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Femmes d'entreprises : quels engagements pour quelle représentation?

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Femmes d'entreprises : quels engagements pour quelle représentation?
Claire Guichet, Viviane de Beaufort, Antoine de Gabrielli, Michèle André et Anette Burgdorf au forum CCI Parité

Les membres de la CCI France sont convaincus que la parité fait sens et qu'elle est gage de croissance. Cependant, les statistiques soulignent un retard criant des entreprises françaises à ce sujet. C'est pourquoi la Chambre de commerce a invité récemment au siège du groupe BPCE à Paris, des membres des CCI régionales, des hommes et femmes d'entreprise, des spécialistes de la parité et deux secrétaires d'Etat, au Forum national CCI Parité.

« Encore un débat sur la parité… Que veulent-elles encore revendiquer! », introduit avec humour Paulette Picard (photo ci-contre), présidente de la CCI Indre, membre du bureau de la CCI France. Celle-ci a ensuite ouvert les débats de la journée en parlant d’engagement, au singulier et au pluriel. « L’engagement est à la fois l’expression d’une conviction et la manifestation d’une audace, que l’on soit femme ou homme.» Elle poursuit en évoquant l’histoire de la figure Yvonne-Edmond Foinand, femmes d'entreprise dès les années 1910, première femme élue à la Chambre de commerce en 1945 et à être entrée au CESE, qui a fondé à la fin de la Seconde Guerre mondiale l'association des Femmes chefs d’entreprises mondiales (FCEM). « A nous, femmes chefs d'entreprise, de convaincre et de conquérir le monde économique avec les hommes », conclut Paulette Picard, avant de reprendre des propos de Simone de Beauvoir invitant les femmes à rester vigilantes.

Le directeur du développement de la Caisse d'Epargne, Cédric Mignon (photo ci-contre), membre du COMEX de la BPCE, qui accueillait cette journée dédiée à la parité en entreprise, a ensuite exprimé l’engagement du groupe aux côtés des femmes entrepreneures. Un partenariat fort s’est construit depuis quelques années entre les CCI et les caisses d'épargne en région. Il explique que les Caisses d’épargne s’engagent à sensibiliser leurs collaborateurs à bien comprendre les spécificités des femmes qui ont un projet d'entreprise, en s'appuyant sur tous les outils mis en place dont le Fonds de garantie à l’initiative des femmes (FGIF). Le groupe, qui a remarqué que les projets professionnels des femmes sont plus aboutis, propose ainsi une offre bancaire dédiée avec notamment des prêts spécifiques à taux d’intérêt avantageux.

Vers une parité économique effective ?

André Marcon (photo ci-contre), président de la CCI France, a remercié la ministre chargée des Droits des Femmes, Pascale Boistard, « de montrer par sa présence l’intérêt qu’elle porte à cette cause et l’encouragement fait au réseau des CCI de passer ce palier de progrès ». De fait, la CCI doit désormais tenir compte de la Loi pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes de juillet 2014, qui « pose un nouveau jalon dans le chemin qui conduit à la parité », et impose celle-ci dans les élections régionales des réseaux consulaires.

Le nombre de femmes va ainsi augmenter dans les chambres territoriales, passant de 14 % de femmes élues à un quota de 25 à 30 % selon André Marcon. Ce dernier insiste sur le rôle de la CCI France dans l’incitation des femmes à prendre des responsabilités dans ces instances, et la sensibilisation des mouvements patronaux, des réseaux et des relais d'opinion à cette cause.

Pascale Boistard (photo ci-contre), secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes auprès de la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes, est quant à elle plus ambitieuse car elle espère qu'il y aura entre 30 et 50 % de femmes dans les CCI dès l’année prochaine. La ministre rappelle que les défis auxquels l'économie française doit faire face dans la mondialisation sont importants. Ainsi, l’hexagone doit être force de proposition, défendre un modèle et être exemplaire. « Nous défendons une mondialisation du développement durable avec une égalité femme-homme. »

Pascale Boistard se félicite que le gouvernement français ait pu inscrire l’égalité femme-homme au cœur de l’accord mondial signé lors de la Cop21 en décembre dernier.

