Fermer la publicité
Journal d'information juridique et d'annonces légales

Élections au Conseil de l'Ordre de Paris : Rencontre avec Caroline de Puységur et Thierry Montéran

le - - Actualité - Interview

Élections au Conseil de l'Ordre de Paris : Rencontre avec Caroline de Puységur et Thierry Montéran
© DR

Caroline de Puységur et Thierry Montéran sont deux des quatre candidats investis par l'Association des avocats conseils d'entreprise (ACE) entrant en lice pour les prochaines élections au Conseil de l'Ordre du barreau de Paris. Ils nous livrent leur expérience spécifique et surtout l'essentiel de leurs grands thèmes de campagne.

Affiches Parisiennes : Vous êtes candidats aux prochaines élections au Conseil de l’Ordre du barreau de Paris, pouvez-vous vous présenter ?

Caroline de Puységur : Je bénéficie d’une double expérience. Tout d’abord en tant que responsable juridique pendant une vingtaine d’années, notamment au sein du groupe Sagem, devenu Safran. À la fin de mes activités, je m’occupais des secteurs automobile et défense. Je sais donc ce que « confidentialité » veut dire. En 2007, j’ai sauté le pas. J’ai fait le chemin inverse de ce que font beaucoup de mes confrères, je suis devenue avocat. J’ai créé ma structure au sein d’un cabinet groupé et j’ai appris à développer une clientèle. Je me suis spécialisée en droit immobilier. J’ai passé un certificat de spécialité et suis retournée sur les bancs de la faculté pour décrocher un Master 2 en droit du patrimoine immobilier. Après avoir été membre de l’AFJE, j’ai adhéré à l’ACE et préside depuis 2015 la commission « droit immobilier » de cette association. Avec mes confrères Emmanuel Raskin et Nicolas Boullez, coprésidents de la commission « procédure » de l’ACE, j’organise à la Maison du barreau le 17 novembre prochain la troisième édition du colloque « Baux commerciaux », auquel participent Madame Rohart-Messager, magistrat, Maître Sénéchal, administrateur judiciaire, Messieurs Moneger et Kenderian, professeurs de droit, Madame Sixdeniers, directeur juridique d’EuroDisney et présidente commission immobilier de l’AFJE, mon homologue au sein de cette association, et Thierry Montéran. Nous attendons, cette année encore, près de 200 personnes pour traiter du thème « Le bail commercial face aux procédures collectives ». C’est un format court d’une demi-journée qui compte naturellement pour la formation continue des avocats.

Thierry Montéran : J’ai prêté serment en 1980. Huit mois plus tard, je me suis installé. J’ai exercé seul pendant un peu plus de 10 ans, puis avec l’un de mes amis, Alain Ménard, dans le cadre d’une SCP. Nous avons rejoint Arthur Andersen International pendant un an, avant de créer le cabinet UGGC en 1993, avec quatre autres associés, Jean-Jacques Uettwiller, Bernard Grelon, Michel Gout et Jean-François Canat. Je suis spécialisé dans tout ce qui intéresse les entreprises en difficulté. J’interviens sur ce thème à travers de très nombreux articles, des conférences, des enseignements, à l’EFB ou à l’École nationale de la magistrature (ENM). J’ai créé en 2005 avec le professeur Pierre-Michel Le Corre la Gazette des procédures collectives, devenue un numéro spécial de la Gazette du Palais. Je suis membre du bureau de l’ACE et du conseil d’administration de l’Institut français des praticiens des procédures collectives, l’IFPPC, et ensemble nous avons créé les « Entretiens de la sauvegarde » dont je prépare la 11e édition, le 25 janvier prochain, à la Maison de la Chimie. À cette occasion, nous recevons quelque 800 professionnels du monde des entreprises en difficulté, principalement des mandataires de justice, des juges consulaires ou professionnels, des avocats, quelques banquiers et d’autres professions de ce secteur.

