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Force d'experts, une nouvelle génération d'experts-comptables

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Force d'experts, une nouvelle génération d'experts-comptables
@ DR

Mathieu Thiersé, expert-comptable, présente Force d'experts, l'association récemment fondée dont il est le président. Son ambition est aujourd'hui de « d'être une association “ nouvelle génération”, en travaillant différemment tout en restant indépendants ».

Affiches Parisiennes : Vous êtes président d'une nouvelle association d'experts-comptables, appelée Force d'experts, qui regroupe plus de 20 cabinets indépendants. Qu'est-ce qui vous a amenée à créer cette association ?

Mathieu Thiersé : Nous étions 23 cabinets déjà réunis dans une organisation dans laquelle nous avons fini par ne plus nous retrouver. Nous l'avons quittée et plutôt que de tous se retrouver seuls, nous avons décidé de créer cette association, Force d'experts, début janvier 2021.

A.- P. : Quelles sont vos ambitions aujourd'hui et pourquoi avoir désigné votre organisation comme association ?

M. T. : On a pris la forme juridique d'une association loi 1901 donc nous ne sommes pas un groupement, c'est-à-dire pas GIE. Nous ne sommes pas non plus un réseau et nous ne voulons surtout pas l'être parce que cela amène des difficultés au sens légal du terme. On est chacun indépendant, autonome, chacun garde son capital et ses décisions dans son cabinet et nous ne sommes pas une organisation centralisée. Nous avons la forme juridique d'une association de 23 cabinets de taille différente et à l'histoire différente. Notre ambition est d'être une association “ nouvelle génération”, en travaillant différemment tout en restant indépendants. Ces 23 cabinets veulent construire ensemble leur avenir professionnel dans l'expertise comptable. On s'est également allié pour compenser nos faiblesses individuelles, avoir plus de force, c'est l'intérêt de se mettre ensemble. On se veut agile, ce qui implique que tous les dirigeants et surtout les équipes sont impliqués dans cette association, et chacun y participe à sa manière, parfois avec des calendriers différents. On se veut aussi adaptable, autonome, ne dépendre que de nous-mêmes et décider de nos orientations sans qu'elles nous soient dictées. On a ensuite défini nos valeurs fondatrices, déclinées autour du mot force qui fait partie de notre nom. Avec Force d'experts, on a dessiné cinq grandes valeurs fondatrices : le “F” de fidélité puisqu'on a décidé de se réunir pour défendre et promouvoir nos valeur, “O” comme organisation, “R” comme respect, c'est quelque chose de très important entre nous, le “C” de courage, dont on a eu besoin pour se lancer dans cette aventure et affronter le changement de notre métier et “E” comme entraide, puisqu'au travers des associés et des collaborateurs du cabinet, l'un aura forcément la réponse à la question d'un autre. L'idée était effectivement de se réunir pour faire face aux enjeux de la profession. Le métier et les besoins des clients évoluent. On estimait que chacun, seul dans son coin, on n'y arriverait pas et que c'était plus efficace de le faire avec d'autres.

A.- P. : L'objectif de l'association est donc l'échange, le partage d'idées ?

M. T. : C'est la co-construction, l'échange, l'entraide. Au travers de ça, on a tenu notre première réunion de brainstorming pour définir plus précisément nos orientations qui sont de travailler sur le digital, parce que la digitalisation des cabinets nécessite de faire des choix et d'apprendre des méthodes en la matière. Travailler aussi sur le commissariat aux comptes, sur les nouvelles missions qui sont autorisées, les définir, les sécuriser, les formaliser, travailler sur l'offre et remettre le client au milieu du cabinet. On travaille sur le couple produit-marché, on identifie un besoin et on met une offre en face. On travaille aussi sur nos process en interne et sur le RH aussi, pour faire évoluer les plus anciens collaborateurs vers de nouvelles façons de travailler, former et recruter des gens qui ne nous ressemblent pas spécialement mais qui correspondent aux besoins de nos clients. Et puis, forcément, on suit une orientation formation parce que notre métier nécessite de se former en temps réel et en permanence en matière fiscale, sociale, comptable, gestion patrimoniale, etc. Avec ces orientations, on a créé ce qu'on a décidé d'appeler des « labos », six ou sept qui sont des groupes de travail avec des sachants dans chaque labo, dont l'objectif est de travailler en commun et une fois les travaux avancés ou terminés, ils vont dans la communauté.

