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Forum ECF « Nous avons des axes de développement très vastes »

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Forum ECF « Nous avons des axes de développement très vastes »
@ AP - Jean-Luc Flabeau, président d'ECF.

Organisé à Paris, le Forum ECF a fait la part belle à l'avenir de l'expertise-comptable et du commissariat aux comptes, avec notamment des conférences dédiées à la loi Pacte et au numérique. Pour le syndicat présidé par Jean-Luc Flabeau, de nombreuses opportunités se présentent aujourd'hui aux experts-comptables qui doivent gagner le « cœur de l'économie ». Et si les commissaires aux comptes verront disparaître une grande partie de leurs mandats, ECF estime que tout n'est pas perdu pour autant.

« Chez ECF, nous croyons et militons pour une diversité des cabinets libéraux et des compétences ». Jean-Luc Flabeau, président d'ECF, a souhaité réaffirmer le positionnement de son syndicat dès l'entame de ce rendez-vous annuel.

« Même si nos missions traditionnelles restent au cœur de nos cabinets EC et CAC, leur développement passera par ces missions périphériques », a-t-il soutenu face à ses confrères, avant de pointer du doigt les institutions ordinales. « Notre approche est très différente du CSOEC et de la CNCC. Si, dans les mots, nous prônons tous le développement des cabinets, les actes son diamétralement opposés », a lancé le président d'ECF, estimant qu'une stratégie cachée consistait à opérer un schisme dans le corps professionnel du chiffre.

« Vous aurez une minorité de structures qui interviendront dans les grandes entreprises et les PME, avec des missions à forte valeur ajoutée. Et vous aurez à côté la très grande majorité de professionnels qui risque d'être, à terme, cantonnée à des missions à faible valeur ajoutée dans les TPE ou les petites PME », a-t-il poursuivi pour développer son propos. Pour lui, les preuves ne manquent pas : le relèvement des seuils que « la compagnie nationale n'a pas anticipé » et contre lequel elle a « faiblement combattu », l'article 21 de la loi Pacte qui « va mettre à mal le principe de séparation entre audit et conseil », ou encore le projet d'examen de conformité fiscale.

Si « beaucoup de choses font penser qu'il peut y avoir une séparation des deux professions », Jean-Luc Flabeau estime que « c'est tout le contraire qu'il faut faire » pour permettre à la profession d'évoluer et de se retrouver au cœur de l'économie. « Il faut que l'expert-comptable et le commissaire aux compte puissent devenir de véritables entrepreneurs au service d'autres entrepreneurs, et partager leur quotidien, entre recherche de nouveaux marchés, difficultés de recrutement, attractivité, etc. ». Le président d'ECF a précisé ensuite que les professions du chiffre devaient anticiper les évolutions à venir, telle que la probable suppression de la prérogative d'exercice. « Soyons clairvoyants, les pouvoirs politiques, qu'ils soient français ou européens, n'aiment pas les professions réglementées et il n'y aura pas de retour en arrière », a déploré Jean-Luc Flabeau, indiquant que ces derniers feraient tout pour que les libéraux coûtent le moins cher possible. Par ailleurs, pour Jean-Luc Flabeau, si les normes professionnelles sont une forme de protection, elles ne doivent pas pour autant représenter un frein vis-à-vis des besoins des clients.

Enfin, pour parvenir à rester au cœur de l'économie, les professionnels du chiffre doivent chercher régulièrement de nouveaux débouchés, de nouveaux axes de développement et créer de nouvelles lignes de services. « Nous avons des axes de développement très vastes, il y a énormément d'opportunités à saisir. Nous refusons l'idée qu'il n'y a plus d'avenir pour les professionnels libéraux, nous sommes même persuadés du contraire. Ce sera notre engagement de campagne. Nous avons beaucoup d'ambition pour notre profession, qui a des atouts incroyables : un niveau élevé de confiance auprès des clients, deux marques fortes (EC et CAC), une éthique qui nous distingue d'autres acteurs. Mais nous devons faire attention à un écueil que certains préparent savamment, c'est-à-dire la guerre fratricide sur le terrain des deux professionnels EC et CAC », a conclu Jean-Luc Flabeau.

Nous devons faire attention à un écueil que certains préparent savamment, c'est à dire la guerre fratricide sur le terrain des deux professionnels EC et CAC.

