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EuropaCity : le grand chambardement

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EuropaCity :  le grand chambardement
@ DR

Conçu comme « un centre de cultures et une destination de loisirs pionnière », le projet EuropaCity a fait long feu. La décision du Gouvernement de l'abandonner a suscité de nombreuses réactions des différents intervenants, publics et privés.

Selon Benoît Chang, directeur général du projet, « EuropaCity tirait sa raison d'être de l'évolution de nos modes de vie à l'ère digitale – l'attente d'immédiateté, de simplicité – et du besoin d'une consommation plus responsable ». En réunissant dans un même lieu des espaces culturels, de sport, de détente, de loisirs, d'hébergements et de shopping, le projet devait offrir aux visiteurs « une grande diversité d'expériences dans un temps court, avec, comme dans le monde digital, un mélange d'activités gratuites et payantes, et en même temps, la convivialité qui lui fait défaut ».

La réaction de la Région

Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France, a pris acte de la décision du Gouvernement à l'occasion du Conseil de défense environnemental de ne pas poursuivre le projet Europacity.

Comme le rappelle Valérie Pécresse, dans le cadre du débat public organisé en 2016, « la Région avait exprimé des réserves fortes en matière environnementale et demandé des garanties aux porteurs de projet afin que celui-ci réponde pleinement aux objectifs de transformation écologique et solidaire portés depuis trois ans par la Région. »

Même si des améliorations ont été apportées au projet, la présidente de la Région constate que « les engagements pris par Alliance et Territoire n'ont pas permis de lever les inquiétudes qui s'étaient exprimées ».

Face aux conséquences sociales de l'abandon de ce projet, qui se voulait créateur de milliers d'emplois à l'horizon 2027, Valérie Pécresse en appelle au Gouvernement pour définir, en partenariat avec la Région et le Département, un plan d'urgence pour le Val-d'Oise, département qui va payer le plus lourd tribut suite à l'abandon du projet. Elle exige également de l'Etat « la sanctuarisation de la ligne 17 du Grand Paris », seul projet de transport structurant concernant le Val-d'Oise, le reliant à l'aéroport de Roissy, au parc des expositions de Villepinte et à la Seine-et-Marne, « indispensable pour assurer le désenclavement de ces territoires ».

La Région Île-de-France se dit prête à s'engager sur tout nouveau projet « qui permettra de concilier création d'emploi et enjeux écologiques pour l'Est du Val-d'Oise ». Selon Valérie Pécresse ; « une nouvelle dynamique économique et sociale est indispensable pour redonner espoir et répondre à l'urgence sociale de ces territoires aujourd'hui délaissés par l'Etat ».

La réaction de la Communauté d'agglomération

Pour Patrick Renaud, président de la Communauté d'agglomération Roissy Pays de France, à travers la décision d'abandonner le projet, « l'Etat manque à sa parole et laisse le Val-d'Oise aux portes du Grand Paris ». Selon lui, « EuropaCity avait vocation à devenir un véritable pôle d'attractivité à l'échelle nationale et internationale. Son impact sur le développement local, économique autant que social, aurait été majeur ». Plus encore que par sa dimension, « ce projet était inédit et remarquable par sa prise en compte des enjeux du territoire et des attentes de la population. Authentique fleuron urbain, culturel et tertiaire, EuropaCity devait offrir une locomotive économique à tout le Nord-Est francilien : au-delà des commerces et des bureaux, ses équipements culturels et de loisirs offraient une réelle complémentarité avec ceux des collectivités ».

Comme le rappelle Patrick Renaud, « le Grand Roissy, et notamment l'Agglomération que j'ai l'honneur de présider, est un territoire aux atouts formidables, et un secteur stratégique pour l'attractivité de l'Ile-de-France et de notre pays. Mais malgré le développement économique fantastique généré par l'activité aéroportuaire, certains de nos quartiers souffrent : 37 % de notre population réside en quartiers Politique de la ville (QPV). En effet, Roissy Pays de France compte 10 QPV sur sa partie la plus urbanisée, dans les communes d'Arnouville, Garges-lès-Gonesse, Goussainville, Gonesse, Sarcelles, Villeparisis et Villiers-le-Bel. Face à de tels enjeux, comment peut-on tourner le dos à plus de 3 milliards d'euros d'investissement, et à la création de plus de 10 000 emplois ? »

Pour le président de la Communauté d'agglomération, les raisons invoquées pour l'abandon d'EuropaCity « ne reposent sur aucun élément concret ».

