AccueilInterviewDavid Gordon-Krief: Mon rêve ? Que dans deux ans, les confrères disent "ils ont travaillé pour nous"

David Gordon-Krief: Mon rêve ? Que dans deux ans, les confrères disent "ils ont travaillé pour nous"

Candidat au bâtonnat du barreau de Paris 2016 au côté d'Hubert Flichy, David Gordon-Krief réagit durement à la candidature du vice-bâtonnier, Laurent Martinet, et revient sur les grands axes de sa propre campagne.
David Gordon-Krief: Mon rêve ? Que dans deux ans, les confrères disent

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Affiches Parisiennes : Vous êtes candidat au bâtonnat avec Hubert Flichy, comment se déroule cette campagne ?

David Gordon Krief : Cette campagne se passe très bien. Si nous sommes candidats, c’est d’abord par volonté de partage et d’actions au service de notre barreau. Pour Hubert Flichy et moi, le plus beau d’une campagne, c’est l’échange d’idées, de réflexions, de projets avec les confrères, et pas forcément ceux que l’on a l’habitude de rencontrer au quotidien. Nous écoutons beaucoup, nous confrontons nos idées… Il faut savoir écouter pour comprendre, comprendre pour décider et décider pour agir. J’ai vérifié cela mille fois tout au long de mes expériences syndicales en tant président de l’UJA de Paris et de l’UNAPL. Le report des dates de l’élection a néanmoins été très mal vécu pour tous les candidats qui avaient commencé à faire campagne.

A.-P. : Quel problème ce report a-t-il posé ?

D. G. K. : Lorsque j’ai évoqué le projet de ma candidature, au cours de l’année 2013, j’en ai discuté avec mon épouse, avec mes associés et j’ai commencé à rencontrer des amis de ma famille associative et syndicale. Hubert Flichy et moi avons parlé sérieusement de notre candidature à l’automne de la même année, pour une élection qui, selon les usages, devait avoir lieu en novembre 2014. C’est lourd une campagne de bâtonnat. Je suis avocat de plein exercice, je suis marié, j’ai deux enfants. En 2013, ma fille avait 11 ans, mon fils 14 ans. C’est une véritable organisation de travail et de vie qui se met en place. Début 2014, on nous dit ‘‘les élections ne sont plus fixées en novembre 2014, mais en juin 2015’’. En mai 2014, nouvelle modification du calendrier, le conseil de l’ordre annonce novembre 2015. Après un passage devant le Conseil national des barreaux, la date de l’élection est finalement fixée à juin 2015. De la part des dirigeants actuels du barreau de Paris, il n’était pas correct de faire ces modifications.

Quand vous avez des gens qui se déclarent candidats en intégrant une règle du jeu et qui prennent des engagements vis-à-vis de leur famille, de leurs cabinets, on ne modifie pas les données au milieu de la campagne. Il est effarant de changer la date d’une élection uniquement parce que le bâtonnier considère que le dauphin ‘‘lui enlève de la lumière’’. Il décide pendant le cours de son propre mandat de modifier la règle d’élection au bâtonnat pour se mettre dans une certaine forme de confort. De plus, huit mois plus tard, le vice-bâtonnier décide de profiter lui-même de la règle électorale qu’il a fait varier… Cela n’existe dans aucune organisation démocratique. Ce genre de décision, si elle était prise par une organisation politique ou professionnelle au pouvoir pour changer la règle électorale avant une élection, ferait hurler les gens… Je trouve cela inacceptable et déloyal.

A.-P. : Vous ne trouvez pas légitime la candidature de Laurent Martinet ?