 

« Je souhaite un barreau plus humain » (Caroline de Puységur)

 

A.-P. : Vous êtes donc tous deux candidats aux élections du Conseil de l’Ordre du barreau de Paris, investis par l’ACE. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

Thierry Montéran : Mon activité professionnelle est tournée vers l’assistance aux entreprises en difficulté et je souhaite apporter cette expérience au service de ceux d’entre nous qui connaissent des difficultés. Co-fondateur avec Thierry Bellot puis président du CIP national, le Centre d’information sur la prévention des difficultés des entreprises, j’ai été amené à sillonner la France pour créer des CIP régionaux regroupant avocats, experts-comptables et juges consulaires disponibles pour rencontrer les entrepreneurs en difficulté et faire connaître les outils que leur offre la loi de sauvegarde.

Ainsi, avec Agnès Bricard, présidente d’honneur du Conseil supérieur de l’Ordre des experts-comptables, nous avons créé « l’Assurance prévention ». Pour aider les avocats, nous devons pouvoir anticiper les problèmes. Parmi les moyens dont nous disposons pour aider ces avocats en difficulté, je souhaite développer l’assurance prévention qui pourrait être rendue obligatoire, moyennement une contribution de quelques dizaines d’euros par an. Elle permet, en cas de difficulté, de financer un diagnostic par un expert-comptable, dont les honoraires sont pris en charge par la compagnie d’assurances, et de bénéficier également des services d’un avocat spécialisé et d’un mandataire nommé par le tribunal de commerce. J’ai réfléchi à la manière dont nous pourrions améliorer la trésorerie des cabinets d’avocats.

En effet, nous ne bénéficions pas d’un crédit fournisseur alors que notre compte clients est payé entre 3 et 4 mois. Notre besoin en fonds de roulement est élevé.

Il faut donc pouvoir mobiliser nos factures et pour cela, leur recouvrement doit être facilité.

La convention d’honoraires étant la règle, le contentieux du recouvrement des honoraires doit être facilité par le recours optimal au choix de l’avocat des procédures de droit commun.

Caroline de Puységur : Pour ma part, j’ai pris conscience du fait que les avocats sont confrontés à une véritable révolution numérique. L’innovation devient essentielle pour que notre profession dispose des mêmes moyens que les autres acteurs économiques. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une concurrence effrénée, notamment sur internet. Il faut donc que nous soyons proactifs dans ce domaine. La deuxième chose qui a motivé ma candidature est la nécessité de développer une démarche entrepreneuriale. Les avocats ne doivent plus raisonner « dossiers », mais « clients ». Dans mon ancienne activité, j’ai été habituée à être présente très en amont au sein des entreprises, au plus près des décideurs. Nous avons ainsi mis dix ans à développer une véritable culture au sein du groupe auquel je collaborais pour intervenir dès le stade du projet et non pas quand l’incendie fait rage. De la même manière, je crois qu’il faut que l’avocat soit partout. S’il est présent au sein de l’entreprise, par exemple, il sera plus visible et cela permettra de restaurer l’influence de notre profession vis-à-vis des justiciables. Je souhaite donc que nous puissions participer au développement d’une relation client dans le conseil, à travers un changement de culture et de mentalité.

Je suis également sensible au fait que l’avocat doit être présent dans les tribunaux. J’ai été très intéressée par la récente conférence de l’Incubateur du barreau de Paris, notamment à travers le témoignage d’un magistrat qui déclarait en substance que les dossiers sans avocat n’étaient ni fait ni à faire. Il est très important, pour le justiciable et le magistrat, que l’avocat soit le facilitateur, celui qui défend, qui met en forme…

Je suis également sensible à la spécialisation, tout au long de la carrière, vers les secteurs où s’ouvrent les marchés qu’il convient pour nous de développer. Pour ma part, je suis enregistrée en tant qu’avocat mandataire en transactions immobilières. Lors du récent congrès de l’ACE à Bruxelles, nous avons présenté ce nouveau métier aux côtés du lobbyiste, du fiduciaire, du mandataire sportif… Il faut que nos confrères et nos clients sachent que nous pouvons assurer ces nouvelles missions.

