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DENIS BARBAROSSA :Le congrès de Clermont va nous donner les clés pour conquérir le marché du conseil

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DENIS BARBAROSSA :Le congrès de Clermont va nous donner les clés pour conquérir le marché du conseil
© DR - Denis Barbarossa, président de l'Institut français des experts-comptables et des commissaires aux comptes

Président de l'Institut français des experts-comptables et des commissaires aux comptes, Denis Barbarossa achève son 18e mois de mandat à la tête du syndicat professionnel. Il revient sur les mesures du projet de loi PACTE impactant les professions du chiffre. Le président de l'Ifec trace également l'évolution nécessaire de l'exercice et le profil du cabinet d'expertise-comptable de demain.

Affiches Parisiennes : Pouvez-vous nous parler de votre action au sein de l'IFEC depuis que vous en avez pris la présidence ?

Denis Barbarossa : Cela fait 18 mois que j'ai été élu à la présidence de l'IFEC. Le Bureau national et moi avons mené de nombreuses actions politiques, je pense bien sûr au :

- Projet de loi pour un État au service d'une société de confiance (ESSOC) ;

- Projet de loi PACTE ;

Dans ce cadre, l'IFEC a sollicité ses adhérents à travers ses 28 sections régionales, son Bureau national et ses commissions pour élaborer des propositions qui ont été transmises aux parlementaires pour positionner la profession au service des entreprises, c'est-à-dire au service de l'économie nationale, pour répondre aux besoins des petites et moyennes entreprises.

Si la consultation s'est voulue, au départ, participative, l'élaboration de la loi l'est beaucoup moins. Force est de constater, l'annonce faite par Bruno LE MAIRE, le 22 février 2018 à Colmar et sa volonté de supprimer les commissaires aux comptes dans les petites entreprises. Volonté qui semble ne pas être en cohérence avec la volonté du Gouvernement de renforcer la lutte contre la fraude fiscale.

Nous constatons que le PACTE, terme qui signifie qu'il y a accord, est honteusement élaboré essentiellement par des politiciens, des théoriciens de l'économie ; malgré les nombreux entretiens obtenus par notre syndicat, malgré, les avis des professionnels de terrain que nous sommes mais le plus souvent ignorés.

Or, notre expérience est une expertise en soi. Les auteurs du PACTE nous ont, une fois de plus, considéré comme de simples exécutants et non comme de véritables professionnels de l'économie, de la croissance.

Le processus qui visait « une grande réforme de l'économie » laisse un goût amer d'occasion ratée plus particulièrement pour le rôle essentiel des commissaires aux comptes au sein de notre économie nationale.

Bien sûr, nous poursuivons notre combat tout comme la CNCC auprès des sénateurs et leur implication sur les territoires pour limiter les pertes en séance publique jusqu'à la commission mixte paritaire avec les amendements que l'IFEC continue de porter notamment pour obtenir à minima que nous restions actifs dans les groupes, au sens où nous entendons cette notion de groupe.

Nous devons rester UNIS, MOBILISES, FAIRE FRONT et ne pas mener d'actions isolées ou « quitter le navire » quand la tempête gronde, comme certains le font actuellement ou encore chercher un prétendu coupable si ce n'est le Gouvernement aveuglé par ses convictions et sa méconnaissance de notre Profession.

Nous restons vigilants et actifs sur d'autres sujets tels que le Prélèvement à la source (PAS) ou le TESE. Nous avons été le premier syndicat de la profession à réagir vivement à ce sujet et nous avons toujours mené un combat contre celui-ci, rappelant les risques pour les entrepreneurs, rappelant au ministère de tutelle qu'il agissait d'un marché privé, concurrentiel, fonctionnant convenablement. Nous continuons de mener le combat pour faire prendre conscience à la tutelle que c'est une hérésie. Nous avons eu par ailleurs des déclarations très favorables de la CPME contre le TESE, lequel reste un risque important pour les chefs d'entreprise ne disposant pas de maîtrise notamment juridique et sociale du sujet

A.-P. : Vous parlez d'UNION, de FRONT COMMUN, la profession fait elle entendre sa voix auprès des parlementaires, du Gouvernement ?

D. B. : Nous agissons IFEC, CNCC et CSOEC de concert pour défendre la profession du Chiffre dans son ensemble et penser à son avenir.