A.- P. : Comptez-vous travailler activement avec les instances régionales ou nationales de l'Ordre ou avec les syndicats de la profession ?

M. T. : On le fait déjà sans le vouloir, parce que certains de nos membres participent déjà aux travaux des syndicats ou des conseils régionaux du Conseil supérieur, participent déjà à la vie de la profession de manière personnelle et du coup, peuvent en faire bénéficier tout le monde. Par contre, on a demandé notre adhésion au Comité des groupements de cabinets indépendants (CGCI), l'association qui fédère les groupements et associations techniques pour aller échanger avec d'autres organisations comme la nôtre.

A.- P. : Vous qui souhaitez placer le client au centre du cabinet et qui êtes le conseil par excellence des PME, comment ressentez-vous la crise sanitaire au travers de ce que vous disent vos clients ?

M. T. : En tant qu'expert-comptable de 250 ou 300 clients, je peux dire que oui, c'est compliqué. On a dû revoir complètement en un an, et surtout en mars 2020, notre organisation et notre façon de faire. On a dû faire les choses un petit peu différemment, gérer dans l'urgence, c'est-à-dire découvrir quasiment en même temps que nos clients, et leur expliquer ensuite, les mesures qui étaient prises par les administrations. C'est une chose qui nous a beaucoup occupé, avec des changements quasiment du jour au lendemain. On était déjà au cœur de la vie des entreprises, de la vie professionnelle de nos clients et on l'est d'autant plus. On est de plus en plus sollicités sur des choses autre que la comptabilité pure et dure comme l'accompagnement, les aides à la survie pour certains. C'est très compliqué et il y en a qui souffrent.

A.- P. : Vous restez quand même plutôt optimiste ?

M. T. : Je le suis de nature, donc oui, et je veux le rester. On va y arriver, on va tout faire pour que ça continue et on va continuer à tout faire pour aider nos clients.

A.- P. : S'agissant du digital, avez-vous des projets communs sur des sujets liés à l'intelligence artificielle ?

M. T. : L'objectif de Force d'experts n'est pas de créer un outil digital car on n'est pas expert informatique. Notre travail est d'identifier les outils existants ou ceux qui vont sortir très prochainement et les analyser pour proposer à chaque client la solution qui lui convient. On a trop eu tendance à vouloir vendre des solutions à un client qui n'en avait pas besoin. Notre objectif est de travailler sur les outils existants, sur ce qu'ils font, à quoi et pour qui ils servent et ensuite les faire coller à leurs besoins. Au sein de Force d'experts, des travaux visent à faire un panorama des outils, et de l'actualiser, pour pouvoir proposer aux clients des outils qui leur conviennent. Toute cette démarche, cette mise en place d'outils, cette avant-vente, permettra d'adapter le parcours client au sein du cabinet qui évolue dans le temps, et de le formaliser. Sur le digital, des solutions existent. On ne créera pas une plateforme mais on est attentif à ce qui existe sur le marché et à ce qui est ce qui est bon pour le client, selon le client.

A.- P. : Vous avez évoqué le sujet du commissariat aux comptes. Avec la baisse des seuils, il a dû y avoir beaucoup de pertes ?

M. T. : Certains ont beaucoup perdu, d'autres moins. La loi Pacte est passée par là et a complètement rabattu les cartes, a défini un métier de commissariat aux comptes qui sera sûrement différent de ce qu'il était. Nos travaux consistent d'ailleurs à échanger entre nous sur ce qui nous est nouvellement autorisé, sécuriser tout ce qu'on peut faire aujourd'hui et donner de la valeur aux travaux des commissaires aux comptes. On essaie de développer une bonne image des commissaires aux comptes, du rendu de ce qu'ils font et accompagner ceux de Force Experts sur la formalisation de ces objectifs.