« Des déclarations incantatoires de l'exécutif, on ne retient que le sacrifice de notre territoire et de 10 ans d'investissement. Ainsi, l'un des arguments majeurs pour contrer EuropaCity était la préservation des terres agricoles, alors même que Roissy Pays de France est la seule collectivité à avoir adopté une Charte agricole sanctuarisant 16 000 hectares de cultures pour les 30 ans à venir. » Et Patrick Renaud de conclure : « L'Etat doit s'engager sans délai et sans réserve, sur le terrain, au plus près des populations et des élus locaux. Sinon, je le dis avec gravité, la situation va vite devenir ingérable. »

La réaction du Medef de l'Est parisien

Les représentants du Medef de l'Est parisien (93+94) trouvent pour leur part la décision du Gouvernement « malencontreuse », « prise en dépit d'une concertation locale exemplaire sous l'égide de la commission nationale du débat public ».

Selon les représentants du Medef de l'Est parisien « le Gouvernement met en péril l'avenir du Val-d'Oise et d'une partie de la Seine-Saint-Denis, freinant la dynamique d'un territoire en attente de développement économique et supprimant d'un trait de plume la promesse de 10 000 emplois ».

Pour le Medef de l'Est parisien, l'incompréhension est totale « à l'heure où le taux de chômage repart à la hausse dans les deux départements (+0,3 % dans le Val-d'Oise et +0,2 % en Seine-Saint-Denis au troisième trimestre 2019, selon la Direccte Île-de-France).

D'après lui, « le projet aurait également permis de renouveler l'image, notamment de la Seine-Saint-Denis, en démontrant qu'il s'agit d'un territoire attractif, bien loin des clichés qui le caractérisent. Cette décision incohérente anéantit également tous les efforts pour attirer de futurs investisseurs sur le territoire. Avec cette volte-face, l'État met à mal sa crédibilité, génère de la méfiance et jette le doute sur son habilité à appliquer les règles communes à tous ».

Enfin, le Medef de l'Est parisien rappelle que la décision d'abandon du projet a été prise sur des considérations environnementales, « en oubliant qu'EuropaCity avait positivement évolué vers une écologie vertueuse, apportant de véritables solutions responsables pour atteindre l'artificialisation nette zéro, la neutralité carbone dès 2027 et la recréation de biodiversité ».

La réaction du CPTG

Le Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) « salue la décision du chef de l'État d'abandonner Europacity, projet qui aurait eu pour conséquence de détruire 80 hectares de terres agricoles à 15 kilomètres au nord de Paris ». Comme le déclare Bernard Loup, le président du collectif, « C'est une bonne décision, que nous attendions depuis de longs mois. » Pour lui, « ce grand projet inutile et imposé, qui tablait sur une explosion du trafic aérien à l'aéroport de Roissy, était en complète contradiction avec les discours du président de la République sur l'urgence écologique ».

L'Élysée a évoqué un “projet alternatif”, « dont les contours restent flous », selon le CPTG.

Plus inquiétant, d'après le collectif : « le Gouvernement ne remet pas en cause l'ouverture, annoncée par la Société du Grand Paris pour novembre 2019, du chantier de la gare Triangle de Gonesse, initialement promise au groupe Auchan pour desservir le méga-complexe Europacity ».

Le Collectif pour le Triangle de Gonesse reste vigilant « afin d'obtenir la suspension des travaux de la gare ». Il soutient par ailleurs le projet Carma – carmapaysdefrance.com –, porté depuis 2016 par un collectif d'opérateurs économiques, d'urbanistes, d'ingénieurs agronomes, de commerçants et d'associations. Ce dernier prévoit le maintien de l'activité agricole couplée à un plan d'investissement massif dans les filières de la transition écologique, fortement créatrices d'emplois (éco-construction, rénovation thermique du bâti, énergies renouvelables, mobilité durable, tourisme de proximité).




Jean-Paul VIART
Journaliste

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