Enfin, je souhaite un barreau plus humain. Le Réseau privé virtuel des avocats (RPVA) présente l’inconvénient de supprimer tous les contacts entre professionnels. Les avocats constituent la partie « humaine » du dossier, puisque c’est nous qui conseillons le client, qui allons vers le magistrat. Je suis pour la création de communautés du droit, avec des professionnels qui échangent et qui viendront souder plus encore le barreau. Il y a aussi ces avocats, jeunes ou seniors, qui se retrouvent seuls à un moment de leur parcours professionnel. Quand on exerce en individuel, il faut surtout ne jamais rester seul. Il y a toujours de l’apprentissage et de la solidarité à aller glaner au sein des cabinets. Il n’y a rien de plus dangereux qu’un avocat qui travaille seul.

 

« L’interprofessionnalité… Sous réserve des éventuels conflits d’intérêts et du respect de notre déontologie ». (Thierry Motéran)

 

A.-P. : Cette question de la solitude de l’avocat nous permet d’aborder le problème de l’interprofessionnalité. Qu’en pensez-vous ?

Thierry Montéran : Je travaille au quotidien avec des experts-comptables. Ils prennent en charge les diagnostics et nous aident sur l’analyse des comptes. L’interprofessionnalité est une idée intéressante car seul compte l’intérêt du client, sous réserve des éventuels conflits d’intérêts et du respect de notre déontologie. Nous devons être ensemble au service du client et lui apporter le meilleur de ce que chacun de nous peut lui apporter.

Caroline de Puységur : Je pense qu’il faut libéraliser le marché pour que les avocats soient présents partout. Favoriser l’interprofessionnalité est donc une bonne chose. Il est même urgent de le faire. Il faut, en revanche, comme le fait remarquer Thierry Montéran, que ces associations soient productives, non concurrentielles, et qu’elles travaillent dans la limite des déontologies qui, fondamentalement, sont là pour protéger les justiciables en imposant des pratiques professionnelles éthiques.

A.-P. : Si vous êtes élus, quelles seront vos priorités ?

Thierry Montéran : Mon action est clairement définie dans ma profession de foi autour de trois axes. En premier lieu, l’amélioration de la trésorerie des cabinets d’avocat, avec tout d’abord le contentieux des honoraires, qui est aujourd’hui impraticable, inadaptée à notre époque. Il faut trois ans à un avocat pour obtenir un titre concernant une facture impayée, alors qu’un mois et demi suffit à une entreprise, avec une procédure de référé. Je propose que l’avocat ait la faculté de s’adresser au juge de droit commun. Ce dysfonctionnement a évidemment un impact sur la trésorerie des cabinets, puisque nous ne pouvons pas mobiliser nos factures. Le recouvrement en est trop incertain.

J’ai pris contact avec le groupe LCL/CA et Interfimo. Ce groupe est d’accord pour financer les factures des avocats par un double système du compte de l’avocat par LCL ou Crédit Agricole, et Interfimo qui finance les factures récentes, ce qui améliore la trésorerie du cabinet. En revanche, si une facture n’est pas réglée au bout de deux mois, la banque contre passe l’écriture. Ce système doit pouvoir être amélioré en optimisant le recouvrement de nos créances.

Le deuxième thème est : comment améliorer la prévention et aider les avocats en difficulté ? Nous avons aujourd’hui les moyens de savoir quels sont ceux d’entre nous dont l’activité est en danger. Par exemple, ils peuvent être en retard sur le paiement des cotisations du CNBF et des cotisations à l’Ordre. Grâce à ces deux alertes, nous prenons contact avec ces avocats pour qu’ils puissent être informés et aidés Ce système existe déjà à l’Ordre, il suffit de l’améliorer.

Le troisième axe de travail concerne le traitement judiciaire des avocats en difficulté.

