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Éric Berger : « Les entreprises ont toujours besoin d'air »

Depuis bientôt six mois, Éric Berger est à la tête du Medef Île-de-France et entend porter les valeurs de l'organisation patronale à travers les grands dossiers de la région capitale. Pour lui, il ne peut y avoir de la création d'emploi si les entreprises sont asphyxiées par les taxes. L'entrepreneur a besoin de voir loin.
Éric Berger : « Les entreprises ont toujours besoin d'air »

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Affiches Parisiennes : Commençons par l'actualité brûlante. Il semble que la nouvelle écotaxe qui devrait être instituée est pour vous une très mauvaise surprise que vous impose la région ?

Éric Berger : Chantal Jouanno, vice-présidente du Conseil régional d'Île-de-France en charge de l'écologie et du développement durable, a fait la proposition de mettre en place une écotaxe concernant les véhicules poids lourds dans notre région. Or, selon Valérie Pécresse, cette nouvelle taxe qui viserait à financer des infrastructures de transport à hauteur de 100 à 200 millions d'euros irait à l'encontre de la volonté affichée du Conseil régional de reconstituer les marges des entreprises. Naturellement, la mesure a été proposée sans la moindre étude d'impact ni aucune concertation avec les professionnels concernés. Cette décision va à l'encontre de la volonté de soutenir les entreprises. Les transporteurs franciliens n'en peuvent plus. Ils ont de surcroît une épée de Damoclès au-dessus de la tête avec le projet de la maire de Paris d'interdire le diesel dans la capitale à l'horizon 2020. Assumer des promesses électorales comme le fait Anne Hidalgo, c'est très bien, mais cela devient totalement irréaliste. Je vois mal comment, dans quatre ans, les transporteurs franciliens pourront renouveler leur flotte de véhicules diesel. Surtout que ce mode de propulsion a longtemps été privilégié par les Pouvoirs publics.

A.-P. : Est-ce que le changement de majorité régionale, avec l'arrivée de Valérie Pécresse, vous a donné de l'espoir ?

E. B. : La droite régionale semblait avoir compris une partie de nos problèmes. Nous avons d'ailleurs programmé prochainement un déjeuner avec la présidente de la région et une vingtaine d'entrepreneurs franciliens. Valérie Pécresse sait que les entreprises, c'est l'économie et que sans l'économie, on ne peut pas faire une politique régionale cohérente. Nous sommes-là pour le lui rappeler. En revanche, il y a ces promesses de campagne, comme l'écotaxe, qui viennent nous handicaper. La vice-présidente de la région n'a peut-être pas vu qu'elle ouvrait une boîte de Pandore.Malheureusement, cette mesure va être très pénalisante, surtout que la problématique du dernier kilomètre est très importante en Île-de-France.

A.-P. : Pensez-vous qu'il y ait d'autres solutions pour limiter la pollution en Île-de-France ?

E. B. : Le problème des transports en région parisienne est surtout celui du transit. Il faut trouver les moyens de faire des axes de contournement, en se penchant en priorité sur le bouclage de la A104, sans oublier cette fameuse « autoroute des Belges », passant par Meaux et Melun, dont la réalisation est devenue essentielle. Voilà des choses à entreprendre si on veut réellement lutter contre la pollution. Il faut savoir prendre les bonnes décisions, celles qui vont réellement désengorger l'Île-de-France.

L'Afit devait financer ces projets. Malheureusement, cet organisme n'a plus de ressources puisque celles-ci devaient émaner de l'écotaxe nationale, abandonnée à grands frais, coûtant finalement au contribuable de 600 à 800 millions d'euros…

Par ailleurs, j'ai appris dernièrement par le syndicat Otre (Organisation des TPE et PME du transport routier), qu'une loi européenne autorise à présent le cabotage. Pour l'illustrer, prenons par exemple un camion slovène qui arrive en France pour faire une livraison dans Paris. Il a la possibilité, s'il doit recharger à Lyon, de prendre du fret dans la capitale pour ne pas circuler à vide. Le transporteur peut ainsi renouveler trois fois cette opération avant de retourner dans son pays. Le problème, c'est que certains rentrent sur le territoire français avec un véhicule de 3,5 tonnes et n'en ressortent jamais. Cette concurrence anormale est donc à présent autorisée par les autorités européennes. Les gros camions sont contrôlés, pas ceux de 3,5 tonnes. Ces derniers sont d'ailleurs souvent les plus polluants. Voilà un autre axe de réflexion. Nous devons pouvoir combattre la pollution sans forcément taxer. Il faut avoir une approche pragmatique et ne pas multiplier les décisions trop politiques qui pénalisent les entreprises.

