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Gabriel Viellard : « Le business et le caritatif peuvent aller de pair »

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Gabriel Viellard : « Le business et le caritatif peuvent aller de pair »

Gabriel Viellard est un multi entrepreneur. Notamment co-fondateur de SNV (aujourd'hui Mappy), en 1994, c'est aujourd'hui l'un des principaux animateurs de réseaux d'entrepreneurs. Il est aussi trésorier de la Fondation pour l'Enfance, ce qui prouve que les investissements multi secteurs et les fondations caritatives ne sont pas antinomiques.

Affiches Parisiennes : Vous êtes un multi entrepreneur. Pouvez-vous nous présenter votre parcours, notamment à travers Les Entrepreneurs réunis dont vous êtes aujourd'hui l'un des animateurs ?

Gabriel Viellard : Les Entrepreneurs réunis est l'un des éléments les plus récents de ma carrière. C'est finalement l'aboutissement d'une démarche empirique. Je suis issu d'une famille d'entrepreneurs et d'industriels. Comme les chiens ne font pas des chats, j'ai très vite suivi cette voie, aidé en particulier par mon père. à 20 ans, je crée ma première entreprise, en co-fondant notamment SNV (aujourd'hui Mappy). Nous sommes en 1994. Avec d'autres associés –j'ai toujours cofondé des sociétés–, nous misons sur le web à travers un projet qui consiste, 12 ans avant Street View de Google Maps, à photographier les façades des immeubles. Quand on allait sur pages
jaunes.fr, grâce à ce service, on pouvait alors voir la façade d'une adresse que l'on recherchait, à Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Nice, Nantes, Lille... et même découvrir la rue. C'était une balade virtuelle dans la ville.

A.-P. : Mais, en 1994, internet n'existait pas en France...

G. V. : Non, Je n'avais même jamais entendu parler du nom avant que des parents vivant aux Etats-Unis commencent à m'en parler.

En 2000, nous avons vendu les activités à Wanadoo. J'ai ensuite été locké pendant trois ans, ce qui arrive souvent quand on cède une entreprise à un grand groupe.

En 2004, j'ai voyagé autour du monde pendant un an et l'année suivante, avec des chefs d'entreprise, notamment des cousins, nous sommes entrés dans une démarche qui consistait à accompagner d'autres entrepreneurs, à la fois financièrement et en termes d'expérience, en constituant des groupes les plus importants et les plus spécialisés possibles. Nous ne sommes donc pas tout à fait dans une logique de type business angels. Nous avons une approche beaucoup plus professionnelle et beaucoup plus spécialisée.

A.-P. : Les Entrepreneurs réunis constituent cette forme d'intervention ?

G. V. : Oui, c'est l'une des formes de notre intervention, mais il y en a d'autres, notamment de l'accompagnement stratégique. Néanmoins, il y a toujours, de manière sous-jacente, une idée d'investissement. Nous sommes en quelque sorte des entrepreneurs investisseurs “hands-on”, c'est-à-dire très présents, très actifs dans nos démarches. Depuis le début, nous n'avons cessé d'améliorer notre approche d'entrepreneurs investisseurs actifs.

En 2009, j'ai créé une nouvelle entreprise, ADventori, dans le secteur de la publicité programmatique, spécialisée dans le DCO, pour Digital Creative Optimization. Nous intervenons juste après le RTB, le Real Time Bidding, l'achat en temps réel d'espaces, pour créer un message qui se modifie dans cette fraction de seconde, en fonction des attentes et de la localisation de la personne à qui est destinée cette publicité. Je ne suis plus opérationnel dans cette société depuis 2013. Elle emploie aujourd'hui une quarantaine de personnes.

A.-P. : Comment ces Entrepreneurs réunis sont-ils structurés ?

G. V. : Autour des Entrepreneurs réunis, il y a une véritable arborescence entrepreneuriale.... Nous sommes présents dans l'immobilier, dans l'intelligence artificielle... En une douzaine d'années, sans entrer dans le détail, nous avons essaimé en pénétrant la granularité de métiers.

Nous sommes en fait des entrepreneurs actifs qui financent d'autres entrepreneurs en apportant également de l'expérience et du conseil. Les sociétés dans lesquelles nous intervenons ne sont pas forcément en création. Elles peuvent être en développement, voire en difficulté. Ces sociétés ont des chiffres d'affaires allant de 50 000 à 200 millions d'euros. Nous intervenons également sur les marchés cotés.

A.-P. : Quelle est la forme juridique de cette intervention, une société, un fonds, une association d'entrepreneurs ?

