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EkWateur, l'ambition d'une nouvelle énergie française

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EkWateur, l'ambition d'une nouvelle énergie française

Le fournisseur d'énergie collaboratif Ekwateur a annoncé le jeudi 5 janvier une levée de fond de près de deux millions d'euros. Co-fondateur et actuel Président, Julien Tchernia partage avec nous sa vision d'un fournisseur d'énergie à l'ère du numérique

Affiches Parisiennes : Qu'est-ce qui vous a amené à créer cette entreprise ?

Julien Tchernia : A l'origine, j'ai une formation d'ingénieur télécom. En 2007, J'ai bifurqué dans le secteur de l'énergie avant d'être le directeur de Lampiris France, de 2013 à 2015. L'entreprise avait 5 000 compteurs installés. L'objectif était d'atteindre 100 000 compteurs en trois ans. Finalement, nous en avons installé 150 000 en deux ans. Je dis “nous” car nous avons réussi ce challenge avec mon associé, Jonathan Martelli, l'actuel directeur d'EkWateur. Mi-2015, nous n'étions plus en phase avec les fondateurs de Lampiris. Nous avons donc quitté l'entreprise et lancé EkWateur, dans une chambre de bonne, en septembre 2015.

A.-P. : Vous vous définissez comme un fournisseur d'énergie « collaboratif », qu'entendez-vous par ce terme ?

J. T. : En France, nous avons un modèle d'énergie d'Etat qui ne fait plus rêver tout le monde. Malgré cela, les gens y restent massivement attachés, car la seule alternative qu'on leur propose c'est l'énergie de « marché », comme celle que propose Direct Energie. Mais personne n'est capable de faire une réelle différence sur les prix. Nous avons donc ouvert une troisième voie, « collaborative », pour redonner aux Français le pouvoir choisir leur énergie. L'objectif était évidement de proposer des prix bas, mais aussi de permettre aux gens de participer à notre activité. Si vous êtes l'un de nos clients et que vous avez du temps, vous pouvez prendre un statut d'auto-entrepreneur, ou monter une petite société, pour prendre en charge des appels ou du chat, pour lesquels vous serez rémunéré. Si vous disposez d'une maison avec un potentiel solaire, vous pouvez également, à partir de notre espace client, calculer ce potentiel et l'investissement nécessaire pour produire. Nous vous envoyons alors un installateur, avec l'objectif de racheter votre production. Cette démarche reste très similaire au financement participatif. Au lieu d'aller vers les banques, nous allons vers nos clients. Au final, ces derniers profitent d'un taux d'intérêt de 7 %, selon l'investissement, ce qui ne représente pas une simple remise mais une réelle plus-value. Nous utilisons ainsi les atouts de la communauté, en activant toutes les synergies.

A.-P. : Qu'est-ce qui distingue votre offre électricité-gaz de celles des autres fournisseurs d'énergie ?

J. T. : D'abord, notre électricité est renouvelable, même si nous ne sommes pas les seuls à le proposer. Ensuite, nous ne suivons pas les tarifs réglementés, définis par le ministère de l'Energie et proposés par les fournisseurs “historiques”. La plupart des fournisseurs s'alignent sur ceux-ci, ne présentant pas un prix exact, mais une réduction par rapport au prix du kWh hors taxe.
Sur les sites d'énergie de “marché”, vous allez avoir beaucoup de mal à trouver un prix déterminé. Vous trouvez surtout des réductions de -4 %, -5 % ou -7 %, par rapport aux tarifs réglementés. EkWateur a pris un parti différent, en fixant ses propres tarifs, avec un abonnement légèrement plus élevé, mais un kWh beaucoup moins cher. Notre site s'organise comme n'importe quel site commercial, celui d'Ikea par exemple, avec le prix du produit et des services, les options que vous souhaitez, le choix entre tarifs fixes ou variables et, au final, la présentation du prix que vous allez effectivement payer. Même chose pour le gaz, avec une spécificité cependant, car nous ajoutons par défaut 5 % de bio méthane venant d'Angleterre. Etant donné son prix encore élevé, la fourniture 100 % “bio méthane” demeure optionnelle (le bio-méthane est un équivalent du gaz naturel, biologique et donc non-fossile).

Nous utilisons ainsi les atouts de la communauté, en activant toutes les synergies.

A.-P. : Le nombre des compteurs électriques étant appelé à croître, pouvez-vous garantir une fourniture constante 100 % renouvelable à vos clients et futurs clients ?

J. T. : Pour le nombre de nos compteurs installés actuellement, nous pouvons le garantir sans aucune difficulté (4 000 compteurs, ndlr). Il faut rappeler que le mécanisme de garantie d'origine est un mécanisme européen, nous accordant le droit d'acheter de l'énergie renouvelable dans toute l'Europe. Mais même en se limitant à la France, ce que nous faisons actuellement, nous n'avons pas de difficulté majeure. Le renouvelable en France représente 17 % de la production. Or, le nombre de particuliers consommant du “100% renouvelable” est à peine de 1 %. Il y a donc surabondance de l'offre et une très faible demande. Voilà le résultat de la politique française qui a beaucoup investi sur l'offre, en subventionnant la production, ce que nous encourageons évidemment, mais qui, parallèlement, s'est totalement désintéressée de la demande. Les politiques ont toujours favorisé, de manière assez honteuse d'ailleurs, les fournisseurs historiques. Elles n'ont jamais vraiment porté les offres vertes. En Allemagne et en Belgique, au contraire, 20 à 30 % de la population achète du renouvelable, posant effectivement la question de la capacité de production. En France, il faudrait qu'on ait plus de quatre millions de client pour que cette question se pose.