D. G. K. : Avant de répondre précisément à votre question, je voudrais préciser qu’il ne s’agit aucunement d’un problème d’homme, ni même en réalité de savoir si un vice-bâtonnier peut se présenter au bâtonnat. La seule question qui doit se poser est de savoir si on peut s’appliquer à soi-même la modification d’une règle électorale dont on est l’auteur et parallèlement si l’institution ne se retrouve pas négativement impactée par cette décision. L’allégorie que je prends est celle d’un Tour de France, avec le franchissement des Alpes et des Pyrénées, puis une fois encore les Alpes – avec la modification du calendrier –… Puis, on arrive à Bourges, à quelques encablures des Champs-Élysées, et quelqu’un – appartenant au comité d’organisation – modifie la règle, monte sur son vélo et dit ‘‘moi je commence là !’’. C’est particulièrement étonnant de ne pas voir davantage de sources autorisées – avocats, magistrats, médias… – crier au scandale ! La question n’est pas de savoir si un vice-bâtonnier peut se présenter au bâtonnat… Inévitablement, des problèmes surgissent ! Comment faire pour encadrer la campagne d’un vice-bâtonnier s’il est en exercice pour respecter l’égalité des armes ?

L’institution du vice-bâtonnier a été inventée par Jean Castelain et Jean-Yves Le Borgne sur le constat qu’à deux, on est plus fort, plus performant pour piloter un barreau comme celui de Paris. À mes yeux, il est impossible de bien faire son travail de vice-bâtonnier pendant deux ans et, dans le même temps, de se présenter à l’élection suivante. Surtout cela veut dire que le vice-bâtonnier en exercice « arrête » son mandat au milieu et ne respecte donc pas la volonté des électeurs ! La beauté de notre système par rapport à la politique générale, c’est justement que le renouvellement est impossible. Je suis un fervent défenseur de cette règle. Ce « non-renouvellement » impose la continuité de l’action engagée par l’énergie d’autres hommes et d’autres femmes. On n’a d’autre choix que de travailler puisqu’on ne peut être réélu. Vous n’êtes jamais dans l’hypocrisie, dans l’invective, dans le conflit d’intérêts et surtout, on reste avocat.
La modernité, c’est la continuité de l’action et certainement pas celle de maintenir les mêmes hommes et femmes indéfiniment aux postes de responsabilité.

A.-P. : Cette candidature du vice-bâtonnier est pourtant tout à fait possible…

D. G. K. : Pour beaucoup, selon les textes en vigueur, cette candidature n’est pas interdite mais elle n’est pas non plus autorisée ! Les textes disent ‘‘le vice-bâtonnier siège au côté du bâtonnier durant la durée de son mandat’’. Ils disent ensuite ‘‘le bâtonnier et le vice-bâtonnier ne peuvent se présenter directement à leur réélection’’. Dans ces conditions, le bâtonnier pourrait-il se présenter au vice-bâtonnat ? Est-ce que cela aurait un sens ? Toujours textuellement, le bâtonnier décide des attributions du vice-bâtonnier. Il peut donc dire qu’il a exactement les mêmes pouvoirs que lui. C’est d’ailleurs à peu près ce que font Pierre-Olivier Sur et Laurent Martinet, une espèce de co-bâtonnat. Laurent Martinet fait même plus que cela en termes de délégation de pouvoirs. Il siège à la vice-présidence de droit du CNB et il est président de l’EFB ; postes habituellement attribués au bâtonnier. En d’autres termes, pour ces délégations de pouvoirs, où il a les attributs du bâtonnier, Laurent Martinet se succède à lui-même s’il est élu bâtonnier… Ce qui, pour le coup semble clairement interdit !

A.-P. : Laurent Martinet arrive également avec un bilan, contrairement aux autres candidats…

D. G. K. : Là également c’est un problème car son mandat n’est qu’à la moitié ! Nous trouvons par ailleurs surprenant de s’attribuer un bilan collectif et souvent fondé sur des actions initiées sous d’autres mandatures. Par ailleurs, quel bilan ! La gestion des gouvernances, nationale et locale, a été, sincèrement, tout à fait désastreuse en 2014. Jamais les divisions entre Paris et la province n’ont été aussi fortes alors même que le vice-bâtonnier siégeait en qualité de vice-président de droit du CNB. Comme la réforme de l’EFB ! Avec Hubert Flichy, nous avons mis en place un groupe de travail réunissant trois ou quatre étudiants de l’actuelle promotion et des trois précédentes. Les jeunes nous disent aujourd’hui leur amertume devant un programme dont les modifications ont été plus cosmétiques que réelles…
Quant à l’absence de réaction, ou plutôt d’anticipation, par rapport au déplafonnement de nos cotisations où à la réforme de la CNBF, comment se satisfaire de cette action ?

