Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

États généraux du numérique : L'avocat peut-il disparaître ?

le - - Entreprise - Vie des entreprises

États généraux du numérique : L'avocat peut-il disparaître ?
© A.P. - Philippe Wagner, Bruno Dondero, Valérie Valais, Florence G'Sell et Thomas Baduel.

L'avocat peut-il disparaître ? Les legaltech vont-elles le remplacer ? Ces interrogations ont été soulevées lors des états généraux du numérique, organisés par la commission prospective du Conseil national des barreaux, présidée par Louis Degos. Les avocats et les juristes ont ainsi débattu de l'évolution du métier d'avocat face à l'émergence des legaltech et des robots-avocats.

« Penser demain pour agir aujourd'hui », lance Pascal Eydoux, président du Conseil national des barreaux (CNB) lors de son discours d'ouverture aux états généraux du numérique. Ce slogan a ponctué tout le déroulement de l'événement. Le thème de cette année portait sur la prospective de l'innovation et du numérique. En d'autres termes : comment envisager le métier de l'avocat face à l'émergence des plateformes numériques du droit et des robots-avocats. Ces états généraux ont montré la crainte des avocats face aux évolutions du numérique. Certains d'entre eux ont fait part de leur peur à l'idée de voir disparaître les professions du droit.

Pascal Eydoux a encouragé ses confrères à intégrer ce nouveau marché et à considérer les legaltech comme des concurrents.

« Les start-up du droit sont des concurrents monolithiques, mais nous, nous sommes pluridisciplinaires. »

Les legaltech qui se sont présentées lors des états généraux ont au contraire prôné la création de partenariats avec les cabinets d'avocats. Cette collaboration devrait garantir, selon eux, la pérennité du métier.

Les legaltech vont-elles remplacer l'avocat ?

Selon Florence G'Sell, professeure de droit privé à l'Université de Bretagne occidentale, le nombre de legaltech augmente considérablement. Ces start-up réalisent principalement les tâches standardisées et très répétitives des professions du droit qui n'ont alors plus de travail administratif à faire. Ces legaltech sont avant tout des outils pour les avocats. Les start-up du droit, présentes aux états généraux, ont défendu cette idée, « Nous ne sommes pas des braconniers du droit, nous proposons des outils. »

Philippe Wagner, co-fondateur de Captain Contrat propose un service d'intermédiation entre le client et l'avocat en assurant la partie administrative de ce dernier. La start-up s'occupe de créer les statuts des sociétés et fait une première version du document pour le client. Puis, elle le met en relation avec l'avocat qui va modifier et réaliser un document sur mesure. Cette plateforme administrative permet au client d'avoir moins de frais d'honoraires. Captain Contrat a également fait une charte pour les avocats afin de les sélectionner sur leur domaine de compétence.

Thomas Baduel, le fondateur de Predictice propose de faire des statistiques sur les chances de gagner une procédure en justice. Pour faire cette analyse, ils utilisent la jurisprudence et identifient les solutions alternatives au règlement de l'affaire, les marges de négociation possibles et les risques. La start-up fait un bilan de tous ces éléments, et indique dans quelle cour les avocats peuvent plaider le plus favorablement. Ils font également une estimation du montant des honoraires que l'avocat pourrait facturer.

Nicolas Bustamante, le CEO de doctrine.fr, propose de faciliter le travail de recherche jurisprudentielle des professionnels du droit, en mettant à leur disposition un moteur de recherche juridique, rapide et gratuit qui donne accès à davantage de données juridiques.

Malgré ces nombreuses initiatives, les avocats ne collaborent pas assez avec ces legaltech et ne créent pas leur propre structure. Selon Ludovic Blanc, avocat et membre de l'incubateur du barreau de Paris, les legaltech postulent davantage à l'incubateur du barreau que les avocats eux-mêmes.

« La déontologie pose souvent problème », explique-t-il.

Le cabinet AGN Avocats (photo ci-dessus) semble avoir trouvé la solution et bouleverse la déontologie en ouvrant une agence où les prix sont affichés en vitrine ansi que des plaques aguicheuses. « S'associer à une legaltech ne fait pas gagner beaucoup d'argent aux avocats. Comment peut-on optimiser son travail ? Quelles sont les règles de l'économie collaborative pour les avocats ? », interroge Philippe Charles, avocat et co-fondateur d'AGN Avocats. Il propose donc un service en ligne afin de réaliser une convention de divorce sur mesure avec les conseils des avocats AGN. « Nous sommes maîtres de notre cabinet et de notre site internet de résolution en ligne. Nous satelliser à une plateforme, ça me met mal à l'aise. »

« La déontologie est le socle de la profession mais il faut l'adapter au numérique »

« Il ne faut pas avoir peur d'être notre propre legaltech, il faut préparer ces mutations, on doit être le principal acteur sur le marché du droit et être le nouveau réflexe pour régler les litiges des TPE et PME. Le client va sur internet pour fuir l'avocat et trouver une alternative. Nous devons changer cela. Nous devons aussi faire bouger la déontologie et les barreaux de France », déclare Frédéric Moreas, co-fondateur d'AGN Avocats.