Le Conseil supérieur a obtenu gain de cause sur l'ensemble des amendements concernant l'avenir de la profession, portés par Charles-René Tandé. Nous avons ainsi obtenu des avancées très importantes comme le maniement de fonds, l'expert-comptable en entreprise, le mandat implicite... Beaucoup de sujets en gestation depuis longtemps qui aboutissent enfin, en un temps record.

Parallèlement, nous nous préparons à une véritable révolution du commissariat aux comptes avec le relèvement des seuils qui va nous contraindre à réinventer cette profession, avec des milliers d'emplois en jeu. Depuis le mois de février et l'annonce de Bruno Le Maire, l'IFEC s'est battu.

Le syndicat a rencontré les ministres à plusieurs reprises, à Bercy, à la Chancellerie, mais aussi à Matignon pour défendre notre vision du commissariat aux comptes. Le commissaire aux comptes est rémunéré par son client au bénéfice des actionnaires, au bénéfice des salariés, au bénéfice de l'écosystème financier. C'est toute la difficulté de cette mission d'intérêt général peut-être trop mal connue et trop mal comprise. Nous avons continuellement et inlassablement cette profession en présentant un ensemble de propositions pour un commissariat aux comptes au service de l'intérêt général et nous avons proposé de nombreux amendements.

Nous trouvons, en effet, assez inéquitable qu'une entreprise qui se développe, passant de TPE à PME et de PME à ETI, se retrouverait dans un environnement plus contraint d'un point de vue économique et législatif qu'un chef d'entreprise qui ne monte pas de holding, qui pourrait multiplier les TPE de 10 ou 20 personnes, sans commissaire aux comptes, sans suivi de l'égalité entre actionnaires, sans certitudes pour les salariés... Ce message est aussi compris par des entrepreneurs qui souhaitent, eux-aussi, une égalité de traitement.

A.-P. : Pour les seuils, des délais sont prévus. A vos yeux, sont-ils suffisants pour permettre à la profession de commissaire aux comptes de s'adapter ?

D. B. : Dans l'article 9 de loi PACTE tel qu'il est formulé aujourd'hui, les mandats actuels terminent leur vie, ce qui représente un délai moyen de trois ans si on pondère sur l'ensemble d'un portefeuille. Ce qui laisse aux cabinets un délai pour s'adapter et se repositionner sur d'autres marchés.

Je pense néanmoins à tous les confrères qui se sont endettés pour acheter ou s'associer dans des cabinets actifs en commissariat aux comptes et qui auront un passif avec la disparition totale de l'actif, ce qui pose naturellement un problème important. L'IFEC s'est très tôt engagé sur le sujet de l'indemnisation. Il me paraît indispensable qu'un syndicat patronal s'intéresse de très près à ce sujet en se rapprochant de Bercy pour ouvrir des négociations.

Quand on est un entrepreneur responsable, on a une visibilité sur son marché. Sur ce point Bercy nous met face à une situation difficile. L'IFEC se devait d'engager cette démarche de demande d'indemnisation, ce qui m'a été reproché à plusieurs reprises, notamment par ECF.

Il me paraît pourtant responsable et indispensable d'engager cette démarche et d'accompagner nos consœurs et confrères sur ce sujet d'indemnisation. Nous avons déjà chiffré le préjudice, en intégrant le facteur humain, le facteur logiciel et le facteur foncier, et nous sommes à la disposition de tous ceux qui souhaiteraient un accompagnement sur ce sujet

A.-P. : On peut aussi imaginer que le commissaire aux comptes reste en place. Beaucoup d'entrepreneurs ne souhaitent pas se priver de ce commissariat aux comptes qui est pour eux un gage de sécurité juridique et financière, apprécié par les banques. Il convient donc peut-être de relativiser ces pertes de mandats ?

D. B. : Difficile de relativiser quand nous sommes confrontés à un tsunami ! Je parcours les territoires où s'expriment la colère, l'indignation, le désarroi, l'incompréhension, autant de sentiments légitimes face à la brutalité de cette loi.

Très tôt dans les négociations et les discussions avec Bercy, l'IFEC a pris attache avec la FBF – Fédération Bancaire Française, NDLR – et France Invest, l'ex-Afic – Association des investisseurs pour la croissance, NDLR – pour s'assurer du soutien des investisseurs en capital et en endettement, et connaître leur point de vue.

