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Dominique Boulbès : « le phénomène du vieillissement bouleverse une société dans tous ses aspects »

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Dominique Boulbès : « le phénomène du vieillissement bouleverse une société dans tous ses aspects »
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Après « La Silver économie, 60 acteurs de l'économie des 60 + » et « Vieillir, le grand vertige », Dominique Boulbès président du groupe Indépendance Royale, spécialiste national de l'équipement du domicile des personnes âgées, et président du fonds de dotation Silver culture, dédié aux projets culturels et scientifiques relatifs au vieillissement, présente son nouvel ouvrage, « Le vieillissement et ses enjeux pour les nuls », préfacé par Michèle Delaunay, ancienne ministre des Personnes âgées.

Affiches Parisiennes : Vous êtes auteur de plusieurs ouvrages sur le thème du vieillissement, dont le dernier en date, « Le vieillissement et ses enjeux pour les nuls », est paru en février dernier. Pourquoi écrire un troisième volet sur le sujet ?

Dominique Boulbès : Le premier livre, « Vieillir, le grand vertige » portait sur les retraités, qu'est-ce que vieillir et que se passe t'il chez un individu qui vieillit. Le deuxième, « La Silver économie, 60 acteurs de l'économie des 60 + », portait sur la silver économie. Mon troisième ouvrage répond à une demande du groupe Editis, dont font partie les Editions First qui éditent Les Nuls. Ils m'ont contacté parce que ce sujet, qui était jusqu'à présent technique, devenait d'intérêt général et qu'ils en avaient identifié un besoin pour la collection. Par ailleurs, le vieillissement a toujours été un angle mort de la pensée occidentale, entendre, des pays occidentalisés. Il y a assez peu de réflexions sur le sujet. Et parce que, jusqu'à présent, ce sujet était cantonné à des débats d'experts, je trouvais intéressant de présenter un panorama global du phénomène de vieillissement sous tous ses aspects. C'est quelque chose qui ne s'est jamais fait. J'ai répondu positivement parce que j'avais la volonté de faire découvrir le vieillissement, de faire partager des réflexions, au plus grand nombre, de façon didactique. C'est un ouvrage pour tous, un ouvrage de transmission.

A.- P. : Vous abordez le sujet du vieillissement à travers quatre grands aspects, le premier étant d'ordre biologique. Pour tenter de le définir, qu'est-ce que le vieillissement biologiquement parlant ?

D. B. : On ne le sait pas bien. Conceptuellement, à un moment donné, les cellules commencent à se dégrader sans bien que l'on sache pourquoi. Il n'y a pas de fatalité au vieillissement, les cellules se renouvellent toute la vie mais à un moment donné, ce mécanisme de reproduction s'arrête. On connait l'effet du vieillissement mais on n'est pas encore sûr du facteur déclenchant. C'est comme avec la maladie du cancer, on ne sait pas toujours exactement ce qui en est à l'origine. Pour cette raison, des chercheurs s'intéressent au transhumanisme, à la possibilité de vivre 150 ans, 200 ans, même à la vie éternelle. D'ailleurs, l'entreprise qui met le plus d'argent dans ces recherches, c'est Google. Beaucoup de gens prédisent une vie humaine ramenée à 250 ou 300 ans. On ne sait pas si ça arrivera mais ce n'est pas de l'ordre de l'impossible. Et c'est assez vertigineux parce que vivre aussi longtemps pose aussi d'immenses problèmes.

A.- P. : Avec une population qui vieillit de plus en plus, l'un de ces problèmes semble être d'ordre démographique. Qu'en sera-t-il de la transition démographique sur le long terme ?