A.-P. : Comment vous distinguez-vous des autres candidats en lice ?

D. G. K. : Je crois que dans une candidature, il y a à la fois les candidats, le programme et la capacité à faire. Il me semble que notre programme est à la fois concret, pragmatique dans tous les domaines. Nous voulons un rescrit déontologique, nous voulons une obligation de résultat, nous voulons un corps de déontologues professionnels qui réponde avec trois degrés d’urgence. Sur la discipline, nous voulons la séparation entre l’autorité de poursuite et le bâtonnier… Nous voulons créer le plaignant, partie au procès… Voilà des choses extrêmement concrètes. Concernant les services, nous voulons une banque de l’avocat, une refonte de la protection sociale, etc. Nous voulons instituer un service mutualisé qui permette de fusionner la demande de création de cabinets d’avocats avec l’offre des anciens qui voudraient céder leur cabinet. Nous voulons créer une bourse d’échanges… Nous voulons mettre en place ce qu’Hubert Flichy appelle « Les seniors du pro bono » avec de jeunes retraités qui ont envie d’aider les confrères. L’application est révolutionnaire. Aujourd’hui, certains avocats affrontent un accident de la vie ou ont simplement le désir de prendre un peu de recul… Quand ils travaillent dans un cabinet structuré, pas de problème. La continuité des dossiers est assurée. Mais ceux qui exercent en individuel, comment font-ils ? La question n’est pas seulement d’avoir une assurance type « homme-clé »… L’Ordre est capable d’aider, mais pas à ce point. Nous voulons donc faire intervenir nos seniors du pro bono, qui vont pallier ces absences. Ils vont intervenir sans être rémunérés et ils vont tenir le cap, sans le moindre risque de concurrence, puisque ce sont de jeunes retraités. Nous avons déjà des dizaines de confrères qui ont répondu favorablement. Ces seniors sont aussi prêts à aller sensibiliser au droit dans les écoles. C’est nous qui avons relancé cette idée après les attentats contre Charlie Hebdo. Nous avons alors écrit ‘‘il faut davantage d’avocats dans les écoles !’’. Qui mieux que les avocats pour parler aux jeunes de laïcité, de liberté d’expression et je travaille à cet égard avec les services de la présidence de la République dans le cadre de la préfiguration de la réserve citoyenne ? Voilà des choses très concrètes, comme l’est la labellisation des plateformes informatiques, d’offres de bureaux. L’Ordre peut se porter caution… Nous avons également annoncé, le 5 février, la création de la Maison des services connectée et accessible à tous nos confrères du barreau de Paris… En résumé, nous voulons un Ordre accessible, protecteur, conquérant et audacieux.

