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Enquête Esane : photographie de l'appareil productif français

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Enquête Esane : photographie de l'appareil productif français
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L'Insee présentait récemment son nouvel ouvrage, Les entreprises en France. Utilisant notamment le dispositif d'élaboration des statistiques annuelle d'entreprise (Esane), il se donne pour objectif d'offrir « la vue la plus complète de notre système productif ». Au cœur de l'ouvrage, l'explicitation d'un changement de méthodologie statistique, tout autant conséquence de l'harmonisation européenne dans le cadre d'Eurostat que procédant d'une volonté de rendre compte de façon plus pertinente de ce qu'est le tissu productif français. Un changement de méthodologie aux conséquences non négligeables lorsqu'il s'agit d'aborder de grands thèmes d'actualité comme la compétitivité.

Au-delà de la photographie de l'appareil productif français en 2017 et des premières études présentées, le dernier ouvrage de la collection Insee Références présente un intérêt majeur en raison du changement de méthode qui touche à la définition statistique de l'entreprise. Auparavant, l'Insee assimilait entreprise et unité légale, c'est-à-dire qu'une entreprise était réduite à une entité administrative identifiable par son numéro Siren. La définition statistique s'appuie maintenant sur la notion d'entreprise au sens de la loi de modernisation de l'économie de 2008 : « L'entreprise est la plus petite combinaison d'entités légales qui constitue une unité organisationnelle de production de biens et de services, jouissant d'une certaine autonomie de décision, notamment pour l'affectation de ses ressources courantes ». Cette nouvelle approche vise à rendre compte de l'organisation d'un nombre croissant d'entreprises en groupes de sociétés au sein desquels certaines filiales n'ont de sens que par rapport au groupe, ayant pour mission de remplir un service particulier qui pris isolément n'a pas de cohérence économique. Aux yeux des statisticiens, la prise en compte des quelque 134 000 groupes recensés en 2017 devenait indispensable. Ils regroupent environ 468 000 entités légales, soit seulement 10 % d'entre elles, mais emploient 70 % des effectifs salariés et réalisent
72 % de la valeur ajoutée brute. L'unité de collecte, pour des raisons pratiques, reste toutefois l'unité légale et les chiffres sont ensuite agrégés au niveau du groupe.

Très concrètement, le critère de l'autonomie de décision qui définit l'entreprise n'est pas évident à apprécier. Pour ce faire, les statisticiens ont utilisé les contours des groupes contenus dans le répertoire Liaisons financières (Lifi) géré par l'Insee. De ces groupes, seule la trace française est conservée et sont extraites les entités légales appartenant aux secteurs bancaires et agricoles, considérées comme des entreprises statistiques quoi qu'il en soit du critère décisionnel. Pour les plus grands groupes, les experts de l'Insee peuvent appliquer le critère de l'autonomie grâce à un dialogue avec leurs représentants et identifier ainsi des sous-ensembles au sein des groupes. Puisque le critère de l'autonomie ne peut s'apprécier à l'aide d'un algorithme, choix est fait pour les plus petits de considérer l'ensemble du groupe comme une entreprise unique, « une hypothèse forte, mais nécessaire en pratique » écrivent Guillaume Chanteloup et Olivier Haag dans leur papier méthodologique.

Un algorithme a toutefois été mis en place pour le calcul de l'APE (activité principale exercée), une variable clé pour obtenir des statistiques par secteur. Il s'agit en théorie de l'activité qui génère le plus de valeur ajoutée pour l'entreprise  : on en reste proche en pratique même si certaines hypothèses doivent être posées.

Quelles conséquences pour ce changement de méthodologie ?

