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Forum Vies Mobiles se penche sur les conditions d'exercice des livreurs à vélo

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Forum Vies Mobiles se penche sur les conditions d'exercice des livreurs à vélo
© Adobe Stock

Face à de nombreux évènements apparus un peu partout en France mettant en lumière la précarisation des livreurs de repas, engagés par les grandes plateformes de livraison, le Forum Vies Mobiles a réalisé une étude sur la livraison à vélo, dont il a récemment dévoilé les résultats.

Cela fait maintenant quelques années que le recours à la livraison de repas à domicile a explosé, gérée par des plateformes de livraison dans un contexte d'ubérisation de l'économie. Celles-ci recrutent de nombreux livreurs en leur promettant un revenu facile d'accès et une activité autonome. Pour autant, il existe une certaine opacité sur ce que sont vraiment les livreurs à vélo aujourd'hui, dans quelles conditions ils travaillent, combien de temps passent-ils à sillonner les villes chaque jour et leur revenu. C'est pour répondre à ces questionnements que le Forum Vies Mobiles a demandé à un groupe d'étudiants de l'Université Paris 1 de mener l'enquête. Après avoir conduit 53 entretiens approfondis auprès de livreurs travaillant dans le centre de Paris et en grande couronne (Mantes-la-Jolie), ainsi que de nombreuses observations, ils ont pu proposer une série de mesures pour répondre aux problèmes identifiés.

Dégradation rapide des conditions de travail

Si, à leurs débuts, les plateformes proposaient des conditions de travail attractives afin d'attirer les livreurs (activité autonome, aux horaires flexibles, bien rémunérée et en extérieur), ces dernières se sont rapidement dégradées. Si le profil du livreur était tout d'abord celui de l'étudiant, exerçant cette activité à temps partiel afin d'obtenir un revenu d'appoint, de nouveaux sont progressivement apparus, à mesure que les conditions de rémunération se durcissaient et que les exigences des plateformes étaient plus importantes : diminution de la rémunération à l'heure, rémunération à la course et au kilomètre parcouru, injonction à la vitesse etc.

Une demande grandissante, la force des plateformes

Les plateformes se sont permises de faire progressivement évoluer leur politique dans ce sens, constatant que les livreurs travaillant pour elles sont aujourd'hui beaucoup plus nombreux qu'il y a quelques années et davantage dépendants du revenu qu'ils perçoivent. La plupart des livreurs le sont devenus après une perte d'emploi. Un phénomène amplifié par la crise sanitaire, qui a engendré de nombreuses suppressions d'emplois, d'une part, et une hausse de la demande de livraison à domicile d'autre part.

Zoom sur les différents profils de livreurs

Le contexte économique et social a conduit à une diversification des profils des livreurs, de plus en plus précaires, au développement de la concurrence entre les livreurs, voire à une sous-traitance entre livreurs pouvant aller jusqu'à l'exploitation. De nombreuses personnes précaires, migrantes, parfois sans papiers, se sont saisies de cette activité relativement facile d'accès, n'impliquant pas ou peu de sélection à l'embauche et ne nécessitant pas de formation particulière.

Si les 53 livreurs auprès desquels les étudiants ont mené des entretiens approfondis ont en commun de parcourir en moyenne entre 40 et 120 km par jour travaillé, leurs situations sont très variées. Le rapport a ainsi mis en lumière 6 portraits robots des livreurs.

Les premiers sont les « forçats » (18/53), des mono-actifs travaillant en moyenne 50 heures par semaine, le plus souvent 7 jours /7. Ils sont presque tous étrangers et sont les individus les plus précaires de l'échantillon. Viennent ensuite les « étudiants » (10/53), des livreurs travaillant en moyenne 14 heures par semaine, majoritairement le soir et le week-end, en s'adaptant à leur emploi du temps d'étudiant. Également, les « actifs » (8/53), qui travaillent en moyenne 35 heures par semaine, 5 jours/7, la livraison étant leur unique source de revenu. Autre profil, celui des « cumulants » (7/53) qui, comme les étudiants, livrent à temps partiel, en cumul d'une autre activité professionnelle. Les « coursiers » (7/53), quant à eux, travaillent pour des entreprises de livraison à vélo, coopératives ou non, en moyenne 35 heures par semaine. Tous de nationalité française, ils ont un niveau de diplôme et une ancienneté dans le métier supérieurs à la moyenne des enquêtés. Enfin, les « intermittents » (3/53) travaillent une vingtaine d'heures par semaine et la livraison est leur seule activité.

Les risques de l'injonction à la vitesse

Le quotidien des livreurs est rythmé par l'injonction à la vitesse, encouragée par le système de rémunération, qui engendre leur mise en danger et leur fatigue physique, conduisant ainsi de nombreux livreurs à opter pour le scooter ou la voiture alors que l'usage de ceux-ci pour la livraison n'est autorisé qu'à condition d'avoir une licence spécifique. Dans ces conditions, la cohabitation avec les autres usagers de l'espace public peut être source de tensions, voire de collisions. L'absence de relations entre l'entreprise et le livreur, qui reçoit des ordres d'un algorithme, accentue la pénibilité et la déshumanisation du travail, auxquelles s'ajoute l'opacité de l'algorithme, de son fonctionnement, des modes de rémunération que les livreurs peinent à comprendre. En conclusion, leur travail est quotidiennement incertain.

Recommandations

La popularité des livreurs de repas dans les médias comme dans l'espace public doit inciter les pouvoirs publics à se saisir de la question de leur précarisation, puisqu'ils ne bénéficient pas des droits inscrits dans le code du travail. Fin mars 2021, des discussions ont commencé à voir le jour en France afin d'améliorer les conditions de travail des livreurs de repas, notamment suite à la publication du rapport Frouin en décembre 2020 qui doit conduire l'ensemble des partenaires sociaux concernés à réfléchir et à venir à la table des négociations.

Ce rapport se conclue par une série de recommandations qui touchent aussi bien au droit du travail qu'à l'aménagement urbain. Parmi elles, il est proposé de rémunérer les livreurs à l'heure et prévoir une majoration en cas de mauvaises conditions climatiques, de limiter l'aire de livraison à 5km autour du livreur et mutualiser les courses au maximum pour permettre un fonctionnement en tournées de livraison. Le rapport suggère aussi de dédier une partie de la voirie au vélo, d'augmenter la largeur des voies cyclables pour permettre la cohabitation de plusieurs vitesses de circulation des cyclistes et d'aménager des haltes dédiées aux livreurs, pour leur permettre de recharger leur téléphone, de remplir leur gourde, de se reposer, de se mettre à l'abri des intempéries, de créer un espace de sociabilité, etc.




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