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Françoise Hecquet et Frédéric Forgues : « Voter, c'est voter pour vous »

Candidats au Conseil de l'Ordre, Françoise Hecquet et Frédéric Forgues se rejoignent sur une vision de la profession d'avocat, entre défense de ses valeurs et prospective. Solidarité-équité professionnelle et sacralisation du secret sont deux piliers majeurs de leur profession de foi.
Françoise Hecquet et Frédéric Forgues : « Voter, c'est voter pour vous »

ActualitéInterview Publié le ,

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous vous présenter ?

Frédéric Forgues : J'ai soutenu une thèse de doctorat en droit des affaires en 2002 à la Sorbonne et j'ai prêté serment l'année suivante. J'ai passé le concours de la Conférence du stage en 2006. J'ai eu la chance d'être élu dès la première tentative. J'occupais le poste de dixième secrétaire, en charge de la permanence pénale qui est l'attribution fondamentale de cette Conférence. En dehors du concours et de sa fonction de représentation du jeune barreau étranger, elle a depuis 1791 pour vocation première d'assurer la commission d'office en matière criminelle pour les personnes indigentes. La tâche était à la fois exigeante et accaparante.

Après avoir été collaborateur de trois cabinets d'affaires, je me suis installé en 2009. J'exerce seul avec un collaborateur dans le domaine du droit pénal des affaires et de la presse. Je suis, par ailleurs, chargé d'enseignement à l'EFB en matière d'art oratoire et de prise de parole en direct. Je suis également directeur de la publication de la Revue immatérielle – entièrement en ligne – d'études africaines qui a trait à la culture, au droit et à la politique du continent. Elle est publiée en français et en anglais. Je m'intéresse à l'Afrique par tropisme personnel. Je suis enfin avocat sur la liste de la Cour pénale internationale. Le droit pénal international a actuellement l'Afrique pour théâtre essentiel…

Françoise Hecquet : Je suis spécialisée dans l'assurance, le risque industriel et la construction. Après avoir quitté Clyde & Co où nous étions associés, j'ai créé PHPG avec Jean-Marie Preel et Jean-Baptiste Payet-Godel avec lesquels je travaille depuis 20 ans. À l'Union internationale des avocats, j'ai présidé pendant six ans la commission assurance. Depuis cinq ans, je suis chargée du développement du réseau « Femmes UIA » qui se réunit chaque année à l'occasion de nos congrès. Je suis également membre de l'ACE puisque j'ai commencé ma vie professionnelle comme conseil juridique, avant de passer le Capa en régime salarié. Je suis enfin engagée dans plusieurs associations en faveur des femmes comme Femmes et Droit - qui a investi notre binôme avec celui formé par Sylvie Le Damany et Chems-Eddine Hafiz -, l'Association française des femmes juristes et l'Association français des femmes de carrières juridiques.

A.-P. : Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidats ensemble ?

F. H. : Bien que nos parcours et nos domaines d'activité soient très différents, nous nous rejoignons sur notre attachement au caractère libéral de l'exercice de la profession et sur ses valeurs qui constituent son identité. Si nous avons, l'un et l'autre, pleinement conscience de la nécessité de nous adapter aux changements liés au développement de l'économie numérique, nous sommes également soucieux de le faire en conservant ce qui marque notre singularité.

F. F. : Pour ma part, cette candidature au Conseil de l'Ordre s'inscrit dans le prolongement de mon parcours professionnel, de l'exercice libéral de la profession qui est le mien, de ma connaissance du palais et sa diversité. Je rejoins totalement Françoise sur ce qu'elle vient de dire, sur nos points communs et sur cette vision à la fois traditionnelle et prospective de la profession d'avocat qui doit se transformer sans perdre son âme. J'ai toujours réfléchi sur son avenir, à travers la recherche de nouveaux débouchés, de nouveaux marchés et je souhaite poursuivre cette réflexion prospective au sein du Conseil de l'Ordre.

« L'Ordre doit être dans le temps présent en étant le reflet de tous ses membres. » Françoise Hecquet

A. P. : Pensez-vous que la tradition et la modernité qui s'entrechoquent actuellement ne constituent pas la quadrature du cercle ?

F. F. : Au contraire, je pense que c'est totalement indispensable. Au regard de la diffusion de l'information juridique, du nombre croissant d'intervenants et de la concurrence des métiers, nous devons paradoxalement nous recentrer sur notre cœur de métier, notamment le contentieux, en ce qui nous concerne. Ce n'est pas demain que les gens cesseront de commettre des infractions, ce n'est pas demain que les prisons disparaîtront, ce n'est pas demain que les tribunaux correctionnels seront dissous. Au contraire, il faut se rendre compte que la défense au sens large et la défense pénale empruntent des voies de plus en plus complexes. L'intervention de l'avocat peut aujourd'hui prendre de nouvelles formes, par exemple la QPC ou l'intégration du droit européen conventionnel, qui n'existait quasiment pas il y a 15 ans…

Cette approche “cœur de métier” va de pair avec l'évolution en désertant ou en laissant à d'autres les segments peu rentables de notre activité, sans valeur ajoutée réelle, là où nous ne sommes plus tellement utiles, en tout cas moins utiles qu'auparavant.

A.-P. : Quelles seront vos actions et vos priorités si vous êtes élus ?

F. F. : Par définition, les candidats au Conseil de l'Ordre n'ont pas de programme puisque, comme vous le savez, ils sont chargés d'appliquer la politique du bâtonnier et travaillent au sein des différentes commissions (déontologie, exercice, international, finances, ethique et responsabilité sociale de l'avocat, discipline…). En revanche, nous avons des professions de foi et des engagements qui nous tiennent à cœur.

Françoise et moi nous nous attacherons notamment à la défense, voire à la sacralisation du secret professionnel, ou plutôt du secret juridique, qui prend l'eau de toutes parts, puisque l'évolution du droit positif lui est assez défavorable actuellement. Les informations confidentielles que le client dépose ou transmet à son avocat ne sont plus à l'abri de l'intervention des tiers, notamment l'autorité judiciaire, y compris en dehors de la matière et des poursuites pénales, surtout en droit des affaires et en droit de la concurrence. Nous devons absolument réagir, y compris sur le plan législatif.

F. H. : Comme l'a dit Frédéric, nous n'avons pas de programme à proprement parler, mais des convictions et des engagements. Je regrette pour ma part le fait que l'ordre soit parfois perçu comme étant éloigné et déconnecté des préoccupations quotidiennes des avocats. Trop de consœurs et de confrères souffrent d'isolement, de difficultés dans leur exercice quotidien, sont fragilisés par les circonstances de la vie et se trouvent hors-jeu. Ils le sont d'autant plus violemment qu'il faut souvent des moyens financiers pour s'adapter à l'économie à venir. Si nous sommes élus, je souhaite contribuer à retisser ce lien avec tout le barreau et œuvrer avec toute mon énergie pour développer encore plus les mesures en faveur de la solidarité et de l'équité professionnelle.

Je n'oublie ni d'où je viens ni qui je suis et je connais, pour l'avoir vécue, la situation de ceux qui entrent dans la profession sans contacts ni clients.

Quelques mesures pragmatiques pourraient être prises, telles que l'augmentation de l'allocation « chance maternité », notamment en faveur des consœurs seules ou des petites structures, la création d'un SOS remplacement, d'un SOS écoute, l'avance des indemnités perçues pendant cette période comme le proposent Olivier Cousi et Nathalie Roret dans leur programme de candidature au bâtonnat, la création de crèches semblables à celles qui se développent en entreprise, le financement de berceaux…

Beaucoup de mesures autour de la parentalité pourraient ainsi être poursuivies, développées et améliorées. Il faut aussi s'attacher à mieux faire connaître ce qui existe déjà car beaucoup d'actions et d'outils ont été mis en place et sont ignorés de nos consœurs et de nos confrères.

Il y a également un réel besoin des jeunes de vivre leur vie professionnelle autrement. Nous constatons que beaucoup d'entre eux quittent le barreau après le premier enfant, et pas seulement des femmes. Il y a donc un intérêt à participer à une réflexion globale sur une autre façon d'organiser son parcours professionnel. Il y a toute une réflexion à mener au niveau du Conseil de l'Ordre, pour proposer d'autres modèles et aider les jeunes confrères à s'inscrire pleinement dans la vie du barreau.

