AccueilDroitActualité du droitEconomie et environnement : le sujet peut-il se résumer sur une feuille de papier ?

Economie et environnement : le sujet peut-il se résumer sur une feuille de papier ?

“Economie et environnement” était le thème de la première table ronde de l'après-midi à IDEETHIC. Pour traiter de ce vaste sujet, des acteurs très divers étaient réunis. Décideurs publics nationaux et internationaux, dirigeants d'entreprise ou encore universitaires ont apporté chacun un regard différent pour des débats peut être décousus mais à l'image de l'incommensurable étendue de la question.
Isabelle Kocher (à gauche) et Souleymane Bachir Diagne (à droite), regardent la démonstration de Laurent Fabius (au cent
@ AP - Isabelle Kocher (à gauche) et Souleymane Bachir Diagne (à droite), regardent la démonstration de Laurent Fabius (au cent

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« Les choses ne sont pas très compliquées à comprendre : voyez cette feuille blanche, sa surface représente le niveau des émissions de CO2 aujourd'hui. Je la plie en deux, c'est le niveau d'émission qu'il faudra atteindre en 2030 pour respecter les engagements de l'accord de Paris sur le climat ; je la replie en deux, c'est le niveau qu'il faudra atteindre en 2050 ».

La démonstration de Laurent Fabius, à l'époque président de la COP 21, ne saurait être plus claire et plus visuelle. Aujourd'hui, nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs fixés, avec, déplore-t-il, les projets charbonniers en Asie et le retrait des Etats-Unis du pacte.

Une question de culture

Alors que Donald Trump se cache derrière le progrès technique qui viendrait tout résoudre à l'avenir, Souleymane Bachir Diagne, professeur de philosophie à l'Université de Columbia, y voit une « fuite en avant ». Le propos de ce dernier se voulait optimiste vis-à-vis de l'urgence climatique et sa prise de conscience par les jeunesses des pays du tiers-monde, par exemple celle du Sénégal qui proteste contre des projets gaziers et pétroliers.

"La sobriété énergétique est le point de convergence entre les revendications des lycéens écolos et celles des gilets jaunes".

« La culture de ces pays est souvent plus prête que la culture occidentale à ce sujet : en Wolof, on sait par exemple dire en un seul mot “ce qui nous appartient encore” » explique-t-il en parlant des ressources fossiles. Pour lui il faut sortir du paradigme cartésien, du « se rendre comme maître et possesseurs de la nature ».

S'il s'agit de donner voix à la nature, il n'imagine toutefois pas y dissoudre l'humain à l'image de la Constitution péruvienne dans laquelle la nature est sujet de droits à l'instar de tout citoyen : « Il faut plutôt faire comprendre à l'Homme sa responsabilité ».

Durant cette table ronde très décousue, Samantha Smith, directrice du Just Transition Centre, s'appuyant sur la sortie du charbon en Allemagne, est venue souligner, dans la transition écologique, l'importance de l'accompagnement social des personnes qui y perdent un emploi. « La transition ne peut être brutale » affirme-t-elle en précisant une clé de succès : « il faut donner aux populations des raisons d'y croire : elles doivent se sentir concernées et non menacées ».

Une question d'économie

Pour rallier les populations à la question environnementale, Maria Neira de l'OMS a naturellement évoqué la santé. « L'accord de Paris sur l'environnement, dit-elle, c'est de la santé publique pure et dure » avec une composante économique conceptualisée par le terme « externalité », ce que le marché produit mais dont il ne tient pas compte : 7 millions de morts par an liés aux combustions fossiles en conséquence de maladies pulmonaires, d'AVC ou d'infarctus, chiffre qui ne dit d'ailleurs rien des conséquences qu'a la pollution sur le développement neuronal des enfants.

Sur ce sujet économique, Laurent Fabius parle d'un profond changement : l'économie était auparavant fondée sur la nature comme ressource pour produire, elle tend à se fonder sur la nature comme bien à protéger. « à ce sujet, dit-il reprenant des remarques faites par Michael Bloomberg durant la COP 21, la perspective de long terme ne doit pas faire oublier d'agir à court terme ». C'est en ce sens que s'est exprimée Isabelle Kocher, directrice générale d'Engie.

Et une question de finance

Engie, après plusieurs baisses annuelles de chiffre d'affaires de l'ordre de 10 % autour de 2010 a profondément revu son identité. Ancien producteur d'énergie, la société veut maintenant aider ses clients à faire des économies d'énergie.

« La sobriété énergétique est le point de convergence entre les revendications des lycéens écolos et celles des gilets jaunes » affirme-elle.

Le changement qu'elle raconte n'a pas été simple et a conduit l'entreprise à faire « quelque chose que le marché déteste », c'est-à-dire réduire sa taille pour la réaugmenter quelques années plus tard.

C'est la question de la place des marchés financiers dans les questions environnementales qu'elle pose in fine : comment opérer pareil revirement radical, systémique et qui produit à court terme des résultats négatifs avec un actionnariat qui reste en moyenne neuf mois ? Si son expérience l'invite à l'optimisme, elle met en avant aussi les gros obstacles à franchir.

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