AccueilInterviewDavid Liling, directeur associé du groupe Ikos : « Le ferroviaire est une industrie en plein essor »

David Liling, directeur associé du groupe Ikos : « Le ferroviaire est une industrie en plein essor »

La société de conseil en ingénierie Ikos, implantée à Levallois-Perret, poursuit son développement. Entreprise pionnière créée en 2005, Ikos est devenue en quinze ans le leader du secteur ferroviaire. Aujourd'hui forte de 1 200 ingénieurs répartis dans 21 bureaux implantés en Europe, aux Etats-Unis et au Canada, elle recrute quelque 100 personnes dans le pays, dont 50 en Île-de-France. Il faut dire qu'avec le Grand Paris Express, les projets ne manquent pas dans la Région. David Liling, directeur associé chez Ikos, revient sur les enjeux d'un secteur qui devrait tirer son épingle du jeu, puisque selon lui, « malgré le contexte de crise économique auquel nous avons été confrontés, la filière ferroviaire a toujours été l'une des plus préservées, et a bénéficié de plans de relance dynamiques ».
David Liling, directeur associé du groupe Ikos : « Le ferroviaire est une industrie en plein essor »

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Affiches Parisiennes : Quels sont vos domaines d'intervention ?

David Liling : Ikos est organisé autour de cinq domaines de compétences. Tout d'abord la signalisation et les systèmes de contrôle commande, qui font référence à l'automatisation des lignes de métro, ou encore à l'homogénéisation des systèmes de signalisation européens. Je citerais ensuite le domaine du matériel roulant. Il s'agit d'accompagner les industriels dans la conception et la validation des différents constituants dudit matériel. Ikos intervient aussi sur les sujets relatifs aux télécoms et courants faibles.

On peut évoquer les programmes de déploiement infrastructures 3G/4G dans le réseau RATP ou l'intégration du Wifi dans les trains pour améliorer l'expérience voyageurs. Ikos est également spécialisé en énergie et courants forts : la partie génie électrique et électrotechnique relative aux problématiques d'alimentation des lignes ferroviaires. Enfin, nous intervenons dans le domaine du génie civil et de l'infrastructure pour tout ce qui concerne les études et les travaux sur les voies ferrées, les caténaires…

De manière transverse, nous offrons des expertises métier, en sûreté de fonctionnement (études de sécurité, de fiabilité, de maintenabilité et de disponibilité), en gestion de projet, et en conduite d'opération/d'OPC (mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination).

A.P. : L'une de vos expertises principales concerne les automates de conduite. La ligne 1 du métro a-t-elle été un projet phare en la matière ?

D.L. : Oui, c'est un projet majeur, même si les mises en services commencent à dater. Ce projet constitue une première mondiale car la grande particularité sur ce projet de ligne 1 était de moderniser une ligne historique qui utilisait des rames (donc avec des conducteurs) et de l'automatiser intégralement en utilisant des navettes sans conducteurs, sans interrompre l'exploitation de la ligne, pour que ce soit transparent pour l'usager. Cela a été un chantier majeur pour la RATP et Siemens. Des équipes Ikos ont été impliquées tant côté exploitant que côté industriel, sur des activités d'ingénierie systèmes, d'essais et de mise en service, et aussi dans la réalisation des études de sûreté de fonctionnement.

Suite à la ligne 1, les équipes Ikos ont pris le relais sur des projets de 2 types : les projets d'automatismes intégrales et les projets d'interchangeabilités.

Côté automatisme intégral, on peut citer le projet de la ligne 4. On peut voir que des façades de quai sont déployées sur l'ensemble de la ligne. C'est justement pour pouvoir, sur le modèle de la ligne 1 et de la ligne 14, sortir à terme une ligne de métro 100 % automatique.

Les projets d'interchangeabilité concernent eux les lignes 3, 5, 9, 6 et 11. L'objectif est de moderniser les automatismes de conduite de ces lignes en déployant des systèmes “communication based train control“ (CBTC) tout en conservant les conducteurs.

A.P. : Sur quels projets intervenez-vous au niveau du Grand Paris, voire de la Grande couronne ?

D.L. : Concernant les projets qui ont vocation à étendre leur rayonnement sur la Petite et la Grande couronne, il y a effectivement le projet EOLE (Est – Ouest Liaison Express). Le RER E, qui part aujourd'hui de Chelles – Gournay et Tournan, à l'est de Paris et dont le terminus est Haussmann Saint-Lazare, sera prolongé de 55 km et desservira la Porte Maillot, le quartier de La Défense pour relier Nanterre dès 2022, et Mantes-la-Jolie en 2024.

Pour ce projet EOLE, les équipes Ikos interviennent sur la conception du système NExTEO afin de moderniser le système de signalisation, en créant justement un hybride CBTC-ERTMS pour le RER.

