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Des experts-comptables alertent sur le risque de défaillance des cafés-hôtels-restaurants

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Des experts-comptables alertent sur le risque de défaillance des cafés-hôtels-restaurants
© Adobe Stock - « Leur trésorerie est en-dessous du niveau normal de la mer ce qui est très inquiétant », alerte Laurent Chapart, président du Cercle perspectives.

Le Cercle Perspectives, regroupant 17 des 60 premiers cabinets d'expertise-comptable français et près de 15 000 professionnels, tire la sonnette d'alarme en publiant une étude chiffrée sur le risque élevé de défaillance qu'encourent les cafés, hôtels et restaurants (CHR) fortement impactés par la crise. Laurent Chapart, son président, propose de soutenir ce secteur qui fonctionne au ralenti depuis plus d'un an, et qui a malheureusement épuisé sa trésorerie, en décalant le remboursement des PGE.

Le secteur des CHR est un des premiers à pâtir fortement de la crise engendrée par la pandémie de Covid. Certains métiers sont particulièrement touchés, notamment dans l'hôtellerie, la restauration traditionnelle, les discothèques et les débits de boissons.

« On s'est concentré sur ce secteur parce que c'est pour nous celui qui est le plus en danger aujourd'hui compte-tenu du volume d'entreprises et de salariés que ça représente », explique Laurent Chapart, président du Cercle Perspectives.

Représentant 3 % de l'ensemble des salariés, ce secteur est en effet le 6e employeur en France et compte environ 960 000 actifs dont 20 % en Ile-de-France.

Selon cette étude inédite, le niveau de risque de défaillance des CHR en Ile-de-France s'établit à une moyenne de 53 %, contre 50 % au niveau national. Il est plus élevé pour les débits de boissons franciliens (64 %), suivis des établissements de restauration traditionnelle (54 %), des hôtels et autres hébergements (52 %), et enfin de la restauration rapide (46 %). Des chiffres inquiétants qui restent très élevés malgré la possibilité offerte aux restaurateurs de faire des livraisons.

« Les zones les plus tendues sont celles où il y a le moins de tourisme, sauf pour Paris qui a un tourisme particulier, international et d'affaires, et qui souffre beaucoup de la crise », souligne Laurent Chapart.

4 chiffres témoins du malaise des CHR

Menée auprès d'un panel de plus de 1 500 établissements indépendants CHR issus de toutes les régions de France, l'étude mesure le risque de défaillance en tenant compte de quatre indicateurs clés : la consommation du Prêt Garantie par l'Etat (PGE) ; l'usage de l'activité partielle ; le retard sur les charges sociales et fiscales ; et les impayés fournisseurs.

« Ce sont pour nous, professionnels du chiffre, les indicateurs qui représentent le mieux la situation de danger des opérateurs sur le métier des CHR, et qui valent d'ailleurs pour tous les secteurs », explique Laurent Chapart. « Si on a déjà consommé tout ou partie de son PGE, qu'on a du retard dans le paiement de ses charges sociales et de sa TVA, mais aussi de ses fournisseurs, tout ça relate bien la situation actuelle de l'entreprise et engage sa situation future », illustre-il.

A l'échelle nationale, l'analyse par typologie de risque de défaillance fait ressortir des résultats disparates. Sans surprise, 85 % des établissements issus de l'échantillon ont recours à l'activité partielle, qui joue pleinement son rôle d'amortisseur pour le secteur.

En revanche, la grande majorité des établissements indépendants ont entamé leur PGE pour payer leurs frais fixes et préserver leur flexibilité financière, dans l'attente d'un assouplissement des restrictions sanitaires. Une situation jugée « très préoccupante » par le Cercle Perspectives qui souhaite alerter les Pouvoirs publics et la société sur la nécessité de les soutenir davantage.

« Avec ces indicateurs, on s'aperçoit que plus des deux tiers des entreprises ont fortement entamé leur PGE et on estime que ceux qui sont à risque de défaillance sont supérieurs à 50 %, ce qui est énorme », alerte Laurent Chapart.

Si un certain nombre d'établissements ont pu « tourner une partie de l'année », notamment les saisonniers qui ont ouvert cet été, et d'autres « travaillent encore un peu » comme les petits hôtels, les cafétérias et la restauration rapide en livraison, d'autres sont à l'arrêt complet depuis plus d'un an.

Nécessité de décaler le remboursement des PGE

« Si dès demain, sous prétexte que les terrasses, puis les salles pourront rouvrir, et qu'on commence dès le premier matin à demander à tout le monde de faire comme si rien ne s'était passé, donc à leur demander de commencer le remboursement leur PGE sur un délai de 5 ans, ça ne va pas pouvoir se faire », dénonce-t-il.

L'étude révèle en effet que 31 % des établissements affichent un retard de paiement des charges sociales ou fiscales.

« Leur trésorerie est donc en-dessous du niveau normal de la mer ce qui est très inquiétant ».

En revanche, seulement 18 % des CHR accusent des impayés fournisseurs : les chefs d'établissement ont donc fait le choix de payer leurs engagements, au détriment des charges administratives, afin d'assurer l'approvisionnement des marchandises lors de la réouverture mais aussi par esprit de solidarité avec leur écosystème. Une bonne chose qui ne change rien au fait que les caisses sont vides et que, même si l'activité reprend, les charges vont s'accumuler au remboursement de la dette dès le mois de juin.

Le Cercle Perspectives propose ainsi comme solution de décaler le remboursement du PGE avec une période de franchise de 2 à 3 ans et qu'on le prolonge sur une période totale d'au moins 10 ans.

Conjoncture qui fragilise le secteur

« L'Etat pense qu'en claquant des doigts ils vont pouvoir faire face à un désendettement en cinq ans alors que ces activités ont déjà un endettement normal élevé. Il va falloir davantage de temps pour s'en remettre », commente Laurent Chapart.

Un constat plutôt alarmant surtout sachant que ces métiers sont extrêmement dépendants de la conjoncture économique et de la saison estivale. Malheureusement, ils risquent de redémarrer leurs activités que petitement les premiers mois, d'abord aux vues de la conjoncture sanitaire qui impose toujours des mesures barrières et le couvre-feu, surtout dans les zones où le virus circule encore beaucoup comme l'Ile-de-France, mais aussi car ils ont des charges fixes assez lourdes.

« Ce sont des métiers, on ne le sait peut-être pas assez, où les marges ne sont pas énormes. Il faut donc que ça tourne globalement pleinement pour que ce soit profitable », souligne-t-il.

A la question « Que pensez-vous de l'éventuelle taxe que la mairie de Paris souhaite faire payer aux établissements ayant installé une terrasse sur une place de stationnement devant chez eux ? », ce dernier répond que ce n'est « vraiment pas un grand signe de solidarité » ni une mesure faite dans le bon timing. Il aurait certainement fallu attendre davantage après le redémarrage, cette annonce est selon lui « extrêmement maladroite ». « C'est déjà suffisamment dur, ils n'avaient pas besoin de ça ! », s'exclame l'expert-comptable en prenant la défense des dirigeants des CHR.




Anne MOREAUX
Journaliste

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