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Élections au Conseil de l'Ordre : Rencontre avec Laurence Kiffer et Philippe Rochmann

le - - Actualité - Interview

Élections au Conseil de l'Ordre : Rencontre avec Laurence Kiffer  et Philippe Rochmann

À ce jour, 35 avocats sont en lice pour la prochaine élection du Conseil de l'Ordre au barreau de Paris. Parmi eux, Laurence Kiffer et Philippe Rochmann, respectivement candidats soutenus par l'association Femmes & Droit et la Compagnie des avocats conseils de Paris et d'Île-de-France, comptent bien faire partie des 14 élus, avec la double volonté de travailler aux côtés du bâtonnier Frédéric Sicard et de défendre leurs propres idées pour la profession.

Affiches Parisiennes : Vous êtes pour la première fois candidats à cette élection du Conseil de l’Ordre du barreau de Paris, pouvez-vous vous présenter ?

Laurence Kiffer : Je suis avocate depuis 1991, associée de Teynier Pic, cabinet de niche dédié aux règlements des litiges commerciaux. Je me suis intéressée aux affaires de l’Ordre des avocats de Paris depuis 2007. J’ai coprésidé la commission ouverte d’arbitrage de 2007 à 2014. Je me suis présentée sur la liste Femmes & Droit aux élections du Conseil national des barreaux en 2011 et 2014.

Philippe Rochmann : De mon côté, je suis ancien conseil juridique, donc avocat depuis 1992. Je suis associé-gérant de Maison Eck depuis 1988, un cabinet fondé en 1882, spécialisé en droit fiscal. Dès la fusion des professions de conseil juridique et d’avocat en 1992, je me suis engagé pour la défense de la profession et de nos confrères. J’ai été impliqué dans plusieurs instances professionnelles, administrateur de l’École de formation du barreau, membre du Comité de direction de la Carpa et administrateur de l’UNCA – l’Union nationale des Carpa. J’ai également assuré des fonctions syndicales au bureau national de l’ACE – l’Association des avocats-conseils d’entreprise. Depuis 2009, je suis président de la Compagnie des avocats-conseils de Paris et d’Île-de-France, un syndicat professionnel créé en 1876.

A.-P. : Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidats ?

L. K. : Cette candidature est un peu le prolongement de ma proximité avec l’Ordre. Il y a un certain nombre de débats professionnels d’actualité qui correspondent à mes préoccupations actuelles. Les modes alternatifs de règlement des litiges constituent mon cœur de métier. J’ai une pratique de l’arbitrage et de la médiation. Je trouve donc passionnant de participer à cette réflexion sur la Justice du XXIe siècle qui permet d’envisager notre métier sous un angle différent. Je suis d’autant plus concernée que je suis membre du conseil d’administration de l’association Droit & Procédure. Ce sont des questions sur lesquelles nous réfléchissons beaucoup. C’est le premier point qui a motivé mon choix. Le deuxième point est lié à mon intérêt pour la place des femmes et leur rôle dans notre profession. J’ai la chance d’être associée d’un cabinet, mais on sait très bien que peu de femmes accèdent à ces responsabilités. Elles sont pourtant majoritaires, aussi bien à l’École de formation du barreau que durant les premières années d’exercice. Cependant après cinq ans d’exercice, les femmes abandonnent massivement la profession d’avocat.

La parité est appliquée du fait des différents textes qui introduisent des pourcentages de femmes au sein des conseils d’administration mais aussi bientôt dans les ordres professionnels par l’ordonnance du président de la République du 30 juillet dernier sur l’accès égal des femmes et des hommes aux Ordres professionnels. Hommes et femmes ont des modes de réflexion différents qui s’enrichissent mutuellement. Je pense que cette parité est essentielle au Conseil de l’Ordre.

Il est aussi important d’accompagner les femmes dans l’évolution de leur carrière au sein des cabinets. Nous avons, nous, les femmes associées, un rôle important à jouer pour amener nos collaboratrices vers ce statut. C’est aussi l’une des raisons qui me conduit à me présenter au Conseil de l’Ordre. La troisième raison pour laquelle je me présente est l’international. Ayant une activité très orientée vers l’international, il m’apparaît important que le barreau de Paris ait un rayonnement à l’extérieur de nos frontières. Je sais qu’il a déjà cette aura, puisque les confrères étrangers sont très sensibles à ce qui se passe en France. J’aimerais donc pouvoir participer à la politique internationale du barreau.

P. R. : Pour ma part, je me suis toujours intéressé à la chose publique et à servir mes confrères et défendre la profession. J’ai effectué un certain nombre de missions à la demande de certains bâtonniers. J’ai notamment été un contributeur essentiel du lobbying mis en place au printemps 2015 au côté du barreau de Paris, pour éviter que la loi Macron ne légalise le transfert d’une grande partie de notre activité aux experts-comptables. Autre facette de mon activité, j’ai été responsable de la création et de la gestion de Praeferentia, le réseau d’achat et d’échange des avocats de France, pendant plus de trois ans. Cette centrale de référencement permet à nos confrères d’économiser environ 30 % sur leurs fournitures de bureau et le matériel de reprographie et propose bien d’autres services. Je participe au barreau entrepreneurial depuis sa création. J’ai été expert de la commission Statut professionnel de l’avocat et suis actuellement expert de la commission Droit de l’entreprise du Conseil national des barreaux. J’aide aussi mes confrères au niveau du choix des structures juridiques pour leur installation ou la modification de leur structure. Compte tenu de l’ensemble de ces engagements, j’ai pensé qu’il était temps d’entrer dans le cœur du réacteur et de présenter ma candidature au Conseil de l’Ordre en espérant recueillir les suffrages de mes confrères.

