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Et si l'ordre n'existait pas ?

Une conférence sur le rôle de l'ordre du barreau de Paris, intitulée « Et si l'ordre n'existait pas ? », s'est tenue récemment à la maison du barreau, dans le cadre de la campagne pour le bâtonnat 2016 du duo « Nous Avocats » composé de David Gordon-Krief et Hubert Flichy. Pour les candidats, l'ordre a deux jambes, une régalienne et une tertiaire, qui ont un rôle fondamental pour la profession.
Et si l'ordre n'existait pas ?
AP - Hubert Flichy et David Gordon-Krief, avocats candidats au bâtonnat 2016

Droit Publié le ,

En guise d’introduction, David Gordon-Krief fait le retour d’expérience du début de sa campagne électorale expliquant ainsi le thème retenu. « Nous avons entendu évidemment des souhaits et des réflexions, mais également beaucoup de questions, de critiques, de suspicions…ça sert à quoi tout ça ? »

« L’extraordinaire paradoxe est qu’une grande majorité de nos confrères ont le sentiment que cet ordre fonctionne bizarrement. Se pose la question de savoir ce qu’il y a derrière ses portes en bois que nous connaissons tous. Nous entendons souvent il n’y aurait pas du copinage ? Voire du coquinage ? Alors incontestablement, il y a une sorte de divorce, de malentendu, entre une partie de nos confrères et l’ordre. »

Alors comment construire une profession moderne, forte et crédible sur ce malentendu ? Comment justifier la nécessité de l’ordre et la campagne pour le bâtonnat ?

Il y a un peu plus de 27 000 avocats dans la capitale aujourd’hui, bientôt 30 000 demain. Pour les diriger et les aider, 300 salariés permanents de l’Ordre du barreau de Paris sont à la manœuvre, gérant un budget colossal de plus de 30 millions d’euros et rendant des milliers d’avis et de consultations par an. Depuis peu, l’ordre assume même son rôle de lobby auprès des Pouvoirs publics.

Les candidats soulèvent la question pertinente de savoir comment booster la profession. « Comment fait-on pour créer plus de travail pour les confrères ? Comment créer un barreau auquel nous sommes fiers d’appartenir ? ». Chiffres à l’appui, David Gordon-Krief soulève le fait qu’un quart du barreau parisien va très mal et que 50 % de la population n’a pas accès au droit alors qu’elle en a besoin.

« Nous souhaitons avoir un ordre fort, proche et accessible et un ordre conquérant. Cet ordre doit marcher sur deux jambes. » Pour les candidats de Nous Avocats, la première jambe de l’ordre est constituée de tout ce qui permet aux confrères de vivre mieux, donc les services qu’il rend, une sorte de rôle tertiaire. Tandis que la seconde jambe est régalienne, composée des missions fondamentales telles que la défense du secret professionnel, le périmètre du droit et la déontologie.

En premier lieu, le duo propose l’instauration d’une « maison des services », avec notamment une mini-crèche et une plateforme « SOS nounous » pour aider les parents avocats, une sorte de conciergerie et un restaurant. Les candidats souhaitent recréer un véritable lieu de vie au sein du nouveau Palais de justice, aux Batignolles, et n’hésitent pas à interpeller l’ancien bâtonnier Jean-Yves Le Borgne dans l’audience « pour tous les nostalgiques de la buvette du Palais ! ». En outre, ils prévoient d’améliorer « la maison connectée 3.0 » avec une plateforme informatique mutualisée, un meilleur accès à la documentation juridique et à la formation continue, grâce aux MOOC.

En second lieu, concernant la « jambe régalienne de l’ordre », sa « colonne vertébrale », l’essentiel : « la déontologie, la défense de la défense qui est notre quotidien ». Pour préserver l’indépendance de la profession il faut plus d’éthique et de transparence. Cette déontologie forte, « C’est l’ADN commun qui fait la profession d’avocat. Sans ordre, il n’y a pas d’indépendance ni de profession d’avocat ». David Gordon-Krief ajoute même que «l’ordre a une obligation de résultat à l’égard de ses confrères. Il faut que nous soyons capable de donner des réponses claires, fermes et précises dans un temps donné ».

Qu’il s’agisse des cotisations, de la formation ou bien encore de la déontologie, les avocats demandent plus de transparence, une meilleure communication, et surtout, un rapprochement avec leurs préoccupations quotidiennes. En particulier sur la déontologie, qui reste un atout concurrentiel de la profession, l’ordre devrait améliorer la lisibilité et la prévisibilité de ces normes. Enormément d’avis déontologiques émergent, donc il faut pouvoir mieux s’organiser. Hubert Flichy préconise ainsi l’utilisation de rescrits, comme en matière administrative. « Par rescrit on entend une question qui est posée et une réponse qui est donnée de manière contradictoire », cet avis solennel sera ensuite consigné.

Une avocate dans l’assemblée prend la parole pour faire remarquer qu’il faut combattre les attaques incessantes dont la profession fait l’objet. Pour d’autres, il faudrait également en finir avec les positions divergentes et redevenir des acteurs économiques et civiques de premier plan. Les problèmes de gouvernance - discours antagonistes du Conseil national des barreaux, de la Conférence des bâtonniers et des ordres - brouillent le message porté par la profession.

Convaincus qu’il n’y a pas de profession influente sans unité. Nous Avocats estime, à juste titre, qu’il faudrait arriver à une autorité unique, « un président des avocats de France », qui négocierait directement avec les Pouvoirs publics, tout en laissant aux bâtonniers les questions d’application et de mise en œuvre des avancées concernant la profession, la déontologie et la discipline.

« La campagne au bâtonnat est avant tout une aventure humaine, des centaines, même des milliers d’heures, que nous passons depuis des années avec vous à parler de la profession et à échanger nos craintes et nos bonheurs pour construire un projet cohérent ». Le duo s’en remet alors au dialogue et à de futures conférences pour peaufiner son programme.

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