Ils ont évidemment besoin de sécurité financière, de s'assurer que les comptes soient justes et que les dirigeants respectent correctement leurs obligations. On ne peut pas aujourd'hui chiffrer ces mandats non obligatoires dans le portefeuille de nos cabinets ni prévoir la réaction du marché.

Les commissaires aux comptes ne certifient pas que les chiffres. Ils auditent également tous les aspects légaux, sociaux... Sur tous ces sujets, leur intervention est indispensable, même si on ignore dans quelle mesure le marché prêteur aura encore besoin de la profession.

La communication de l'IFEC est importante auprès de ces différents acteurs. La CNCC a également une action importante. Jean Bouquot a très rapidement pris attache avec les investisseurs.

A.-P. : L'objectif de la loi PACTE est de dynamiser les PME et l'économie. Pensez-vous que c'est un bon texte, en dehors des problématiques liées à vos professions ?

D. B. : Toute réforme visant à simplifier et à dynamiser l'économie est évidemment positive. Je ne peux donc que soutenir la loi PACTE. Ceci dit, je suis libéral, je regarde les chiffres et que je constate l'écart entre la France et l'Allemagne, notamment au niveau des taux de prélèvement. Ce n'est donc pas la mission du commissaire aux comptes qui pèse le plus lourd dans les résultats des entreprises. Quand la France prélève 140 milliards d'euros par an de plus que l'Allemagne, je pense que c'est là que le bât blesse. Sur ce plan, la loi PACTE n'apporte pas de solutions.

A.-P. : Il faudrait donc lui adjoindre une réforme fiscale ?

D. B. : Il faudrait une réforme d'ampleur de la dépense publique qui permettrait, dans un deuxième temps, de minorer les prélèvements. C'est un chantier important, quand on sait que l'Etat dépense 55 à 56 % du PIB français, c'est-à-dire 56 % de la richesse créée. C'est en diminuant ces dépenses qu'on libérera vraiment l'énergie de nos PME.

A.-P. : A travers toutes les évolutions que vous venez d'aborder, comment voyez-vous le cabinet d'expertise-comptable de demain ?

D. B. : C'est exactement la thématique de notre Congrès qui a eu lieu à La Grande Motte, les 5 et 6 juillet dernier et a connu un vif succès avec près de 500 participants (professionnels de l'expertise comptable, du commissariat aux comptes, chefs d'entreprise et partenaires).

En effet, face aux importants challenges à relever et aux nombreuses mutations (missions et réglementation, ressources humaines et attractivité, outils et innovation) que connaît la Profession, l'IFEC a consacré son 29ème Congrès à la thématique « Réinventons le cabinet ; nouvelles pratiques, nouveaux clients : quels modèles économiques ? ».
Nous avons consacré une conférence : « Rendez-vous avec l'avenir. Et si nous poussions les murs ? » à laquelle Charles-René TANDE, Président du CSOEC, Jean BOUQUOT, Président de la CNCC participaient et ont tracé l'avenir de la Profession à l'aune des mesures de la loi PACTE.

À cette occasion, j'ai insisté sur la nécessité pour la Profession d'être en perpétuel mouvement pour innover, pour s'adapter aux évolutions de la société, aux besoins des clients et pour bâtir la profession de demain.

J'ai, ainsi, rappelé l'enjeu déterminant que représente le numérique pour l'avenir des cabinets considérant qu'au-delà du confort du régalien, la profession doit se préparer à une nouvelle ère. Pour cela, le professionnel du chiffre doit rester au cœur des flux et devenir indispensable dans sa bonne gestion, notamment pour développer des missions de conseil et être le Conseiller numérique des TPE et PME.

Le cabinet de demain pourra donc accélérer le traitement du flux de l'information comptable. L'automatisation telle que nous la vivons aujourd'hui, telle que nous l'avons proposée au cours de notre tour de France, a vocation à alléger encore les travaux de nos collaborateurs. Néanmoins, ce n'est jamais qu'un outil. L'objectif est d'optimiser des flux traités de mieux en mieux et de plus en plus vite.

