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Focus sur l'écoquartier, entre utopie et réalité

L'ICH, club d'affaires spécialisé dans l'Immobilier la Construction et l'Habitation, a récemment organisé un débat, en partenariat avec le cabinet HLA du célèbre couple d'avocats engagé dans la protection de l'environnement Corinne Lepage et Christian Huglo, intitulé « EcoQuartier – entre utopie et réalité ». Donnant la parole à des militants actifs du développent durable issus d'horizons divers, cet échange souligne l'importance de la législation et du collectif pour penser la ville de demain.
Focus sur l'écoquartier, entre utopie et réalité
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Définit comme un projet d'aménagement urbain qui respecte les principes du développement durable tout en s'adaptant aux caractéristiques de son territoire, l'écoquartier s'est progressivement installé dans nos paysages urbains depuis une vingtaine d'années.

« L'écoquartier c'est un peu ce qu'on rêve pour la ville », résume Corinne Lepage.

Les intervenants ont pu soulever plusieurs questions liées aux actions menées en faveur d'un urbanisme durable. C'est Christine Jouanbruneau, maire-adjoint de la Mairie de Boulogne Billancourt, très engagée dans la réhabilitation des friches industrielles Renault et l'avènement des écoquartiers, qui entame la discussion.

Volonté politique locale

L'élue revient sur ce « sujet qui l'a habité pendant des années » car ce projet de réhabilitation de 74 hectares en écoquartier à grande mixité sociale était précurseur et souligne que « l'initiative et la volonté politique locale est absolument indispensable dans la vie et la mise en œuvre d'un écoquartier ». Si pour elle, à Boulogne, l'utopie est devenue réalité, elle rappelle toutefois qu'il a fallu travailler sur tous les piliers du développement durable, qu'il s'agisse de l'habitat, de l'architecture, de l'énergie, de l'eau, des transports, d'accessibilité ou de la vie économique et sociale. Pour l'élue, l'énergie à mettre en œuvre pour réaliser des programmes écologiques dépend évidemment des stratégies et des investissements nationaux et européens mais surtout de l'engagement des acteurs locaux.

« L'écoquartier c'est en fait l'aboutissement d'une série de législations climatiques, de lutte contre la pollution de l'air, concernant l'eau, la biodiversité et le traitement des déchets, qui sont pensées ensemble pour la construction d'un quartier sans le préexistant », explique Maître Lepage qui en souligne l'originalité et la liberté.

Évidemment, la question financière est très présente et c'est certainement plus facile de mener à bien un tel projet à Boulogne qu'à Maubeuge remarque Laurent Leprevost, le président de l'ICH Business Club. C'est une véritable question car parfois il vaut mieux raser une friche industrielle que la réhabiliter et que beaucoup de lieux de travail vont être désaffectés après cette crise sanitaire. Il faut donc penser à la reconversion de certains immeubles de bureaux.

Aujourd'hui, plus que jamais, la dimension du temps devient centrale dans la vie et les urbanistes réfléchissent à créer « la ville du quart d'heure » où tout serait accessible à 15 minutes à pied car les déplacements de plus d'une heure en transports sont insensés. « Plus personne n'a envie de perdre des heures de trajet », déclare Christine Jouanbruneau, convaincue que les nouveaux schémas urbains vont vers la proximité, l'écologie et la moindre densité. « Les circuits courts deviennent une nécessité absolue, notamment en temps de pandémie », confirme Maître Lepage.

« La possibilité de réaliser l'écoquartier dépend largement des règles d'urbanisme mises en place par les élus. Autrement dit, il faut avoir des Scot et des PLUI qui donnent cette liberté, ce qui n'est pas toujours le cas. Par voie de conséquence il y a une réflexion à mener en termes d'évolution des outils urbanistiques, sinon quoi les architectes ne peuvent pas faire leurs projets. On peut se poser la question de savoir qui fait l'œuf ou la poule », plaisante ainsi Corinne Lepage en expliquant qu'on peut commencer soit pas la conception d'un écoquartier qui amène à la révision des documents administratifs d'urbanismes, ou bien commencer par ces derniers.

Besoin de synergie

« Autant on peut avoir une idée et des préconisations mais si on n'a pas un suivi permanent de tout ce qui se passe durant la construction, il peut y avoir des dérapages monstrueux », alerte Christine Jouanbruneau.

Ainsi, pour le bâtiment et le construit de ce premier grand écoquartier de France labellisé, la mairie de Boulogne a dès les années 1990 imposé des « cahiers des charges absolument draconiens » avec des demandes toujours plus exigeantes que les différents labels de qualité environnementale qui existaient alors. « C'est un dialogue permanent dans la réalité concrète de la mise en place de l'écoquartier et il faut être en synergie avec les opérateurs et les réalisateurs pour aboutir à ce qui a été voulu au départ », précise l'élue. Avec l'interdiction précoce de l'utilisation des pesticides sur le sol de la commune et une politique verte, elle se réjouit d'avoir vu revenir certaines espèces d'oiseaux, comme de nombreux végétaux réintroduits sur les berges de la Seine notamment.

« L'intérêt dans ces nouvelles ZAC est l'urbanisme transitoire », témoigne Sonia Cortesse, architecte DPLG, fondatrice du cabinet ADSC fortement ancré dans l'écoconstruction et qui a travaillé sur plusieurs projets d'écoquartier, notamment un petit dans le 20e arrondissement et un très grand, “Les Groues” à Nanterre, derrière la Défense. La synergie est en effet nécessaire afin de pouvoir utiliser les friches en travaux à bon escient. Par exemple, pour construire Les Groues'les travaux vont durer sept ans, et le terrain est occupé pendant ce temps par une pépinière ainsi que par des espaces verts et un parc sportif, grâce à une interaction avec les services de la ville.

« Ça nous conduit à nous poser la question de manière extrêmement concrète de la transformation de la ville », estime Maître Lepage qui met en avant le besoin de concertation autour du thème d'actualité de “la ville d'après”. Cette ville de demain ne serait-elle pas la ville d'avant avec une ancienne organisation plus proche de la nature interroge Laurent Leprevost. « Si elle consiste à remettre de l'agriculture en ville, davantage d'espaces verts et d'espaces partagés je vous répondrai oui. Si en revanche on considère qu'il faut créer des fermes avec des poulaillers à la place des voies publiques je n'y crois pas du tout. Je pense que nous sommes très attachés à la manière dont l'Histoire à modeler les villes », répond Corinne Lepage.

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