D. B. : La transition démographique est un phénomène très mal connu parce que les gens pensent qu'il y a simplement de plus en plus de monde sur Terre, de plus en plus vieillissant. Or, ce qui est en train de se passer, c'est que dans la moitié de la planète, aujourd'hui, les populations ne se renouvellent plus. Pour qu'une population se renouvelle, il faut environ 2,1 enfants par femme, et ce n'est plus le cas, le taux de reproduction est inférieur à 2. La plupart des pays développés voient leur nombre de naissances s'effondrer. Donc oui, il y a une part de plus en plus grande de personnes âgées parce que l'espérance de vie s'allonge mais, surtout, il y a de moins en moins de jeunes. En Europe actuellement, il y a des populations de pays développés qui sont en train de revenir à leur démographie des années 70 et, à l'exception de l'Afrique, l'ensemble des pays du monde va perdre 250 millions d'habitants. C'est colossal. On vit une explosion démographique, on arrive à la post-transition démographique, c'est à dire à une période où les gens ne font presque plus d'enfants, donc on commence à voir une chute vertigineuse du nombre de jeunes. En 2030, la population du monde comptera plus de gens de plus de 60 ans que de gens entre 0 et 14 ans. Dans cinquante ans, l'Europe comptera 80 millions d'habitants de moins qu'aujourd'hui. Le vieillissement de la population a donc deux composantes, l'allongement de durée de l'espérance de vie mais surtout une chute de la natalité. C'est ce qu'on appelle le vieillissement par les deux bouts de la population. Et ce phénomène impacte notamment les politiques publiques en matière de retraite, de sécurité sociale, mais aussi l'emploi, avec une offre de travail productive qui diminue etc.

A.- P. : Vous prenez l'exemple du Japon dans votre ouvrage. Pour quelles raisons et dans quelles acceptions ?

D. B. : Le Japon est un laboratoire parce qu'il reflète aujourd'hui ce que sera la démographie des pays développés dans vingt ans. Sur la plan économique et financier, on voit un creusement massif des déficits, les comptes publics ne s'équilibrent pas puisque l'on dépense de plus en plus pour les retraites et le déficit de la Sécurité sociale se creuse aussi. Ensuite, le fait que la population vieillisse accélère son vieillissement : plus la population vieillit, plus la vie devient difficile pour les jeunes, plus l'horizon des possibles s'obscurcit pour eux. Au Japon, beaucoup de jeunes parlent de gérontocratie, c'est-à-dire une société administrée par des personnes âgées, et l'espérance en l'avenir disparait petit à petit. Le monde devient aussi de plus en plus virtualisé donc les jeunes ont de plus en plus de mal à trouver leur place au sein d'une population vieillissante. Par ailleurs, quand la population vieillit, il est plus compliqué de trouver des gens pour travailler. C'est pour ça que l'Allemagne a privilégié l'immigration. Le vieillissement entraîne aussi souvent une sorte de fracture territoriale, et c'est le cas en France, parce que les personnes âgées vont davantage dans les campagnes, ont moins besoin que les jeunes d'être proches des entreprises de production ou des centres économiques. De ce fait, les disparités régionales s'accentuent. Le phénomène de métropolisation va de pair avec celui du vieillissement. Le fait que la population vieillisse impacte une société sur tous ses plans, et c'est ce que le Japon nous montre. On y voit aussi des innovations, comme des travailleurs qui se font poser des exosquelettes pour soulever davantage de charges lourdes. En positif comme en négatif, ce phénomène bouleverse les sociétés et c'est l'enjeu principal de beaucoup de pays, dont le Japon.

A.- P. : En France la population vieillit mais semble s'adapter à la société actuelle, ultra numérisée. Paradoxalement, le vieillissement a encore une connotation plutôt négative dans notre société, peut-être parce qu'il peut, à tort, renvoyer à l'idée de dépendance. Quelle est votre vision des choses ?

