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Festival Quartier du livre : quand l’écrit réunit populations et cultures

Florence Berthout, maire du 5e arrondissement, présente le Festival Quartier du Livre, du 1er au 8 juin prochains.
Festival Quartier du livre : quand l’écrit réunit populations et cultures
© AP

Société Publié le , Propos recueillis par Boris Stoykov

Un évènement qui célèbre depuis sept ans l’histoire culturelle et littéraire de ce territoire, qui a vu naitre le premier livre imprimé de France. Sur une semaine, tout l’arrondissement va vibrer au rythme de 250 évènements littéraires, pour le plus grand plaisir des amoureux des pages et des mots.

Affiches Parisiennes : Madame la maire, comment vous est venue l’idée de créer ce beau festival pour la littérature, qui connaît un franc succès depuis sept ans ?

Florence Berthout : Je suis partie d'un double constat : nous sommes l'arrondissement qui compte le plus de librairies et de maisons d'édition en France, plus de 100. En France, comme un peu partout, nous avons une économie du livre fragile, que ce soit côté édition ou côté librairie. J’ai souhaité créer un festival qui contribue à mettre en lumière toute l'économie de l'écrit et ses talents. Cela a d’autant plus de sens de l’organiser dans un arrondissement qui a vu naître l'université, qui concentre des écoles prestigieuses et qui est très tourné vers la culture. Pour ce faire, j'ai créé une association qui s'appelle Vivre Lire et nous avons démarré sans aucune subvention. Sept ans après, ce festival est inscrit dans le paysage. Il bénéficie de subventions publiques et de façon un peu plus importante de donations privées. La région Ile-de-France participe à l'embauche de stagiaires et nous organisons un programme de médiation culturelle en direction de jeunes qui viennent de toute l’Ile-de-France. L'idée, au-delà des signatures, des lectures, des conférences ou des expositions, est de s'adresser à des publics plus éloignés de la culture. Je pense qu’il est tout à fait possible d’en faire un grand événement, à la fois populaire et exigeant.

A.- P. : Cette année, quel est le parrain du Festival ?

F. B. : Il s’agit d’Éric-Emmanuel Schmitt, un auteur prestigieux que j’admire à titre personnel, et dont l’oeuvre et la philosophie de vie correspondent tout à fait au thème de cette édition : l’essentiel. La soirée d’inauguration, à laquelle il participera, comprendra un concert du Conservatoire Gabriel Fauré avec des lectures de textes d’Éric-Emmanuel Schmitt par Daniel Mesguich et Franck Desmedt, directeur du Théâtre de la Huchette à Paris et nominé aux Molières.

A.- P. : Avec près de 200 écrivains attendus, c’est presque un Salon du livre bis ?

F. B. : Oui mais à la différence qu’il donne la part belle de façon extrêmement importante aux éditeurs indépendants. C’est la différence avec un salon, qui ne fait que des signatures. Le festival met en avant la pluridisciplinarité et je crois que le livre se magnifie en s’exprimant avec d'autres disciplines artistiques et en s'adressant à tous les publics. À ce titre, nous avons organisé un grand concours de haïku avec des élèves des écoles du cinquième arrondissement et la librairie Pippa, qui est une librairie de référence en la matière en France. Pratiquement tous les grands établissements du cinquième arrondissement participent à l’événement, aussi bien l'École nationale des arts décoratifs, la Sorbonne Nouvelle, l'Institut du Monde Arabe, le musée de Cluny, ou encore la Grande Mosquée de Paris – des dédicaces auront lieu dans ses jardins pendant trois jours. C'est, au sens propre comme au sens figuré, l'écrit passerelle, entre les êtres, mais aussi entre les cultures, entre les religions.

A.- P. : Il y aura aussi des évènements spécifiquement tournés vers les familles. L’objectif est-il de donner l'amour du livre aux enfants ?

