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Elections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris Rencontre avec Joël Grangé et Laurence Krief

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Elections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris Rencontre avec Joël Grangé et Laurence Krief
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Avec 30 ans d'expérience au barreau de Paris, Joël Grangé et Laurence Krief font campagne en binôme pour les prochaines élections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris.

Ces amis de longue date, qui se sont rencontrés sur les bancs de l'EFB, ont à cœur de défendre les intérêts de tous leurs confrères, qu'ils exercent seuls ou dans des grandes structures, à un moment où leur place est concurrencée.

Affiches Parisiennes : Sur quels thèmes avez-vous fondé votre campagne ?

Joël Grangé : Pour être efficace, il est important de rester dans ses sphères de compétences. Nous n'avons donc pas de programme en tant que tel mais des sujets de préoccupation qui nous tiennent à cœur.

Il s'agit notamment de l'accueil des jeunes avocats, de leur formation qui doit forger une culture d'avocats mais qui doit abandonner les enseignements théoriques et encourager les initiatives en particulier dans le domaine numérique. Il s'agit également de la conservation de l'indépendance de la profession dont le statut social est menacé à la fois par la réforme des retraites et par la gestion de l'assurance maladie qui est désormais confiée à l'Urssaf. Ces menaces pèsent tant sur les grandes structures auxquelles j'appartiens que sur les petites structures dont l'équilibre économique à terme peut être mis en péril. Il s'agit encore de la défense du périmètre du droit et de la déontologie.

Laurence Krief : Pour ma part, je souhaiterais être représentative des confrères qui exercent en cabinet individuel et qui constituent un tiers de la profession.

Je fais partie de la première structure de coworking d'avocats à Paris, Avocap, qui est extrêmement intéressante et prometteuse pour les cabinets individuels très spécialisés comme le mien. Les structures de ce type permettent une maîtrise des frais mais aussi de créer des communautés avec des confrères, pas forcément en SCM,

Les nouvelles technologies nous obligent à repenser notre métier et notre manière de travailler. On passe de moins en moins de temps au bureau, on travaille très bien de chez soi, on va aussi davantage chez les clients et on les suit parfois dans leurs déplacements. Par conséquent, le besoin en cabinet, qui est générateur de frais très important à Paris surtout pour les structures indépendantes, doit être repensé. Il serait donc intéressant que l'Ordre s'investisse dans la réflexion sur les structures mutualisées et notamment revoit la déontologie dans le cadre de ce nouveau mode d'organisation. Par exemple, nous sommes plus de 150 avocats en coworking chez Avocap et pouvons parfois nous retrouver sur les mêmes dossiers, ce qui pose un problème de conflit d'intérêts.

Le respect des droits de la défense est un autre point qui me préoccupe et le recours à la visioconférence. Cela fait partie de mes sujets puisque j'interviens en pénal. Si cela permet à l'Etat de faire des économies de frais d'escorte, cela change complètement l'ambiance d'un procès.

Il y a aussi un problème d'éloignement et de perte de contact que nous pouvons ressentir au quotidien avec les magistrats, que ce soit au civil ou au pénal.

A.-P. : Comment envisagez-vous le rôle du Conseil de l'Ordre à côté du bâtonnier ?

J.G. : Je pense que les membres du conseil doivent accompagner le bâtonnier. C'est lui qui présente puis applique son programme. Le conseil doit le soutenir.

Nous sommes très attachés à ce que l'Ordre soit efficace et crédible. À chaque fois qu'une décision est prise, il faut naturellement se demander s'il s'agit d'une bonne idée mais aussi si la mesure prise sera efficace et si les moyens employés permettront d'atteindre le but poursuivi. Mon appartenance à un cabinet dit d'affaires dès ma première collaboration et mon intégration dans des projets complexes au sein des entreprises m'ont appris cela.

A.-P. : Pourriez-vous travailler quel que soit le bâtonnier ?

J.G. : Oui, car au-delà des différences de personnalité, je pense qu'il y a un socle de tâches à accomplir qui exigent d'abord du travail.

L.K. : Il faut être au service des confrères, à leur écoute, plutôt que de s'inscrire dans une attitude disruptive ou contestataire vis-à-vis du bâtonnier. Lui, en revanche, est élu sur un programme. Nous avons à mettre nos intelligences et nos compétences respectives pour suivre sa ligne, avancer au mieux et œuvrer à la restauration d'un Ordre efficace et crédible.

A.-P. : Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidats cette année ?

L.K. : J'ai accepté la proposition de Joël de me présenter en binôme avec lui parce que notre candidature est intéressante. Nous avons chacun 30 ans de barreau. Nous avons tenu et résisté, nous sommes heureux dans notre métier et nous représentons deux barreaux distincts : lui, le cabinet d'avocats structuré, moi et le cabinet individuel.

