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Rachida Dati. Face à la mauvaise humeur des parisiennes et parisiens…

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Rachida Dati. Face à la mauvaise humeur des parisiennes et parisiens…
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Quelques jours après Pierre-Yves Bournazel, c'est Rachida Dati qui était l'invité de Bertrand Savouré pour un café-débat. D'autres idées, d'autres priorités, un autre style… Une ancienne magistrate devant les notaires en attendant les prochains rendez-vous programmés avec Cédric Villani, David Belliard et Benjamin Griveaux.

Bertrand Savouré ne semble pas s'impatienter. Il reste courtois et chaleureux avec l'actuelle maire du 7e arrondissement, pourtant arrivée à la Chambre avec près d'une heure de retard. Une question simple lui est posée : « On dit que Paris est la plus belle ville du monde mais on ne parle que de crottes de chien et de nids de poule : quel est votre ambition pour Paris ? »

« Régalien régalien »

La candidate des Républicains se présente volontiers ainsi : « On dit qu'il faut être écolo-écolo, on est sans doute plutôt régalien-régalien ». Car si l'ancienne garde des sceaux a débuté son propos en faisant l'éloge des notaires et en rappelant les bons rapports qu'ils entretenaient du temps où elle siégeait place Vendôme (a contrario d'avec les avocats), elle embraie très vite sur les questions de délinquance, en dénonçant une « explosion ». « 100 cambriolages par jour, 500 agressions quotidiennes », il faut pour Rachida Dati créer une police de la délinquance du quotidien, qu'elle distingue fermement de la police de proximité instaurée en son temps par Lionel Jospin, « un peu là pour jouer au foot avec la racaille » dit-elle en citant Nicolas Sarkozy. Et pour cette police municipale formée et armée, le personnel existe déjà selon elle car ils sont 3400 agents municipaux frustrés de ne faire que de la verbalisation de voiture ou de la surveillance de bâtiments publics, tâche qui pourrait être privatisée. Et si l'on dit souvent que le Maire de Paris n'a pas les compétences en la matière, elle rappelle qu'il détermine toutefois le budget alloué à la préfecture de police. Il faut aussi investir largement dans des caméras de surveillance pour elle.

Cache-misères et zombies

Planter des caméras plutôt que des arbres ? Rachida Dati lie volontiers la question avec ses critiques contre les plans de végétalisation. « Les espaces verts sont des cache-misères », dit-elle décrivant les bois de Boulogne et de Vincennes, avec ses SDF, migrants, ses « zombies » la nuit et sa prostitution aux passes à 4€. « Il faut que l'on se réapproprie ces bois, ce serait la première mesure écologique. ». « Verdir la place de l'Etoile pour retrouver des migrants ou des SDF sous les arbres ? », demande-t-elle-même. De même pour la promenade urbaine réalisée pour 8 millions d'euros sous le métro aérien en Stalingrad et Barbès : « Ce n'est ni une promenade, ni urbain, c'est un coupe-gorge, le lieu de tous les trafics ». Et l'on passe sa description de la « butte du crack » et de ses riverains « hystériques », une réalité des 17, 18, 19 et 20e arrondissements.

Rachida Dati lie aussi végétalisation et propreté. Elle affirme ainsi, contre la loi, tondre les pieds des arbres dans son arrondissement, à défaut de quoi ils deviennent jonchés de crotte de chiens. Pour agir contre la saleté, elle dénonce l'organisation du service de la ville qui n'a pas évolué depuis 2001, souhaite étendre l'externalisation qu'elle a mis en place dans son arrondissement, mettre en place aussi des poubelles « compactantes ». L'humidité et la saleté, c'est aussi la porte ouverte aux rats qui, « gros comme des chats, deviennent des animaux de compagnie dans les écoles ».

Famille et logement

Parlant des écoles, Rachida Dati a affirmé faire des familles sa deuxième priorité d'action, alors qu'elle observe de nombreux départs contraints de la capitale. Pour les CSP+ et les classes moyennes qui parfois paient la cantine 7€, elle souhaite ramener le tarif à 3€50 au maximum. Elle promet par ailleurs de dévoiler bientôt des mesures en faveur du logement, des mesures qui devraient s'adresser notamment aux familles qui s'agrandissent et viser les classes moyennes. Elles sont en train d'être affinées en lien avec la caisse des dépôts. « La priorité pour les familles, c'est le logement ».