G. V. : En fait, nous avons aujourd'hui deux réseaux d'entrepreneurs avec lesquels nous interagissons. Le premier, Pléiade, est un peu à la source de tout, avec un volet investissement dans des entreprises, mais aussi sur les marchés, et un volet gestion d'actifs. La deuxième entité, les Entrepreneurs réunis, rassemble un autre groupe d'entrepreneurs qui a également deux volets d'intervention, l'offre d'accompagnement stratégique et, à nouveau, l'investissement dans des sociétés. Ces deux réseaux, qui ont un comportement assez mutualiste –sans en avoir le statut–, comptent chacun une cinquantaine d'entrepreneurs, avec des profils très différents. Ces derniers sont jeunes ou plus âgés. Les uns viennent de la distribution, d'autres de la tech, d'autres encore du pétrole... Le spectre est très large. Je suis personnellement très actif au sein de ces deux réseaux.

A.-P. : Au sein de ces réseaux, comment interviennent les chefs d'entreprise ?

G. V.. : Nous avons généralement un « champion », un spécialiste qui va porter le sujet qu'il maîtrise parfaitement ; par exemple l'intelligence artificielle. Nous avons ainsi désigné un champion pour gérer un fonds activiste ; un autre se charge d'investissement auprès de promoteurs immobiliers...

Ce fonctionnement est assez original, car les entrepreneurs de ces réseaux interviennent en fonction de leur appétence et de leur domaine d'expertise. Dans ce processus d'intelligence collective, nous avons monté un parrainage à travers lequel les intervenants sont rémunérés avec des points. Nous avons ainsi sophistiqué la gouvernance et la manière d'engager les entrepreneurs dans les investissements.

Dans cet ensemble, nous permettons ainsi à nos entrepreneurs d'investir sur les marchés financiers, de bénéficier d'un accompagnement pour la gestion de leur fortune, d'être au board, donc d'accompagner un patron en difficulté...

A.-P. : Quelles sont les conditions d'entrée dans ces réseaux d'entrepreneurs ?

G. V. : Il y a deux conditions essentielles : être de bonne humeur et pertinent, afin d'intervenir rapidement. Tous les membres de ces réseaux sont associés. Ils sont « stickiness », investis financièrement d'une manière ou d'une autre. Pour intégrer les réseaux, l'aspect financier n'est pas essentiel. En revanche, il est primordial que chaque membre investisse à proportion de ce qu'il possède. Le fait d'investir ou de ne pas investir modifie la perception de son engagement.

A.-P. : Ces deux réseaux sont très orientés nouvelles technologies ?

G. V. : Non, pas forcément. Certains véhicules le sont effectivement, mais quand vous regardez Pléiade Investissement, la holding de tête, les investissements sont multi secteurs. Ils ont concerné par exemple deux ERP – Enterprise Resource Planning –, Générix, un éditeur de logiciels international coté, et Divalto, ou le retournement du groupe de restauration Léon de Bruxelles... Elle est également l'actionnaire d'origine de Cojean et l'actionnaire de Cafom, un groupe de distribution spécialisé dans l'aménagement de la maison (Habitat). Pléiade Investissement a également réalisé un “build-up”, c'est-à-dire une consolidation de petits acteurs à travers la société Quiétalis, dans l'installation et la maintenance de cuisines industrielles.

C'est dans ce cadre qu'entre également la Fondation pour l'Enfance, naturellement sans les liens capitalistiques. Nous avons apporté ce satellite caritatif à notre ensemble entrepreneurial. Cette fondation est reconnue d'utilité publique et abritante. A l'instar de la Fondation de France, nous pouvons abriter d'autres fondations sous égide. Nous pouvons ainsi créer des fondations pour des entrepreneurs, sur une thématique de l'enfance, assez fédératrice en France.

Nous établissons des programmes de cinq ou dix ans, sur mesure, en France ou à l'international, à travers de grandes missions humanitaires dans lesquelles les entrepreneurs peuvent associer leurs famille, joignant l'utile à l'agréable. L'un d'eux a ainsi décidé, à travers sa fondation, de soutenir un village à Madagascar, en prenant en charge la construction des écoles, des réseaux publics...

A.-P. : Pourquoi avoir choisi cette cause ?

G. V. : à partir de 2005, parallèlement à mes activités liées au monde des affaires, je me suis investi dans l'enfance en danger. Mon implication a donc pris du temps. Je suis entré dans ce qui était à l'époque le Centre français pour l'Enfance (CFPE) qui s'appelle aujourd'hui France Parrainage. Ses animateurs voulaient sensibiliser les entrepreneurs du web. Je me suis donc retrouvé bailleur de fonds. En 2012, j'en suis également devenu leur trésorier.

A.-P. : En tant qu'entrepreneur, vous faites donc un travail humanitaire exemplaire...

G. V. : Je ne suis pas seul à m'investir. Les entrepreneurs sont des gens discrets, mais beaucoup d'entre eux sont actifs.

A.-P. : Comment partagez-vous votre temps entre le business et le caritatif ?

