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Entrepreneuriat féminin : les stéréotypes peuvent-ils devenir des moteurs ?

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Entrepreneuriat féminin : les stéréotypes peuvent-ils devenir des moteurs ?
© A.P. - Martine Liautaud, Sofia Merlo, Annie Combelles et Viviane de Beaufort ont présenté les résultats de l'étude de la WIF.

Des hommes entrepreneurs idéalisés, des femmes manquant de confiance en elles, des vies de famille sacrifiées… L'étude menée par la Women Initiative Fondation (WIF) fait état de la diversité dans l'entrepreneuriat en Europe, et dégage des tendances françaises.

La WIF a mené une étude sur la diversité entrepreneuriale et les stéréotypes de genre, avec le support du CEDE-ESSEC, dans trois pays européens : la France, l'Allemagne et l'Italie.

L'initiative ne marque que le début d'une longue série d'études du duo WIF-BNP Paribas. Ses fondatrices et représentantes sont déterminées à identifier les phénomènes d'inégalités entre les femmes et les hommes. Cela permettra peut-être de briser le solide plafond de verre dans l'entrepreneuriat. Le choix de ces trois pays permet de recueillir des opinions très diverses.

Les femmes, et plus particulièrement les femmes entrepreneurs, n'endossent pas les mêmes traits en France, en Allemagne et en Italie.

Zoom sur la méthodologie

Au total, 400 entrepreneurs ont répondu au questionnaire distribué au sein de quatre grands groupes (l'Oréal, Engie, Oracle, BNP Paribas), dont 69 % de femmes et 31 % d'hommes.
Deux classes d'âges ont été prises en compte, les moins de 35 ans et les 35 ans et plus. La majorité des répondants sont français (225, contre 110 Italiens et 65 Allemands). Globalement, la population interrogée est très diplômée.
Il est à noter que 63 % des personnes interrogées sont à la tête de petites structures, de moins de dix salariés. En revanche, plus de 12 % d'entre elles comptent plus de 50 salariés.

Martine Liautaud, fondatrice et CEO de la Fondation WIF, Sofia Merlo, codirectrice générale de BNP Paribas Wealth Management, Annie Combelles, fondatrice d'Inspearit et Viviane de Beaufort, professeur à l'ESSEC Business School, étaient réunies à Paris, le 24 mai dernier, pour présenter les résultats de leur étude.

A ce propos, Martine Liautaud a souligné leur « volonté que les études [de la fondation] soient présentées dans les universités mondiales ». Les résultats ont également été présentés en avril à New York.

L'étude indique un basculement des motivations à entreprendre. Dans les trois pays étudiés, l'environnement salarial insatisfaisant est une motivation commune chez les entrepreneurs, surtout chez les moins de 35 ans. Le vrai tournant réside dans l'engagement sociétal : les femmes entreprennent désormais pour « servir la société ». Mais quelles difficultés rencontrent-elles dans leurs démarches ? Les recherches de la WIF et BNP Paribas permettent de mieux cerner les freins à l'entrepreneuriat féminin.

Les contraintes familiales, une difficulté persistante

L'étude met en lumière un frein persistant, identifié dans les trois pays, tant par les femmes que par les hommes. Les contraintes familiales sont désignées comme la première cause du plafond de verre. En Italie, 90 % des femmes interrogées citent cet argument comme un frein à l'entrepreneuriat féminin. Ainsi, les quatre chercheuses dégagent de tristes chiffres : 40 % des femmes entrepreneurs sont célibataires contre 21 % des hommes.

Des différences culturelles peuvent expliquer une disparité des tendances. La France présente cet atout très attractif pour les femmes entrepreneurs, de pouvoir articuler relativement facilement vie familiale et carrière. Certaines femmes étrangères choisissent d'ailleurs de s'installer en France. L'Italie a, quant à elle, une dynamique particulière : les entreprises sont principalement familiales. Le goût de l'entrepreneuriat est ainsi transmis aux filles par leurs parents. Pourtant, ces dernières doivent lutter contre de puissants préjugés : en Italie, le fait que la société n'accepte pas facilement qu'une femme puisse être entrepreneur est cité par 67 % des femmes et 50 % des hommes.

Presque 90 % des femmes entrepreneurs en France reconnaissent qu'elles s'autocensurent et manquent de confiance en elles

En Allemagne, le choix des femmes entrepreneurs est plus radical : elles ne font pas d'enfant. En effet, l'étude dévoile que le taux de femmes entrepreneurs allemandes célibataires et sans enfant y atteint les 80 % ! Les mères allemandes subissent une pression sociale très forte. En 2016, Libération indiquait que, dans ce pays où 40 % des diplômées de l'enseignement supérieur de plus de 40 ans n'ont pas d'enfant, le débat autour du regret d'être parent ne faiblissait.

