2 800 collaborateurs, GE Healthcare est un acteur solidement ancré dans l'hexagone à travers son empreinte industrielle, son centre de R&D et de production à Buc, dans les Yvelines, et des partenariats de recherche avec des entreprises et des centres de recherche français.
« GE Healthcare est un acteur majeur du numérique en santé »
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Affiches Parisiennes : Vous êtes le general manager de GE Healthcare France, Belgique, Luxembourg et Afrique francophone. Un poste à spectre large. Pourriez-vous présenter le leader dans ce domaine de la santé, GE Healthcare ?

Laurence Comte-Arassus : Je suis arrivée dans l'entreprise le 15 février dernier, donc il y a un petit peu moins de six mois. General Electric Healthcare, c'est la branche santé du groupe General Electric (GE). C'est intéressant de le noter : il s'agit d'une société de taille importante, elle-même faisant partie d'une société encore plus large et extrêmement globale. C'est ce qui est d'ailleurs très intéressant quand on y travaille.

C'est aussi une entreprise passionnante – c'est l'une des raisons pour lesquelles j'avais souhaité la rejoindre -, car nous sommes au cœur des bouleversements dans le domaine des équipements et des technologies d'imagerie médicale, que l'on pourrait qualifier d'intelligentes et des innovations en santé qui y sont directement liées. En fait, nous sommes les acteurs d'un domaine qui est en train d'évoluer significativement vers ce que l'on appelle la médecine personnalisée, grâce à l'intelligence artificielle. Lorsque j'ai fait le choix de rejoindre General Electric Healthcare, je le visualisais seulement. Aujourd'hui, je le réalise.

Autre point extrêmement important qui m‘a conforté dans mes choix de rejoindre cette entreprise ; celui de faire partie d'un écosystème vertueux et dynamique avec d'autres acteurs de l'innovation par la mise en place de collaborations, nombreuses et pointues. C'est d'ailleurs tout le travail que j'avais fait auparavant ; c'est donc une grande joie pour moi de réaliser que c'est l'un des axes sur lequel je dois continuer à travailler avec mes équipes.

Cette collaboration se réalise, évidemment, entre tous les acteurs industriels, mais aussi avec nos clients, et l'ensemble de la recherche académique, sociétés savantes, start-up. C'est vraiment ce que j'aime faire et c'est ce que nous allons continuer à faire. Car ces collaborations nous aideront à développer cette médecine personnalisée, cette médecine de précision pour le plus grand bénéfice, bien évidemment, des patients mais aussi du corps médical et des professionnels de santé, qui auront plus de temps à consacrer à leurs patients.

Tout cela n'est possible qu'avec la mise en place de collaborations bien sûr mais aussi avec une équipe motivée, engagée, composée de collaborateurs issus de la diversité. Un thème que j'affectionne particulièrement, dans un environnement où garder cette motivation est un challenge au quotidien. C'est le cas chez General Electric Healthcare, mais aussi chez General Electric. C'est également le cas pour l'ensemble des acteurs. Parce que lorsque l'on collabore avec ces acteurs qui sont aussi différents, il nous faut absolument avoir une diversité pour appréhender le monde dans lequel nous évoluons et le monde vers lequel nous allons évoluer. C'est un point extrêmement important.

Si je résume, nous nous trouvons dans un écosystème vertueux, où nous devons nous positionner comme un acteur majeur du numérique en santé. C'est un axe extrêmement fort, poussé par notre gouvernement et en réalité par l'ensemble des gouvernements. Il a été, de surcroit, accéléré par ce que l'on vient de vivre avec la pandémie.

A.-P. : Votre siège en France est basé à Vélizy, le site de Buc (Yvelines) est aussi le siège européen du groupe, sur lequel se côtoient un grand centre de recherche et un site de production. Quelles sont vos activités sur ce site de Buc ?

L.C-A. : Je disais auparavant que j'étais fière d'être la patronne française d'un grand groupe. Je suis encore plus fière de pouvoir le redire actuellement, puisque Buc, c'est presque 3 000 employés, un centre de recherche mondiale et le siège de GE Healthcare en Europe. Toutes ces innovations, qu'elles soient d'ailleurs technologiques ou organisationnelles, ne peuvent se faire sans investissement R&D important (100 millions d'euros investis en R&D par an à Buc). C'est ce que nous faisons en France pour General Electric Healthcare.