D. B. : S'agissant du numérique, il faut tout d'abord souligner que les seniors de 60 ans aujourd'hui l'utilisent depuis déjà presque vingt ans, ils baignent un peu dedans. Moi-même, je m'en sers aussi bien que mes enfants. Pour autant, après 75 ans, 47 % des seniors n'ont pas Internet. Donc oui, ils s'y mettent de plus en plus, mais cela reste relatif. On voit également que, si des seniors connaissent bien Internet et ses applications, ils les oublient petit à petit en quittant la vie active. C'est souvent le travail qui nous conduit à nous tourner vers de nouvelles technologies. L'utilisation du numérique décroit en quittant la sphère professionnelle. Or, un senior c'est avant tout une personne qui n'est plus en activité.

Ensuite, il y a souvent une confusion entre vieillissement et dépendance. Après 60 ans, seuls 8 % des gens sont dépendants. La dépendance est un sujet à part et c'est souvent une question de politiques publiques. Le 5e risque de sécurité sociale a été mis en place l'été dernier mais pour l'instant il s'agit d'un regroupement de dépenses. Le coût de la dépendance en France aujourd'hui représente 30 milliards d'euros, distribués par beaucoup d'organismes différents, et ce budget devrait doubler dans les quinze prochaines années. Tous les pays développés sont au fait de ces sujets, même s'ils les traitent de façon différente. Dans les pays en voie de développement ou dans les pays émergents, la culture n'est pas aux maisons de retraite comme chez nous mais de plus en plus de jeunes se tournent vers la ville pour y construire leur vie, laissant leurs parents à la maison dans les villages. Il y a encore aujourd'hui une différence dans les modes de fonctionnement par rapport aux pays développés mais le métropolisation dans le monde l'atténue petit à petit.

A.- P. : Avez-vous l'impression que la crise de la Covid a remis davantage le sujet du sur la place publique et, si oui, de quelle façon ?

D. B. : Oui parce qu'elle a entrainé des débats, qui font suite au mouvement « ok boomer », le fait que les jeunes générations reprochent à la génération d'avant d'avoir détruit la planète et généré de la dette. Durant la crise, des débats sont apparus sur le fait de confiner tout un pays et de « gâcher » la jeune génération. Selon les chiffres, l'âge moyen de décès de la Covid est de près de 85 ans et le nombre de morts de moins de 45 ans est de 60, c'est donc une maladie qui touche principalement les personnes âgées. Or, il y a eu tout un débat sur l'intérêt de sacrifier les jeunes pour sauver les personnes âgées ou encore sur celui de ne confiner que les personnes âgées. J'ai récemment été interviewé sur le sujet de la fracture intergénérationnelle et j'ai exprimé avoir observé une mise à distance, une petite fissure qui commence à apparaître entre les générations. Or, la solidarité entre générations, le respect dû aux anciens, est l'une des seules valeurs universellement partagées, qui existe partout dans le monde, que vous soyez jeune ou vieux, riche ou pauvre. C'est un des trésors de l'humanité qu'il faut préserver, dont on doit s'occuper.

A.- P. : En tant que spécialiste de la silver économie, pouvez-vous nous dire en quoi le secteur marchand s'est adapté au vieillissement de la population ?

D. B. : De façon générale, la silver économie c'est la production des biens et des services impactés par le fait que les consommateurs vieillissent. Elle recouvre trois cercles, le premier étant celui du marché de la dépendance, c'est-à-dire le secteur des maisons de retraite et les entreprises qui leur fournissent des biens et des services. Le deuxième vise les services spécialisés pour seniors, comme Indépendance Royale. Le troisième cercle regroupe les secteurs non spécialisés dans la silver économie mais dont les clients vieillissent. C'est le cas de l'automobile, qui est devenu un marché de seniors, des banques, de la presse, des hypermarchés etc. Il y a beaucoup de business qui voient leur clientèle vieillir et qui, soit essaient de la rajeunir, soit prennent le virage de ce phénomène et adaptent leurs services, notamment dans le secteur de la cosmétique. On voit donc aussi dans la silver économie que le vieillissement est un angle mort de notre société.




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