A.-P. : Derrière le programme, il y a également les candidats…

D. G. K. : Oui, il y a les hommes et les femmes qui le portent, une vision, une image. Ils doivent donner aux électeurs le sentiment qu’ils sont capables de mettre en œuvre leurs idées. Imaginez qu’au matin des élections, tous les candidats défendent exactement le même programme, synthèse de toutes les bonnes idées émises par les uns et par les autres. Je pense que les électeurs votent selon la personnalité des candidats, les atomes crochus, mais aussi le binôme qui paraît être celui qui a le plus de chances de faire, donc celui qui a le plus d’expérience, qui a le plus de capacité à fédérer et qui est le plus représentatif des diversités de l’exercice. Le meilleur binôme est celui qui a le plus de capacités à entraîner, à faire bouger les lignes. Sur ces qualités-là, Hubert Flichy et moi sommes clairement différents. Sur les aspects compétences, histoire, capacité à réaliser et réalité de ce qui a été fait, il y a une réalité concrète. Prenons Hubert Flichy. Il n’est pas issu du sérail, il est fils et petit-fils de militaire. Il s’est fait tout seul. Il passe 25 ans chez Gide, le plus prestigieux cabinet français. Il le quitte il y a 15 ans pour se lancer dans la matière la moins cotée, le droit social. Aujourd’hui, son cabinet emploie près de 100 personnes, avec plus de femmes associées que d’hommes. Il est précurseur. C’est une réussite d’entrepreneur totale, absolue. Aucun des candidats n’a un tel parcours professionnel. Parallèlement, il a créé un syndicat spécialisé en droit du travail (Avosial) – 400 membres en 10 ans –, et le Centre national d’arbitrage du travail. Cet homme est un modèle pour moi. Qui a aujourd’hui cette expérience au sein du barreau ? Il mérite le respect. Pour ma part, je suis fils et petit-fils d’avocat. Je suis né au sein de cette profession que j’aime profondément. Trois générations d’avocats qui ont exercé en même temps, mon grand-père, ma mère et moi. J’ai fait une partie de mes études aux États-Unis et j’ai travaillé dans les grands cabinets anglo-saxons. J’en suis fier. J’ai contribué au développement du cabinet que mon grand-père avait créé. Aujourd’hui, le bureau compte 25 personnes à Paris et à Marseille. Côté syndicalisme professionnel, j’ai œuvré au sein de l’UJA de Paris, la FNUJA, le Conseil de l’Ordre… J’ai également piloté l’ensemble des professions libérales au sein de l’UNAPL. Je suis actuellement président du groupe des professions libérales au Conseil économique social et environnemental au sein duquel je me suis principalement occupé de la dépendance et la perte d’autonomie des personnes âgées et de porter l’influence de la France par le droit. Tout cela ne fait pas de moi un homme meilleur, un avocat plus intelligent, mais je vous garantis que quand nous avons eu à discuter, à négocier pour les infirmiers libéraux, les architectes ou les experts-comptables, avec les syndicats – FO, CGT… – ou les membres du gouvernement, de gauche comme de droite, j’ai su m’engager et surtout fédérer ! C’est une question d’expérience, de sérieux et de compétence.

A.-P. : Qu’allez-vous mettre derrière les portes de la Maison des services ?

D. G. K. : Cette « Maison des services » a une vraie histoire. Quand j’étais président de l’UNAPL, j’ai constaté que les professionnels libéraux n’avaient aucune structure d’accompagnement pour l’installation, la formation… Contrairement aux artisans – chambre de l’artisanat –, aux agriculteurs – chambre d’agriculture – et aux commerçants – chambres du commerce et de l’industrie. Vous y entrez, on vous accueille, on vous forme et on vous accompagne pour recruter des gens, pour vous protéger socialement, pour trouver des emprunts… Nous n’avions rien de tout cela au sein des professions libérales. Nous avons donc eu l’idée de créer des maisons des professions libérales (MPL). Nous en avons monté plus de vingt en France en trois ans, en Bretagne, dans les Pays de Loire, dans le Sud-Est…Pour répondre aux besoins, nous avons recruté des professionnels de la finance, de la formation… qui, dans des lieux physiques, ont accueilli, conseillé et formé. Avec Hubert Flichy, nous avons décidé de faire la même chose avec les avocats. Notre Maison des services est évidemment un lieu physique mais également une Maison connectée car l’évolution du numérique permet de réaliser cela. Je veux que tout confrère qui y rentre, avec une question qui touche sa vie personnelle ou professionnelle, soit aiguillé et aidé par quelqu’un. Et tout ce qui existera physiquement et numériquement.

A.-P. : Quelles sont les idées phare de votre programme ?