A.-P. : La Région a un rôle important en matière de transport…

E. B. : La suppression du ministère de l'Équipement et de la Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale
(Datar) a été une catastrophe. Les Directions départementales de l'équipement ont ensuite été sacrifiées et leurs personnels transférés vers les régions qui n'étaient pas du tout préparées pour cela. Tous les cadres des DDE sont d'ailleurs partis dans le privé.

Les régions se sont parfaitement approprié le transport ferré, notamment avec les TER, parce que le réseau ferré existait. C'est plus compliqué avec leurs compétences en matière d'infrastructures du réseau routier. Qui plus est, les régions comme les départements sont aujourd'hui asphyxiés financièrement. La région Île-de-France n'y échappe pas.

A.-P. : Les transports sont directement liés aux problèmes de pollution…

E. B. : Oui, et la Région prend actuellement le problème à bras-le-corps. Le volet écologie faisait auparavant partie du poste « agriculture, ruralité, environnement ». Valérie Pécresse a créé une vice-présidence « environnement ». C'est une bonne chose. Mais comme d'habitude, les mesures qui sont prises nous tombent dessus sans concertation et sans études d'impact. Nous avons appris la proposition sur l'écotaxe par voie de presse. Nous avions déjà des taxes sur les bureaux, le stationnement, la carte Navigo… Soit un total de 500 millions de prélèvements supplémentaires pour les entreprises.

A.-P. : Accepteriez-vous une augmentation de la part patronale sur la carte Navigo ?

E. B. : Là aussi, il faut arrêter. L'usager parisien est aujourd'hui celui qui paye le transport le moins cher du monde. Si vous êtes en zone 5, vous payez actuellement 1,25 euro par jour pour vous déplacer dans toute l'Île-de-France. Connaissez-vous une seule métropole ou capitale où le transport est à ce prix pour les usagers sur de telles distances ? Les Pouvoirs publics doivent comprendre que les entreprises ne peuvent pas supporter financièrement toutes les avancées sociales. Par ailleurs, une partie des grandes entreprises franciliennes ont décidé de payer l'intégralité de la carte Navigo à leurs salariés. Il faut savoir que 60 % des ressources du Stif, le syndicat des transports d'Île-de-France, sont financés par les entreprises, en prenant en compte la taxe transport et le remboursement au salarié.

Nous ignorons toujours les tarifs projetés sur le réseau du Grand Paris qui se dessine actuellement. Nous approchons là une centaine de kilomètres autour de Paris. L'infrastructure des lignes 15, 16, 17 et 18 est aussi importante que celle qui existe aujourd'hui au niveau du métro. Le coût de fonctionnement ne sera sans doute pas le même… On veut construire cela en 20 ans alors qu'il a fallu plus d'un siècle pour le réseau existant. C'est à la fois pharaonique et enthousiasmant. Reste qu'il va falloir financer tout cela.

A.-P. : De quoi les entreprises ont-elles réellement besoin aujourd'hui ?

E. B. : Elles ont besoin d'air. Elles veulent qu'on arrête de les prendre pour les vaches à lait de l'économie francilienne. C'est dans l'intérêt de tous : les salariés et les entreprises. Il ne peut y avoir de la création d'emploi si les entreprises sont asphyxiées par des taxes.

A.-P. : A-t-on besoin d'un plan Marshall pour relancer l'économie régionale ?

E. B. : Nous avons surtout besoin de retrouver une logique économique. Je pense que ce n'est pas l'argent qui relancera le système. La solution est de donner à tous les entrepreneurs la possibilité de travailler en disant « je vois loin… ».

La loi El Khomri était initialement un bon projet avec des avancées. Le Medef était tout à fait favorable à la première version du texte. Aujourd'hui, avec les amendements, tout a changé. Le CDD surtaxé n'est pas une mesure favorable à l'emploi ! Le CDI surprotégé non plus ! C'est donc l'intérim qui va reprendre de la vigueur. La formule coûte évidemment plus cher, mais elle est souple et sans risques pour l'entrepreneur. Avec un contrat de salarié, le chef d'entreprise est pieds et poings liés. Les TPE, les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont besoin d'un allégement des charges sociales. En ce sens, la CGPME, l'UPA et le Medef ont tout d'abord cru que la loi El Khomri allait donner cette ouverture…

A.-P. : Pensez-vous le gouvernement capable d'une politique de rupture, dans le sens de la première mouture de la loi El Khomri ?