Il faut restaurer l'image de l'Ordre car le faible taux de participation est interpellant. Les confrères se détachent de plus en plus de l'Ordre mais reviennent vers lui lorsqu'ils sont en difficulté.

J.G. : Je souhaite vraiment que l'Ordre soit crédible. Même si ça peut paraître prétentieux, il me semble que sur des sujets comme la formation des avocats, la spécialisation ou le volet social, j'ai une certaine crédibilité, après 30 ans de carrière. En plus, je suis le seul candidat associé d'un cabinet français de plus de 20 avocats. Je pense que Laurence est aussi parfaitement crédible en droit pénal, en droit de la famille et sur les modes alternatifs de règlement des litiges.

A.-P. : Quelle sera concrètement votre première action si vous êtes élus ?

J.G. : J'insisterai sur l'amélioration du site internet de l'Ordre.Je pense qu'il y a un vrai sujet de communication, car il y a énormément de choses qui se font à l'Ordre mais qui ne sont pas connues. J'essaierai également si je suis désigné par le bâtonnier dans une formation disciplinaire ou de déontologie, de traiter avec le maximum d'efficacité, d'humilité et de simplicité, les dossiers disciplinaires ou déontologiques.

L.K. : Pour ma part, je verrai en fonction des missions qui me seront attribuées par rapport à mon expérience. J'aimerais mettre à disposition mes compétences en modes alternatifs de règlement des différends dans le cadre des conflits entre associés ou encore dans la restauration des relations avocats-magistrats. Encore faut-il que cette mission me soit attribuée par le bâtonnier.

J.G. : De mon côté, je ne serais pas surpris qu'on me demande de m'occuper de chantiers sociaux, et je le ferais très volontiers.

A.-P. : Des candidats au bâtonnat ont-ils déjà pris contact avec vous sur ce type de missions ?

J.G. : Cela a pu être évoqué mais c'est prématuré. Il faut d'abord être élu !

L.K. : Je suis d'accord.

A.-P. : Nombre de vos confrères quitte le barreau. Êtes-vous optimiste pour l'avenir de la profession ?

J.G. : Les chiffres ne sont pas si évidents à analyser. D'abord le nombre d'avocats ne cesse de croître, c'est la seule certitude. Si des confrères quittent le barreau en début de carrière, c'est sans doute parce qu'une partie d'entre eux cherche à avoir une expérience au barreau avant de rejoindre les directions juridiques d'entreprises. Ensuite, il y a peut-être la difficulté du métier, qui nécessite effectivement d'avoir certains ressorts et d'accepter beaucoup de contraintes personnelles. Je pense que ce sont les principales raisons et non parce que ce n'est plus possible d'exercer le métier.

Je suis convaincu qu'il y a encore des domaines et des spécialités qui ont besoin de confrères mais c'est sûr qu'il faut qu'il y ait un changement de philosophie à l'entrée dans la profession.

On peut dire « je veux devenir avocat » mais ensuite il faut trouver une spécialité dont on a besoin sur le marché. Je ne pense pas que ce soit à l'Ordre et à l'EFB d'indiquer quelles sont ces matières. En revanche c'est à eux d'insister sur la démarche. A titre personnel, quand j'ai débuté, je n'avais pas de connaissance du droit social et je n'avais pas initialement envisagé d'exercer dans un grand cabinet. Mais lorsque j'ai reçu une proposition d'Hubert Flichy, alors chez Gide, je me suis dit que même si ce n'était pas la matière la plus prestigieuse, c'était peut-être une opportunité exceptionnelle compte tenu des besoins et j'ai saisi cette chance.

L.K. : L'avocat doit absolument raisonner à partir des besoins du client et pas seulement de son idéal de profession. Il y a beaucoup de jeunes qui se disent qu'ils vont faire du pénal car c'est l'apanage de l'avocat, mais il faut avoir conscience que c'est très difficile de se faire une place au soleil dans cette spécialité. Alors que si on repense ses compétences en termes de besoin des clients il y a certainement d'autres niches à développer au-delà de son idéal de pénaliste.

A.-P. : Comment allez-vous répondre aux préoccupations des jeunes avocats ?

J.G. : Les préoccupations des jeunes avocats sont légitimes car dans un barreau avec
30 000 avocats et en pleine mutation, il ne doit pas être facile de faire sa place. Comme je viens de l'indiquer, je crois beaucoup à la spécialisation et je les invite à trouver les « produits » qui permettent de répondre aux besoins des clients et de se distinguer. Il faudra ensuite être capable de faire évoluer sa pratique, voire sa spécialité en cours de carrière, en fonction des besoins des clients. Il est certain que ces évolutions seront plus faciles au sein de cabinets structurés qui pourront les accompagner.