« Les legaltech ne sont pas l'avenir, c'est déjà le présent. La question n'est donc pas de savoir s'il faut les éviter, mais ce qu'on fait avec elles. » Frédéric Forgues

A.-P. : Comment pensez-vous travailler au sein du Conseil de l'Ordre ?

F. H. : Si nous sommes élus, nous allons travailler avec l'actuel bâtonnier Frédéric Sicard et la vice-bâtonnière Dominique Attias pendant un an, puis avec le futur bâtonnier pendant deux ans. C'est un travail d'équipe qui nous attend si nous avons l'honneur de rejoindre nos confrères élus au Conseil.

F. F. : Pour la prochaine élection au bâtonnat, nous soutenons Olivier Cousi et Nathalie Roret, mais nous sommes également proches des autres candidats. Je connais bien Basile Ader que j'apprécie. Quel que soit le résultat des urnes, nous remplirons les missions que le bâtonnier nous confiera dans l'intérêt de tous nos confrères. Tout cela se fera en très bonne intelligence, notre souci commun étant d'agir pour le plus grand bénéfice de tous.

F. H. : Nous avons tous deux une bonne connaissance du métier. Nous nous sommes organisés dans nos vies personnelles et professionnelles respectives pour nous rendre disponibles pour les confrères pendant ce mandat de trois ans. Nous voulons demeurer à l'écoute et proches pour contribuer à recréer ce lien avec l'Ordre qui s'est malheureusement distendu au fil du temps. Nous sommes conscients des demandes de transparence, de simplicité, d'accessibilité, l'Ordre doit être dans le temps présent en étant le reflet de ses tous membres.

A.-P. : Pourquoi vos confrères ont-ils avantage à voter pour vous ?

F. H. : Notre mot d'ordre est « Voter, c'est voter pour vous » car nous souhaitons représenter tout le barreau et que les voix de tous puissent être représentées et entendues. L'Ordre est malheureusement souvent perçu comme un entre-soi, ce qui nuit à notre démocratie ordinale. Nous voulons dire à nos confrères que nous sommes et demeurerons pleinement engagés pour eux et que nous effectuerons les missions qui nous seront confiées dans le seul intérêt de tous.

A.-P. : Comment jugez-vous l'arrivée des legaltech sur le marché du droit ?

F. F. : Les legaltech, ce n'est pas l'avenir, c'est déjà le présent. La question n'est donc pas de savoir s'il faut les éviter ou pas, mais ce qu'on fait avec elles. Il serait démagogue de s'insurger, de dire qu'elles représentent une concurrence déloyale, un dévoiement… C'est plus compliqué que cela. Il faut évidemment les réglementer et dénoncer l'éventuel exercice illégal. Mais ces legaltech peuvent être partenaires des avocats, prenant en charge tout un pan de l'activité juridique que nous n'avons jamais pris en compte, voire étendre le marché du droit, en centralisant et en mutualisant des démarches individuelles qui n'ont jamais été prises en charge. Ces legaltech apportent une dimension technologique qui peut être utile. Nous devons travailler avec elles, en restant intraitables sur le respect de nos principes déontologiques.

L'Ordre de Paris a aujourd'hui les moyens de neutraliser les excès éventuels en offrant, par exemple, des services et des outils gratuits.

Sur ce thème, nous encourageons les lecteurs à découvrir une étude remarquable de l'Erage, l'École des avocats du Grand Est, consacrée à l'avocat post révolution-numérique.

F. H. : Nous avons rencontré ces jeunes au congrès de l'ACE fin septembre à Ajaccio. Cette étude, encadrée par notre consœur Clarisse Berrebi et Enke Kebede, directrice de l'Erage, est tout à fait remarquable. Elle montre le dynamisme de ces jeunes, nés avec le numérique, qui ont dressé un état des lieux de notre exercice avant de dégager des orientations d'innovation.

Puisqu'il faut conclure, n'ayons pas peur d'aller de l'avant, de conquérir de nouveaux marchés, de modifier nos habitudes, d'innover, ce qui n'est en rien contradictoire avec le fait de conserver nos valeurs qui font notre singularité.

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