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Emilie Letocart-Calame, administratrice au sein de l'Association française des juristes d'entreprise

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Emilie Letocart-Calame, administratrice au sein de l'Association française des juristes d'entreprise
@ DR

« La “transformation digitale” des directions juridiques, c'est avant tout une transformation des pratiques de travail ! »

Après un parcours de responsable juridique en entreprise et legal start-up, elle crée sa propre structure, Calame Consulting, afin d'assister les directions juridiques dans leur transformation numérique.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous raconter ce qui vous a inspiré la réalisation de ces podcasts ?

Emilie Letocart-Calame : Juriste dans l'immobilier, responsable juridique dans le domaine software, puis directrice juridique et responsable des opérations dans une legaltech, j'ai eu l'occasion d'expérimenter différentes phases du métier. J'ai vécu les enjeux des directions juridiques de l'intérieur, les absences de process, les playbooks trop rigides, les workflows anarchiques, les logiciels mondialisés parfaitement inadaptés à notre quotidien local et … les consultants qui ne connaissent pas le métier mais viennent nous expliquer comment le faire mieux ! J'ai toujours eu un fort tropisme pour l'organisation et la simplification et ma dernière expérience professionnelle m'a totalement immergée dans le monde des legaltechs et de la digitalisation des directions juridiques. Par ailleurs, mon investissement au sein de l'AFJE depuis maintenant sept ans est assez représentatif de mon intérêt pour la profession et son évolution future !

La demande habituelle des directions générales de faire toujours plus avec moins est plus que jamais d'actualité

A.-P. : Quels sont les enjeux des directions juridiques aujourd'hui ?

E. L.-C. : Elles en ont plusieurs, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, ça n'est pas forcément exclusivement la digitalisation. Tout d'abord parce que l'avancée dans ce domaine est assez disparate. Si certaines ont déjà sauté le pas et sont désormais bien équipées en outils numériques, d'autres commencent seulement leur réflexion à ce sujet. Les façons de travailler vont être bousculées par ces nouveaux outils et doivent être repensées avec, par et pour les équipes. C'est la condition sine qua non pour une bonne adoption de nouveaux usages et la base de la conduite du changement.

Le collaboratif est également au cœur des enjeux du moment, que ce soit pour un meilleur partage de connaissance au sein de l'équipe (le knowledge management), pour assurer un meilleur service aux clients internes, ou pour lutter contre les effets néfastes du turnover des juristes.

Enfin la demande habituelle des directions générales de faire toujours plus avec moins est plus que jamais d'actualité, nécessitant de repenser les process, l'organisation parfois toute entière pour simplifier, rationnaliser et rentabiliser le temps de chacun afin de ne pas le perdre à faire des tâches inutiles ou qui pourraient être automatisées. C'est en fait la seule façon de faire plus de choses à taille d'équipe constante, car les juristes sont déjà débordés au quotidien !

A.-P. : Quelles sont les nouvelles fonctions émergentes à votre sens ?

E. L.-C. : Il se crée nécessairement de nouvelles fonctions afin de gérer tout ce « para- juridique » dont les juristes ont accumulé la gestion au fil du temps. L'émergence de nouvelles tendances notamment numériques renforce encore cet aspect. Sur les petites directions juridiques on demandera donc encore plus d'adaptabilité aux juristes actuellement en poste, renforçant leur positionnement de généraliste en y ajoutant des dimensions toujours plus business. Mais dans les grandes directions juridiques où les besoins seront encore plus tentaculaires et les budgets peut être un peu moins serrés, vont s'ouvrir des postes extrêmement spécialisés : des « legal designer » des « legal chatbot trainer », des « legal data analysts » ou encore des « AI legal engineers » et puis ceux que l'on connait déjà comme les « legal data manager », les « legal transformation officer », les « legal operations manager »…

Le véritable enjeu aujourd'hui n'est pas tant sur le marché du travail actuel que de préparer les nouvelles générations à cette demande qui est imminente, notamment par le biais d'enseignement techniques concrets en université afin d'anticiper !

A.-P. : Quel conseil donneriez-vous à une direction juridique pour entamer sa transformation digitale ?

E. L.-C. : Beaucoup se jettent à corps perdu dans une transformation digitale sans avoir pris en compte au préalable les besoins concrets de leur direction juridique, ni celles spécifiques de leurs équipes. C'est une très mauvaise chose ! On croit gagner du temps en se précipitant alors que l'on ne peut pas faire l'économie de la réflexion autour de la stratégie de direction juridique à moyen et long terme avant d'envisager les solutions auxquelles recourir. De nombreuses legaltechs matures et efficaces existent sur le marché, qu'elles répondent à un problème technique précis ou à une organisation plus globale. Mais l'identification des besoins est centrale et prioritaire. Ce processus, tout comme l'appréciation du marché legaltech, peuvent nécessiter un accompagnement extérieur si l'on a pas du temps à y consacrer ou des personnes à détacher, car il évolue très vite.

A.-P. : La fausse bonne idée selon vous, c'est…?

E. L.-C. : A mon sens, il y en a deux. La première serait de vouloir digitaliser à tout prix, y compris des choses qui ne le nécessiteraient pas. Un certain nombre de problèmes peuvent être solutionnés en ayant une approche extérieure, rationnelle, novatrice et/ou processuelle plutôt que d'en passer par des solutions informatiques coûteuses, qui se surajouteraient à des solutions internes que vous avez déjà à disposition mais dont vous ignorez peut être l'existence… Communiquez avec votre département IT pour voir s'ils peuvent vous faire des solutions sur mesure, si vous êtes un filiale voyez avec la maison mère les solutions potentiellement déjà acquises, rapprochez-vous de Microsoft si votre entreprise a déjà opté pour Microsoft 365…

La seconde serait de ne pas être inclusif dans sa réflexion : il faut absolument que les collaborateurs prennent part au processus de changement pour le co-créer, afin de favoriser l'adoption de ces nouvelles pratiques de travail. Rien ne se fera contre eux, ce sont eux la vraie force de la direction juridique au quotidien. C'est notamment sur ces sujets que nous travaillons au quotidien auprès de nos clients !




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