Logement, balcons voisins et droit de propriété

Rachida Dati se définit elle-même comme une « enfant du logement social », fille d'un père cégétiste, et se plait à dire à Ian Brossat qu'elle a vécu réellement le communisme qu'il a découvert dans les livres. Elle reconnaît que sa famille politique a trop longtemps tourné le dos à toute une population. Sur la thématique du logement social, elle ne souhaite cependant aucune construction tant que l'on n'aura pas rénové ce qui existe déjà, y compris ce qu'il y a de plus neuf comme la cité MacDonald dont elle relève les nombreuses malfaçons. « Rénover, plutôt que de préempter à des prix exorbitants » choisit-elle également.

Agir sur la demande aussi : « Il y a aussi des gens auxquels on donne des logements sociaux, qui ne sont pas forcément de Paris alors qu'il y a une liste très importante de demandeurs à Paris, notamment issus des classes moyennes : on fait venir des gens de banlieue ou des gens qui ont été expulsés plusieurs fois. En face de propriétaires qui ont acheté 20 000 € au mètre carré, vous avez ainsi des gens qui paient 500 € et qui ne respectent pas le lieu qu'on leur attribue, et je vous fais grâce de ce que l'on peut y trouver sur le balcon, notamment en termes de drapeaux. Dans le 7e, j'ai dû appeler le bailleur Paris-habitat lui demandant s'il pouvait faire respecter les clauses du bail. On me dit que ce n'est pas possible ou que peut-être serait écrite une lettre. J'y suis allée moi-même, j'ai sonné à la porte et dit “je vous laisse 10 minutes pour vider le balcon ou je demande votre expulsion et je saisis le procureur de la République”. Je peux vous dire que le balcon a été vidé dans la seconde. Il faut vérifier l'état des lieux, on n'urine pas dans l'ascenseur. Le bailleur doit être responsable ».

En s'aventurant sur le terrain du logement, elle appelait naturellement des questions d'une salle d'experts. Sur l'encadrement des loyers, elle n'a pas vraiment d'avis, du moins pense que ce ne serait pas une solution miracle, qui ne ferait que traiter les conséquences et pas les causes d'un problème plus vaste. Elle esquisse toutefois la possibilité d'une expérimentation. Sur AirBnb, deux types d'investisseurs doivent être distingués pour des réponses différenciées. Il y a l'investisseur qui achète pour faire du AirBnb, celui que les parisiens « ne supportent plus », qui perturbe la tranquillité des immeubles et qu'il faut relier aux actions contre les nuisances. Il y a de l'autre côté celui qui le fait sur une pièce, pour mettre du beurre dans ses épinards et rester à Paris, et il doit rejoindre, lui, la politique du logement.

La candidate s'est permise de prendre conseil auprès des notaires sur la question de la dissociation entre le foncier et le bâti. Les experts de la chambre de Paris lui ont alors décrits les résultats de leur enquête sur les millenials et les innovations qu'ils proposent sur le droit de propriété.

Le Grand Paris : des lacunes et un renvoi de balle

Il est quand même des sujets qui sont restés peu abordés. Alors qu'elle ne l'avait pas évoqué dans son propos précédant les questions de la salle, la candidate LR est restée assez évasive lorsqu'interrogée sur la question du Grand Paris et du millefeuille administratif autour de la capitale. Elle le reconnait volontiers : « quand vous êtes Maire de Paris, vous êtes obligés de vous projeter au-delà du périphérique : ça n'aurait pas de sens de rester à l'intérieur ». Elle n'omet d'ailleurs pas de rappeler que, selon elle, l'initiative du Grand Paris émane de Nicolas Sarkozy. La mission du Grand Paris selon Rachida Dati : le logement et la question des villes-dortoirs, et les infrastructures de transport de banlieue à banlieue, appelant aussi de ses vœux la réalisation d'une ligne directe entre Paris ou la Gare du Nord : « Aujourd'hui le touriste atterrit à Roissy et il arrive tout nu à tout point de vue à la Gare du Nord. Quand vous arrivez au Bourget, vous vous dites que vous n'êtes plus en France. Je ne sais pas si certains ont déjà vécu l'expérience de sortir à la gare du Bourget : on n'est plus dans un endroit civilisé ». Elle finit toutefois par revenir à la question qui lui était posée et dresse le constat suivant : « Aujourd'hui la région et la ville de Paris ne s'entendent pas et la Métropole doit venir jouer les casques bleus. Il faut retrouver de la cohérence ». Et sur ce point, elle ne fait pas de propositions mais semble plutôt renvoyer la balle. Si elle note que les candidats qui annoncent vouloir changer les choses en la matière y renoncent souvent une fois élus, voulant garder leurs prérogatives, elle lance l'appel suivant : « il faut que tout le monde soit mobilisé et je compte sur des professions comme la vôtre. »

