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Être juriste syrien en France

Le Cercle Montesquieu et Oxygen + accueillaient dernièrement neuf juristes syriens venus témoigner. Après avoir vécu au cœur de l'enfer, ils tentent de reconstruire en France leurs vies familiales et professionnelles, en attendant que leur pays retrouve un semblant d'équilibre. Même si la solidarité entre juristes n'est pas un vain mot, ce sont essentiellement les compétences qui leur permettent aujourd'hui d'intégrer des cabinets français.
Être juriste syrien en France
© A.P.

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Comme beaucoup de Syriens, comme beaucoup de leurs confrères, ces juristes doivent fuir la guerre et ses menaces, pour leur sécurité. La situation politique à Damas et dans sa banlieue commence à devenir très difficile en mai 2012, virant à l’incontrôlable au fil des mois et des années. Face à l’insécurité permanente, chacun des neuf juristes présents à la réunion organisée par le Cercle Montesquieu et Oxygen + prend la décision qui s’impose : quitter le pays et venir en France. Chacun a sa propre expérience de ces dramatiques événements avec néanmoins de lourdes constantes : les bombes, la disparition de proches, l’omniprésence de la mort…

La solidarité des juristes se met également en place afin de les intégrer le plus rapidement possible en cabinet d’avocat ou en entreprise. Parallèlement à leur recherche d’un toit et d’emploi, les juristes syriens se familiarisent en un temps record avec la langue française.

Deux invités à cette soirée, Nathalie Debeir et Alban Lo Gatto, ayant employé Lubana Abdou et Hani Almashnouk apportent leur témoignage.

Deux beaux exemples parmi d’autres

Lubana Abdou a été recrutée comme juriste senior par Stéphane Lefer fondateur du cabinet Oxygen + qui propose des prestations juridiques aux entreprises. Sa première mission concernait l’introduction à la Bourse de Shanghai d’Adisseo – l’un des leaders mondiaux dans la production de solutions nutritionnelles pour l’alimentation animale. Nathalie Debeir, secrétaire générale du groupe Adisseo juge tout d’abord que « Lubana, comme beaucoup de juristes syriens travaillant en France, a fait preuve d’une grande capacité d’adaptation. »

Comme le raconte Nathalie Debeir, « cette introduction est une opération si particulière que j’ai commencé à chercher un juriste en droit boursier. Au moment du recrutement, Stéphane Lefer m’a proposé du support via Lubana. Son profil m’a intéressé car je cherchais quelqu’un qui réfléchisse différemment. Je l’ai rencontrée et nous avons échangé sur ses compétences, sur ses connaissances du droit boursier ainsi que du droit civil. Comme elle avait monté la Bourse de Damas, elle a cette capacité à travailler sur des schémas. Elle se montre proactive, travaillant sur les nombreux textes et surtout ne se décourageant jamais devant la complexité de l’opération. Voilà ce qui m’a amené à embaucher Lubana. Par ailleurs, Lubana s’est parfaitement intégrée au sein du staff parisien d’Adisseo. » Contrainte de décoder rapidement les us et coutumes de l’entreprise française en général – un véritable challenge ! –, Lubana a, pour sa part, trouvé « des collègues gentils et compréhensifs, me posant beaucoup de questions sur la Syrie ». Reste, une fois encore, qu’au-delà de la solidarité nécessaire entre les juristes, Lubana, à l’instar de tous ses collègues syriens, a été essentiellement recrutée pour ses compétences.

Les compétences d’abord

Autre expérience d’intégration dans une entreprise française, celle d’Hani Almashnouk, juriste spécialisé dans le secteur des télécommunications, qui vient d’être recruté par Alban Lo Gatto, directeur juridique chez Orange, pour la zone AMEA – Afrique, Moyen-Orient, Asie. Comme l’expose Alban Lo Gatto, « le groupe Orange a plusieurs activités. Outre opérateur télécoms « grand public » sur un peu plus de 40 pays dans le monde, dont une vingtaine sur la zone Afrique – Moyen-Orient, il est également opération en BtoB, relations interentreprises dans plus de 180 pays, nous sommes en permanence à la recherche d’expertise. »

Stéphane Lefer a sensibilisé le directeur juridique groupe, Nicolas Guérin sur la question des juristes syriens. « J’ai donc fait passer des entretiens à plusieurs d’entre eux. Nous lançons actuellement une série d’opérations dans de nombreux pays de la zone, Irak, Jordanie, Egypte, notamment, mais aussi d’une manière plus large le Maghreb, Maroc et Tunisie, et nous avions besoin d’un juriste arabophone télécoms. C’est un travail particulier qui demande une compréhension des impacts politiques d’une décision économique. Nous ne cherchions donc pas un juriste “technique”, mais un juriste d’affaires internationales, appelé à superviser et à aider des juristes en local et capable de comprendre quand les plaques bougent dans cette zone.

Le message que je souhaite passer est sous-jacent, c’est qu’au-delà du réflexe de solidarité initial, nous travaillons pour des opérateurs économiques qui cherchent des juristes compétents. Le sujet n’était donc pas tant de rencontrer Hani pour écouter son histoire personnelle que de savoir comment il pouvait répondre à mon besoin. Il est hors de question pour moi de le recruter dans un statut autre que celui de juriste à part entière. Hani a donc suivi le processus classique de recrutement chez Orange, sur la base d’une fiche de poste et sur laquelle il a été capable de répondre, avec en plus l’expertise de la zone qui nous intéresse en l’occurrence. »

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