Nous développons et fabriquons sur place la gamme mammographie, les systèmes d'imagerie interventionnelle, robotisés et mobiles pour le développement des techniques de chirurgie mini-invasives ainsi que les logiciels de post traitement d'image. Nous concevons également les solutions de logiciels de visualisation avancée et de post-traitement des images, ainsi que des plateformes d'intelligence artificielle qui, associées à nos équipements, ouvrent la voie vers de nouvelles possibilités en matière de diagnostic, de traitement et de monitorage. Nous nous devons aussi de pouvoir continuer à pouvoir, justement, fabriquer les nouveaux produits d'avenir. Ils ne pourront être produits, évidemment, qu'avec l'ensemble des personnes qui travaillent sur notre site français et avec les collaborations dont je parlais. Il y a, en réalité, toujours besoin de nouvelles demandes et d'adapter de nouveaux algorithmes sur nos machines. On trouve donc la partie équipements, comme on peut l'imaginer, liée à l'ensemble de nos équipements, et la partie soft, qui est extrêmement importante. Cette dernière doit aussi répondre aux besoins de nos clients pour, justement, aller vers cette médecine prédictive et donc cette collaboration.

Nos usines sont donc basées en France avec un personnel extrêmement technique, qui doit savoir collaborer avec l'ensemble des personnes intégrées à cet écosystème. Ce qui nous permettra d'aller vers cette médecine personnalisée.

A.-P. : Comment s'articulent ces deux parties justement ? Comment orientez-vous l'intelligence artificielle ?

L.C-A. : De nombreux ingénieurs travaillent à Buc sur le développement de l'intelligence artificielle à partir des images fournies par les équipements de nos clients.

L'intelligence artificielle, on en parle beaucoup. C'est aussi quelque chose qui fait extrêmement peur en général et assez peur à un grand nombre de médecins. Il faut redire que l'intelligence artificielle doit servir à redonner du temps de patient, aux médecins. C'est une manière de sécuriser les médecins, qui se demandent si l'on aura encore besoin d'eux dans le futur. Je répondrai que oui, c'est une chose dont je suis absolument sûre.

Il faut aussi se rappeler que l'imagerie génère un nombre de données et de clichés phénoménal. Un exemple : chaque minute, c'est plus de 16 000 examens d'imagerie réalisés avec des équipements General Electric Healthcare à travers le monde. Plus de 200 applications d'imagerie sont développées dans ce domaine.

La data générée par l'imagerie est vraiment au cœur de nos préoccupation actuelles, nous en avons besoin justement pour aller vers la médecine de précision. Mais il faut savoir qu'à ce jour nous n'utilisons pas 97 % de ces données.

Sans l'intelligence artificielle, on ne pourra pas créer d'innovations pour aller dans le sens de la médecine de prévention. La question est de savoir comment, au lieu de soigner les patients une fois qu'ils sont malades, pouvons-nous anticiper la maladie et l'éviter. C'est en lien étroit avec une problématique très importante pour moi : celle d'ajouter de la qualité de vie aux années supplémentaires, pas simplement soigner, pas simplement ajouter des années supplémentaires. C'est une vraie question en France, puisque nous vivons beaucoup plus longtemps, mais nous ne vivons pas mieux les dernières années supplémentaires.

A.-P. : Quelles est votre politique en matière de data ?

L.C-A. : Nous avons beaucoup communiqué récemment sur un projet français, mené en collaboration avec des partenaires français, AI DReAM. Parce qu'en matière d'intelligence artificielle, une autre question inquiète : celle de savoir si les industriels vont garder les données pour leur propre compte. Notre volonté, dans ce projet - qui à l'origine était un projet français et qui est maintenant un projet global et un partenariat d'excellence avec l'ensemble de nos clients -, est de pouvoir, justement, donner accès à l'ensemble des data auprès d'autres sociétés qui pourraient en avoir besoin et pouvoir faire progresser la médecine personnalisée. C'est ce que l'on appelle l'open innovation. Il ne s'agit pas d'innover chacun de son côté mais d'innover au service de la santé et pour des patients.

A.-P. : Vous avez, grâce à AI DreAM, constitué une sorte de consortium ?

L.C-A. : Tout à fait. C'est un consortium français qui a vraiment été créé pour accélérer l'intelligence artificielle dans l'imagerie médicale. En travaillant avec l'ensemble des acteurs, autant les PME, les ETI, que les clients et les centres de recherche, nous ferons collectivement progresser l'IA dans de nombreux domaines de soins, avec la volonté de partager l'innovation et de travailler ensemble.