A.-P. : Pourquoi vous présentez-vous en binôme ?

L. K. : Nous sommes encore dans un scrutin uninominal à deux tours. Nous ne représentons donc pas un binôme syndical, mais un binôme de courtoisie. Nous restons malgré tout dans une logique de campagne commune. Vous l’avez compris, à travers nos activités respectives, nous sommes en lien avec le tissu associatif et nous pensons que c’est la richesse de notre Ordre de réunir des confrères d’horizons professionnels différents et de structures différentes. Je suis soutenue par Femme & Droit. Cette association soutient également Catherine Thibierge qui s’occupait de la Pépinière et pendant longtemps de la déontologie.

Par ailleurs, Philippe Rochmann et moi sommes tous deux intéressés par le lobbying de nos domaines d’activités respectifs. Philippe a défendu les intérêts des avocats vis-à-vis des experts-comptables. De mon côté, j’ai beaucoup œuvré pour la défense de la place de Paris comme place d’arbitrage face à des places concurrentes que sont Londres et Genève. Nous nous intéressons également tous les deux à la formation.

P. R. : Il est vrai que nous sentons bien que certaines activités de l’avocat peuvent être menacées par ce qu’on appelle à présent ‘‘l’ubérisation de la justice et du droit’’. C’est un sujet d’actualité. Au-delà des mots, nous savons qu’il faut se préparer à cette nouvelle économie et qu’il faut pour cela impérativement augmenter la valeur ajoutée de nos prestations, notamment à travers une meilleure formation initiale qui permette à nos étudiants d’entrer très rapidement dans la vie active, aussi bien en France qu’à l’international. Il faut également une meilleure formation continue, de manière à toujours progresser, en ayant à l’esprit que nous serons beaucoup moins sollicités sur les prestations à faible valeur ajoutée. Concernant notre binôme, il nous permet d’échanger, d’avoir des idées. Nous sommes deux candidats au Conseil qui font campagne ensemble. Nos réseaux se complètent. Je suis personnellement candidat de la Compagnie des avocats-conseils.

L. K. : En matière de formation continue, je crois beaucoup au rôle des commissions ouvertes créées en 1997 par le bâtonnier Vatier, elles ont un rôle essentiel dans la cohésion de notre profession. Elles permettent également une veille juridique pour l’Ordre. 

A.-P. : Quelles seront vos actions et vos priorités au sein du Conseil de l’Ordre si vous êtes élus ?

L. K. : Nous serons d’abord là pour mettre en œuvre la politique du bâtonnier. Nous avions soutenu Frédéric Sicard et Dominique Attias dans leur campagne au bâtonnat. Ainsi, nous nous présentons en premier lieu pour servir l’Ordre et nos confrères.

A.-P. : Comment envisagez-vous le Conseil de l’Ordre à côté du bâtonnier ?

L. K. : Le Conseil doit permettre au bâtonnier de mettre en œuvre le programme sur lequel il a été élu. En outre, dans le cadre de notre campagne, nous rencontrons beaucoup de confrères d’horizons différents des nôtres, dans des structures différentes des nôtres et pouvons aussi relayer le moment venu leurs idées et leurs inquiétudes.

À titre d’exemple, le bâtonnier et le vice-bâtonnier ont souhaité que les délibérations du Conseil de l’Ordre soient publiques et que ces réunions puissent être filmées et retransmises au nom de la démocratie ordinale. Je crois qu’il est extrêmement important que chaque élu du Conseil puisse alerter le bâtonnier et le vice-bâtonnier sur tel ou tel danger, dans tel ou tel domaine. C’est aussi cela la richesse du Conseil.

P. R. : Chaque élu se voit confier un certain nombre de missions par le bâtonnier. J’attendrai que le bâtonnier fasse appel à mes compétences. Il connaît bien entendu les appétences et les compétences spécifiques de chaque membre du Conseil de l’Ordre. Le fait d’avoir autour de lui des gens qui ont suivi sa campagne et qui adhèrent à son projet est réel un atout.

Nous n’avons jamais eu une aussi grande divergence entre l’idée que les avocats se font d’eux-mêmes – règles et usages, déontologie, secret professionnel… – et l’image qu’ont de nous les Pouvoirs publics et l’opinion publique. Voilà pourquoi la profession se sent aujourd’hui mal-aimée et maltraitée. Dans ce contexte, la communication externe et le lobbying sont essentiels.

L. K. : C’est grâce à un lobbying du même type que nous avions fait, nous les praticiens de l’arbitrage auprès de Monsieur Prada, à l’époque chargé par Madame Lagarde d’une mission sur la compétitivité du droit en France, que nous avons sauvé la présence de la Chambre de commerce internationale à Paris, alors que d’autres places cherchaient à l’attirer.

A.-P. : Quelle est votre position sur l’aide juridictionnelle ?

L. K. : L’État ne peut pas se désengager complètement, comme il le propose. L’aide juridictionnelle s’apparente à une Sécurité sociale du justiciable, lui assurant le respect d’un droit fondamental . L’accès à la justice est un élément essentiel de la démocratie.

P. R. : La proposition contenue dans la loi de Finances 2016 de prélever 15 millions d’euros sur deux ans sur les résultats financiers de nos Carpa revient à faire payer aux avocats l’accès au droit, ce qui n’est pas admissible. Des solutions innovantes ont pourtant été proposées aux Pouvoirs publics notamment un prélèvement minime sur tous les actes enregistrés et/ou un prélèvement sur les contrats d’assistance juridique.




Jean-Paul VIART
Journaliste

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