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Dominique Attias : une vice-bâtonnière au plus près des avocats

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Dominique Attias : une vice-bâtonnière au plus près des avocats

Dominique Attias, la nouvelle vice-bâtonnière de Paris au côté de Frédéric Sicard, a pris ses fonctions le 1er janvier dernier. Elle présente son action dans les deux ans qui viennent, de l'international à l'éthique de l'avocat, en passant par le droit des mineurs, le combat de sa vie.

Affiches Parisiennes : Comment envisagez-vous ces deux années de vice-bâtonnat au côté de Frédéric Sicard ?

Dominique Attias : Je les envisage avec enthousiasme et détermination. J’ai l’intention de remplir à fond mon rôle de vice-bâtonnière –je tiens à la féminisation du titre, quelles que soient les réactions de certaines ou de certains. Je considère ce vice-bâtonnat –assumé pour la première fois par une femme– comme une extraordinaire aventure à mener en commun avec des avocats et des avocates, qu’ils soient membres du Conseil de l’Ordre ou non.
Mon objectif est de mener à bien plusieurs missions pour permettre à Frédéric Sicard d’être pleinement le bâtonnier de Paris.

A.-P. : Quelles seront vos prérogatives ?

D. A. : Le bâtonnier Frédéric Sicard me confie la charge de l’international, l’accès au droit qui a fait en partie, dans le passé, le cœur de mon mandat précédent au Conseil de l’Ordre, le domaine pénal. Je souhaite notamment faire du barreau pénal l’un des fleurons du barreau, avec l’aide des consœurs et confrères œuvrant tous les jours pour assister et défendre ceux qui sont mis au ban de la société. Ils exercent le plus beau des métiers et constituent la fierté de notre barreau, je me dois de leur donner la place qu’ils méritent. J’ai ainsi la charge de m’occuper du transfert au nouveau palais de justice ; Frédéric Sicard prenant en charge la nouvelle maison de l’avocat.

J’assurerai par ailleurs, inlassablement, la promotion de la parité. Je continuerai ce qui fait le cœur de ma passion, le droit des mineurs, le pro bono, toutes ces actions de responsabilité sociale et sociétale insuffisamment valorisées où les avocates et avocats s’investissent jour après jour.

Je souhaite créer également une importante commission « éthique et responsabilité sociale de l’avocat », qui reprend toutes les valeurs qui nous ont portées, Frédéric Sicard et moi, durant la campagne du bâtonnat. A l’intérieur comme à l’extérieur de l’institution, l’avocat doit donner l’exemple à l’ensemble de la société. Nous allons également montrer comment un bâtonnier et une vice-bâtonnière doivent se mettre au service de leurs confrères et de leurs consœurs, sans oublier les élèves avocats, pour leur permettre de saisir le rôle de l’avocat dans la société, son éthique, afin d’y puiser la motivation pour l’avenir. Nous devons aider ces jeunes à s’intégrer dans notre profession et leur permettre de tisser des liens entre eux.

Avec les membres du Conseil de l’Ordre et bien d’autres, nous allons aussi réfléchir, à toutes les problématiques de collaboration, de parité, de diversité, d’égalité au sein de notre barreau, sans oublier les rôles et les valeurs réciproques de l’avocat vis-à-vis de ses partenaires –les banques, les assurances… Les actions bénévoles, le pro bono, seront à l’ordre du jour, afin de promouvoir l’image de l’avocat diffusée dans la société.

Je vais également continuer à mener mon action en faveur des victimes, notamment du terrorisme, et donner aux confrères et aux consœurs la place qu’ils méritent dans les résolutions amiables de tous les litiges, en mettant tous les efforts en commun, notamment avec les associations, que ce soit en médiation, en collaboration, en droit participatif, en arbitrage... Contrairement à sa mission initiale, strictement judiciaire, l’avocat doit aujourd’hui tenir sa place de pacificateur. Tout cela est en phase avec ce que Frédéric Sicard porte, c’est-à-dire la place constitutionnelle que doit avoir l’avocat dans notre société.

Nous avons également réfléchi avec Frédéric Sicard au rôle du bâtonnier. En matière disciplinaire, il est compliqué pour le bâtonnier d’être à la fois celui qui reçoit la confidence et celui qui sanctionne. En conséquence, en ma qualité de vice-bâtonnière, je serai la confidente et il sera l’autorité de poursuite.