D’ailleurs, le gouvernement lance une étude prospective sur les emplois et formations prioritaires pour la transition écologique sous l’angle de l'égalité professionnelle ayant pour objectif de favoriser la mixité des métiers à horizon 2020. « La France continue d’assurer un leadership sur la scène internationale, notamment à travers sa diplomatie des droits des femmes. » Pour le gouvernement, la parité est le troisième combat pour l’égalité politique, avec le droit de vote et le droit à l’éligibilité.

La secrétaire d’Etat a livré « en avant-première » quelques chiffres « plutôt encourageants » du rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes sur la parité dans les conseils d’administration, selon lesquels la part des femmes dans les entreprises privées cotées au CAC40 a triplé entre 2009 et 2015. La France se place désormais en tête des pays membres de l’Union européenne avec 34 % de femmes dans les conseils d'administration de ses entreprises.

La professeure à l’Essec Viviane de Beaufort a expliqué qu'aujourd'hui les nouvelles générations entrent dans le marché du travail sur un pied d'égalité (au même âge, même niveau de qualification et sans enfants pour la majorité) et sont tout à fait disposées à partager leurs "temps de vie" et leurs carrières professionnelles de façon égalitaire. Le modèle de la femme au foyer étant complètement daté, l'égalité professionnelle ne va faire que progresser.

Les petites entreprises loin du compte

En revanche, Pascale Boistard a tenu à souligner que le progrès ne se fait pas sentir dans les petites entreprises, où la proportion des femmes dans les conseils n’est que de 15 %. « C’est sur cette cible que va désormais se concentrer notre action, et les CCI peuvent nous y aider. » L’Etat met tout en place pour remédier à ce mal. Ainsi, Martine Pinville, secrétaire d’Etat chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Economie sociale et solidaire, a conclut cette journée en exprimant son attachement à la question.

La sénatrice du Puy-de-Dôme Michèle André confirme qu’« il y a encore à faire ». L’ancienne présidente de la délégation sénatoriale aux droits des femmes, qui a notamment participé à la mise en place du FGIF, explique que le stéréotype selon lequel il y a des choses pour les uns et pour les unes est très solidement ancré, notamment au Sénat. Cette femme au fort caractère s’est ainsi battue pour présider la Commission des Finances du Sénat, où il n'y a que 5 femmes sur 49 membres.

Pour la professeure à l’Essec Viviane de Beaufort (photo ci-contre à droite de Claire Guichet), cela va s’améliorer car nous sommes dans un changement d’époque avec de nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail, davantage conscientes qu’hommes et femmes sont égaux en droit, mêmes s’ils revendiquent leurs différences. Cette spécialiste des questions de gouvernance a fait justement remarquer que les générations Y et Z « font bouger les lignes », ont un « rapport aux valeurs », « à l'exemplarité »  et au leadership différent. De plus, ils « questionnent énormément »…et une vague de startupeuses s’engouffre dans la nouvelle économie.

Reste-t-il une division sexuée du travail ?

Claire Guichet, ex-membre du CESE représentant la Fédération des associations générales étudiantes, répond « oui, évidemment, notamment dans le travail de militantisme du patronat ». Cette dernière a remis au CESE une étude intitulée  « Les Forces vives au féminin » à l’automne 2015 sur la parité dans le militantisme détaillant la répartition des mandats patronaux. Il en ressort qu’il existe historiquement « des mandats sociaux pour les femmes », tels que les prud'hommes, et « des mandats économiques pour les hommes », comme les élections dans les CCI. La jeune femme explique aussi que ses travaux ont soulevé la question de savoir si la femme élue représente aussi le statut de l'entreprise elle-même. Elle rappelle qu’il n’y a que 30 % de création d’entreprises par des femmes, et qu’il s’agit d’entreprises avec peu de salariés et dans certains secteurs dont les services. Faut-il alors intégrer des femmes DRH ou directrice déléguée afin qu’elles puissent représenter davantage de secteurs ?

