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Geoffroy Boulard : "Être maire ne s'improvise pas"

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Geoffroy Boulard : "Être maire ne s'improvise pas"
@ DR

Elu depuis 2008 dans le 17e arrondissement, succédant en 2017 à la députée Brigitte Kuster , sur le fauteuil de maire, Geoffroy Boulard, 41 ans est candidat à sa propre succession. Ecologie, propreté, sécurité, gouvernance… il balaie les thèmes majeurs de la campagne des municipales 2020.

Affiches Parisiennes : Vous êtes le maire sortant du 17e, arrondissement important qui suscite les convoitises. Pourquoi avez-vous décidé de vous représenter ?

Geoffroy Boulard : J'habite le 17e depuis 18 ans. J'y vis, j'y travaille. Ma famille, ma femme, mes trois enfants y sont installés. Je suis très attaché à une ambiance village où il fait bon vivre.

Je suis un maire issu de la vie civile, j'accompagne les dirigeants dans le cadre de leur stratégie. Le mandat de maire est très prenant, mais cela m'apporte un autre regard sur la manière de conduire et de gérer les dossiers. Je pense que le niveau d'exigence n'est pas le même. Il y a de la qualité dans la fonction publique territoriale, mais aujourd'hui, il faut apporter du savoir-faire en management pour donner du sens à la mission de nos agents. L'expérience dans le secteur privé m'aide beaucoup. Je pense l'avoir démontré sur un certain nombre d'opérations. La gouvernance administrative de Paris, passe par le management, par plus de simplification, par savoir dire rationnellement ce qui est prioritaire, ce qui ne l'est pas, savoir dire quelles ressources on alloue sans grever la dette qui est déjà de 6 milliards.

Aujourd'hui, je suis candidat parce que je veux continuer à porter un projet ambitieux pour le 17e arrondissement. Je veux vous parler des grands enjeux, notamment d'infrastructures : métro, RER, bus, tramway. Nous avons l'avantage d'avoir ces grands projets d'infrastructures à mener, avec du foncier encore disponible, grâce auxquel on peut travailler et imaginer la ville durable de demain. Et ça, c'est très enthousiasmant.

Notre 17e va vivre avec l'échéance ces Jeux olympiques 2024, qui vont transformer et moderniser une grande partie de l'arrondissement. Dans les prochaines années, nous allons aussi entrer dans une dimension métropolitaine, par exemple à la porte Maillot, avec l'arrivée du RER E et du tramway. On peut même parler d'une “nouvelle porte Maillot” à l'horizon 2025, avec un projet de construction au-dessus du périphérique lauréat de Réinventer Paris, pris en charge par la Compagnie de Phalsbourg et par BNP Paribas. Cet immeuble assez extraordinaire permettra de planter ces quelque 10 000 arbres qui vont changer la silhouette de la porte Maillot. Transports, urbanisme, nouveaux quartiers… L'enjeu pour une mairie d'arrondissement est d'accompagner ces transformations en maintenant une cohésion sociale sur le territoire, à l'image de ce qui est fait sur la ZAC Clichy-Batignolles à présent arrivée à maturité.

A.-P. : Les mobilités sont une des priorités ?

G. B. : La ligne 14 reliera la Saint-Lazare à la mairie de Saint-Ouen, en passant par Pont Cardinet. C'est l'un des dossiers que nous défendons depuis longtemps à la mairie du 17e arrondissement. Cet arrêt à Pont Cardinet n'était pas acté et nullement envisagé par la maire de Paris actuelle. Alors que nous allions accueillir 15 000 salariés et habitants, presque l'équivalent d'un petit arrondissement, l'offre de transport n'avait pas été anticipée. D'autant que c'est la ligne 13, la “ligne noire” qui traverse notre arrondissement.

Par ailleurs, les Portes en périphérie que nous avons dans le 17e doivent être requalifiées pour proposer davantage de parkings et permettre l'utilisation des transports en commun. La logistique du dernier kilomètre est aussi à mettre en place. Porte de Champerret, nous avons la chance de bénéficier, dans les prochaines années, d'un centre de logistique du dernier kilomètre qui évitera les camions en cœur de ville.