A l'IFEC, l'objectif est de faire en sorte que l'information comptable soit traitée et analysée le plus rapidement possible, pour être restituée au client et non plus simplement à l'administration fiscale ou aux banques, comme c'est encore trop souvent le cas. Le numérique doit nous permettre d'informer le client quasiment en temps réel, afin qu'il puisse benchmarker ses résultats par rapport à son secteur et obtenir un conseil le plus efficace et le plus rapide possible

Pour aller plus loin, nous nous sommes engagés auprès des congressistes et plus généralement auprès de la profession, à accompagner les cabinets dans leur travail prospectif, dans l'élaboration d'orientations stratégiques de gestion de ressources humaines mais aussi à mettre en avant les outils et les clés nécessaires à leur réussite.

A.-P. : Le deuxième enjeu du numérique est aussi la blockchain ?

D. B. : Nous l'avons évoquée le 27 septembre dernier avec les adaptations de ces technologies aux enjeux de la profession. La blockchain va révolutionner les relations avec les tiers de confiance que sont les notaires, les avocats, les experts-comptables et les commissaires aux comptes. A l'IFEC, nous avons la conviction qu'elle va notamment alléger le contrôle des factures. Cela n'empêchera pourtant pas le client d'avoir besoin d'analyse et de conseil. Ce qui fait aujourd'hui la valeur de la mission de l'expertise-comptable, ce n'est pas de produire un bilan, mais d'analyser la donnée.

Le cabinet de demain sera donc évidemment numérique, mais pas forcément digital. Nous représentons actuellement 20 000 points de contact sur le territoire. J'ai coutume de comparer notre profession à La Poste. Cette dernière a fait sa révolution numérique avec succès. C'est un acteur de proximité, à l'écoute de son environnement, en B to C comme en B to B. L'ambition de notre profession doit être aussi de conserver cette proximité avec l'entrepreneur. Deux millions et demi d'entreprises sont aujourd'hui nos clientes. Les cabinets digitaux perdent la proximité. Nos 20 000 professionnels sont là pour l'assurer.

Le numérique nous aide surtout à réduire les tâches à faible valeur ajoutée. Nous devons industrialiser beaucoup plus les travaux comptables, de façon à être plus libérés sur la mission de conseil, en visitant nos clients de façon plus régulière. L'identification de nos spécificités et de nos compétences particulières répondra à une demande forte des clients, avec des experts-comptables apportant une image de marque et une sécurité au marché. Notre déontologie et notre formation d'excellence de la profession sont aussi des vecteurs de confiance appréciés par nos clients. Notre marché va donc s'élargir, avec cette identification plus visible de nos champs de compétence.

A.-P. : Le congrès de la profession se tient cette année à Clermont-Ferrand. Avez-vous un message pour vos consœurs et vos confrères ?

D. B. : Mon premier message est naturellement “Venez à Clermont”. A travers ce congrès, nous voulons porter un message d'avenir pour la profession, encore une fois en lien avec les attentes du marché. Ce sera aussi l'occasion de faire un break avant d'attaquer une nouvelle période fiscale ; un moment important de réflexion, sur un avenir à construire ensemble, et de détente dans cette ville et cette région qui nous accueillent. Mais c'est surtout un moment de rencontre et de partage. La profession a besoin de se retrouver pour échanger et pour réfléchir à son avenir.

Ressources humaines

« Quoi qu'en disent nos chers penseurs Laurent Alexandre et Nicolas Bouzou, nous avons un bel avenir puisque la profession a beaucoup de difficultés à recruter. Quand on prend les chiffres de variations d'effectifs, nous n'avons pas réellement de baisse nette. Nous n'avons jamais cessé d'embaucher. Notre profession est un bel ascenseur social. On peut y accéder avec un CAP, un Bac pro, un BTS... C'est l'une des rares professions accessibles à différents stades qui permette d'entrer, de travailler, de ressortir étudier et d'entrer à nouveau si on le souhaite. Nous faisons un métier passionnant au contact de l'économie, de la croissance, au contact de l'entrepreneur et de son projet. Nous l'accompagnons pour grandir. Nous avons parfois des moments un peu moins drôles que la moyenne, mais qui n'en a pas... Après le numérique, l'IFEC s'engage aujourd'hui à s'attaquer au dossier des ressources humaines pour aider les cabinets à mieux recruter et à mieux conserver les talents. Nous allons, par ailleurs ; faire passer des messages sur l'attractivité de nos métiers. »




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