A.-P. : Oui, et l'initiative est même soutenue par Bpifrance…

L.C-A. : En effet, c'est vraiment un consortium au sens où on l'entend dans le domaine public.

A.-P. : Vous êtes la seule grande entreprise dans le domaine médical qui s'est engagée à partager ces données ?

L.C-A. : Je ne sais pas si nous sommes les seuls, mais en effet chez GE Healthcare nous avons la volonté de collaborer, en partageant données et savoir sur ces sujets pour faire progresser la médecine de précision. Je voulais revenir dessus parce que c'est une crainte qui revient souvent lorsque l'on évoque l'IA. Cette idée que les sociétés, entre autres américaines, veulent garder pour elles-mêmes l'information récoltée ne correspond vraiment pas à notre type de développement.

A.-P. : En d'autres termes, vous mettez l'intelligence artificielle au service des médecins, sans les asservir à l'intelligence artificielle ?

L.C-A. : Pour moi, cela va plus loin : cette initiative va servir l'ensemble des acteurs de santé. Elle permettra, en effet, aux médecins d'être rassurés, mais surtout de leur redonner du temps avec leurs patients. Cela va servir aussi les patients parce que l'on va se diriger vers une médecine plus personnalisée et quelque part, vers un axe plus qualitatif. Et cela va servir l'ensemble des acteurs industriels et l'ensemble des centres, parce qu'ils auront accès à des données qu'ils n'auraient peut-être pas eues pour continuer à développer leurs propres projets d'innovation.

A.-P. : La peur, c'est toujours d'avoir une intelligence artificielle qui échappe au contrôle humain ?

L.C-A. : Oui tout à fait. Cela ne sera pas du tout le cas.

A.-P. : Quels effets a eu la crise sanitaire sur GE Healthcare, sur vos activités de développement, sur votre activité de vente des équipements ? Comment comptez-vous les dépasser ?

L.C-A. : Il faut se rappeler que cette pandémie a commencé il y a 18 mois. Donc déjà, il y a un axe humain et évidemment, même si General Electric Healthcare a su tout mettre en œuvre, comme beaucoup de sociétés, en matière d'organisation du travail pour protéger nos salariés et impacter le moins possible notre capacité de travail. Nos collaborateurs ont beaucoup télétravaillé, et certains ont continué, évidemment, à visiter l'ensemble de nos clients (quand une IRM doit être mise à jour ou quand un scanner doit être réparé, nos équipes sont toujours sur le terrain). Nous avons eu beaucoup de choses à gérer qui n'étaient pas habituelles mais qui ont été bien gérées.

Ensuite, personne n'avait imaginé que la pandémie durerait aussi longtemps. Et il reste beaucoup de questions en suspens, si l'on s'en tient aux dernières nouvelles…

Que va-t-on pouvoir faire avec le pass sanitaire ? Est-ce qu'il va éviter l'augmentation des variants ? Cela reste un sujet d'actualité sur l'organisation du travail.

Le télétravail est une très bonne chose, mais nous avons tous bien conscience qu'il faut aussi des échanges en face à face. Parce que là, travailler en vidéo toute la journée, c'est bien évidemment aussi beaucoup plus fatigant.

Le fait de pouvoir s'assurer que nos équipes continuent à faire leur travail avec le moins de stress possible, le moins de peur possible, restent mobilisées est un challenge au quotidien qui continue et qui risque aussi de continuer après l'été.

Il y a aussi une autre problématique dont on entend un peu moins parler dans notre industrie, mais dont on entend parler, par exemple dans les secteurs de l'automobile ou de l'informatique : c'est celle de l'approvisionnement des composants électriques. Nous avons la même problématique d'approvisionnement, par exemple des résines, et nous avons une augmentation des délais de livraison de l'ensemble de nos produits.

Nous sommes dans un environnement très particulier. Si je vous prends une image, c'est un peu comme un château de cartes puisque, par exemple, lorsque nous installons une IRM, il y a énormément de sous-traitants qui travaillent avec nous. Travaux, fermetures de rue, mobilisation de grues… Dès que quelque chose prend du délai, tout le château de cartes s'écroule. C'est ce à quoi nous devons faire face en ce moment, et qui risque de durer, puisque tous nos fournisseurs, malheureusement, ne nous donnent pas forcément de bonnes nouvelles sur l'approvisionnement de l'ensemble des composants pour nos produits.