Par ailleurs, nous envisageons de tripler le nombre de bornes de recharge électrique pour permettre la conversion du parc automobile. C'est un enjeu majeur. Je compte parmi les maires de la Métropole du Grand Paris qui ont voté la zone à faibles émissions. L'enjeu est aussi d'aider les habitants. Beaucoup ont besoin de leur voiture ; tout le monde ne peut pas circuler en trottinette, en bus, en métro ou en deux roues. Nous avons besoin de garder des véhicules dans la ville, mais ces derniers doivent être propres, ce qui nécessite une offre publique, notamment en matière de recharge électrique.
L'offre de pistes cyclables doit également être améliorée. Cela fait partie de mes propositions, notamment pour l'avenue des Ternes ou le boulevard Pereire. Ces grands axes sont un peu sous équipés. Le plan vélo parisien n'a pas été à la hauteur du déploiement des grandes annonces du début de l'actuelle mandature.

A.-P. : La propreté est également à l'ordre du jour pour beaucoup de candidats…

G. B. : Voilà également un sujet important. J'ai pris l'initiative en matière de dératisation pour montrer que si l'on confie un peu de pouvoir aux maires d'arrondissement, ils sont capables d'être efficaces, à la différence de la Mairie centrale, moins opérante. Nous avons également créé des brigades citoyennes qui sont très bien acceptées, parce qu'elles sont efficaces. Elles sont même demandées, ironie de l'histoire, par les services de la Ville de Paris pour les parcs et jardins, les écoles ou les crèches.

L'enjeu de ce scrutin est aussi de donner davantage de pouvoir aux maires d'arrondissement, notamment sur les questions de proximité. Ils doivent être plus consultés et pouvoir mettre leur veto quand les décisions ne vont pas dans le sens de l'intérêt général. Quand, par exemple, on refuse de créer des crèches sur le secteur de la Plaine Monceau, au prétexte que les habitants du quartier auraient les moyens d'avoir recours à des solutions privées, c'est une vision de la Mairie centrale qui n'est pas acceptable. La qualité du service public doit être partout la même, sans discrimination.

Les crèches constituent un vrai sujet pour les familles, tout comme le logement. Les maires d'arrondissement ont beaucoup moins de pouvoir qu'ils en avaient il y a 20 ans car la mairie de Paris a centralisé l'attribution des logements sociaux. Actuellement, les maires d'arrondissement ont uniquement le pouvoir de proposer au bailleur social deux ou trois dossiers de demandeurs pour l'attribution du logement. C'est le bailleur qui choisit, parfois même en déjugeant la commission pluraliste et paritaire qui a fait ce travail de sélection. Tout cela est devenu kafkaïen, il faut revenir à de la proximité !

Difficile, dans ces conditions de satisfaire les 9 000 demandeurs de logements en attente… Avec son monopole, la Mairie centrale a aussi choisi d'écarter les retraités en leur faisant appliquer le supplément de “loyer de solidarité” et en ne permettant pas aux familles qui n'ont plus les moyens de vivre dans Paris d'y rester pour y élever leurs enfants. Au-delà du premier enfant, elles partent à Clichy, à Colombes, à Asnières. Les forces vives d'une ville, ce ne sont pas uniquement les jeunes bien portants. Ce sont aussi nos familles, nos retraités, aînés…​

A.-P. : Quelle est votre position en matière de sécurité ?

G. B. : Une mesure très importante concerne naturellement la police municipale. Elle n'existe pas aujourd'hui et la Maire de Paris n'en veut pas, contrairement à ce qu'elle dit. Il nous faut une police 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, disponible, joignable, pour gérer les incivilités. Il y a des règlements d'hygiène qu'on vote au Conseil de Paris, des règlements de terrasses, d'étalage, des règlements dans les parcs et jardins… Il faut un contrôle de l'application de ces règlements, avec des sanctions, mais il faut aussi des messages de prévention et du partage avec les commerçants locaux. On doit revenir à un ilotage de quartier. Pour bien vivre en communauté, il faut se fixer des règles et les respecter. Dans le 17e, je propose par ailleurs de doubler les caméras, de passer de 100 à 200.

C'est un des grands enjeux. Le 17e arrondissement est attachant, attractif ; il faut qu'il le reste vraiment. Il faut le rendre plus sûr, plus propre et surtout plus respectueux de l'environnement. Cette conscience écologique traverse aujourd'hui la politique locale.

A.-P. : Quelles sont vos idées « écolo » pour le 17e ?

