AccueilDroitActualité du droitDominique Simonnot : « Les prisons sont dans un état catastrophique, parce que tout y est contraint ! »

Dominique Simonnot : « Les prisons sont dans un état catastrophique, parce que tout y est contraint ! »

Dominique Simonnot est depuis 2020 la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. L’EFB lui a fait l’honneur de la nommer marraine de la promotion 2023.
Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.
© AP - Dominique Simonnot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté.

DroitActualité du droit Publié le , Propos recueillis par Maxime Monniotte

Affiches Parisiennes : Que représente pour vous ce rôle de marraine de la promotion 2023 de l’EFB ?

Dominique Simonnot : De la fierté. Je viens d'une famille d'avocats et, pour moi, c'est un des plus beaux métiers qui existent au monde, donc je suis très fière.

A. -P. : Que comptez-vous apporter à ces élèves avocats ?

D. S. : Je vais les harceler, je vais les obliger à aller en comparution immédiate. Je vais aller leur faire des cours sur la psychiatrie, sur les centres de rétention et sur tous les endroits où on va, autre que la prison, parce qu’il n’y a pas que la prison. Je les exhorterai à plaider quand il le faut : la folie, l'irresponsabilité. Je les pousserai à se former au droit de la psychiatrie et aux comparutions immédiates qui est une très bonne école pour le barreau afin d’apprendre.

A. -P. : En quoi consiste votre rôle de Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ?

D. S. : Avec André Ferragne (secrétaire général du CGLPL), nous dirigeons une équipe qui, quinze jours par mois, va visiter des lieux de privation de liberté, en tire des constats, des rapports, et dénonce ce qui atteint aux droits des gens qui sont enfermés. Et croyez-moi, il y a beaucoup à faire. Le Gouvernement se prétend audacieux dans tellement de domaines, notamment commerciaux, mais oublie les lieux de privation de liberté. Il faudrait faire, par exemple, comme nos voisins allemands ou espagnols, réduire considérablement la population carcérale en prenant des mesures contraignantes, en l'inscrivant dans la loi. Un mécanisme de réduction carcérale comme vient de demander le Conseil de l'Europe qui est très sévère et qui invite à prendre d'urgence des mesures.

A. -P. : Quel constat général dressez-vous de ces lieux ?

D. S. : Les prisons ou les maisons d'arrêt pour les courtes peines où les prévenus sont présumés innocents sont dans un état catastrophique parce que tout y est contraint. Les gens passent 21 heures sur 24 en cellule, ils sont bouffés de punaises de lit et de cafards. C’est ce qui a été raconté et qui sort en directe ligne de nos rapports. Ils n'ont pas accès à la culture, ils n'ont pas accès à l'enseignement, ils n'ont pas accès au sport, ou que de manière très contrainte. Forcément, il y a trop de monde et le personnel des prisons est contingenté par rapport au nombre de places théoriques et non pas sur le nombre d'habitants.

A. -P. : Avec ces rapports, voyez-vous des avancées ?

D. S. : Oui, il y a certains points sur lesquels nous avançons, mais le principal sujet pour le moment de la prison, c'est la surpopulation. Autre sujet du côté de la psychiatrie, le manque de soignants, la fermeture de lits des soignants, infirmiers et médecins psychiatres, qui font que, bien évidemment, ça rejaillit sur les patients, mais d'ailleurs aussi sur la prison, puisque nous estimons qu’environ 30 % de personnes assez atteintes de pathologies mentales plutôt graves se trouvent en prison. Donc la prison joue le rôle de l'asile.

A. -P. : Quels sont vos objectifs pour la suite de votre mandat ?

D. S. : La surpopulation ! Faire qu’en psychiatrie nous recrutions des gens et que nous rendions plus attractif ce métier dans les services de soins sans consentement. Puis les centres éducatifs fermés pour les enfants. Nous ne devons surement pas créer de nouveaux centres mais améliorer la vie dans ceux qui existent déjà et faire en sorte qu’ils insèrent les gens dans une vie collective au lieu d’achever de les désinsérer.

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