La secrétaire d'État chargée du Numérique, Axelle Lemaire (photo ci-contre) évoque cette possibilité d'adapter la déontologie, lors de sa présence aux états généraux. « La déontologie est le socle de la profession mais il faut l'adapter au numérique. Il faut se doter de moyens qui vont plus loin, pour que les cabinets puissent recruter et se développer mais aussi s'associer à d'autres professions qui souhaitent la même chose : être au service du droit. Par exemple, les avocats doivent pouvoir éditer leur propre logiciel. »

Le robot-avocat et la blockchain vont-ils remplacer les professions du droit ?

Les robots-avocats commencent aussi à émerger dans le monde du droit et remplacent l'avocat dans de nombreuses tâches. « Nous sommes en pleine transition vers le tout automatique. La moindre tâche répétitive est entièrement automatisée. Les automates vont bientôt se parler entre eux, le monde devient de plus en plus robotisé. Nous avons l'exemple du premier robot humanoïde qui sait tenir une discussion avec un être humain, Sophia, créée par David Hanson », déclare Gaël Mainguy, directeur du développement du Centre de recherche interdisciplinaire.

Peter, l'avocat virtuel, a par exemple été conçu par un jeune homme de 18 ans, Louison Dumont (photo ci-dessous), qui a voulu rendre fluide la création d'entreprise pour les entrepreneurs de la Silicon Valley. « Je veux supprimer la douleur administrative chez les entrepreneurs », reconnaît le créateur dans une vidéo. Le principe est simple : l'entrepreneur envoie un mail à Peter concernant un problème avec son entreprise, celui-ci va lui répondre en lui posant une série de questions pour ensuite lui donner une réponse sur mesure. Un autre robot, Ross, a notamment été engagé dans un cabinet d'avocats américain, remplaçant ainsi une cinquantaine de personnes.

La blockchain remet également en cause le métier d'avocat. C'est un système d'organisation entièrement automatisé, décentralisé et désintermédié. Les institutions, les banques, les notaires ou encore les avocats n'auront plus besoin d'assurer la traçabilité d'une information, d'apporter une certification ou encore de valider un contrat. « Une machine automatisée s'en occupera avec une bien meilleure assurance, affirme Gaël Mainguy. La blockchain permet de mettre en place des contrats automatiques ou smart contract qui exécutent les conditions d'un contrat telles qu'elles ont été prévues. Le droit est codé et devient un algorithme qu'on intègre à la machine qui s'exécute. »

Laure Lavorel, vice-présidente juridique Europe, Moyen-Orient et Afrique de CA Technologies, redonne néanmoins de l'espoir en soulignant l'importance du rôle jouer par l'avocat et le juriste d'entreprise. « Nous avons encore besoin de la compétence des professionnels du droit dans la fabrication des normes et de la soft law. La digitalisation de l'économie rend les transactions globales et il est difficile d'appliquer les bonnes normes dans chaque pays. C'est le rôle du praticien du droit d'ajuster ces normes suivant les évolutions du marché. » Et ces normes donneront naissance à de nouveaux algorithmes pour les robots. Les professionnels du droit ne sont donc pas près de disparaître.

Et Bruno Dondero, professeur de droit à la Sorbonne Paris I, de conclure : « L'avocat a aussi sa plus-value, on automatise mais attention, il y a aussi un travail de conception et de réflexion au préalable. »

Lancement du Guide de l'avocat numérique
À l'occasion des états généraux du numérique, le Conseil national des barreaux et les Éditions LexisNexis lancent le 1er Guide de l'avocat numérique, un ouvrage pratique et pédagogique à destination des professions du droit et du public afin qu'ils puissent maîtriser tous les nouveaux outils numériques du droit.
Ce Guide de l'avocat numérique présente les recommandations et bonnes pratiques de la profession en matière de numérique, avec une vision prospective et conforme à la déontologie. Il aborde également les nouveaux outils numériques de l'avocat ainsi que les nouvelles modalités et opportunités d'exercice nées de l'ère digitale.
Ce guide fait le point sur :
• La e-convention d'honoraires sur e-barreau ;
• La plateforme numérique de l'avocat avec l'acte d'avocat ;
• Les aspects juridiques de la conservation et de la confidentialité des communications électroniques ;
• Le projet Portalis ;
• La communication pour l'avocat ;
• Les modes amiables de résolution des différends et les nouvelles technologies : vers une plus grande sécurité juridique ;
• Les nouvelles offres de collaboration en ligne.



Emilie BOUSQUET
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer