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Détachement et direction juridique externalisée : l'essor de l'avocat d'affaires

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Détachement et direction juridique externalisée : l'essor de l'avocat d'affaires
© A.P. - Nicolas Leroux, directeur général de Kalexius, Bénédicte Lijour, directrice juridique de Capgemini, Christel Wilbois Lauzeral, avocate à la cour et Stéphane Lefer, fondateur du cabinet Oxygen +.

Aujourd'hui, les avocats ont la possibilité d'étendre leur champ d'action en proposant de nouvelles offres à leurs clients, notamment aux entreprises. Pour aider les affairistes à prendre ce virage, un atelier intitulé “Avocat et services alternatifs aux directions juridiques : détachement et direction juridique externalisée” était organisé lors de la 12e édition du Campus des avocats.

L'atelier a réuni de nombreux avocats d'affaires venus s'informer sur les services dits alternatifs pouvant être pratiqués en dehors de leur cabinet.

Les entreprises souhaitent de plus en plus faire appel aux avocats qui peuvent leur apporter un soutien juridique appréciable et être au plus proche de leurs activités.

Cette immersion, alternative à la prestation juridique effectuée à partir du cabinet, pourra prendre plusieurs formes qu'il s'agisse de venir renforcer l'expertise de l'entreprise cliente ou même de proposer un service complet de direction juridique externalisée. La conférence était animée par Bénédicte Lijour, directrice juridique de Capgemini, Stéphane Lefer, fondateur du cabinet Oxygen+, Christel Wilbois Lauzeral, avocat à la cour et Nicolas Leroux, directeur général de Kalexius.

L'avantage économique des services alternatifs pour les entreprises

Le monde de l'entreprise est en constante mutation en raison des nombreuses réglementations venant impacter son activité. Aujourd'hui, une direction juridique est indispensable pour assurer la sécurité juridique de l'entreprise.

Cependant, « les PME n'ont pas les moyens de s'offrir un directeur juridique à temps plein », introduit Bénédicte Lijour.

Directrice juridique de Capgemini, « la première entreprise de service numérique en France », cette experte maîtrise le sujet. Faire appel à des juristes oblige les PME à faire preuve d'agilité pour que le budget prévu à cet effet soit respecté.
C'est le même problème pour le recours à l'avocat. Les services alternatifs, moins onéreux, viennent ainsi compléter la palette de services que l'avocat peut proposer aux entreprises.

« Les directeurs juridiques peuvent avoir des pics d'activité et donc des besoins ponctuels et alors avoir recours à un service externe », explique Bénédicte Lijour.

Le service externe évoqué se manifeste par le recrutement d'un avocat ou d'un juriste par le directeur juridique en cas de surplus d'activité. Ce recrutement constitue un avantage économique pour les PME. Il prend la forme d'une mission ponctuelle destinée aux juristes et aux avocats qui leur permet d'avoir un complément d'activité.

Tout le monde y trouve son compte car il s'agit d'un gain économique pour les PME d'une part, et les professionnels du droit de l'autre.

Avocat externe : l'homme de la situation

« Quand on a un problème en entreprise, on appelle l'avocat car nous n'avons pas toute sa visibilité de la jurisprudence. Il y a de l'expertise dans l'entreprise mais elle est généraliste », explique Bénédicte Lijour, directrice juridique de Capgemini. En cas de problème, l'avocat est l'homme de la situation.
Le manque d'anticipation oblige les PME à faire appel à des cabinets externes pour se sortir d'une situation de manière urgente. « Les cabinets d'avocats auxquels nous faisons appel restent nos référents en matière d'expertise », ajoute-t-elle.
« En tant qu'avocat externe, vous avez d'un côté votre rôle d'assistance, de conseil, de gestion. Mais vous apportez aussi de l'aide pour la prise de décision et la recommandation d'une meilleure organisation à l'intérieur de l'entreprise », précise la directrice juridique.

« Lorsque je souhaite recruter un juriste, il me faut neuf mois, c'est-à-dire des mois de prise de décision, car je dois obtenir l'accord de la direction générale. Je vous passe les détails d'acharnement, de relance et de justification », témoigne la directrice juridique. Le processus de recrutement interne implique souvent des délais très long pour des besoins ponctuels. Le recours à des prestataires extérieurs permet de réduire considérablement ce temps et de répondre rapidement aux besoins de l'entreprise.

« Quand on a recours à un service externe nous n'avons pas besoin de l'accord de la direction générale », explique-t-elle. « Le recours à des services alternatifs se caractérise par l'habilité, la réactivité et la rapidité», affirme Bénédicte Lijour.

En outre, à ce gain de temps s'ajoutent les facilités d'accès, d'intermédiation et la célérité offertes par le numérique.