D. G. K. : L’objectif que nous devons tous avoir, est de trouver de nouveaux territoires pour développer la profession. Je suis incurablement optimiste, car les économistes et les sociologues prévoient que, dans l’avenir, la plus forte croissance est dans le conseil et, au sein du conseil, dans le droit. Nous sommes dans un monde où le besoin de droit est exponentiel. Les grands penseurs, les grands avocats et nos institutions doivent l’expliquer en tous lieux pour parvenir à convaincre que le droit est un moteur de croissance, un élément indissociable de la structuration des rapports sociétaux. Sans droit, c’est l’anarchie et le totalitarisme. Sans droit, il n’y a pas de développement social harmonieux. Notre génération d’avocats doit se réapproprier Du contrat social de Rousseau. C’est l’élément majeur de notre campagne. Nous vivons dans un monde où nos concitoyens, qu’ils soient particuliers ou entrepreneurs, considèrent que le droit est une somme d’interdits. Toutes les autorités de contrôle – sanitaires, Cnil, CSA, DGCCRF… – et les tribunaux sont considérés comme créés pour sanctionner la violation d’interdits. Nous avons en France un rapport paranoïaque au droit. L’avocat est par ailleurs le mauvais élève des professionnels du droit, par rapport aux notaires, par exemple. Nous avons donc un énorme, mais nécessaire, travail à entreprendre. Je suis d’ailleurs très optimiste car les avocats anglo-saxons ont depuis très longtemps ce rapport à la société. Si nous parvenons à faire passer cette idée, alors l’avocat devient un partenaire de vie et un partenaire de croissance. Il nous faut un observatoire – c’est dans notre programme – qui regarde ce qui va se passer demain. Quel sera le besoin de droit dans les sociétés française et européenne en 2040 ? L’évolution des besoins, des outils ? La manière d’exercer la profession de demain, personne ne sait à quoi elle ressemble ! À nous de l’inventer si nous ne voulons pas mourir – robotisation, concurrence des experts-comptables, des ONG, des associations… – Comment définir le programme de formation de l’EFB si nous n’avons pas de réponse à ces questions ?
Il nous faut également poursuivre et accélérer le travail de « lobbying » notamment en matière de protection du secret professionnel et d’accès au droit. Les avocats doivent être présents partout et voir leur rémunération enfin revalorisée en matière de défense d’urgence et d’aide juridictionnelle. Nous devons, par ailleurs, travailler d’urgence à renouer des relations de confiance avec l’ensemble des magistrats devant lesquels nous plaidons à titre habituel. Nous ne nous résoudrons pas à un monde où les avocats seraient privés de parole !

A.-P. : À vos yeux, quelles aides le barreau doit-il apporter aux jeunes avocats ?

D. G. K. : Très concrètement, la mutualisation et la labellisation de la plupart des services. Au moment de l’installation des jeunes confrères, nous devons être capables de conseiller le porteur de projet en termes de marché, lui proposer d’éventuelles associations, nous devons être capables de mutualiser les cautions… Nous aurons également une banque de l’avocat qui pourra financer et des conventions avec des sociétés spécialisées… Côté protection sociale, nous négocions des conditions extrêmement intéressantes – assurance homme-clé, retraite, dispositif Madelin ou optimisation –. Nous proposons, par ailleurs, un pack mutualisé de plateforme informatique « open source » où, pour quelques dizaines d’euros, les avocats trouveront toute la documentation dont ils ont besoin. Parallèlement, nous mutualisons des services simples « SOS nounous et tracas de la vie quotidienne »… C’est simple, mais il faut le faire ! Voilà de l’ultra concret !
Chaque avocat est un entrepreneur en puissance. Nous l’aiderons en modifiant la procédure en matière de taxation d’honoraires, nous créerons un Dailly spécifique pour optimiser la trésorerie… Une partie de ces services existent, mais il faut imaginer tout cela globalement. L’idée nouvelle, c’est un vrai guichet unique, une vraie professionnalisation des services. Notre projet, c’est que l’ordre soit véritablement au soutien des avocats dans leur quotidien. Ils doivent obtenir très rapidement une réponse lisible, pérenne et précise. Nous avons là, une obligation de résultat !