G. V. : On m'a proposé d'être le trésorier de la Fondation pour l'Enfance. Cette fonction est très différente de celle qu'on pourrait imaginer d'une association opérationnelle, avec des salariés, des écoles, et énormément de flux comptables. La Fondation pour l'Enfance a vocation à monter des sous-fondations, faire du lobbying... sans problématique de gestion de flux financiers. En revanche, il y a une problématique de gestion du patrimoine. Les fondations reconnues d'utilité publique doivent en effet avoir un patrimoine, à l'instar des sociétés à capital non consomptible. Cette gestion du patrimoine n'était pas ma spécialité. Elle me permet donc de voir les choses d'une façon plus originale qu'un banquier classique. J'ai également des missions d'accompagnement au conseil d'administration de la fondation et de lobbying, à travers le message
« entrepreneurs de tous les pays, montez des fondations sous notre égide ».

A.-P. : La Fondation pour l'Enfance est appelée à intervenir sur beaucoup de sujets ?

G. V. : Oui, bien sûr. Les fondations abritantes ont surtout un rôle de lobbying, d'interface avec les Pouvoirs publics et d'aide à des associations opérationnelles. Nous travaillons ainsi avec des fondations que nous accueillons. Nous leur donnons d'abord une existence juridique. Nous leur permettons aussi de défiscaliser l'ISF et nous développons pour elles un projet, en apportant, si elles le souhaitent, le thème et l'accompagnement, et la gestion des encours financiers.

La Fondation pour l'Enfance travaille également sur des thèmes. En France, nous avons avancé pendant plusieurs années sur le parrainage d'enfants, eu égard à notre proximité avec le Centre français de protection de l'Enfance. Ce parrainage dit « de proximité » est quelque chose d'excessivement innovant et performant dans notre pays. Dans le principe, ce sont des familles structurées qui vont accueillir un enfant, venant d'un foyer ou d'une famille en difficulté, un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Ces couples accompagnent ces enfants de 8 à 18 ans, souvent en relation avec la mère. Ces liens entre l'enfant, le couple parrain et la mère sont assez complexes. Ils nécessitent un quatrième intervenant, en l'occurrence des associations, qui viennent réguler les relations. Depuis cinq ans, nous nous sommes concentrés sur ce sujet de manière à ce que les associations puissent franchiser ce processus d'accompagnement qui permet, par ailleurs, aux Pouvoirs publics, de réaliser de substantielles économies.

A.-P. : Collaborez-vous avec d'autres organisations internationales ?

G. V. : Nous essayons actuellement de fédérer d'autres fondations et des associations importantes, afin de les sensibiliser sur la manière d'aborder l'international en communiquant entre elles, pour optimiser les actions et les rendre plus cohérentes. Pour cela, nous montons aujourd'hui un club informel regroupant de grandes entités internationales, sans coûts structurels, permettant aux présidents de ces fondations et de ces associations de se rencontrer périodiquement et d'échanger, notamment sur l'opérationnel.

La Fondation pour l'Enfance

La Fondation pour l'Enfance est née en 2012 de la fusion de deux fondations : la Fondation pour l'Enfance créée par Anne-Aymone Giscard d'Estaing en 1977, et la Fondation protection de l'Enfance, issue du Centre français de protection de l'Enfance.

La Fondation pour l'enfance s'est battue pour la défense des droits de l'enfant et pour améliorer la protection de l'enfance en suscitant et en soutenant des actions en faveur des enfants en danger et des familles en difficulté.

Pendant 35 ans, elle n'a cessé de faire progresser les droits des enfants en France en mobilisant les associations et les acteurs de terrain, en informant et formant les publics et professionnels spécialisés, et en apportant son soutien aux chercheurs. Elle a ainsi attribué des aides financières à plus d'une centaine d'associations et chercheurs, et formé 25 000 professionnels.

Cette fondation a également été à la genèse de deux dispositifs téléphoniques : le 119 – Allô Enfance en danger, dont elle a proposé la création lors d'une commission sur les mineurs maltraités en 1988, et le 116 000 Enfants disparus, un service d'écoute dédié aux familles d'enfants disparus qui a vu le jour au sein de la fondation en 2004.

Créée en 2010, la Fondation protection de l'Enfance est issue du Centre français de protection de l'Enfance (CFPE). Elle est venue en aide moralement, matériellement et financièrement aux personnes et aux structures qui assurent la protection de l'enfance et l'aide à la fonction parentale, notamment à travers la mise en œuvre de programmes de parrainage d'enfant.

Le CFPE a, quant à lui, vu le jour en 1947 dans un contexte d'après-guerre difficile. Affilié à l'Union internationale de protection de l'enfance, qui apportait alors un secours matériel et financier aux enfants orphelins de guerre, il fut chargé de reprendre la gestion de ces actions de solidarité menées en France, de les pérenniser et de réfléchir à une adaptation de l'évolution des besoins.

Partageant les mêmes engagements, les mêmes objectifs et des compétences complémentaires, les deux fondations se sont rapprochées et ont décidé d'unir leurs forces. De cette union est née une nouvelle et grande fondation au service de l'enfance en difficulté. Portant le nom de Fondation pour l'Enfance, elle est reconnue d'utilité publique par décret du 27 juillet 2012.




Emilie BOUSQUET
Journaliste

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