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En quête d'une nouvelle citoyenneté

Aujourd'hui, on parle davantage des droits des personnes que de leurs devoirs. Cette dernière notion est d'ailleurs « ambiguë et brouillée » a expliqué Bruno Lasserre lors d'une conférence intitulée « Que reste-t-il des devoirs du citoyen ? », organisée par le Conseil d'Etat.
Raphaël Enthoven, Catherine Denis, Bruno Lasserre et Martin Hirsh ont débattu de la notion de citoyenneté.
© Conseil d'Etat - Raphaël Enthoven, Catherine Denis, Bruno Lasserre et Martin Hirsh ont débattu de la notion de citoyenneté.

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Bruno Lasserre, président de la section de l'intérieur du Conseil d'Etat a commencé par partager « sa déception » en voyant que ce qui reste des devoirs des citoyens est très vague et n'a jamais été défini.

« Dans la Déclaration des Droits et des citoyens on parle des droits mais pas des devoirs alors qu'était envisagée une déclaration des devoirs ». De fait, la réflexion sur les vertus ou les devoirs civiques était centrale dans la pensée des Lumières.

Une érosion de la citoyenneté

Finalement, le seul devoir officiel qu'on retrouve aujourd'hui est le respect de la loi. Ce qui est exprimé par l'opinion publique est souvent péjoratif comme payer ses impôts, participer à la défense de la nation lorsqu'elle est menacée ou être juré d'assises. Pourtant, cela peut être très positif comme voter et participer aux élections.

Bruno Lasserre reste farouchement optimiste : « nous recherchons tous une réalité qui nous dépasse, nous rassemble et nous fait espérer ». En revanche, la magistrate Catherine Denis, procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nanterre, l'est beaucoup moins. Elle a évoqué une érosion de la notion de citoyenneté en partageant les incivilités qu'elle constate quotidiennement dans son travail.

Entre « la montée de l'égoïsme », « l'irrespect, l'intolérance et la méfiance envers tout ce qui représente l'autorité publique », « le déclin incontestable du civisme », la magistrate a listé les infractions fréquentes dans les quartiers populaires du 92 : harcèlement de rue, happy slapping, rodéos urbains, déclenchement des bouches à incendie quand il fait chaud, blocages inopinés de rue pendant les fêtes ou les prières, tapages nocturnes, comportements violents contre les autorités policières ou même les pompiers...

« La violence s'est tristement démocratisée », selon elle, car les personnes « ne savent plus parler, n'ont plus de vocabulaire ni de culture donc s'expriment avec des actes ».

Stage de citoyenneté, rappel à la loi, travail d'intérêt général, réparation pénale des mineurs...« la justice essaye de mettre en place des réponses pour éduquer les citoyens », explique le procureur. Ces derniers ne doivent « pas simplement être consommateurs de droit mais acteurs de leurs devoirs ».

Un vivier de jeunes prêts à s'engager

Ce constat assez sévère et pessimiste de la part d'un observateur de terrain a été contrebalancé par le retour d'expérience politique de Martin Hirsh qui a présidé l'Agence du service civique et est aujourd'hui à la tête de l'Institut de l'engagement et de l'APHP.

L'ancien membre du Gouvernement Fillon a défendu la loi du 10 mars 2010 sur le service civique en se fixant l'objectif d'une citoyenneté accomplie « aidant chaque citoyen à se sentir responsable d'une partie de l'intérêt général ».

Partant du constat que la société française ne savait pas fournir le réceptacle aux jeunes souhaitant aider et formulant la volonté de s'engager, le Gouvernement a voulu « donner un cadre à l'engagement ». Martin Hirsh est très fier de souligner que le dispositif a reçu très rapidement 10 fois plus de demandes d'engagement que de stages à pourvoir et continu de se développer.

L'exposé sur Tocqueville, « aristocrate de cœur et démocrate de tête », donné par le professeur de philosophie Raphaël Enthoven, a permis de prendre de la hauteur. Aux yeux d'Alexis de Tocqueville, l'égalitarisme produit de l'égoïsme, de l'indifférence et du repli sur soi.

Contre l'utopie rousseauiste, Tocqueville a dit « en matière de presse il n'y a pas de milieu entre la servitude et la licence » et a déclaré une guerre ouverte au politiquement correcte qu'il appelait la « tyrannie de la majorité ». Les idées intemporelles de « ce philosophe de la gouvernance de la cité » ont toujours un écho très vif. Le professeur a fait une analogie étonnante et brillante sur les réseaux sociaux et les « tribunaux populaires de la tyrannie de la majorité » critiqués par Tocqueville.

Ce qui est certain est qu'« on ne naît pas citoyen, on le devient » a rappelé Bruno Lasserre, et que cela passe par « une éducation au sens large », pour Catherine Denis.

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