La solution est dictée par la loi, soit il est possible de présenter un plan de sauvegarde ou de redressement et l’avocat doit être encouragé, soit il ne peut pas le faire et il faut envisager les conséquences d’une liquidation judiciaire et les mesures d’accompagnement comme le recours à une entreprise d’out-placement.

Caroline de Puységur : De mon côté, j’aimerais faire bénéficier les confrères de ma double expérience d’avocat et de directeur juridique. Je pense pouvoir parler légitimement de la place de l’avocat en entreprise, même si je suis bien consciente que c’est un sujet d’actualité qui fait encore peur. Le directeur juridique n’exerce pas les mêmes fonctions que l’avocat en libéral, ce sont deux métiers différents et complémentaires. Envisager l’entrée des avocats en entreprise renforcerait le rôle du juriste et favoriserait l’évolution de sa carrière, au sein de l’entreprise. Il est souhaitable que la filière avocat se développe en entreprise et devienne aussi fluide que dans certains pays anglo-saxons, les États-Unis, par exemple, où un avocat peut devenir dirigeant d’entreprise. Les avocats seraient de surcroît plus visibles.

Je pense également apporter mon expertise sur les aspects formation et installation. Tout cela s’apprend. J’en ai fait l’expérience. Il existe des méthodes. Dès l’EFB, il faut accompagner les avocats dans la démarche de création et de développement d’une clientèle.

Concernant la formation continue, dans le cadre de mes fonctions au sein de l’ACE, j’organise quatre conférences annuelles en plus du colloque « baux commerciaux ». Nous abordons des thèmes pratiques guidés par l’actualité. Toutes spécialités confondues, les avocats sont intéressés par cette approche très pragmatique et ces formats courts, compatibles avec une activité professionnelle.

J’insiste une nouvelle fois sur l’importance de la spécialisation, fondamentale aujourd’hui pour un avocat parisien.

Je souhaite enfin participer au développement au sein du barreau de cette convivialité que j’ai découverte au cours de ma carrière, en favorisant les échanges entre avocats et avec les autres professions du droit, surtout les magistrats. Il faut que nous parvenions à faire comprendre à ces derniers qu’il faut davantage communiquer et partager avec nous, dans l’intérêt de nos clients. Les magistrats ont encore trop de préjugés et d’idées toutes faites à notre encontre. Nous devons mener un travail de pédagogie et échanger de bonnes pratiques.

Depuis trois ans, compte tenu de mon expertise en droit immobilier, je me suis vu confier par l’ACE le dossier de l’accessibilité des locaux professionnels des avocats. J’ai notamment participé aux travaux de l’UNAPL. Nous avons obtenu des dérogations, ce qui est indispensable, compte tenu de la complexité de l’immobilier urbain particulièrement à Paris (architecture haussmannienne, coût des travaux et décisions soumises à l’accord de la copropriété). J’ai négocié au nom de l’ACE, un partenariat avec la Socotec pour bénéficier, dans des conditions attractives a minima, d’un avis technique permettant de savoir ce qui incombe au bailleur ou à l’exploitant, ce qui correspond aux parties communes ou, aux parties privatives... Voilà également un dossier sur lequel il y a un déficit de communication de la part du gouvernement qui n’a pas facilité la tâche de nos confrères. Si je suis élue, j’aimerais aider mes confrères à ce sujet, sans parler du déménagement du palais de justice vers le quartier des Batignolles.

Pour plus d'information voir les sites de :

Thierry Montéran : thierry.monteran.uggc.com

Caroline de Puységur : www.carolinedepuysegur.com




Jean-Paul VIART
Journaliste

Ses derniers articles

Abonnez-vous à l'offre Papier + Numérique

Affiches Parisiennes Journal d'information juridique et d'annonces légales

  • ›   Pour plus de contenu, papier + web
  • ›   l’accès aux annonces légales,
  • ›   l’accès aux ventes aux enchères.
Je m'abonne

À lire également


Réagir à cet article

Message déjà envoyé Adresse e-mail non valide


Fermer
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires par notre société ainsi que par des tiers, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services éditoriaux et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus / paramétrer