Les juristes, nouveaux chefs de projet des PME

Les solutions juridiques alternatives sont nombreuses : détachement d'avocat, direction juridique externalisée, portage salarial, prestataire juriste avocat. Elles permettent aux PME une plus grande flexibilité, mais aussi des gains de temps et de productivité. « En entreprise, ils ont besoin d'avoir des alertes et des conseils pour savoir s'ils sont dans la légalité, car la voie réglementaire n'est pas rapide dans la vie d'une entreprise », poursuit-elle.

L'inflation législative pousse les chefs d'entreprise à s'armer de professionnels du droit au plus proche de leur activité. L'écosystème a fortement évolué, ainsi que la manière dont on mesure les besoins juridiques, notamment en matière de droit des contrats et de protections des données.

« Si je prends l'exemple du RGPD, les dirigeants attendent que vous soyez le chef de projet et que vous proposiez une stratégie pour gérer la conformité », témoigne la directrice juridique.

Avec l'irruption massive des nouvelles réglementations et l'explosion du numérique dans le monde du droit, les PME sont devenues plus exigeantes à l'égard de leurs juristes. Ces derniers ne se limitent plus à un rôle de technicien mais aide directement à la prise de décision. En tant que chef de projet, ils endossent de plus grandes responsabilités que par le passé.

Pour l'ensemble des juristes, ce tremplin professionnel est une nouvelle mission à saisir.

« Je gère une équipe de 17 juristes. Et il n'y en a pas la moitié capable de gérer un projet en tant que tel. Ce n'est pas dans leur culture. Sauf que les entreprises attendent ça : qu'on vienne justement avec les clés en main », explique Bénédicte Lijour. Aujourd'hui, les juristes ont une double casquette en entreprise.

Entre assistance juridique et chef de projet, ils ont une place prépondérante au sein des PME. « Comme nous connaissons les rouages d'une entreprise, les services, les outils et les risques, nous devons avoir une solution packagée. Aujourd'hui, c'est le vrai rôle du directeur juridique », dit-elle avec fermeté devant les avocats attentifs.

« Quand vous êtes prestataire juriste avocat, vous allez la plupart du temps diriger l'entreprise. Le chef d'entreprise est tout seul, donc on participe à la prise de décision et on l'accompagne », confirme Christel Wilbois Lauzeral, avocat à la cour.

L'expertise du cabinet d'avocat

« Aujourd'hui, quand votre président vous pose une question, il n'attend pas deux heures, vous devez avoir la réponse dans l'heure qui suit. Même si vous connaissez un avocat, il est très difficile d'avoir une réactivité dans l'heure. Donc on vous demande de travailler sur cette qualité et cette expertise », explique Bénédicte Lijour en avertissant les avocats sur les attentes des dirigeants de PME.

L'objectif des petites et moyennes entreprises est de renforcer leur expertise en faisant appel à des avocats spécialisés. L'idéal pour elles, est d'obtenir un service complet de direction juridique externalisée grâce à un package contenant des solutions globales pouvant répondre à tous types de situation gênante que pourrait rencontrer l'entreprise dans le cadre de son activité.

Même si les exigences des PME sont grandes pour les avocats, ils peuvent toujours proposer ce service en exerçant en cabinet, sous réserve d'avoir une bonne logistique.

« En entreprise, on se forme et on se challenge avec vous les avocats pour pouvoir délivrer en interne ce service dont on a besoin, qui doit être plus agile et plus réactif », confie la directrice juridique. Désormais, les entreprises font régulièrement des appels d'offres pour séduire les avocats désireux d'offrir leurs services pour répondre à leurs besoins.

En outre, les directions juridiques ne peuvent se permettre d'ignorer l'irruption massive du digital et doivent être attentives aux nouvelles dispositions qui en découlent.

« Le budget d'une direction juridique est de 0,17 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. Toutes les entreprises ont adopté le numérique. Une direction juridique doit donc forcément aller vers le digital », affirme Stéphane Lefer, fondateur du cabinet Oxygen +.

La question de l'indépendance de l'avocat externe

« Il y a quand même une difficulté vis-à-vis de la notion d'indépendance de l'avocat. Comment la gérez-vous au moment où l'on parle de délégation d'avocat au sein de l'entreprise ? Pouvons-nous perdre cette notion d'indépendance qui est dans notre ADN et notre prestation de serment ? », interroge avec fermeté un avocat aux différents intervenants. « Vous gardez cette notion d'indépendance. C'est juste que la profession évolue », lui rétorque Stéphane Lefer. « Votre rôle est d'avertir et d'accompagner. On peut s'opposer à vous. Ce qui signifie que vous gardez votre indépendance », confirme Bénédicte Lijour. Certains arguent que les avocats peuvent travailler en entreprise tout en développant une clientèle à l'extérieur, ce qui plaide pour leur indépendance. « Lorsque l'on est avocat en entreprise, cela permet de libérer la parole. Le rôle décisionnel revenant au directeur juridique. En tant qu'avocat, vous devez suivre une déontologie que vous n'avez pas en entreprise », estime Christelle Wilbois Lauzeral. La parole de l'avocat est respectée pour son expertise pointilleuse et parfaitement libre.




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