Le numérique

« Les cabinets doivent absolument passer le pas, élaborer un plan numérique et préparer les collaborateurs. Il est important de ne pas attendre l'échéance finale », a expliqué Jean Saphores, président d'ECF Services, invité à introduire la première table ronde dédiée à l'apport du numérique.

En tant que jeune expert-comptable, Gilles Bössiger (vice-président d'ECF Paris IDF) a expliqué : « si je suis là, c'est que je suis confiant, voire impatient. En matière de numérique, on entend parler de big data, de machine learning, de blockchain ; autant de mots qui peuvent faire peur. En réalité, nous sommes en train de vivre un réalignement sur l'environnement économique qui nous entoure. Nous sommes aspirés par ce phénomène mais avec du décalage ». Gilles Bössiger rêve ainsi « que les bilans se fassent tous seuls » mais craint que certains confrères s'opposent à ce mouvement, en voulant transformer les experts-comptables en formalistes. « J'ai entendu une consœur expliquer qu'il fallait co-construire la profession de demain avec Bercy, en tant que garants de l'assiette fiscale. Je n'ai pas fait un bac+8 pour devenir fonctionnaire dans le privé », a confié le jeune professionnel.

Dans son cabinet doté d'une trentaine de collaborateurs, c'est un ingénieur en système d'information qui pilote la transformation numérique. « Il est important d'avoir un des dirigeants qui soit moteur. Nous avons fait le choix de nommer deux référents digitaux dans le cabinet, des experts-comptables dont la mission est de former les collaborateurs, parfois de prendre en charge les paramétrages chez les clients. C'est
un vrai atout qui a marché auprès d'eux », a-t-il expliqué, indiquant avoir « mis beaucoup de moyens sur les ressources humaines », de sorte que les collaborateurs puissent baigner dans ce contexte de changement et en soient les promoteurs.

Pour Guillaume Proust, président de la commission innovation d'ECF, les problèmes d'adaptation viennent du manque d'ouverture des professionnels. « Le carcan de la formation empêche d'être « aware », vous devez rester à l'écoute du monde qui vous entoure, sortir des dossiers techniques », a-t-il plaidé, invitant ses confrères à rester « connectés » grâce à des outils de veille. « Il faut intégrer dans nos cabinets des personnes qui font du marketing, du SI, qui ont des doubles ou des triples compétences, mais aussi travailler en mode agile, créer des petites cellules, aller vers les softs skills (car les hard skills seront pris par la machine) », a poursuivi Guillaume Proust, citant l'empathie, l'intelligence émotionnelle, la créativité ou encore le leadership. « Tentons des choses auprès de nos clients, si cela fonctionne, investissons en hommes, en finances ; les éditeurs ne vont pas assez vite. Il faut être intrapreneurs, apparaître aux yeux des clients comme des professionnels innovants et créatifs avec qui l'on a envie de travailler ».

En tant que fervent défenseur de l'indépendance numérique de la profession, Lionel Canesi, président du Croec Marseille-Paca, a estimé qu'il ne restait que cinq ans pour réagir. « Soit nous prenons en main notre destin informatique et nous devenons moteurs de l'innovation, soit nous allons subir, avec un risque de péricliter et de devenirs des supplétifs de l'administration fiscale ». Pour ce professionnel au parler franc, il n'en est pas question. « Nous devons devenir des experts-comptables augmentés », a-t-il soutenu face à ses confrères, indiquant qu'il n'était pas concevable que des start-up inventent le métier de demain. D'où le lancement par la profession d'un incubateur et d'un accélérateur, qui permettront de détecter, puis d'accompagner les jeunes pousses, avant que des cabinets ne puissent entrer à leur capital.

Et selon Lionel Canesi, le deuxième enjeu capital est celui des data. « Demain nous irons vers de la comptabilité prédictive, mais il faut la dominer, la maîtriser, au risque de laisser le marché aux autres », a-t-il avancé, indiquant que le rôle des institutions était d'accompagner l'ensemble de la profession et de se montrer leader.


La table ronde dédiée à la réforme des retraites.