E. B. : Sans aller jusque-là, nous voyons arriver dans le débat public des thèmes comme la flexibilité, la réforme du code du travail… C'est déjà une bonne chose que les Français en parlent. Cette réflexion était encore impossible il y a quelques années.

Le texte initial de la loi El Khomri allait donc dans le bon sens. La réforme s'est à présent réduite comme peau de chagrin.

Aujourd'hui, les gens descendent manifester dans la rue pour qu'on ne touche à rien, pas pour qu'on fasse évoluer les choses. Comme les syndicats, ils en sont restés au stade de la lutte des classes. Ils sont persuadés que toucher au code du travail, c'est faire des cadeaux aux entreprises.

A.-P. : L'image négative du patron qui licencie quand bon lui semble n'arrange pas les choses…

E. B. : Les syndicats et beaucoup de personnalités de gauche ont aujourd'hui l'impression que les patrons licencient pour rémunérer davantage les actionnaires. Ils sont toujours dans l'esprit de la lutte des classes entre les salariés et le patronat. Cela n'existe plus.

Le carnet de commandes actuel des PME et des TPE n'a pas de visibilité au-delà de quelques semaines. Très peu d'entreprises ont des certitudes à six mois et plus. Quand vous n'avez plus la possibilité de vous projeter, vous faites comme l'escargot, vous rentrez dans votre coquille. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu'un entrepreneur embauche avec toutes les contraintes du droit du travail. À cela s'ajoute l'écotaxe en région parisienne, la disparition programmée du Diesel, le financement de la carte Navigo…

A.-P. : Dans cette loi El Khomri quelles sont les mesures que vous regrettez de voir abandonnées ?

E. B. : Tout d'abord les barèmes des prud'hommes. 60 à 70 % des affaires ne sont pas jugées sur le fond, mais sur la forme. Le chef d'entreprise est notamment pénalisé parce qu'il n'a pas suivi la procédure à la lettre. Quand vous dirigez une PME d'une quinzaine de salariés, vous en êtes généralement le directeur commercial, le directeur technique, le conducteur de travaux et même le comptable. Avec la pression quotidienne, comment voulez-vous suivre à la lettre une procédure de licenciement ? La limitation qu'apportait la première mouture de la loi El Khomri allait dans le bon sens et ce n'était nullement une régression sociale. C'était simplement un peu plus de sécurité qui permettait aux chefs d'entreprise d'embaucher avec un peu moins de craintes. Aujourd'hui, il faut redonner confiance aux Français et principalement aux entreprises pour générer de l'emploi, des profits et les redistribuer aux salariés.

A.-P. : Les Français ont peur du licenciement…

E. B. : Le terme « licenciement » n'est plus le bon. Je crois qu'il faut à présent parler de flexibilité, d'adaptation permanente de la taille de l'entreprise à sa capacité, non pas de produire, mais de vendre, au gré des fluctuations saisonnières du carnet de commandes.

Le monde de l'entreprise change. L'état d'esprit des salariés doit évoluer lui aussi, ne pas rester figé sur les anciens modèles. Il est devenu quasi impossible à présent de faire une carrière de 30 ou 40 ans dans une même entreprise. La loi n'empêche personne d'avoir deux ou trois employeurs. Voilà, ce vers quoi nous allons tendre, des emplois multiples.

Notre assemblée générale du 23 juin est d'ailleurs organisée sur ce thème de l'évolution de l'entreprise et des mutations nécessaires. Nos adhérents savent bien qu'ils doivent impérativement adapter leurs moyens de production aux exigences de l'évolution du monde qui est le nôtre.

A.-P. : Notamment en termes de formations ?

E. B. : Les jeunes arrivent aujourd'hui en entreprise avec des bacs +3, +5, voire davantage. Ces formations ne sont pas du tout adaptées au monde du travail. Ce n'est plus la peine de former des jeunes dans les universités en sachant qu'ils ne trouveront pas de débouchés sur le marché du travail. C'est la raison pour laquelle le Medef fait la promotion des filières en alternance et de l'apprentissage. Nous nous battons beaucoup sur ce terrain-là.