L.K. : C'est dès l'école du barreau qu'il convient d'aiguiser cette mentalité en dispensant des cours pratiques sur le fonctionnement des entreprises, en apprenant à parler le même langage, par exemple en apprenant à réaliser des tableaux Excel et des formules ou suivant les spécialités auxquelles ces confrères se destinent, en leur apprenant à acquérir un vocabulaire scientifique, à lire un rapport d'expertise de manière à affûter leur esprit critique.

Il faut aussi leur donner les outils pour savoir comment développer leur clientèle personnelle en parallèle de leur collaboration.

A.-P. : Que pensez-vous de la proposition de la garde des Sceaux sur la mise en place d'une certification des legaltechs ?

J.G. : Je pense que c'est effectivement une bonne idée pour que n'importe quel produit ou service ne soit pas diffusé n'importe comment. Après, tout dépend des services offerts par les legaltechs.

Il faut veiller à ce qu'elles produisent des services qui rendent plus efficaces les missions des avocats et autres professionnels du droit, et ne rendent pas elles-mêmes des services juridiques. C'est là toute l'ambiguïté.

Le monopole de l'exercice du droit doit être respecté, et il faut veiller à ce qu'elles n'empiètent pas sur notre terrain.

A.-P. : Êtes-vous pour la création d'une grande profession du droit ?

L.K. : Ce sujet ne date pas d'hier. On parlait déjà de la création d'une grande école du droit, commune aux notaires, magistrats, huissiers et avocats, il y a 30 ans. Ceci dit, cette question de la formation et de la profession du droit est encore plus d'actualité aujourd'hui dans les domaines que je pratique, notamment en droit de la famille.

Avec le divorce par consentement mutuel par exemple, nous travaillons avec les notaires, lesquels génèrent une concurrence très rude dans l'élaboration de ces conventions de divorces. Cela mérite réflexion.

J.G. : Je pense qu'il faut effectivement travailler à l'exercice d'une grande profession du droit mais le loup est dans les détails, notamment concernant l'avocat en entreprise.

Il faut accorder la confidentialité aux échanges entre les services juridiques et leurs dirigeants, car c'est impossible pour eux de travailler dans les conditions actuelles. Il faut aussi s'assurer que la correspondance entre le juriste, qui serait avocat en entreprise et son confrère soit couvert par le secret et que l'indépendance de l'avocat juriste d'entreprise soit assurée. Il y a déjà eu beaucoup de rapports ,mais ce sujet doit, selon moi, être approfondi car la situation actuelle n'est pas satisfaisante.

bio express

Laurence Krief est avocate depuis 1988, spécialisée en Droit pénal et en droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine.

Convaincue qu'être acteur dans la résolution d'un différend est préférable au fait de le subir, cette praticienne du droit s'est rapidement formée aux modes alternatifs de résolution des litiges (droit collaboratif, procédure participative, négociation raisonnée, médiation).

Elle pratique ainsi le droit collaboratif depuis 2007 et est médiateur certifié par l'Ifomene depuis 2009.
Après avoir collaboré avec un confrère, elle poursuit un exercice individuel depuis 18 ans et travaille au sein de la structure de coworking Avocap.

Elle a enseigné le droit pénal pendant 20 ans et intervient régulièrement lors de colloques, en France et à l'étranger, sur des sujets transversaux, mêlant droit de la famille et droit pénal.

L'avocate est membre de plusieurs associations professionnelles : l'Association des avocats pénalistes (ADAP), l'Association nationale des avocats spécialistes et praticiens en droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine (Avocats de la famille), l'Association des médiateurs européens (AME) et l'Association française des praticiens du droit collaboratif (AFPDC).

Joël Grangé a commencé sa carrière en 1987 chez Gide Loyrette Nouel en tant que collaborateur, avant d'être nommé associé en 1997, puis associé responsable du département droit social dès 1999, date à laquelle Hubert Flichy, ancien membre du Conseil de l'Ordre (1994-1996) quitte Gide.
En 2008, il rejoint avec son équipe le cabinet Flichy Avocats devenu Flichy Grangé Avocats.

Aujourd'hui le cabinet Flichy Grangé Avocats compte 25 associés dont 14 femmes et une soixantaine de collaborateurs.
Il est membre fondateur d'Avosial, membre du comité droit du travail et relations industrielles de l'International Bar Association (IBA) et de l'European Employment Lawyers Association (EELA).

Il a aussi enseigné à Sciences-Po, Paris I et Paris II, et est membre du comité de rédaction de la Semaine Juridique Sociale.




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