La loi Pacte

Dans le contexte de la sortie à venir du nouveau code de déontologie, le forum ECF a réservé l'une de ses tables rondes à la question du devenir du CAC après l'entrée en vigueur de la loi Pacte. Le rebond doit s'appuyer, selon le syndicat, « sur un véritable audit adapté en lieu et place d'un audit complexifié par le rapport sur les risques ». Ce rebond doit être « complémentaire à la mission de l'expert-comptable et non concurrent » de celle-ci. Interrogé sur l'état d'esprit de ses confrères, Sylvain Boccon-Gibod, président de la CRCC de Lyon, a expliqué que ces derniers étaient incrédules, voire très abattus. « Tout le monde était perdu et avait besoin de retrouver des repères, c'est la position que nous avons essayé de suivre à Lyon », a détaillé le président de la chambre régionale, expliquant avoir organisé en juillet un atelier avec des confrères volontaires pour recueillir leurs témoignages. « Nous avons par la suite produit un livre blanc que nous avons présenté à la CNCC et au H3C, il en est ressorti la volonté des confrères d'aller de l'avant, d'affirmer l'ADN du CAC (sur les notions d'intérêt général et d'indépendance). Nous avons réussi à dégager des vraies lignes de conduite pour avancer ».

Pour Vincent Reynier, « il est certain qu'aujourd'hui l'univers a changé, même si les plein effets de Pacte ne sont pas encore présents. Il y a beaucoup de supputations mais nous sommes sûrs que la majorité des mandats vont disparaitre et que l'on ne va pas vers une croissance des professionnels ». Si le chiffre d'une perte de 75 % des mandats est aujourd'hui avancé, le chiffre réel est plus nuancé : certains clients satisfaits devraient conserver leur CAC.

Sylvain Boccon-Gibod a par ailleurs précisé qu'une étude avait été menée à Lyon auprès de tous les cabinets qui avaient plus de 20 mandats et dont plus de 70 % étaient en-dessous des seuils (et donc les CAC les plus en danger). « On a décompté une centaine de cabinets, qui ont tous été contactés, mais nous n'avons eu de retour avec aucun d'entre eux. Ceux avec j'ai finalement pu discuter ont indiqué que ce n'était pas si dramatique et qu'ils souhaitaient s'organiser. Cela m'a un peu surpris, a priori il s'agissait des plus désavantagés », a relaté le président lyonnais. Et de poursuivre : « j'ai l'impression que chacun gère les conséquences à sa manière, mais ce qui est inquiétant, c'est que les plus en difficulté pourraient ne pas se manifester. Il y a un risque que surviennent des drames si nous ne parvenons pas à détecter la face cachée de l'iceberg ».

Concernant les demandes d'indemnisation, Vincent Reynier a expliqué que le pouls des professionnels avait été pris pour déterminer les cabinets impactés. « Force est de savoir que certains perdraient 90 % voire 95 % de leur activité. Nous avons été très réactifs sur Paris, mais aussi Lyon et Marseille avec la création de l'association CAC Indemn pour fédérer les confrères en difficulté », a-t-il rappelé, avant de préciser que les chances de voir une indemnisation de groupe aboutir (à l'instar des avoués) étaient quasi-nulles.

L'effet « petit groupe et filiale significative »

« Il faut être lucide mais pas totalement pessimiste, la profession aura toujours sa raison d'être », a plaidé Vincent Reynier. « On découvre l'effet petit groupe et filiale significative, qui nous fait sortir de certains mandats et rentrer dans d'autres », a ajouté Jean-François Mallen, indiquant que les professionnels n'avaient pas du tout mesuré cette perspective et que cela pourrait atténuer le choc.

Enfin, s'agissant de la diminution des effectifs professionnels, Sylvain Boccon-Gibod a pu souligner que le risque était de suivre le modèle concentré anglo-saxon. « Le marché français l'était déjà, mais restait le plus déconcentré d'Europe », a-t-il tenu à rappeler.

Et concernant les aides à apporter aux confrères qui perdent une grande partie de leurs mandats, le président de la CRCC lyonnaise a indiqué qu'il ne revenait pas à la compagnie de trouver une méthode miracle. « Certains mandats vont disparaître, mais pour ceux qui auront envie de continuer, de suivre une stratégie, nous leur donneront les moyens pour continuer à exister à côté des cabinets plus importants et déjà équipés », a-t-il précisé, évoquant la promotion d'outils qui pourraient être mis en avant, la mise à disposition de contacts de proximité en matière déontologique, ou encore des formations concernant des points techniques.

Outre ces choix individuels, des actions pourront être menées sur l'environnement direct des CAC. « Notre métier est assez méconnu mais paradoxalement, depuis Pacte, des professionnels tels que des banquiers s'intéressent à nous. C'est le moment de faire passer des messages ».




Quentin CLAUZON
Journaliste

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