Outre une logique plus forte concentration de l'appareil productif avec la prise en compte des groupes (visible dans le graphique ci-dessous), les chercheurs de l'INSEE pointent deux effets majeurs. En premier lieu, un effet dit « de consolidation » qui se traduit par une baisse de 7 % du chiffre d'affaires total, puisque disparaissent les flux intra-groupes qui apparaissaient dans une vision en unités légales. Cette baisse est de 43 % pour ce qui est des dividendes. Un effet dit de « réallocation » peut, en second lieu, être identifié : pour une entreprise donnée, les résultats de l'ensemble des unités légales qui la composent vont contribuer au secteur de l'entreprise alors que, dans la vision en unités légales, elles contribuaient à un secteur qui leur était propre. Par exemple, une filiale qui gérait pour un groupe industriel une activité de publicité contribue dans la vision en unité légale au secteur des services, mais est réallouée vers l'industrie si on prend en compte l'existence des groupes. Étant particulièrement concernés par les filialisations (publicité, R&D, marketing, service de réparation-maintenance etc.), les secteurs de l'industrie et de la construction voient ainsi leur poids économique relatif renforcé, au détriment des services et du commerce, quand bien même le tertiaire continue de dominer l'appareil productif (voir les chiffres présents dans le graphique en page suivante).

Des performances qui évoluent peu

Pour le reste, Pierrette Briant et Gabriel Sklénard soulignent que les principaux ratios mesurant la performance économique des entreprises évoluent peu par rapport à 2016, année pour laquelle la nouvelle méthodologie a aussi été ) est en léger repli (- 0,4 point), dû en particulier à l'industrie et aux transports ) de 0,2 points pour atteindre 18.9 %. La rentabilité économique, qui mesure la capacité des entreprises à dégager un bénéfice à partir des capitaux investis, est globalement stable mais en légère hausse pour les PME. Pour ce qui est de la rentabilité financière, qui renvoie à la capacité des entreprises à rémunérer les apporteurs de capitaux, elle est en légère hausse. Ces indicateurs sont mieux mesurés avec l'approche en entreprise qu'en unités légales car la nouvelle méthode rassemble par secteur l'ensemble des facteurs de production.

Élisabeth Kremp et Gabriel Skénard mettent également en avant une meilleure mesure de la productivité du travail et du capital. Celles-ci sont moins dispersées pour les entreprises organisées en groupe. Les niveaux moyens sont tirés vers le haut à l'exception des microentreprises, sous l'influence toutefois d'un nombre limité d'entreprises de taille intermédiaire ou de très grandes entreprises nettement plus productives que le reste de la population statistique. Pour ce qui est d'une analyse par secteur, la productivité du travail se trouve rehaussée dans l'industrie et la construction avec la définition économique de l'entreprise, mais la productivité du capital est nettement plus faible ce qui est logique puisque plus de valeur ajoutée que de capital immobilisé y est réallouée avec le changement de méthode, les activités filialisées qui se trouvent réallouées vers l'industrie étant de faible intensité capitalistique : le dénominateur augmente ainsi plus vite que le numérateur.

Comparaisons temporelles et internationales

Ces considérations méthodologiques invitent à la prudence lorsqu'il s'agit d'interpréter des graphiques donnés directement à voir. Les chiffres que donne l'INSEE pour 2017 ne sont directement comparables ni avec ceux du passé ni nécessairement avec ceux d'autres pays à la même date. Pour ce qui est des comparaisons dans le temps, il sera toujours possible de calculer les chiffres en unités légales (qui demeurent l'unité de collecte), mais vraisemblablement très difficile d'appliquer la nouvelle méthodologie sur les décennies précédentes. Le travail a seulement été refait sur 2016 afin d'éclairer les ruptures de séries. Prudence donc avant de vouloir amplifier ou édulcorer des dynamiques comme une trop forte désindustrialisation de la France, étant donné les phénomènes de réallocation statistique développés ci-dessus. Pour ce qui est des comparaisons internationales, alors que la compétitivité de la France est souvent comparée à celle d'autres grandes économies, il faut savoir que ce changement de méthode, s'il vise à rendre compte avec plus de pertinence de ce à quoi ressemble réellement l'appareil productif français, procède aussi d'un mouvement d'harmonisation dans l'Union européenne, impulsé par un règlement de 1993 et soutenu désormais par Eurostat. Pour 2017, l'Italie, par exemple, a aussi pris en compte l'existence des groupes. Pour l'Allemahne il faudra attendre 2018.




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