A.-P. : Comment allez-vous mener l’action à l’international ?

D. A. : Je vais continuer l’action à l’international notamment à travers deux campus annuels ; un au premier semestre, un autre au second. Parallèlement, nous allons poursuivre nos partenariats institutionnels, en cherchant le fil rouge pour toutes les actions menées.

Mon action –en partenariat avec le CNB– va être plus spécifiquement tournée vers l’Afrique, au sens large du terme, sub-saharienne, mais aussi le Maghreb et le Moyen-Orient et vers l’Amérique du Sud. Ces actions à l’international auront toujours un double objectif : un volet économique pour permettre à notre droit d’exporter ses valeurs et, dans le même temps, cette fonction pérenne du barreau de Paris orientée vers les droits de l’Homme.

Vous connaissez également ma passion pour le droit des mineurs. Je vais réfléchir avec les confrères et les consœurs à la façon d’exporter ce droit et de tisser des liens en ce domaine. C’est un sujet qui me préoccupe depuis longtemps et pour lequel je ne suis pas encore parvenue à franchir tous les obstacles.

Dominique Attias lors de la passation de pouvoir en décembre 2015

A.-P. : Il y a certains pays de l’Est, notamment la Russie, où le droit des mineurs n’est pas suffisamment développé…

D. A. : S’il n’y avait que dans les pays de l’Est ! Dans le cadre du CNB, j’avais justement essayé de mettre en place un projet qui, pour des raisons que je n’ai toujours pas comprises –j’espère qu’elles ne sont pas institutionnelles–, n’a jamais pu aboutir. Il visait à créer des liens avec des avocats de mineurs, notamment en Italie, au Luxembourg, en Belgique, en Espagne. Ce projet visait à rassembler les avocats des différents pays européens et des barreaux qui auraient eu le rôle de formateurs. Nous avions par ailleurs trouvé des barreaux qui acceptaient d’être formés, notamment en Pologne, en Allemagne, au Portugal… autant d’Etats où il n’y a pas actuellement d’avocats spécialisés dans le droit des mineurs.

Dans mes différents voyages en lien avec ce problème, tous les barreaux de l’Est étaient très intéressés par la mise en place d’une réflexion et de groupements d’avocats spécialisés. Je sais donc qu’ils sont demandeurs et je suis naturellement très favorable à la mise en place de ces partenariats. Si je peux avancer dans cette voie pendant mon vice-bâtonnat, je n’hésiterai pas.

 

« Notre bâtonnat est placé sous le signe du travail, de la cohésion et de la continuité. »

 

A.-P. : Quelle sera votre action avec le bâtonnier Frédéric Sicard pour les jeunes avocats ?

D. A. : Notre action sera résolument tournée vers les jeunes avocats. Je me suis rendue compte que nous avions un barreau jeune, extrêmement dynamique, qui n’a pas peur, représenté par tous ces jeunes ouverts à tout. Nous devons utiliser ces forces vives, y compris si ces jeunes ne sont pas membres du Conseil de l’Ordre –il est très important d’associer à nos décisions notre société civile d’avocats–, et profiter de toutes les idées et de toutes les compétences pour aller de l’avant. Le but est d’avoir dans toutes les commissions de jeunes avocats et de jeunes avocates qui ont envie de travailler sur des sujets déterminés pour nous aider à « secouer le cocotier », à nous interroger et à ne pas nous endormir. Bref, ce ne sera pas un bâtonnat de « ronron »…

Ce qui me passionne, parce que c’est ma nature, ce sont les projets à mener à bien, y compris lorsqu’ils semblent impossibles. Je pense que ce sont même ceux qui me plaisent le plus. Relever des défis m’aide à me lever le matin.

C’est l’atout de notre bâtonnat. Frédéric Sicard et moi sommes tellement différents –en ayant naturellement les mêmes valeurs– que nous allons générer une dynamique particulière. J’ai l’intention de montrer que le travail en harmonie est possible et même salutaire pour un barreau aussi énorme que celui de Paris.

A partir du moment où l’on n’est pas dans le pouvoir politicien, dans le pouvoir personnel, mais pour porter ces idées, ces valeurs, pour mener ces combats, ça fonctionne !
 

A.-P. : Avez-vous des précisions concernant l’une de vos propositions de campagne : la nomination d’un médiateur ?

