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Didier Barbet : "Il y a un écart trop important entre les annonces et la réalité du terrain "

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Didier Barbet : "Il y a un écart trop important entre les annonces et la réalité du terrain "
© Didier Barbet

Alors que le président de la République a fait dernièrement connaitre les mesures retenues dans le cadre des Assises de l'entrepreneuriat, un collectif d'entrepreneurs conduit par Didier Barbet, regrette déjà l'écart entre les décisions prises et la réalité économique du terrain. Rencontre avec un homme engagé, prêt à aller au bout de son combat pour la défense des micro-entreprises.

Didier Barbet, vous avez récemment publié une lettre ouverte à la Ministre, Fleur Pellerin. Quel a été l’élément déclencheur de ce courrier ?

En premier lieu une statistique que je partage avec mes homologues européens : 91% des emplois créés le sont par les micro-entreprises depuis 10 ans en Europe. Ensuite, l’article paru dans le journal du dimanche dans lequel Fleur Pellerin semblait se féliciter du bon accueil des annonces issues des Assises de l’Entrepreneuriat. Chat échaudé craint l’eau froide, j’ai accueilli Madame la Ministre, Fleur Pellerin, lors de la finale du Startup Contest en octobre 2012, venue pour calmer le jeu sur la révolte des auto-entrepreneurs quant aux augmentations de charges sociales et aux attaques répétées de la ministre, Sylvia Pinel. Une fois les tensions apaisées, son ministère a tout simplement  ignoré les paroles prononcées. Le contenu même des annonces des Assises est tout simplement risible du point de vue des micro-entrepreneurs, il n’y a rien de concret… La part belle est accordée aux PME, aux ETI, aux grands groupes et en particulier aux investisseurs… Mais absolument rien pour ceux qui labourent au quotidien.

Vous utilisez des termes forts, vous parlez de "génocide entrepreneurial", d’un souhait de mise en oeuvre d’un "Plan Marshall". N’allez-vous pas un peu trop loin ?

Non je crains que je ne sois qu’au début du chemin. C’est simple, lorsque je me suis lancé dans la défense du régime de l’auto-entrepreneur en co-fondant la Fédération des auto-entrepreneurs, il n’y avait rien de fiable et de suffisamment indépendant pour nous représenter. En réalisant maintenant depuis 4 ans la promotion des entrepreneurs, des entreprises et de l’entrepreneuriat en France, je me suis rendu compte que nous étions avant tout des « statistiques » pour les Pouvoirs publics. Nous avons toujours été considéré comme des chiffres, il ne manquerait plus qu’à nous appeler par nos numéros Siret…

Une entreprise qui dépose le bilan, c’est un entrepreneur qui tombe. Un entrepreneur qui tombe, c’est une famille déstabilisée et des vies entières nécessaires pour reconstruire sur des ruines. Je ne peux pas accepter que l’on laisse une situation se détériorer sans agir concrètement. Je ne peux pas concevoir que le sujet soit survolé et balayé d’un simple revers de main. Non, impossible de m’y résoudre, que ce soit pour le million et demi d’individu lancés en auto-entrepreneur comme les 4 millions de micro-entreprises en France.

Vous portez la voix de milliers de micro-entreprises. Êtes-vous nombreux à penser, je vous cite « qu’il apparaît un écart trop important entre les annonces et la réalité du terrain ?»

Je pense qu’aucune micro-entreprise n’a à ce jour de facilités pour se financer, à commencer par l’amorçage, mais également lors de son développement.

Concernant l’accompagnement, les structures Françaises privilégient les entreprises qui ont un capital social à partager. La question du logement est dramatique : quel pouvoir avons-nous auprès des bailleurs ? Aucun et c’est catastrophique. Que se passe-t-il lorsqu’un couple se sépare, avec ou sans enfants, pour se reloger individuellement lorsque l’un d’eux est un travailleur non salarié ? C’est une catastrophe sociale évidente dont personne ne parle. Que voulez-vous que cela apporte le fait de diminuer la taxation sur les plus values mobilière pour une micro-entreprise ?

Combien de millions d’individus, micro-entrepreneurs, créent de la valeur ajoutée, de la croissance, des emplois et ne sont pas écoutés et valorisés comme il se doit ? La révolte sera forte, prenons dès maintenant nos dispositions et cessons d’ignorer une réalité évidente.

Parlons un peu de la question des subventions aux entreprises proposées par le gouvernement, dont vous faites état dans ce courrier.

Ce n’est pas compliqué à schématiser : on nous vend la belle histoire Hewlett et Packard et ce garage mythique où ces deux entrepreneurs à succès ont débuté. Sans conteste, ils ont innové tout au long de leur carrière. Pourquoi ignorons-nous le fait que ces deux micro-entrepreneurs ont débuté seuls et ont construit l’un des monuments de l’histoire entrepreneuriale ? 
L’ensemble des dispositifs qui financent l’innovation et la recherche ne sont pas adaptés à ces entrepreneurs de talents qui démarrent seuls avec les moyens du bord. Les dispositifs tels que « Jeune Entreprise Innovante », « Crédit d’impôt recherche »,« les exonérations sociales et fiscales » sont réservés à des groupes qui ont les moyens de recruter des équipes complètes pour monter et réaliser des dossiers qui s’avèrent non seulement fastidieux mais aussi un véritable piège.

Nous nous perdons en conjecture et la conjoncture ne nous permet pas de perdre du temps ainsi.

Quelles actions concrètes attendez-vous de la part du gouvernement pour venir en aide aux micro-entreprises ?

Des pouvoirs publics, aux organismes d’accompagnement, en passant par les banques, les organismes collecteurs, en passant par l’utilisation intelligente des fonds publics disponibles pour subventionner des moyens pour mieux travailler et avoir une meilleure reconnaissance… il faut tout repenser, d’où l’utilisation de la mise en oeuvre d’un plan Marshall. Nous devons agir vite, immédiatement et en concertation avec tous les acteurs. Nous ne nous contenterons pas de la médiocrité, d’un simple pansement posé sur un cancer généralisé.
 

Pour lire cette lettre ouverte adressée ce lundi 6 mai 2013 à Bercy, avec copie pour information au chef de l’Etat.






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