G.B. : J'en ai beaucoup. Ce sont surtout des idées de bon sens. Par exemple, nous avons la volonté d'organiser en mairie des ateliers “zéro déchet”. Ils nous permettraient de délivrer un passeport éco-gestes citoyens aux enfants dans les écoles, intégrés aux ateliers périscolaires. Nous espérons également des créations de jardins, d'espaces verts, avec notamment le prolongement de la promenade Pereire, entre Ternes et la porte Maillot. L'arrivée du tramway offre l'opportunité de requalifier les espaces. Nous souhaitons transformer d'autres terrains et les relier. Nous disposons de foncier, notamment avec l'ancienne “Petite ceinture” que l'on peut faire évoluer en coulée verte.

On veut également étendre les horaires d'ouverture des parcs et jardins. Avec le réchauffement climatique, il faut qu'ils soient des lieux où l'on puisse venir respirer. Nous souhaitons aussi -piétonniser un certain nombre de rues commerçantes, chaque week-end. Nous souhaitons par ailleurs multiplier les purificateurs d'air dans les écoles. Nous avons aussi lancé un projet pour notre mairie dont nous souhaitons végétaliser la façade.

Etendre les jardins pédagogiques de chaque quartier, mieux accueillir la faune avec des parcs canins, développer les ruchers, les hôtels à insectes, tout ce qui va permettre aussi à la faune de se développer en milieu urbain de manière raisonnable et raisonnée… Tout cela fait partie de nos ambitions pour mieux y vivre. Je veux, par ailleurs, créer le premier marché alimentaire issu de l'agriculture urbaine. On pourra utiliser le parc Martin Luther-King, mais aussi l'ancienne gare fret des Batignolles qui accueillera une ferme en aquaponie. C'est un projet ambitieux, le seul à Paris, mais je veux que notre arrondissement ait cette identité singulière. Je suis moi-même issu du monde rural et je trouve que l'agriculture urbaine est une manière de réconcilier les urbains avec les ruraux.

A.-P. : Vous êtes aussi favorable aux circuits courts ?

G. B. : Bien entendu. Les écoles devront accompagner ces circuits courts. L'objectif est de passer à 80 % de bio et de durable. Nous avons atteint les 55 % fixés par le Gouvernement, mais nous voulons aller plus loin, en apportant notamment un projet de maison pédagogique pour expliquer le rythme des saisons, une saine alimentation, aux enfants comme aux adultes.

Nous servons 10 000 repas par jour dans les écoles, avec la chance de pouvoir cuisiner dans l'arrondissement sans passer par un prestataire extérieur. Avec des agriculteurs, nous avons besoin de créer des filières franciliennes, sur un certain nombre de produits qu'il nous est difficile de trouver aujourd'hui.

A.-P. : Quand vous rencontrez les habitants du 17e, que vous disent-ils. Sont-ils heureux d'y vivre ? Quels sont leurs problèmes ?

G. B. : Ils sont attachés à leur quartier et au 17e. Ils sont exigeants, c'est normal, sur la qualité de leurs trottoirs, de leurs chaussées, sur leur sécurité en tant que piéton. C'est un sujet qui revient souvent. La propreté est également un sujet, de même que la tranquillité publique. Selon les quartiers et leurs caractéristiques, il y a des questions qui sont plus ou moins récurrentes.

Certains vont mettre en avant des problématiques du logement social. D'autres sont plus sensibles à la sécurité ou à la propreté. D'autres encore vont aborder le lien social, la vie de quartiers…
Être maire ne s'improvise pas. Il faut avoir cet enracinement qui construit votre légitimité et la qualité de votre bilan. Je suis très fier d'avoir porté des projets phares pour les habitants du 17e, et d'avoir lutté contre certains projets de Mme Hidalgo…​

A.-P. : Anne Hidalgo a proposé la suppression de 60 000 places de parking. Qu'en pensez-vous ? Prenons l'exemple du tribunal de Paris où les avocats manquent de places...

G. B. : Le vrai sujet de la mobilité, c'est d'avoir une politique cohérente aux portes de Paris. Où sont les places de parking ? Quand le tribunal de Paris s'est implanté avec l'accord de la mairie de Paris et du ministère de la justice, ce n'est pas que ses concepteurs ont oublié les parkings, c'était une volonté politique. Bertrand Delanoë à l'époque et son adjointe à l'urbanisme, Anne Hidalgo, avaient pris cette décision pour limiter la voiture. C'est une erreur historique.Il faut lutter contre la pollution, bien entendu. Le tout est de savoir comment on le fait et selon quel calendrier. La brutalité des décisions d'Anne Hidalgo, c'est sa méthode. Je m'y oppose.