D. A. : Je pense que nous allons mettre en place cette médiation. Au barreau de Paris, ce qui m’a toujours énormément gênée, c’est la toute puissance du bâtonnier. Cette dernière donne l’image d’un pâle pastiche de nos institutions politiques actuelles ; une sorte de roi divin avec la totale liberté de s’égarer... En définitive, sans aucune limite réelle.

Frédéric Sicard va donc certainement demander au conseil de l’Ordre d’en débattre. Il faut que nous ayons une sorte de « contre-pouvoir ». Cette mesure sera salutaire pour l’avenir.

A.-P. : Comment envisagez-vous l’association Paris place de droit qui vient d’être créée ?

D. A : Soyons très clairs. Je n’ai pas été associée à la mise en place de ces associations, y compris Paris place de droit, le prolongement de Droit & Economie fondée par Dominique de La Garanderie. Je vais néanmoins les reprendre à bras le corps, sans l’ombre d’un problème, pour en comprendre la vocation, l’utilité, le fonctionnement... Je suis si peu dans l’ego et tellement dans les projets que ces initiatives sont les bienvenues si elles peuvent servir l’Ordre.

A.-P. : Estimez-vous que la nouvelle composition du Conseil de l’Ordre vous est favorable ?

D. A. : Je n’ai qu’un mot à dire à propos de cette nouvelle composition du Conseil de l’Ordre : géniale. Nous sommes très contents d’être à côté des nouveaux élus. C’est un très bon cru, avec des avocats et des avocates reconnus pour leur puissance de travail. Vous le savez, notre bâtonnat est placé sous le signe du travail, sous le signe de la cohésion et sous le signe de la continuité. Nous demandons aux membres du Conseil de l’Ordre de se déterminer dans les domaines de travail qui pourront les intéresser. Nous voulons laisser à nos successeurs, homme ou femme, un barreau en ordre de marche. Me sentir comme le maillon d’une chaîne est très important pour moi. Ainsi, je ne me sens pas seule, mais investie d’une mission et d’un devoir : m’inscrire dans une lignée et faire le « job » !

De son côté, vous le savez, Frédéric Sicard est une véritable « machine de guerre », et c’est extrêmement rassurant pour moi. Il a des idées sur tout, bien construites, y compris dans les détails... Je suis fascinée par ses capacités de travail.

A.-P. : Que retenez-vous de votre dauphinat ?

D. A. : Il ne s’agit pas exactement d’un dauphinat puisque nous avons été élus fin juin 2015 définitivement, puisque la confirmation de l’élection a été supprimée.

Les quelques mois entre l’élection et notre prise de fonction ont été un peu compliqués, surtout pour moi. Compliqués parce que j’ai d’abord découvert que les gens ne me regardaient plus de la même façon. Par ailleurs, nous n’avions plus l’élan de la campagne avec toutes ces équipes autour de nous.

Nous sommes en période de « doute ». Nous allons donc donner l’exemple. Je crois beaucoup en l’exemplarité. Nous pensons que nos confrères et nos consœurs ne savent pas, ne voient pas, ce qui se passe au barreau.... Il nous faut donc tout mettre en œuvre pour que les avocats du Barreau de Paris comprennent mieux tout ce qui est mis en œuvre à leur service par le Bâtonnier et toutes ses équipes membres du Conseil de l’Ordre et autres.

C’est un travail qui doit être fait. Frédéric Sicard est d’ailleurs l’homme de la situation, à travers sa grande expérience de la gestion des institutions. N’oublions pas qu’il a été secrétaire du Conseil de l’Ordre pendant le bâtonnat de Christian Charrière Bournazel et secrétaire du Conseil national des barreaux. Il a d’ailleurs laissé le souvenir de sa grande efficacité auprès des permanents de ces institutions.

A.-P. : Il est vrai que l’Ordre de Paris représente une véritable entreprise de quelque 260 permanents...

D. A. : En effet, et Frédéric Sicard connaît ces 260 personnes. Il les connaît aussi bien que la responsable des ressources humaines, aussi bien que la directrice générale des services. J’ai pu constater au travers de plusieurs réunions à quel point elles ont eu l’air d’apprécier sa maîtrise de l’institution et tout cela avec une incroyable puissance de travail. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles le Bâtonnier Sicard veut rester le plus possible en permanence à Paris et qu’il m’a confié l’action internationale. Nous nous sentons obligés –au sens premier du terme- à l’égard de tout le barreau.
 




Jean-Paul VIART
Journaliste

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