La mobilité, « je ne me vois pas aller travailler à vélo »

La candidate a été plus claire sur les questions de mobilité, attaquant en la matière le bilan d'Anne Hidalgo. « On me dit le vélo, mais comme le dit le Canard enchaîné c'est la seule élue qui a inventé l'embouteillage de nuit. Le vélo, c'est bien, mais alors que tout va être végétalisé, je pense au commerçant qui doit être livré, à l'artisan qui transporte ses outils. Ça serait bien qu'on se promène, mais moi-même je ne me vois pas aller bosser à vélo, il n'y a qu'à voir dans quel état on arrive. Je ne me vois pas non plus mettre ma fille dans les transports qui sont bondés, saturés et pas aux normes de pollution. Comme maire, je ferai un plan de mobilité sur tout Paris. Aujourd'hui on ne pense que par secteur. » Rachida Dati critique notamment la fermeture des voies sur berges dont on n'a pas pensé les reports de circulation : « on met en voiture une heure et quart entre la rue de Grenelle et le Boulevard Saint-Germain ». Et ce mode de pensée qui ne s'intéresserait pas au global, elle le critique plus largement, avec par exemple la question de la tour Triangle. « Le débat c'est tour ou pas tour, mais est-ce qu'on ne pense l'architecture d'une ville que sur 100m² ? ».

Gouvernance « agressive », budget inexpliqué, le passif d'Anne Hidalgo selon Rachida Dati

« Paris, c'est un peu un Etat dans l'Etat », dit-elle constatant les forts pouvoirs du maire, en comparaison notamment à ceux d'arrondissements. Et en la matière, elle dénonce l'exercice agressif qu'en aurait fait Anne Hidalgo et contre lequel elle a lutté dans son arrondissement : installation d'une fête foraine près de l'esplanade des Invalides, palais éphémères sur le Champ de Mars pour compenser la fermeture du Grand Palais pour travaux en tête.

« Des travaux parfois pharaoniques qui coûtent plus chers qu'annoncés » précise la candidate LR évoquant la « patinoire » et la « latrine à ciel ouvert » que devient la place de la République récemment refaite ou la Philharmonie autour de laquelle existe un contentieux qui pourrait coûter cher. Sans parler de la mauvaise compensation d'une pénurie de goudron qui oblige à défaire des routes refaites. Elle regrette qu'Anne Hidalgo ne s'explique pas sur la dette de 6.5 millions d'euros qui est « une dette de fonctionnement, davantage qu'une dette d'investissement ».

« Le Parisien est-il condamné à être de mauvaise humeur ? » demande Bertrand Savouré. A voir qui sera convaincu par les réponses apportées par l'ancienne garde des sceaux qui espère bientôt recevoir les clés de la ville.

Rachida Dati en quelques dates

- Née le 27 novembre 1965 en Saône-et-Loire

- Obtient en 1991 une maîtrise en sciences économiques à Assas

- Obtient en 1996 par validation des acquis professionnels une maitrise en droit public

- En 1999, elle sort 116 sur 154 de l'ENM

- Nommée substitut du procureur au tribunal d'Evry le 1er septembre 2003

- De 2004 à 2005, directrice générale ajointe au conseil
général des Hauts-de-Seine chargée des marchés publics

- Fonde au sein de l'UMP le collectif « A droite… toutes ! » en 2009

- Garde des Sceaux de 2007 à 2009

- Eurodéputée de 2009 à 2019

- Maire du 7e arrondissement depuis 2008




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