A.-P. : Vous parliez des investissements publics en matière d'énergies renouvelables. Quel regard portez-vous sur les politiques publiques actuelles en matière d'énergie ?

J. T. : Il y a un fort attachement en France pour le nucléaire, mais il commence doucement à s'effriter. On pourrait espérer que le processus s'accélère, mais des barrières techniques et psychologiques demeurent. Le principal reproche que j'adresse au gouvernement, c'est le soutien indéfectible à EDF et Engie. Toute intervention en la matière laisse planer le doute sur l'existence d'une réelle concurrence. Quand j'entends la ministre de l'Ecologie se vanter d'une hausse de seulement 2 % du prix règlementée de vente –au lieu de 5 %–, je trouve cela aberrant. De telles déclarations laissent penser, d'une part, que le gouvernement a le pouvoir de déterminer le prix de l'énergie, et d'autre part, que l'unique prix est celui d'EDF. Au lieu de valoriser la faible augmentation, la ministre aurait pu inviter les Français à consulter le site du médiateur de l'énergie, un service proposé par son ministère, présentant, au moment de son annonce, des offres à -5 % à -6 %. Il suffit juste de quitter EDF. Le ministère soutient indirectement les fournisseurs historiques au détriment des nouveaux venus.

A.-P. : En tant que nouvelle entreprise, la concurrence avec les fournisseurs historiques ne vous place-t-elle pas dans une situation difficile à long terme ? La vente de l'entreprise, n'est-elle pas la seule option viable pour les nouveaux acteurs de l'énergie ?

J. T. : En tant qu'entrepreneur, j'aime le combat et les défis. Sur le papier, notre projet semble improbable. Mais une société, créée en novembre, qui compte déjà plus de 4 000 compteurs installés en janvier suivant, paraît tout aussi impossible. En réalité, tout cela est plus simple qu'on peut le croire. Le point fondamental est qu'EDF et Engie sont avant tout des producteurs d'énergie. C'est un métier à part entière et ils le font très bien. De notre côté, nous sommes des informaticiens commerçants. Nous avons monté une sorte de supermarché, proposant tout d'abord un produit énergétique différent, mais aussi, une série de solutions, de produits, comme des panneaux solaires, des “augmenteurs” de lumière, des thermostats intelligents, pour compléter notre fourniture d'énergie.

A.-P. : Vous venez de lever deux millions d'euros auprès de trois investisseurs majeurs, que pensez-vous de l'accès au financement en France pour les jeunes entreprises ?

J. T. : Nous ne pouvons pas nous plaindre. En revanche, les problèmes de financement restent difficiles. Notre première levée de fonds a été une bataille de près d'un an pour arriver à vendre notre projet. En France, il est très facile de trouver des gens qui écoutent. Après, il s'agit de les convaincre.

A.-P. : Quels ont été vos atouts pour la réussite de cette levée de fond ?

J. T. : D'abord, la rapidité avec laquelle nous avons atteint nos objectifs. Il y a un an, nous pensions que les investisseurs verraient tout de suite que notre projet était le meilleur. Ils ont eu ce sentiment… mais seulement sur le papier. Avant de nous financer, ils ont suivi notre développement. Nous avions annoncé l'achat de bêta-testeurs en juillet, ce fut chose faite. Le lancement de l'offre pour le 13 septembre a, elle aussi, été effective. Nos premières estimations se limitaient à 1 900 compteurs pour la fin de l'année, plus de 4 000 ont été installés. Les gens étaient conscients, dès le départ, de l'intérêt d'investir chez un fournisseur d'énergie, il suffisait de prouver notre capacité. A posteriori, je pense que dans la création d'une start-up, l'idée vaut pour 5 %. Les 95 % restants résident dans la capacité à la mettre en œuvre, à la vendre et à la développer sur le long terme.

En France, il est très facile de trouver des gens qui écoutent. Après, il s'agit de les convaincre.

A.-P. : Quels sont vos objectifs pour 2017 et vos projets à plus long terme ?

J. T. : L'objectif de cette année est d'arriver à installer 40 000 à 50 000 compteurs. D'ici deux ans, nous devons atteindre 120 000 compteurs pour arriver à l'équilibre budgétaire et 500 000 d'ici cinq ans. C'est ambitieux mais cela représente à peine 1,25 % du marché. Au niveau technique, nous sommes à la recherche de nouveaux partenaires pour améliorer notre informatique et développer notre activité numérique.

Les témoignages des trois investisseurs d'EkWateur : Aster, BNP Paribas Développement et Bouygues Telecom Initiatives

« Nous avons été impressionnés par l'équipe d'ekWateur qui a démontré une capacité d'exécution et d'adaptation assez incroyable depuis la création de la société il y a seulement un an. ekWateur est un nouvel entrant 100% « vert » qui offre une approche innovante, collaborative et économique de fourniture d'énergie et de services énergétiques aux particuliers. La société représente pour nous une véritable opportunité et un vecteur d'accélération de l'ouverture du marché de l'énergie en France et en Europe dans les années à venir. » explique Jean-Marc Bally, Managing Director d'Aster.

« Nous sommes ravis de participer au développement d'ekWateur. Nous pensons en effet que les applications et services proposés sont pertinents et innovants, et qu'ils viendront enrichir les bonnes pratiques de gestion d'énergie collaborative. » souligne Georges Passet, Président de Bouygues Telecom Initiatives.

« Nous croyons à l'émergence d'un acteur innovant et collaboratif dans la fourniture d'énergie. L'équipe d'ekWateur a rapidement franchi les étapes nécessaires pour proposer une offre différente et attractive. » explique Nicolas Tymen, Directeur de Participations Venture-BNP Paribas Développement.






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