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Droit à la vie, droit à la mort, qu'en est-il en France ?

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Droit à la vie, droit à la mort, qu'en est-il en France ?
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Le débat sur le droit à la vie ou à la mort intéresse tout le monde. Le 18 mars, l'Espagne a voté la “loi de règlementation de l'euthanasie”. Aux Etats-Unis, l'Etat de Virginie a abolit la peine de mort le 24 mars. En France, nos parlementaires ont débattu sur le texte du “libre choix de la fin de vie”. Celui-ci n'a pas été voté par l'Assemblée nationale faute de temps pour les députés d'examiner les presque 4 000 amendements qui ont été déposés et devaient être examinés, pour permettre un vote définitif. “Droit de vie, droit de mort”, le sujet est aussi brûlant aujourd'hui qu'au début de l'histoire humaine.

En cette période de pandémie de la Covid, la mort est omniprésente avec des statistiques quotidiennes sur le nombre de décès en France, en Europe et dans le monde. D'aucuns disent que les partisans du “oui” en profitent pour ainsi surfer sur la vague de sympathie des Français face à la mort qui nous entoure. Les termes tels que “dignité, aide active à mourir ou mort libre et choisie” sont censées adoucir le drame de la mise à mort.

En abolissant la peine de mort, l'Etat de Virginie, mettait fin à 400 ans de pratique depuis le premier condamné à mort pour espionnage, le Capitaine George Kendall, en 1608. L'actuel gouverneur de Virginie, Ralph Northam, affirmait que « le Gouvernement ne prendra pas une vie ; le Gouvernement n'exécutera plus les citoyens ». La peine de mort reste toutefois légale dans 27 autres Etats.

En France, la peine de mort a été abolie en 1981. Le droit du condamné à la vie l'emportait sur le droit de la nation à la mort. On ne peut que s'en réjouir car la vie est le plus précieux des dons.

Que penser alors du fait que durant la période actuelle d'urgence sanitaire de la Covid, l'IVG médicamenteuse a été prolongée jusqu'à la fin de la 7e semaine de grossesse, soit 15 jours de plus que ce que prévoit la loi. Par ailleurs, l'IVG chirurgicale est possible jusqu'à la fin de la 12e semaine de grossesse. Les photos d'un fœtus de 12 semaines montrent un corps avec la tête où l'on distingue nettement le nez et la bouche et les yeux fermés, ainsi que les deux bras et deux jambes, les doigts des mains et des pieds. L'actualité relance donc le débat sur la vie et la mort, mais aussi sur la question de fond de savoir qui a le droit à la vie ou à la mort et surtout qui a le droit de vie ou de mort.

La guillotine est aussi connue mondialement que le Bordeaux et la porcelaine de Limoges

La condamnation à mort et l'exécution existent en France, comme partout ailleurs, depuis les temps immémoriaux. Privilège de la horde, du clan, du chef, du souverain ou de l'Etat, la mise à mort a toujours eu deux finalités : punir et prévenir. On punit le condamné pour son crime, on prévient les autres qui seraient tentés de faire pareil. Le caractère public des exécutions - aussi macabre que cela puisse paraitre aujourd'hui - servait à “donner l'exemple” à la population.

Chacun à son opinion sur la question très personnelle et subjective de la peine de mort. Il n'y a pas de bonne, ni de mauvaise réponse. La peine de mort, dans sa “globalité”, existe sans doute depuis plus de dix mille ans. Dans les toutes premières communautés, elle “punissait”. Dans l'antiquité, elle était une “peine d'exemplarité”. Pendant la période de l'Empire Romain, la peine de mort était rare pour les citoyens romains mais courante pour les autres, par crucifixion pour les révoltés de Sparte ou pour Jésus-Christ, mais aussi sacrifice dans les arènes et châtiment pour certains crimes.

Au Moyen Âge, en Europe, elle était proscrite par la religion catholique mais néanmoins appliquée dans certains cas, notamment –bien que rarement- par l'Inquisition. Par la suite, la peine de mort “s'installa” peu à peu dans le carquois juridico-répressif des pays occidentaux, retrouvant son “utilité d'exemplarité” comme autrefois.

En France, c'est surtout pendant le règne de la Terreur (1793-1794), avec ses plus de 15 000 guillotinés “publics” en moins de 24 mois, que l'on associe la peine de mort et la décapitation. De Louis XVI à Robespierre, en passant par la reine Marie-Antoinette, Danton, Malesherbes, Lavoisier et Charles-Henri d'Estaing, de nombreuses personnalités de l'Histoire de France ont péri sous la lame trapézoïde et tranchante de la guillotine. Cette terrible mais efficace machine à mourir fut aussi dénommée “Louisette”, du nom de son concepteur Antoine Louis, ainsi que “rasoir national, veuve ou bois de justice”.

Il semblerait que ce fut les journalistes et parisiens de l'époque qui la baptisèrent “guillotine”, sans doute pour féminiser et quelque peu adoucir l'horreur de la décapitation. Ils se référaient bien sûr à Joseph Guillotin, médecin et homme politique, qui, le 1er décembre 1789, aurait dit « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d'œil et vous ne souffrez point ».