A.-P. : Beaucoup disent que Paris perd des habitants. Partagez-vous ce constat dans le 17e ?

G. B. : On ne perd pas d'habitants, notamment avec les 3 500 logements du nouveau quartier Clichy-Batignolles – Martin Luther King. Mais globalement nous sommes quand même très inquiets parce qu'on voit évoluer certains quartiers, avec des fermetures de classes. Paris perd des habitants, ce qui est l'aveu d'échec le plus frappant d'une politique en matière de logement et d'attractivité.

A.-P. : Aujourd'hui, vous êtes dans un arrondissement où il y a des candidats de poids, notamment Agnès Buzyn. Comment voyez-vous les choses ?

G. B. : Je suis concentré sur ma campagne. Je vis, je travaille dans le 17e. Je suis le maire du 17e arrondissement seulement depuis 2017 et j'ai encore beaucoup à faire pour le transformer et contribuer à améliorer la vie des habitants. Le 15 mars les habitants choisiront une équipe pour six ans. Nous devons le respect à nos électeurs. Il faudra une équipe qui soit présente pour répondre à toutes les problématiques qu'on a évoqué avec disponibilité, réactivité, dans la limite de nos compétences. Les candidatures des uns et des autres, c'est la démocratie, tout le monde peut se présenter, il n'y a aucun problème. Mais il faut regarder la crédibilité, l'enracinement, le lien avec les associations, avec les acteurs économiques, les commerçants, les professions de santé…

La santé est un enjeu aussi pour nous dans le 17e arrondissement. L'offre de soins, ça ne s'improvise pas. La transition démographique nous amène aux questions de santé. On va passer de 25 000 seniors de plus de 60 ans à 40 000 en dix ans. Ce n'est pas rien dans un arrondissement de 168 000 habitants. Il va y avoir des enjeux sur l'offre de soins de proximité. On a 250 médecins généralistes aujourd'hui dans le 17e et on en perd l'équivalent de 10 à 15 par an. Je suis en contact permanent avec l'Ordre des médecins de la Ville de Paris, qui a son siège Boulevard Pereire. Ils sont évidemment très inquiets sur le renouvellement des médecins généralistes dans le 17e. On est dans un désert médical. J'ai réuni les professions de santé sous l'égide de la région Île-de-France et de Valérie Pécresse, il y a quelques mois pour créer un réseau qui se connaisse, qui partage, qui soit solidaire, qui puisse se partager les bonnes informations en vue d'implantation ou de regroupement de médecins.

A.-P. : Pouvez-vous nous parler de votre équipe et de votre soutien à Rachida Dati ?

G. B. : Je suis soutenu par deux parlementaires dans l'équipe municipale, Brigitte Kuster, qui m'a précédé, et la sénatrice Catherine Dumas. Nous avons donc une force de frappe parlementaire dans l'équipe. Ainsi, je peux m'appuyer sur des parlementaires qui vont relayer les demandes des habitants. Il y a aussi Frédéric Péchenard, conseiller de Paris, vice-président du conseil régional d'Ile-de-France et ancien directeur général de la Police nationale, qui m'apporte beaucoup de conseils sur les questions de sécurité. Nous avons également d'autres soutiens, comme Atanase Périfan, entrepreneur social et initiateur de la Fête des voisins.

Avec Rachida Dati, ça se passe bien. Nous avons appris à nous connaître. Cela a parfois été un peu compliqué au début, mais j'ai découvert quelqu'un de passionné par son mandat de maire du 7e. Elle fait une excellente campagne parce qu'elle aborde les vrais sujets avec beaucoup de franchise et qu'elle ne se disperse pas. Elle est concentrée sur les fondamentaux et propose un cadre de vie sûr, propre, sécurisé et durable. Sa personnalité est unique dans le paysage politique français. Elle est portée par une bonne dynamique. Les sondages appellent à la modestie, mais c'est la belle surprise dans cette campagne. J'y crois car Rachida Dati est capable de rassembler pour gagner.




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