Un grand combat vers de petites structures[

L'étude montre que la taille et le chiffre d'affaires des entreprises fondées par femmes sont légèrement inférieurs à celles des hommes : 63 % des entreprises comportent moins de dix salariés, et cette tendance est plus forte chez les femmes. En Italie, les entreprises sont plus importantes, parce qu'elles sont plus anciennes et familiales. Annie Combelles indique que le « boom de l'entrepreneuriat » a lieu en France et en Allemagne en 2011, alors qu'il débute dans les années 90 en Italie.


Martine Liautaud, fondatrice et CEO de la Fondation WIF, et Sofia Merlo, codirectrice générale de BNP Paribas Wealth Management.

Les quatre chercheuses soulignent que les femmes entrepreneurs ont tendance à vouloir conserver leur progéniture : 90 % d'entre elles souhaitent garder le contrôle du capital (contre 67 % des hommes). Elles sont également plus réticentes lorsqu'il s'agit de s'associer (36 % contre 59 % pour les hommes), même si elles s'associent plus facilement avec le sexe opposé que les hommes. Cette réticence à partager le contrôle, plus forte chez les femmes que chez les hommes, peut ralentir considérablement le développement de leur société. Les femmes doivent accepter ces étapes pour justement voir « grandir leur bébé ».

Le mythe pesant de la figure de l'entrepreneur

Pour évaluer les stéréotypes, les chercheurs ont proposé aux personnes interrogées une liste fermée de treize mots, permettant de répondre aux questions « vous êtes… », puis « les femmes/les hommes sont… ». Les hommes pensent être stratèges (68 %), pragmatique (65 %), à l'écoute (61 %) et combatif (52 %). Les femmes citent les mêmes traits de caractère, dans un ordre différent. Elles estiment être plus pragmatiques (72 %), et surtout plus combatives (71 %).

Concernant la perception du sexe opposé, les hommes considèrent que les femmes entrepreneurs sont effectivement pragmatiques, à l'écoute et combatives, mais elles manqueraient d'autorité. De leur côté, les femmes estiment que les hommes entrepreneurs sont ambitieux, autoritaires, stratège et sûrs d'eux, mais ils ne feraient pas assez preuve d'écoute et d'éthique. Ces stéréotypes attachés à la femme, peuvent être mis au service de l'entrepreneuriat. En effet, cette « réputation » fondée sur la reconnaissance de leur combativité, constitue un moteur de croissance.

Les descriptions des hommes et des femmes étant similaires, le questionnaire mène au constat qu'il n'y a pas de différence liée au genre. Un « profil type » de l'entrepreneur se dessine, indépendamment de son genre. Les femmes auraient d'ailleurs une image erronée du profil des hommes entrepreneurs. Les chercheuses qualifient cette déformation de la réalité de « mythe de la figure de l'entrepreneur masculin ». Cette vision est très éloignée de la perception que les hommes entrepreneurs ont d'eux-mêmes.

L'autocensure dans l'entrepreneuriat, un frein français

Malheureusement, cette perception engendrerait un phénomène d'autocensure chez les femmes entrepreneurs. Le manque de confiance vient se hisser à la tête du top 5 des freins des femmes entrepreneurs de l'Hexagone. En effet, elles sont 86 % à reconnaître leur autocensure et le manque de confiance en soi. Pourtant, nos voisines italiennes se montrent relativement sûres d'elles : seuls 19 % d'entre elles considèrent manquer de confiance en elles.

Durant la présentation, la notion de « complexe de l'imposteur » est souvent revenue dans les interventions. Ce complexe ou syndrome, lié au manque de confiance en soi, désigne le fait de nier la propriété de toute réussite. Il toucherait particulièrement les femmes entrepreneurs, qui, malgré la création ou plus rarement, la reprise d'une entreprise réussie, ont le sentiment de mentir sur leurs compétences.

La désignation de ce mal, dont la présence est écrasante en France, ne risque-t-elle pas d'enfermer les femmes entrepreneurs dans leurs craintes ? Ou au contraire, seront-elles encouragées à prendre confiance en elle ? Une diffusion de l'étude de la WIF constitue un outil précieux de lutte contre l'autocensure dans l'entrepreneuriat féminin.

Le programme Stanford booste l'entrepreneuriat féminin

Plusieurs d'entre elles étaient présentes lors de la conférence : les femmes entrepreneurs sélectionnées pour le programme Stanford sont convaincues des vertus de cette collaboration prometteuse de la WIF et de BNP Paribas Wealth Management.

Le programme Stanford s'appuie sur trois piliers : des cours avec les meilleurs professeurs de Stanford, des visites d'entreprises et incubateurs de la Silicon Valley, et des séances de networking et de nouvelles opportunités business.

Organisé sur le campus de l'université de Stanford, en Californie, ce programme d'une semaine est consacré au leadership et à l'accélération de la croissance. L'été dernier, l'évènement avait réuni 40 femmes entrepreneurs originaires de douze pays différents (Belgique, France, Allemagne, Hong Kong, Indonésie, Italie, Luxembourg, Malaisie, Pologne, Suisse, Taïwan et des États-Unis).




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