Bel exemple de sarcasme macabre et révolutionnaire mais aussi sans doute d'humanisme et de miséricorde. N'oublions pas non plus que la décapitation fut adoptée par le parlement en 1791 pour “démocratiser” la peine de mort. En effet, jusqu'alors seuls les nobles avaient le “privilège” d'être décapités par l'épée ou la hache. Les autres condamnés étaient mis à mort par pendaison, bûcher, roue, huile bouillante, écartèlement, etc. C'est ainsi que pour mettre fin au privilège des nobles, les révolutionnaires introduisirent l'article 3 du Code pénal de 1791 qui prévoyait que “Tout condamné [à mort] aura la tête tranchée”. Cette célèbre phrase restera dans le Code pénal français pendant 200 ans. Qu'il soit noble, bourgeois ou roturier, le condamné à mort aura désormais la tête coupée.

Loi du 9 octobre 1981

On pourrait être tenté de faire de l'humour et traiter le sujet avec légèreté en citant Pierre Dac : « je suis pour la peine de mort avec sursis », ou Pierre Desproges : « sans la peine de mort, est-ce la peine de vivre ? », et il est vrai qu'avec humour on peut tout dire.

Le sujet est toutefois grave et c'est pour cela sans doute que le 17 septembre 1981, l'ancien garde des Sceaux et ministre de la Justice, Robert Badinter, présentât à l'Assemblée nationale le projet de loi abolissant la peine de mort. Le texte fut adopté par un vote plutôt partagé, tant des députés (363 pour, 117 contre) le 18 septembre, que des Sénateurs (161 pour, 126 contre) le 9 octobre.

On peut espérer que l'évolution de l'humanité aille inlassablement vers plus d'humanisme pour le bien de l'homme. Il ne s'agit pas de gauche ou de droite sur l'échiquier politique mais de choix entre progression avec un “p” minuscule ou un “P” majuscule.

Cette progression de l'Homme depuis le tout début a été globalement – et fort heureusement – vers le Bien plus que le Mal, même si le Mal a parfois pris le dessus, lors de trop nombreuses époques sombres de notre Histoire. La peine de mort fait précisément partie de ce débat entre le Bien et le Mal, sous toutes ses formes, y compris celles “modernes” de l'avortement et l'euthanasie.

Avortement et euthanasie, droit à la vie et à la mort

L'avortement et l'euthanasie sont aussi des sujets éminemment personnels et subjectifs. Bien sûr, chacun a le droit à son opinion. On serait tenté de le dire encore plus fermement dans ce contexte : oui, chacun a le droit, tous ont le droit. Dans un monde de libertés et de droits démocratiques et républicains, indépendants de tout aspect spirituel, la femme a le droit de “décider” de son corps. Oui, les femmes ont des droits, tous les droits, comme les hommes, comme tout être vivant.

Alors, dans ce contexte, se pose la question “subsidiaire” : si la femme a tous les droits, si l'homme a tous les droits, alors l'enfant prêt à naitre n'a-t-il pas aussi tous les droits ? La personne âgée sur le point de mourir n'a-t-elle pas aussi tous les droits ? Si la femme peut décider de son corps, l'enfant ne le peut-il pas aussi ? Et si cet enfant n'est pas encore capable de parler seul et dire qu'il veut vivre, qui doit le faire pour lui sinon la mère qui le porte dans son ventre ou, à défaut, ceux qui l'entourent, qui sont vivants et qui protègent la vie pour les générations futures ?

D'aucuns posent la question différemment –mais tout aussi légitimement- de la dignité de la vie et du droit à mourir. Le sujet est délicat. On ne va pas interdire le choix d'une personne de mettre fin à sa vie aussi triste que cela soit. Mais la question est tout autre s'il s'agit de participer à ce choix, qu'il s'agisse de la famille, du corps médical ou du gouvernement. Rappelons ce qu'a dit Ralph Northam, gouverneur de Virginie, « le Gouvernement ne prendra pas une vie ». Ne s'agit-il pas de cela ici ? En va-t-il différemment du corps médical ou de la famille ?

La vie est-elle une marchandise ?

La vie est le don le plus précieux qui soit. Le proverbe français “qui n'a santé, n'a rien” est de bon sens mais il est peut-être trompeur car qui dit santé ne dit pas forcément vie, et inversement.

En effet, on peut vivre en mauvaise santé et on peut se gâcher la santé en restant en vie. Mais il faut là aussi distinguer entre le choix personnel et celui d'autrui ; le choix d'une personne de vouloir vivre d'une certaine façon et celui des autres de vouloir décider pour elle, surtout s'il s'agit de vie ou mort.

Jusqu'où va le respect, ou le non-respect, de la vie ? La vie n'est pas une marchandise, comme du Coca-Cola ou une baguette ou un téléphone portable. On ne peut pas décider d'y mettre fin comme on éteint son portable le soir.

Savoir qu'un minuscule spermatozoïde et un tout aussi petit ovule sont capables de s'unir et se développer en un être humain, capable d'envoyer la sonde Persévérance sur Mars, après un voyage de près de 500 millions de kilomètres, est cause de beaucoup de fierté, mais aussi d'humilité. Nous sommes capables de merveilles, mais nous sommes peu de chose en comparaison du merveilleux. Faut-il alors marchander cette vie qui est si belle et si fragile ?




Anne MOREAUX
Journaliste

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