Cette problématique, plus récente celle de la gestion du travail de nos employés, occupe un grand une grande partie de notre temps actuellement et aussi celui de nos clients. Cela touche aussi les pièces de rechange. La difficulté est d'assurer la continuité des soins dans cet environnement.

A.-P. : GE France est grande entreprise de plus de 13 000 personnes, dont 2800 chez Healthcare. Vous êtes sans doute très attachée, notamment du fait de votre parcours, à l'égalité entre les femmes et les hommes. Comment cela se passe dans votre entreprise actuelle ?

L.C-A. : C'est un autre point qui m'a poussé à rejoindre General Electric Healthcare. J'ai toujours abordé la question sous l'angle “diversité“ et “inclusion des équipes“, pas uniquement “gender diversity“. Comme je le disais en préambule, je pense que l'on ne peut innover qu'en ayant des équipes diverses. Cette diversité est extrêmement importante si l'on veut créer un espace où il fait bon travailler. C'est un point très important pour moi. Peu importe la taille de la société, il faut rester focalisé sur l'humain avec un grand H.

Il faut savoir attirer les talents, le tout dans une stratégie de diversité et d'inclusion. Parce qu'attirer des talents divers sans savoir les inclure, n'est pas une démarche pérenne. Il faut pouvoir offrir un environnement où ils se sentent en confiance, où ils peuvent développer leurs compétences et collaborer les uns avec les autres facilement. L'inclusion est une vraie réponse à la diversité et c'est un axe très important pour GE Healthcare.

Je vous l'ai dit ; nous sommes dans un domaine très marqué par le numérique. Nous sommes aussi dans un environnement très technique qui peut poser un problème pour trouver des femmes. Ces aspects font vraiment partie de la stratégie de l'entreprise au plus haut niveau, encourager fortement par notre leader en Europe-EMEA, Catherine Estrampes, et que j'essaie d'encourager le plus possible moi-même. C'est un axe de travail que je mène avec l'ensemble de mes équipes sur toute ma zone, appelée FBFA. Nous réfléchissons à des plans qui permettraient d'intégrer au mieux cette diversité, tant sur l'axe “gender diversity“ que sur l'axe culture, l'axe formation ou l'axe handicap, par exemple, qui peut-être une difficulté supplémentaire eu égard à nos produits et à notre zone.

A.-P. : Votre zone regroupe aussi l'Afrique. Comment conciliez-vous ces deux mondes ?

L.C-A. : C'est un axe sur lequel General Electric Healthcare a beaucoup travaillé avant mon arrivée, puisque j'ai intégré l'entreprise pour créer cette zone. Et paradoxalement, c'est très évident, à la fois pour nos clients, à la fois pour nos équipes et tous les médecins, puisque la plupart des ceux qui ont été formés pour toute la partie Afrique et Afrique francophone l'ont été soit en France, soit en Belgique. Il y a énormément d'échanges. J'étais moi-même sur une discussion avec la société savante qui organise la radiologie (la Société française de radiologie).

Ces pays sont organisés différemment, mais avec les mêmes besoins et avec des antériorités différentes. Si l'on arrive à prendre les côtés positifs de chacun de ces pays et à diminuer un peu les côtés négatifs de certains pays, on aura plus de chance.

C'est une porte ouverte à une accélération de la diversité des mouvements au sein de l'entreprise. Cela nous encourage à moins focaliser sur les spécificités de chacun des pays de la zone pour simplement mettre en avant les “best practices “rencontrées partout.

A.-P. : Quelles sont vos premières impressions chez GE Healthcare ?

L.C-A. : Six mois après mon entrée chez GE Healthcare, je dirais que je suis extrêmement heureuse d'avoir rejoint cette entreprise. C'était un challenge dans un environnement très exigeant et très concurrentiel dans le domaine des technologies. Mais la raison pour laquelle je suis si heureuse, c'est de voir qu'avec l'ensemble des équipes, qui sont évidemment formidables comme j'avais pu l'imaginer, le collectif compte vraiment. Nous travaillons ensemble pour développer les innovations technologiques et organisationnelles, au service des patients, en collaboration avec l'ensemble de l'écosystème.

C'est ce que j'aime faire. Et c'est ce qui nous permettra d'arriver à cet objectif de la médecine personnalisée. C'est une source d'enthousiasme et d'inspiration pour y parvenir avec l'ensemble de l'écosystème dans les années à venir.

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