A.-P. : Avec de tels programmes, pourquoi l’élection au bâtonnat enregistre-elle un tel taux d’abstention ?

D. G. K. : D’abord, comparons… Nous avons finalement une participation assez forte par rapport à d’autres professions : 40 à 45 %, ce n’est pas rien ! Pour moi, cela reste néanmoins insatisfaisant. Il y a plusieurs raisons à cette démobilisation. Si les avocats ne votent pas, c’est d’abord parce que cette élection ne les intéresse pas. Beaucoup se disent, ‘‘c’est une bande de coquins ou une bande de copains’’. Les coquins ? Non, ce temps est révolu. Les copains ? Des gens qui se préparent de beaux voyages ? Ce n’est pas faux pour une infime minorité, mais dans leur grande majorité, nos membres du Conseil de l’Ordre font un travail de très grande qualité.

Le problème, c’est qu’on ne met pas assez en valeur cette implication des membres du Conseil de l’Ordre, des personnels de l’Ordre, et la quantité de choses réalisée au quotidien pour les confrères. Ceux qui ne sont pas intéressés ont tort. Tout ce que fait l’Ordre doit les passionner. C’était le sens de notre premier colloque, le 5 février « Et si l’ordre n’existait pas ! », à travers cette idée « Vous ne vous rendez pas compte de ce que l’ordre fait pour vous ! » : modalité d’exercice professionnel, litiges entre collaborateur et patron, entre associés d’une même structure, problématique du respect de la confidentialité ou de la défense de la défense, du lobbying des avocats… Tout cela est pris en charge par l’Ordre, mais il ne le fait pas savoir. Si les avocats comprennent que l’Ordre est à leur service, nous allons les reconquérir. Que doit-on faire pour leur donner envie ? C’est le thème de notre prochain colloque du 20 mai. Égalité professionnelle et dans égalité, je mets parité, diversité, qualité de vie au travail et engagement solidaire. Nous allons créer le barreau entrepreneurial au féminin. Je veux donner aux jeunes avocats qui lancent leur cabinet les moyens de coaching. Je voudrais que nous puissions mettre tous les avocats au même standard de qualité et d’envie. Mon rêve, c’est que dans deux ans, les confrères disent ‘‘ils ont travaillé pour nous !’’ ». Si nous y parvenons, alors nous aurons 80 % de votants.

A.-P. : Pensez-vous poursuivre l’exonération des charges ?

D. G. K. : Si nous avons les moyens financiers, bien sûr que nous le ferons. Mais la question n’est pas là. Nous avons 25 % des confrères qui gagnent moins de 30 000 euros par an. Comment faire baisser ce taux ? Voilà l’engagement que nous devons prendre : aider ceux qui sont dans la difficulté, mais surtout de faire en sorte qu’il y en ait le moins possible. Meilleure formation, des MOOC avec la connaissance exponentielle que nous allons pouvoir donner à tous. Mais surtout accompagner des avocats dans les nouveaux territoires du droit et les nouvelles pratiques professionnelles (MARD) !

A.-P. : Et concernant la gouvernance ?

D. G. K. : Le cœur du cœur, c’est évidemment la gouvernance. Tant que le bâtonnier de Paris n’acceptera pas de dire ‘‘il y a un président des avocats de France, ce n’est pas moi, il n’est pas concurrent et j’ai déjà beaucoup à faire dans mon barreau’’, nous n’y parviendrons pas ! Le barreau de Paris est certes le premier barreau de France, mais il n’est pas là pour parler au nom de la profession d’avocat. Il est là pour travailler avec ses représentants. Pour la gouvernance de la profession, c’est aujourd’hui le CNB, qui devra bien sûr être réformé, et tous les avocats français derrière lui… Nous en sommes loin encore ! Soit nous sommes une profession unie et nous parlons d’une seule voix soit nous sommes désunis et nous n’obtiendrons rien…

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