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Eric Lévy “ L'art permet de créer du lien et de casser certaines barrières au sein des entreprises ”

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Eric Lévy “ L'art permet de créer du lien et de casser certaines barrières au sein des entreprises ”
© DR

Eric Lévy est un ancien directeur financier. Il y a 17 ans, il a fondé RentingArt, une entreprise qui loue des œuvres d'art à des entreprises ou des cabinets d'avocats. Son objectif, utiliser l'art pour développer la créativité et le bien-être au travail. Il a également co-organisé le festival de street art CAPS à Clichy les 3 et 4 juillet 2021.

Affiches Parisiennes : Comment est né Rentingart et comment arrivez-vous à mettre en lien les artistes et les entreprises ?

Eric Levy : Je viens du monde de l'entreprise, j'ai été directeur financier de grandes sociétés et ancien auditeur, notamment aux Etats-Unis. Après, j'ai été directeur général de Virgin Interactive. C'était une boîte de jeux vidéo, c'était l'époque où le jeu-vidéo décollait mais n'était pas au niveau où il est aujourd'hui. C'était dans les années 2000 et donc je connais très bien l'entreprise.

J'ai toujours trouvé qu'il n'y avait pas de place pour l'émotion dans l'entreprise où il fallait toujours paraître et ne pas dire ce qu'on ressentait. Et justement, par l'art, qui est ma passion. A un moment, j'étais en pleine réflexion. J'ai voulu donner un sens à ma carrière et faire quelque chose qui avait un sens pour moi et qui était d'amener l'art vers les gens et d'une façon différente d'une galerie qui a une approche marchande, c'était une approche plutôt humaine et une notion de partage.

C'est une notion qui maintenant est très banale quand on parle de partage de co-working mais il y a 17 ans, ce n'était pas encore en place. L'idée, c'était de faire découvrir l'art d'une façon presque gratuite, faire découvrir des talents, des courants d'art. Petit à petit, on a réussi à constituer un fonds, une collection d'œuvres qui grossit régulièrement et qui représente tous les courants d'art contemporain. Ça va des artistes cinétiques, l'anamorphose de l'abstraction, de l'art conceptuel jusqu'au street art.

On travaille pas mal avec les street-artists, mais pas uniquement. On ne s'est pas spécialisé, on travaille avec une trentaine de street artistes car ce sont des projets très faciles à déployer dans l'entreprise, cela permet de faire des team building, faire des actions collaboratives. Il y a 17 ans, nous nous contentions d'amener des oeuvres d'art dans les entreprises, mais maintenant, on organise des conférences et des ateliers. On fait participer les collaborateurs qui passent de visiteurs à acteurs et pourquoi pas un jour devenir artiste. On peut aussi générer des vocations.

A.-P. : Dans votre expérience d'auditeur, est-ce que vous avez remarqué qu'il est important de stimuler cette créativité en entreprise?

E.L. : Cela va dépendre de la typologie d'entreprises. Je pense que, par exemple, les start-up sont à la recherche d'expérimentations et de créativité. Les entreprises traditionnelles le sont moins. Nous travaillons beaucoup avec les très grands cabinets d'avocats, notamment américains.

Je pense que la force de l'art contemporain c'est que cela vous donne un regard différent sur quelque chose d'ordinaire. Marcel Duchamp a révolutionné l'art en accès ready-made. Il disait “À partir du moment où vous regardez cette tasse comme une œuvre d'art, elle devient une œuvre d'art.” L'art ce n'est pas simplement des tableaux, des choses esthétiques, mais c'est aussi notre manière de regarder les choses. Et justement, en l'amenant dans l'entreprise, cela permet aux collaborateurs de voir les choses différemment quand ils sont au contact d'un artiste. Vous avez Philippe Ramette, qui est un des plus grands artistes français, photographe qui fait des autoportraits et qui se met en scène sans trucage photographique. Tout a été fait en prises de vue avec des dispositifs où il se met en scène.

Le ressenti n'est pas la réalité. Il y a plusieurs niveaux de réalité et cela pousse à aller au-delà du cadre. Je pense que le fait d'être au contact d'artistes contemporains nourrit d'une façon incroyable et permet vraiment de voir les choses différemment.


Eric Lévy et le street artiste Sunset travaillent en collaboration depuis de nombreuses années.

A.-P. : Quel est votre modèle économique?

E.L. : Notre modèle est basé sur la location. C'est notre cœur de métier. On loue des expositions clés en main pour les entreprises. Il s'agit de systèmes d'abonnements annuels ce qui permet de planifier plusieurs expositions, mais aussi de fidéliser nos clients et de les faire évoluer avec le temps. Nous avons des clients comme PricewaterhouseCoopers (PwC), depuis l'origine de RentingArt. Avec eux, on a fait énormément de choses différentes.

Par exemple, quand ils font leur séminaire de leurs nouveaux collaborateurs, ils font une initiation aux graffitis. Cela leur permet de créer des liens et de casser certaines barrières. C'est une relation à long terme durant laquelle on va évoluer et faire évoluer les entreprises dans le but de les aider dans leur quotidien.