A.- P. : Avec la crise, est-ce que les experts-comptables ressentent un effet sur leur chiffre d'affaires, sur leur clientèle ?

M. T. : Je ne pourrais pas répondre à la place des 23 cabinets sur les conséquences directes de la crise sur leur chiffre d'affaires et sur leur rentabilité. Je peux vous parler de mon cabinet, qui n'a ni perdu ni gagné de chiffre d'affaires et qui a fait le choix, évidemment pas partagé par tous les cabinets d'expertise-comptable, de ne pas du tout facturer ce qui a été fait dans le cadre de la Covid. C'est un choix très personnel. On a eu des nouveaux clients, mais qu'on aurait peut-être eu de toute manière. Aujourd'hui, on ne ressent pas les effets financiers de la crise mais on ressent l'isolement des équipes, du fait du télétravail qu'on a mis en place dès le premier confinement. Cet isolement rend la période un peu complexe et il faut que l'on travaille là-dessus, que l'on continue à créer du lien avec nos équipes et que les équipes continuent à échanger de manière un peu différente d'avant. C'est un challenge qui est, pour l'instant, en cours.

A.- P. : Comment peut-on adhérer à Force d'experts ? Est-il nécessaire d'être expert-comptable et d'avoir un cabinet ?

M. T. : Ce sont les cabinets qui adhèrent. Cela peut être un cabinet d'une personne, comme c'est pour certains, actuellement dans l'association, mais à chaque fois c'est tout le cabinet qui adhère. Pour adhérer, il faut savoir que dans le cadre de notre stratégie de développement, on a décidé de se limiter en nombre. Aujourd'hui, on est 23 et on s'est fixé un nombre aux alentours de cinquante, pas plus, pour bien travailler ensemble. Une des forces de l'association est les échanges entre nous et plus on est, plus c'est compliqué de parler. La priorité numéro un, ce n'est pas la taille, le chiffre d'affaires ou la localisation, c'est le cabinet qui partagera les valeurs fondatrices. C'est vraiment quelque chose d'important et c'est la première chose qu'on montre. Il n'y a pas d'exclusivité territoriale, deux cabinets peuvent être dans la même ville. On exige une participation active, parce qu'un cabinet qui est passif sur le long terme n'apportera pas grand-chose aux autres et l'association ne lui apportera pas grand-chose non plus. On veut vraiment partager ensemble et c'est plus facile de le faire à nombre limité.

Financièrement, il y a une cotisation annuelle qui est en pourcentage du chiffre d'affaires, qui sert uniquement à couvrir les frais des sous-traitants, des outils de communication, etc. Si on a trop de cotisations par rapport aux frais dépensés dans l'exercice, on la rendra. Chaque membre est bénévole donc le budget ne sert pas à rémunérer le président ou les membres du bureau. Le processus d'adhésion est de passer entre les mains du comité d'agrément qui va interviewer les candidats à l'entrée à Force d'experts, pour vérifier que les valeurs fondatrices sont respectées. Les cabinets peuvent intégrer l'association n'importe quand dans l'année, il n'y a pas de période particulière.

A.- P. : En cette période où les réunions virtuelles se sont démocratisées, avez-vous pu tenir une assemblée générale ?

M. T. : Absolument. On a fait notre première réunion de lancement début février de cette année. Pour l'instant, les réunions ou les échanges entre associés et entre labos se font de manière virtuelle et on organise notre assemblée générale annuelle les 23 et 24 septembre 2021 à Colmar. On a décidé d'appeler nos regroupements des « kermesses » car on trouvait ça plus sympathique. On en train de travailler sur le thème de cette kermesse mais l'idée sera de faire un point d'étape sur la création et l'avancement de Force d'experts neuf mois après, et d'accueillir des nouveaux cabinets. On a déjà cinq ou six cabinets qui ont officiellement fait leurs demandes d'adhésion à Force d'experts donc on les accueillera à ce moment-là s'ils sont agréés par le comité d'agrément.




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