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Élections au Conseil de l'Ordre : Rencontre avec Michelle Dayan et Thomas McDonald

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Élections au Conseil de l'Ordre : Rencontre avec Michelle Dayan  et Thomas McDonald

Michelle Dayan et Thomas McDonald sont deux des quatre candidats investis par l'association des Avocats conseils d'entreprises (ACE) pour les prochaines élections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris. Ils livrent leurs expériences respectives et leurs idées communes pour défendre et faire prospérer la profession d'avocat.

Affiches Parisiennes : Vous êtes candidats aux élections du Conseil de l’Ordre des 15 et 16 décembre prochains. Pouvez-vous vous présenter ?

Thomas McDonald : J’ai suivi des études de droit civil en Louisiane, aux États-Unis, avant de décider de compléter cette éducation en allant vers un pays de common law. J’ai ainsi passé deux ans magnifiques à Oxford. J’ai ensuite renoncé à rentrer en Louisiane pour entamer une carrière internationale. Je suis d’abord passé par le barreau de New York à la fin des années 1970. C’était alors le passage obligé pour un jeune Américain qui désirait travailler en Europe. J’ai été embauché par Cleary Gottlieb, un grand cabinet de la place. Deux ans plus tard, en 1978, je suis entré au bureau de Paris.

Malgré mon nom et malgré mon accent, je suis Français de cœur depuis plus de 35 ans !

En 1981, j’ai quitté Cleary Gottlieb pour intégrer Archibald, un cabinet français de conseil juridique. J’en suis devenu associé en 1985. J’y ai développé ma spécialité, le financement des actifs, dans les secteurs aéronautique, maritime, etc. Je l’ai quitté en 1992, au moment où le cabinet a décidé de fusionner avec Arthur Andersen Legal. J’ai alors fondé une petite structure qui a été transformée par la suite en bureau parisien de Wilde Sapte, un cabinet de sollicitors aujourd’hui devenu Dentons. En 1999, je suis devenu associé du cabinet White & Case à Paris, où je suis toujours. Pendant cette periode, le cabinet m’a envoyé à l’étranger à deux reprises : j’ai aidé à l’intégration du bureau de Bucarest dans le réseau, en 2009 et 2010, avant de passer trois ans à Moscou où, cette fois, ma spécialité était essentielle. Je suis rentré en France il y a un peu moins de deux ans.

Michelle Dayan : J’ai fait mes études universitaires à Paris I Panthéon-Sorbonne où j’ai intégré le magistère de droit des activités économiques – droit public, droit privé des affaires – qui venait d’être créé. J’y ai appris à travailler beaucoup, dans des matières très diverses. Ce magistère m’a donné la faculté de ne reculer devant aucune difficulté, juridique notamment. J’ai ensuite passé six mois en Angleterre à UCL – University College of London –, dans le cadre du programme Erasmus. À mon retour, j’ai entrepris un 3e cycle – DESS – de droit européen. J’ai eu la chance d’avoir Robert Saint Esteben, déjà associé chez Bredin Prat, comme enseignant et d’effectuer plusieurs stages au sein de ce cabinet.

Lorsque j’ai prêté serment en 1993, j’ai souhaité intégrer une petite structure, généraliste, et je suis devenue collaboratrice de Quilina Vizzavona Moulonguet, une des stars de la revue de l’UJA d’ailleurs !

J’avais envie d’être au cœur de l’exercice de la profession plaidante dans des domaines avec une forte implication humaine. À l’issue de mon parcours universitaire ‘‘affairiste’’, j’ai fait ce choix, que je ne regrette pas aujourd’hui ! Mon envie d’indépendance et de développer ma propre clientèle m’a conduit très rapidement à m’installer, en 1997 après quatre ans d’une collaboration au cours de laquelle j’ai énormément appris. La période de collaboration dans la vie d’un avocat est transitoire certes, mais essentielle. Il me semble très difficile de s’installer sans passer par cette case ‘‘départ’’, pour peu d’avoir la chance, et j’ai eu cette chance, d’être formée, accompagnée, soutenue, pour développer son potentiel d’avocat.

Je me suis rapidement spécialisée en droit de la famille, patrimonial et extrapatrimonial, international – les interactions transfrontalières sont nombreuses. Il y a 20 ans, beaucoup pensaient qu’il suffisait d’avoir eu un chagrin d’amour pour devenir spécialiste en droit de la famille. Nous pouvons être fiers aujourd’hui d’avoir un véritable barreau de la famille à Paris.

Ma formation en droit des affaires me permet en outre de mieux appréhender les enjeux d’une séparation face à un dirigeant d’entreprise. J’ai développé mon cabinet en embauchant une puis deux collaboratrices avec lesquelles je travaille actuellement.