La plupart de nos grands clients sont des avocats qui ont une appétence pour l'art. Ce qui est assez paradoxal car ce sont des gens très rigoureux, très attachés à la moindre virgule d'un contrat. Mais d'un autre côté, ils aiment cette liberté et cette irrationalité que l'on trouve dans l'art.

A.-P. : Combien d'artistes avez- vous avec RentingArt ?

E.L. : Nous avons travaillé avec plus de 200 artistes. Nous travaillons avec des artistes français, mais aussi internationaux de tous les continents. On a ce qu'on appelle des jeunes artistes, dont les artistes émergents, mais aussi des artistes confirmés ou reconnus comme Charlélie Couture, par exemple.

On travaille aussi dans l'art numérique. L'art digital explose en ce moment avec les NFT. Il existe une vraie communauté qui crée des œuvres numériques. Nous avons constitué une bibliothèque d'à peu près 10 000 œuvres en numérique. Environ 300 artistes ont travaillé avec nous à la réalisation de cette bibliothèque.

Nous utilisons pour la diffusion des écrans plats qui sont mis à disposition de nos clients et qui sont pilotés à distance. Si vous allez chez Boursorama, par exemple, à l'accueil, il y a deux écrans et tous les jours, on fait découvrir un artiste numérique différent.

A.-P. : Comment sélectionnez-vous les artistes?

E.L. : Le choix est surtout lié aux contraintes qu'on a en exposant dans les entreprises. Il y a des œuvres qu'on ne peut pas exposer dans les entreprises, dès que cela a un côté sexuel, religieux ou ethnique, on évite. Cela nous laisse énormément d'autres possibilités, l'art est tellement vaste.

Quand vous avez une galerie, les gens qui viennent savent ce qu'ils vont voir. Alors que nous, on amène l'art vers les gens, donc nous ne voulons pas les heurter. Il faut trouver des choses esthétiques, intéressantes, différentes et les surprendre, mais pas dans du négatif.

Bien sûr, Il peut y avoir des commandes particulières si une société est impliquée dans une cause spécifique.

A.-P. : La Covid a t-elle eu un impact sur l'art ou les artistes ?

E.L. : Paradoxalement, la plupart des artistes ont l'habitude d'être confinés. C'est-à-dire d'être déconnectés du monde quand ils sont dans la création. C'est des expériences qu'ils connaissent, qu'ils ont déjà vécues. Ce qui a été plus gênant, a été au niveau de l'exposition. Les artistes ne pouvaient pas montrer leur travail, donc ils ont été frustrés.

Aujourd'hui, ils ont un vrai besoin de montrer leur travail. Mais beaucoup ont été très créatifs pendant cette période du confinement. Toutefois, commercialement, c'est compliqué suite à la crise.

A.-P. : Quels sont les sujets qui préoccupent les artistes en ce moment ?

E.L. : Il y a des tendances comme le street art, par exemple. C'est vrai qu'aujourd'hui, il y a beaucoup d'artistes reconnus. Ça a pris pas mal de valeur aussi. L'art est si subjectif et propre à chaque artiste. C'est ce qui est passionnant ! A chaque fois que vous entrez dans l'univers d'un artiste, vous rentrez dans sa vie.

Par exemple, un artiste comme Charlélie Couture a un regard assez étonnant sur les détails de la vie qui pour nous sont banals. C'est ce que j'aime bien avec les artistes.

Dans les tendances, il y a également un retour à la peinture qui était devenue un peu désuète, et l'art numérique avec les NFT même si je pense que c'est quand même un effet spéculatif.

Aujourd'hui, il y a beaucoup d'artistes pluridisciplinaires.

A.-P. : Comment est venue cette idée, justement, de faire ce festival street art ?

E.L. : L'idée de ce festival, est venue à cause de la Covid, où grâce à la Covid, dans le sens où on était quand même plus renfermé sur nous. Pendant le confinement, tout le monde a continué à travailler. On a entretenu des relations avec nos clients et les entreprises, donc on ne s'est jamais arrêté. Nous avons rencontré le maire qui a trouvé que cette idée était excellente et a soutenu le projet.

Nous avons une approche plus ouverte sur la ville, sur le département, la région, pour essayer de diffuser l'art contemporain. Cela est notre ADN, contrairement à une galerie qui va essayer de vous vendre les œuvres.

Notre but est de faire découvrir des artistes. Quand les gens vont travailler dans leur entreprise, ils viont pouvoir découvrir des œuvres d'art contemporain. Les gens n'ont pas forcément le temps d'aller dans des galeries, des expositions, donc nous amenons l'art vers les gens pour créer une rencontre.

C'est cela notre philosophie. C'est pour cela que nous utilisons un terrain de football pour cette manifestation car il n'y a rien de plus populaire au monde aujourd'hui qu'un match de foot. Amener de l'art sur ce terrain, ce sont des valeurs sportives et artistiques qui se retrouvaient et cela a pas mal de sens.




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