L'alternance est une excellente formule pour l'entrepreneur. Il sait que le jeune suit un cursus scolaire. Pendant le temps qu'il passe dans l'entreprise, il peut le juger, voir si le métier lui convient. Selon les statistiques, 67 % des jeunes qui sont ainsi rentrés dans l'alternance sont systématiquement sortis avec un CDI.

L'apprentissage, c'est la même chose. Son échec est imputable non pas à l'apprenti, mais à ses parents malheureusement insuffisamment informés. Ces derniers trouvent certaines filières pourtant porteuses – travaux publics, transporteurs… – indignes de leurs enfants. C'est une grave erreur. L'apprentissage est la base de l'entreprise. Nous le voyons à l'étranger, en Allemagne notamment. En France, les compagnons du tour de France illustrent parfaitement l'apprentissage.

Cette approche de l'emploi est totalement délaissée par l'Éducation nationale qui n'y met pas les forces vives qu'elle devrait y mettre. L'alternance et l'apprentissage solutionnent, à mon avis, la moitié du problème. Ce sont, de surcroît, des facteurs d'intégration. Ce ne sont pas des formations dévalorisantes, mais au contraire d'excellence. Il faut arrêter la course aux diplômes qui ne servent à rien.

A.-P. : Vous organisez d'ailleurs la prochaine fête de l'Alternance le 26 mai prochain ?

E. B. : Oui, pour la sixième année consécutive, cette fête de l'Alternance est organisée par le Medef Île-de-France et ses partenaires, notamment Pôle emploi. Avec 5 000 m2 de stands, cette journée d'information, d'échanges et de recrutement a pour but essentiel de promouvoir cette filière de formation (lire encadré en page 7).

A.-P. : Il y a aujourd'hui des métiers délaissés par ces filières en alternance ?

E. B. : Oui, bien sûr, notamment la plupart des métiers de bouche, la boucherie, la boulangerie, la poissonnerie, l'hôtellerie… Ces secteurs sont en permanence en demande de main-d'œuvre.

A.-P. : La cession-reprise d'entreprise est également un sujet majeur en Île-de-France ?

E. B. : C'est un sujet sur lequel nous travaillons beaucoup. Nous constatons d'ailleurs que les banques sont toujours aussi rétives à financer les reprises. Même avec des dossiers solides, les repreneurs potentiels ont toutes les peines à trouver les crédits nécessaires. Aux États-Unis, les choses sont très différentes.

Fête de l'alternance au Parc Floral le 26 mai
Le Medef Île-de-France, la préfecture de la Région Île-de-France et la CCI Paris - Île-de-France, en partenariat avec Pôle emploi, se mobilisent en organisant pour la 5e année la Fête de l'alternance.
Les jeunes, en particulier les peu ou pas qualifiés, font partie des publics vulnérables sur le marché de l'emploi. Avec un taux de chômage des moins de 25 ans de 18% en Île-de-France, la mobilisation des acteurs de la Région en faveur de l'emploi reste un sujet prioritaire.
De ce fait, le Medef Île-de-France et ses partenaires réunissent pour cette Fête de l'alternance plus de 50 grandes entreprises de secteurs d'activité variés ainsi que
70 organismes de formation qui seront présents pour proposer plus de 15 000 offres de contrats de professionnalisation et d'apprentissage.
Cinq grands pôles (information, métiers et formation, accompagnement, recrutement et handicap) seront aménagés sur 5000 m2 de stands dans l'enceinte du Parc Floral.
​Parce que les jeunes qui choisissent la voie de l'alternance disposent d'atouts opérationnels qui répondent aux besoins des chefs d'entreprise, les organisateurs souhaitent plus que jamais promouvoir cette filière de formation.
Dans le cadre de la Fête de l'alternance, le Medef Île-de-France mettra l'accent sur deux contrats porteurs :
- Le contrat d'apprentissage
Contrat de travail à durée déterminée (en principe deux ans) ou indéterminée. Il prépare à un diplôme ou à l'obtention d'un titre professionnel enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).
- Le contrat de professionnalisation
Contrat de travail à durée déterminée ou indéterminée. Il atteste que l'on a acquis une qualification professionnelle reconnue, soit un diplôme ou un titre professionnel enregistré au RNCP ; soit un certificat de qualification professionnelle (CQP) ; soit une qualification reconnue dans les classifications d'une convention collective nationale.

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