 

« L’ACE est représentative de la diversité du barreau, tant en type de structures qu’en domaines d’activité, comme Thomas et moi. Cette diversité et cette complémentarité sont, à nos yeux, essentielles pour le Conseil de l’Ordre. » (Michelle Dayan)

 

A.-P : Vous êtes deux des quatre candidats soutenus par l’ACE. Pourquoi cette candidature ?

M. D. : L’ACE a cette particularité de faire vivre une diversité de commissions techniques. Je fais partie de la commission famille, Thomas de la commission internationale. L’ACE est représentative de la diversité du barreau, tant en type de structures qu’en domaines d’activité, comme Thomas et moi. Cette diversité et cette complémentarité sont, à nos yeux, essentielles pour le Conseil de l’Ordre qui doit représenter le barreau dans son entier. C’est d’ailleurs pour cela que l’ACE a investi quatre candidats. À nous quatre, nous représentons parfaitement cette diversité.

T. McD : C’est bien entendu la composante ‘‘affaires’’ qui m’a attiré à l’ACE. Mais l’association va aujourd’hui bien au-delà. C’est d’ailleurs toute sa richesse. Nos parcours respectifs illustrent parfaitement cette diversité nécessaire à un Conseil de l’Ordre représentatif du barreau de Paris.

M. D. : Ma candidature est la suite logique de mes engagements pour participer activement à la formation continue des confrères et ainsi favoriser le développement des petites et moyennes structures ayant une activité plaidante, structures qui souffrent depuis un certain nombre d’années.

Elle procède également du constat de ce que nous n’investissons pas des territoires que d’autres professionnels s’empressent de préempter et ce, au-delà même de la défense de notre périmètre du droit.

À titre d’exemple, il y a 10 ans, la loi qui a réformé en profondeur le divorce, nous a offert un nouveau territoire : celui de professionnel qualifié désigné par le juge des affaires familiales, ayant le statut d’expert, pour déterminer, étudier les patrimoines des époux et faire des propositions au juge pour la détermination de la prestation compensatoire.

Dix ans après, aucun avocat désigné à Paris, des notaires et des experts-comptables désignés systématiquement.

Dans le cadre de la commission famille de l’ACE, j’ai mis en place des sessions de formations de confrères pour devenir professionnel qualifié désigné par le JAF de Paris.

Cette formation a emporté un vif succès auprès des confrères. Grâce à l’action de lobbying menée, la présidente des JAF y a participé, convaincue que les avocats sont des partenaires de choix naturels, alliant compétence et déontologie stricte. Nous avons maintenant une liste d’avocats prêts à être désignés, et ainsi élargir et diversifier leurs champs de compétence et d’activités. Ce que j’ai entrepris dans le cadre d’une association d’avocats, il me paraît essentiel de le poursuivre et de l’élargir en qualité de MCO pour l’ensemble des confrères.

La procédure participative est également un outil formidable dont nous devons nous emparer. Enfin, le contentieux familial représente près de 50 % du contentieux civil au TGI de Paris. Ce barreau doit être représenté à l’Ordre.

T. McD : Pour moi, la décision de devenir candidat est le prolongement d’une vision que j’ai toujours eue de la profession. Nous sommes des entrepreneurs éthiques. Notre action est encadrée par des règles et ce sont celles-ci qui font la différence entre la profession d’avocat et les autres métiers. Cette vision s’est cristallisée, en Russie, il y a cinq ans, quand j’ai appris que les juristes russes n’avaient pas de réelle déontologie. La grande majorité de la profession n’a pas d’examen d’entrée, pas de discipline. La profession (mis à part un petit nombre d’avocats) n’est pas du tout réglementée. J’ai donc commencé une série de conférences sur la déontologie dans les grandes facultés de droit de Moscou. J’ai beaucoup aimé expliquer aux jeunes étudiants, brillants d’ailleurs, ce qu’est la confidentialité, l’indépendance, les conflits d’intérêts. En plus, depuis 5 ans, avec la Moscow State University (Lomonosov) – une des plus prestigieuses facultés de droit, mon cabinet et un autre cabinet international, nous avons créé un séminaire annuel de quatre jours intensifs sur la déontologie, ouvert sur concours à tous les étudiants en droit russes.

Le thème de la déontologie est donc celui qui me motive le plus. Quand je suis rentré en France, il y a deux ans, j’ai vu que nos principes de secret professionnel étaient menacés par les écoutes, par la loi Renseignement… Il y a aussi d’autres grands défis que nous devons affronter, comme l’explosion de l’information sur internet qui, dans un certain sens, met aussi en cause la confidentialité. Voilà les raisons qui ont motivé ma décision de me présenter à ces élections. Il y en a d’autres, mais celles-ci sont essentielles pour moi. Par ailleurs, depuis 15 ans, j’étais associé, mais je suis à présent partner of counsel, ce qui m’offre une plus grande disponibilité, nécessaire pour agir au sein de notre Ordre.