Geneviève Roy, Jean Vaylet et Agnès Bricard découvrent des statistiques parlantes

Jean Vaylet, président de la CCI de Grenoble, est d’accord. « En 2010, sur 50 élus j'avais 4 femmes, mais il va y avoir un véritable effort cette année avec les élections. Nous devons intégrer toute une nouvelle catégorie de personnes, comme la génération Y. » Il souligne qu’il y a deux grandes catégories de femmes chefs d'entreprise, celles des grands groupes et celles de PME et ETI, trop souvent absentes des CCI et autres mandats. Pourtant, la parité augmente la création de valeur et est en phase avec notre nouvelle société selon lui.

Pour Geneviève Roy, élue à la CCI Ile-de-France depuis 18 ans, le challenge est d'arriver à convaincre les femmes qu'elles seront utiles et entendues. Elle dénonce qu’à la CCI Paris il y a 4000 salariés avec davantage de femmes, mais très peu dans les postes du haut de la pyramide. « Le terme suppléant n’est pas qu’à conjuguer au féminin », a d’ailleurs plaisanté Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes.

Agnès Bricard, présidente d’honneur du Conseil supérieur des experts-comptables, estime quant à elle que la vraie question est de savoir si le leadership féminin est particulier et s'il engage un changement de paradigme. Pour cette fondatrice de la Fédération des femmes administrateurs, une femme est différente, « elle va droit au but et ne passe pas deux heures la où elle peut en passer une demie ». Geneviève Roy valide ce discours et ajoute que les femmes ont « une capacité à remettre le débat au bon niveau » parce qu’elles sont « plus pragmatiques et ont moins d'ego ». Les femmes sont ainsi tout autant disposées que les hommes aux postes de direction et de représentation.

Quid de la mise en place de quotas

Pour la sénatrice Michèle André (photo ci-contre à droite d'Antoine Gabrielli), il vaut mieux légiférer pour faire changer les mentalités. La contrainte légale est plus efficace que la soft-law des acteurs tels que les guidelines et autres codes de déontologie du Medef. Face à la trop lente progression de la parité, la sénatrice est en faveur de la mise en place de quotas. « C'est comme un verrou sur une porte, ce n'est jamais joli mais nécessaire. »

Agnès Bricard, présidente d’honneur du Conseil supérieur des experts-comptables est d’accord. « Si on n'avait pas eu les Anglo-Saxons qui ont inscrit dans leur RSE la parité, nous n'aurions pas eu les quotas ». Et pour cette femme engagée, lorsque l'administration impose des quotas, elle contribue à professionnaliser le leadership féminin.

Antoine de Gabrielli, chef d’entreprise et fondateur de l’association Mercredi-c-papa-Happy men ne partage pas cet avis. Les quotas sont néfastes et « un très mauvais service à rendre aux femmes », selon lui. Il faudrait même « faire très attention aux quotas implicites », et ne surtout pas stigmatiser les femmes élues « parce qu'elles sont femmes ». Il est indispensable de prendre des objectifs, mais tout aussi indispensable d'être pédagogue et d’inclure les hommes dans ce travail d’égalité professionnelle qui s’inscrit dans un bouleversement de société. « Quand on ne travaille que sur les femmes, c'est inutile, c'est ne rien changer ! », s’exclame-t-il en interpellant les hommes de l’assemblée. Antoine de Gabrielli a rédigé un rapport sur les aspirations des hommes quant à la parité dans le monde professionnel, grâce au travail de dialogue réalisé dans son association. Il explique qu’il faut ouvrir le dialogue et permettre aux hommes d’exprimer leurs inquiétudes et leurs désirs quant aux congés paternité et parental, et d’enlever « l'angoisse sourde de flinguer son couple pour réussir sa carrière professionnelle ».

Finalement, les débats semblent indiquer qu’imposer la parité est un processus démocratique puisqu’il faut que toutes les franges de la population soient représentées dans l’entreprise. Toutefois, il est important que le gouvernement soit pédagogue dans sa lutte pour l’égalité professionnelle femme-homme et qu’il inclut toute la société.

 




Anne MOREAUX
Journaliste

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