F. B. : Il est très important d'avoir un programme spécifique pour les familles. L’écrit, c'est de la convivialité, de la pédagogie aussi. Bien souvent, l’amour de l'écrit se transmet grâce aux parents. Nous voulons nous adresser particulièrement aux enfants, montrer que tout cela est très accessible et jouer encore plus la carte de la proximité. J’offre d’ailleurs un livre à chaque enfant de CM2 qui passe en sixième, que ça soit dans le public ou le privé. C’est un livre qui fera sens, en lien soit avec des grands penseurs, soit avec des grands thèmes de société comme l'environnement, les valeurs de la République, la lutte contre le racisme. Cela peut être un ouvrage de vulgarisation sur Platon ou sur Freud par exemple. Les parents sont très demandeurs de cela. L’objectif est aussi de faire vivre les librairies du cinquième.

A.- P. : Parallèlement, vous organisez plusieurs expositions d'artistes et temps forts. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns ?

F. B. : Oui, il y aura notamment une grande performance artistique place du Panthéon. Une fresque de Joséphine Baker, de Gwendoline Finaz de Villaine, sera tendue sur le parvis. L’artiste découpera sa toile, la signera et l'offrira au public le samedi 4 juin à 16h. Juste avant aura lieu une performance artistique de Yaman Okur, champion du monde de breakdance et ancien danseur de Madonna, toujours selon cette idée d'ouverture la plus large possible à une grande diversité de publics. Aura lieu également la remise du prix d'histoire contemporaine, qui est devenu un temps fort, et dont l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve présidera le jury cette année.

A.- P. : Vous lancez également la Villa Panthéon, une résidence d’artistes. Quel est votre objectif ?

F. B. : Cette villa d’artistes faisait partie de mon programme de campagne. J’ai réhabilité au sein de la mairie du 5e un ancien appartement du directeur des services pour y accueillir en permanence, soit deux artistes plasticiens, soit un artiste plasticien et un auteur qui finit d'écrire son livre, en échange d’un tiers de leur temps dédié à la médiation culturelle destinée à des publics en grande précarité, enfants et seniors. Dans la même veine, j’ai créé dans la mairie un musée numérique Micro-Folie. Bien que nous ne soyons pas dans une zone d’éducation prioritaire, mon dossier a immédiatement été retenu pour deux raisons majeures.

Tout d’abord, parce que j’ai créé la première épicerie solidaire pour les étudiants portée par une mairie et un foyer pour les femmes à la rue au sein de la mairie du 5e également. Ensuite, parce que je développe de nombreux programmes de médiation culturelle avec des associations caritatives. J’ai donc eu le droit d’être accompagnée par l'État pour créer ce musée numérique, qui donne accès à un fonds de 2 000 œuvres numérisées. Il se situe dans la mairie, dans l'ancien tribunal d'instance que j'ai rebaptisé Agora Jacqueline de Romilly. C’est un lieu polyvalent, où sera également installée la librairie éphémère dans le cadre du festival Quartier du Livre.

A.- P. : Ces nouveaux services reflètent donc la nouvelle vision que vous vous faites de la mairie ?

F. B. : Une mairie, c'est originellement la Maison du peuple. A côté du guichet unique des services aux Parisiens portés par la Ville de Paris, nous offrons toute une gamme de propositions sur le terrain de l'accès aux droits, dont la culture. J’ai créé une Maison des droits et de la famille, avec une vingtaine de propositions gratuites, composée d’un avocat fiscaliste, d’un notaire, d’un médiateur, d’un défenseur des droits, d’un écrivain public. Elle est ouverte cinq jours sur sept et ses services sont gratuits. Actuellement, je suis en train de créer un autre espace qui s'appelle Proxi-mairie, avec une photocopieuse, un échangeur de données ou bien un photomaton. Il me tient beaucoup à cœur d’avoir une mairie qui dépasse très largement le cadre strict, voire étriqué, de la simple réalisation de papiers. Ma conception du maire, c'est de s'emparer de sujets qui permettent de rassembler.

A.- P. : Avez-vous un soutien plus large de la mairie de Paris ?

F. B. : Tout cela est fait d'une manière totalement autonome. Je ne voulais pas être dépendante de subventions qui mettraient des années à arriver. Donc, l'épicerie solidaire, la résidence d'artistes, les grands événements comme le festival Quartier du livre, se font de manière indépendante. Comme un opérateur privé, je vais donc à la recherche de financements complémentaires, en respectant strictement les lois. Voilà pourquoi je crée des associations, pratiquement à chaque fois.

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