A.-P. : Quels sont les axes sur lesquels vous aimeriez vous investir au sein du Conseil de l’Ordre ?

M. D. : Je serais, si j’ai le bonheur d’être élue, à la disposition de Frédéric Sicard et Dominique Attias pour accomplir les missions qu’ils souhaiteront me confier.

Les domaines qui me tiennent à cœur et qui sont les moteurs de ma candidature sont la formation continue, le développement des petites et moyennes structures, l’amélioration des relations entre avocats et magistrats et la multiplication des ponts entre nos deux professions, par le vecteur de la formation continue commune notamment.

La mise en place d’un système de mentoring au sein de l’Ordre, pour les plus jeunes confrères, qui sont souvent seuls face à leurs doutes et leurs interrogations, me tient à cœur : un mentor référent pour les accompagner dans leurs choix de carrière, installation, association.Et notamment au moment de ce cap de la maternité, trop souvent fatal pour les femmes, qui ne doivent pas choisir entre maternité et carrière.

Je suis moi-même mère de deux enfants et je souhaite partager et transmettre l’expérience que j’ai acquise à ce titre dans la gestion de l’équilibre entre ma vie professionnelle à laquelle je n’ai jamais renoncé et ma vie familiale dans laquelle je me suis toujours impliquée.

T. McD : Ma motivation est essentiellement animée par deux thèmes. D’abord, la déontologie. Cette dernière n’est pas figée. Elle doit évoluer avec le temps. Nous avons donc les problèmes des écoutes et de la confidentialité. Pour mieux adapter et préserver l’essentiel, je pense que nous devons étudier comment les autres systèmes de droit, notamment la common law, s’en sortent. Ce n’est évidemment pas le seul problème, mais c’est la base. Comme Michelle le soulignait précédemment, il faut également protéger le périmètre de droit. Il ne s’agit pas de faire barrière aux experts-comptables. Ils ont à présent la possibilité, en vertu de la loi Macron, d’exercer le droit à titre accessoire. Cette loi aborde la création de structures interprofessionnelles. Nous avons besoin de réfléchir intelligemment à ces questions. Celle des juristes, ou des futurs avocats, salariés d’entreprise, est également très importante.

 

« Nous sommes des entrepreneurs éthiques. Notre action est encadrée par des règles et ce sont celles-ci qui font la différence entre la profession d’avocat et les autres métiers. » (Thomas McDonald)

 

A.-P. : À ce propos, quelles sont vos positions sur l’interprofessionnalité et sur le statut d’avocat en entreprise qui paraît à nouveau d’actualité ?

T. McD : À ce sujet, je suis en parfait accord avec la position de Denis Raynal, le président de l’ACE, qui est pour ce statut d’avocat en entreprise. Il est absolument essentiel qu’on trouve les moyens et les conditions nécessaires pour intégrer les juristes d’entreprise au sein du barreau. Concernant l’indépendance de l’avocat, ce n’est pas une règle stricte, c’est plutôt un principe adaptable. Au États-Unis, il n’y a pas ce problème. Je ne vois pas pourquoi nous devons faire une exception française sur ce point. La transition ne doit pas être brutale, mais nous devons trouver le moyen d’admettre qu’un juriste d’entreprise peut être aussi indépendant, aussi éthique et à besoin des mêmes protections qu’un juriste externe. C’est un chantier essentiel. Le périmètre de la profession est également à l’ordre du jour, face à internet et à l’ubérisation des services du droit. Il faut étudier intelligemment ces problèmes pour trouver rapidement des solutions. Nous devons être actifs et créatifs pour défendre Paris, place de droit. L’accès à la justice pour tous est également un axe de travail important. Il faut trouver comment faire pour rendre le système français efficace.

M. D. : Concernant le juriste en entreprise, mon inquiétude est de voir naître un jour deux catégories d’avocats et surtout une ‘‘sous’’ catégorie d’avocats, l’avocat en entreprise. Nous devons également veiller et être intransigeant sur le respect par tous les avocats de notre déontologie et notre secret professionnel. Concernant l’interprofessionnalité, oui à condition qu’elle soit un facteur de croissance et de développement pour les avocats. Bernanos écrivait : ‘‘On ne subit pas l’avenir, on le fait !’’ Nous devons faire d’une crise, une occasion d’agir. À force de vouloir que rien ne nous arrive, il va finir par ne plus rien nous arriver !




Jean-Paul VIART
Journaliste

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