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Crocis : des difficultés d’approvisionnement des entreprises franciliennes persistantes

L’allongement des délais de livraison et l’accès limité à certaines fournitures, conséquence de la crise sanitaire, devraient perdurer.
Crocis : des difficultés d’approvisionnement des entreprises franciliennes persistantes
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Si ces derniers mois, l’activité économique est repartie dans la plupart des pays, tout comme la demande concernant de nombreux produits, les mois d’arrêt des chaines logistiques au plus fort de la pandémie ont perturbé les échanges internationaux et ont entrainé un allongement des délais de livraison. Un phénomène que la guerre Ukraine est venue aggraver.

Conséquence en Ile-de-France, les entreprises connaissent des difficultés d’approvisionnement de matières premières comme de produits finis nécessaires

à leurs activités. C’est dans ce contexte que la Chambre de commerce et d’industrie (CCI Paris Ile-de-France) a mené une enquête auprès de 955 entreprises franciliennes du 5 au 15 avril 2022, afin de mesurer les principales difficultés d’approvisionnement et leur impact sur l’activité.

Situation internationale défavorable

La crise sanitaire a particulièrement affecté les entreprises et mis à l’arrêt la majorité des économies mondiales. Avec la reprise de l’activité économique, la hausse des prix de certaines matières premières s’est accélérée et a révélé qu’une perturbation des chaînes logistiques mondiales pouvait mettre de très nombreux mois à se résorber. Le monde a redécouvert l’interdépendance de ses économies s’agissant de la production, et s’est rendu compte, avec l’affaire du blocage du canal de Suez en mars 2021 à cause d’un porte-containers, des conséquences énormes que celui-ci pouvait avoir sur le commerce international. Enfin, le conflit russo-ukrainien a mis un peu plus encore en exergue la dépendance d’approvisionnements en provenance du monde entier de la France et l’Europe.

En Ile-de-France, le conflit a de nombreuses conséquences directes sur l’économie, notamment la hausse de l’inflation. Selon l’enquête menée par la CCI Paris-ile-de France, seules 6 % des entreprises affirment avoir des relations commerciales directes avec la Russie et/ou l’Ukraine. Néanmoins, beaucoup d’entreprises de la région, même si elles n’ont pas de rapport direct avec le conflit, pâtissent du manque de matières premières et de la hausse des prix. Parmi les entreprises interrogées ayant une présence dans l’un de ces deux pays, 64 % y ont des clients et 38 % des fournisseurs, certaines entreprises y ayant à la fois des clients et des fournisseurs. En outre, 76 % de ces entreprises ont noté une baisse de leur activité depuis le début de la guerre.

La force d’exportation de l’IDF

Avant la crise sanitaire, l’Ile-de-France était la première région française pour l’export, avec 21 % des exportations françaises de biens, moins tournées vers l’Europe mais davantage vers les États-Unis et l’Asie par rapport au reste de l’Hexagone. L’Europe reste le principal destinataire commercial de l’Île-de-France, avec 54,3 % des exportations de biens, contre 64,8 % au niveau national. La deuxième région du monde pour les exportations franciliennes est le continent américain, avec un montant de 20,5 milliards d’euros, dont 80 % concernent les États-Unis. En effet, le continent américain est une destination particulièrement prisée par l’Île-de-France, puisque cette zone géographique représente 19,7 % des exportations franciliennes, contre 11,8 % pour la France. A l’aube de la guerre en Ukraine, 45 % des entreprises franciliennes interrogées estiment que leur activité à l’international est stable, 33 % en baisse et 21 % en hausse, mais avec de fortes disparités sectorielles, le commerce et l’industrie-construction étant beaucoup plus touchés par la baisse d’activité à l’export que le secteur des services.

Des problèmes d’approvisionnement qui s’amplifient

Les difficultés d’approvisionnement des entreprises franciliennes sont en constante augmentation. Ainsi, 45 % des sondés déclarent rencontrer actuellement de telles difficultés, en hausse sur ces derniers mois pour 94 % d’entre elles. Par ailleurs, 96 % des entreprises interrogées estiment que ces dernières ont fait augmenter les tarifs des fournisseurs. Par conséquent, 57% d’entre elles ont répercuté cette hausse sur leurs propres prix. Pour faire face à ces difficultés, 55 % des répondants ont essayé de trouver de nouveaux fournisseurs et 31 % ont reporté des commandes.

L’industrie agro-alimentaire en mauvaise posture

A ce panorama plutôt défavorable s’ajoute le risque de pénurie de matières premières agricoles, accéléré par la guerre en Ukraine. Les entreprises de la restauration et les ménages, qui doivent déjà faire face à des ruptures de stock d’huile de tournesol, s’inquiètent maintenant du blé. En effet, la guerre ukrainienne, l’isolement commercial de la Russie et les importantes sécheresses en Inde et au Pakistan pourraient provoquer d’importante pénuries pour l’hiver prochain. D’ailleurs, l’Inde, gros pays producteur, a déjà annoncé qu’elle n’exporterait pas de blé cette année. Or, il apparaît difficile pour d’autres pays producteurs, dont la France, de compenser cette baisse de production, eux aussi aux prises avec des sécheresses.

Un avenir incertain et préoccupant

S’agissant des perspectives à plus ou moins long terme, l’étude du Crocis est assez pessimiste.

Entre une pandémie toujours présente et la guerre en Ukraine, prévoir la situation énergétique à laquelle l’Europe devra faire face l’hiver prochain ou encore les conséquences des sécheresses actuelles et de la guerre sur certains produits alimentaires de base semble tout bonnement impossible. La forte inflation impactant le pouvoir d’achat des ménages peut entraver la reprise économique. A ce titre, la Banque mondiale prévoit le maintien des prix à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024. Pour l’observatoire, la fin des difficultés d’approvisionnement des entreprises ne peut actuellement pas être anticipée.

Une seule chose semble prévisible, le retour à une situation pré-Covid n’interviendra pas avant plusieurs mois, voire plusieurs années.

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