" Les projets ferroviaires sont des projets d'intérêt commun "

Ikos est également impliqué sur le projet phare du Grand Paris Express, projet ambitieux pour lequel il s'agit d'ajouter 200 km de lignes au réseau actuel. La première brique à laquelle Ikos a participé est l'extension de la ligne 14 jusqu'à Mairie de Saint Ouen (inaugurée en décembre dernier). Nous avons aussi contribué à l'extension vers Saint-Denis Pleyel, et, de l'autre côté, vers Orly (sur des activités d'ingénierie système pour le nouvel automatisme qui sera déployé sur cette ligne).

Ikos intervient auprès des différents acteurs mobilisés (Systra, filiale de la RATP, la SNCF, Egis…) pour les accompagner sur l'ensemble des lignes, 15, 16, 17 et 18. Aujourd'hui, des consultants Ikos sont mis à contribution tant sur des problématiques liées au génie civil (aux créations de gares sur tout le réseau francilien), que sur les parties systèmes (concernant les automatismes de conduite, les systèmes de supervision). Ce sont des sujets ambitieux, avec énormément de parties prenantes. Ikos réalise des activités d'OPC et de gestion d'interface : lorsque beaucoup d'acteurs sont amenés à interagir pour la concrétisation de ces projets, nous intervenons en tant que facilitateur pour gérer ces problématiques entre les différents métiers et les différents acteurs.

A.P. : Les incertitudes qui pèsent sur la réalisation des lignes du Grand Paris vous inquiètent-elles ?

D.L. : 2020 a été une épreuve pour tous et une année qui nous a permis de faire rentrer l'incertitude dans notre quotidien… Aujourd'hui, certes il y a des incertitudes, mais les projets ferroviaires sont des projets d'intérêt commun. Selon moi, ils verront le jour tôt ou tard. Surtout quand on sait que les Pouvoirs publics encouragent leur développement. Le ferroviaire est une industrie en plein essor et une alternative aux autres modes de transport qui peuvent être plus énergivores, plus polluants. On a toujours vu naître des projets ferroviaires en sortie des crises.

" L'expertise de la filière ferroviaire française est reconnue au niveau mondial. "

Nous nous sommes concentrés sur la région parisienne, mais nous avons aussi de nombreux projets en France et dans le Monde : Métro de Toulouse, LGV Paris Lyon, Métro de New York, par exemple. Malgré le contexte de crise économique auquel nous avons été confrontés, la filière ferroviaire a toujours été l'une des plus préservées, et a bénéficié de plans de relance dynamiques. C'est plutôt de bon augure et nous avons la chance en France d'avoir des acteurs qui sont largement plébiscités (RATP, SNCF, Alstom…) sur la scène ferroviaire mondiale. L'expertise de la filière ferroviaire française est reconnue au niveau mondial. C'est d'ailleurs une des raisons qui explique le fort développement d'Ikos à l'international. Le groupe est présent dans 10 pays aujourd'hui, et déploie notre offre en Europe et à l'international

A.P. : Vous annoncez 50 embauches en Île-de-France ?

D.L. : Oui, pour nous le recrutement est fondamental : nous sommes une société de conseil en ingénierie. Développer notre expertise et notre savoir-faire passe par notre capacité à bien recruter, à bien former et à bien fédérer. C'est au cœur de la stratégie d'entreprise d' Ikos. Et je pense que le ferroviaire n'est pas toujours assez bien connu pour des jeunes qui sortent de formation. Nous recrutons des ingénieurs consultants et des ingénieurs d'affaires, qui travaillent ensemble pour développer les relations de nos partenaires et l'expertise de l'entreprise.

Donc oui, nous embauchons des ingénieurs de toutes disciplines en Île-de-France. Nous avons même construit une masterclass ferroviaire, pour faciliter l'intégration d'ingénieurs qui n'étaient pas coutumiers du secteur. Il y a une vraie immersion au travers d'une formation purement ferroviaire pour les aider à faire leurs premiers pas et les accompagner sur les projets que j'ai évoqués.

A.P. : Malgré la crise, l'Île-de-France garde-t-elle toute son attractivité à vos yeux ? et avec le développement du télétravail ?

D.L. : La réponse est difficile. Nous n'avons pas encore suffisamment de recul. Pour une activité telle que la nôtre, le télétravail et le management des équipes à distance sont évidemment des enjeux importants. Le contexte actuel nécessite de se renouveler dans ses modes de management pour toujours garder le lien, la relation aux équipes et pouvoir fidéliser autour d'un projet commun.

Ensuite, Paris est la capitale : l'attractivité de la zone sera toujours présente. On y trouve les grandes universités et les grandes écoles, les grands aéroports, les grandes dessertes et les sièges de nombreuses entreprises.

L'attractivité passe aussi par la capacité à innover, et à se renouveler. C'est pourquoi Ikos attache un soin particulier à investir dans l'innovation pour cette filière ferroviaire. Nous travaillons sur des sujets de R&D liés à la cybersécurité, à la maintenance prédictive, à l'hydrogène. Ikos souhaite véritablement apporter sa contribution et faire en sorte que ces technologies deviennent de plus en plus répandues dans la filière ferroviaire.

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